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IV. — FORMES CHRONIQUES

L'impaludation produit à la longue, dans l'organisme, des changements profonds et des aptitudes nouvelles, qui la rapprochent beaucoup des affections diathésiques. A la suite d'une imprégnation continue, et sans qu'il existe à proprement parler d'anémie, la santé devient sujette à de nombreuses perturbations;

* Nous avons observé des selles ratanhia, pseudo-hémorrhagiques, à large bande de réduction spectrale dans la portion du vert attenante au bleu et dans le bleu. (Transformation de la matière colorante biliaire dans l'intestin. Voir notre Traité des fièvres, p. 2i.)

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ce sont des embarras gastriques légers, un état fébrile éphémère, des bouffées de chaleur pénibles, des douleurs céphaliques vaguement périodiques, une paresse intellectuelle inaccoutumée, qui viennent surprendre Timpaludé au cours de ses occupations habituelles ou de son repos ; ou bien, malgré que la constitution se maintienne vigoureuse, des accès se manifestent très francs, très réguliers, tenaces, comme s'ils devenaient l'expression d'une fonctionnalité nécessaire *. D'autres fois, cette sorte de transformation dans les modalités physiologiques se traduit par les idiosyncrasies qui jouent, selon nous, un rôle si important dans l'étiologie de la fièvre hémoglobinurique et, comme nous le verrons, de la lymphathexie ; ou, lentement, par l'atteinte au système nerveux, elle entraîne cette dégénérescence qu'ont si bien décrite Monfalcon ^, MoreP et Burdel\ Comme les affections diathésiques (rhumatisme, syphilis, etc.), l'impaludation latente se révèle brusquement par des phénomènes aigus, sous l'influence d'un changement de milieu, d'un traumatisme, et même elle se transmettrait de la mère au fœtus. Il ne faut donc pas s'étonner si des observateurs éminents, tels que Trousseau , ont admis une diathèse palustre ^

A côté de l'état précédent, qui est bien, si l'on veut, la maladie, mais la maladie relative, dissimulée sous une instabilité particulière de l'équilibre physiologique, et qui se rencontre chez les paludéens soumis aux meilleures conditions de l'hygiène, il y a l'état morbide nettement défini que caractérise Vanémie à tous les degrés et qui est le triste apanage des malheureux condamnés à subir les influences les plus débilitantes, fatigues, privation de nourriture, nostalgie, etc. L'anémie palustre, dans les "conditions ordinaires, survient lentement, à la suite d'un plus ou moins grand nombre d'accès intermittents ou rémittents : elle se distingue des autres anémies par la coloration sui generis du tégument externe, l'hypertrophie habituelle du foie et de la rate. A son premier

' Les pertes peuvent être considérables oprès deux ou trois accès (diminution du poids du corps de 4 à 5 kih d'après le D' Astcgiano. Gaz. délie clin., 1885, n" 16); mais elles sont très rapidement réparées chez certains sujets.

- Histoire méd. des marais.

^ Dégénération physique et morale de l'espèce humaine.

* Un. méd., 187i, XVIII.

" Clin, de l'Hôtel-Dieu, III, 419. Voir principalement la thèse de Jloriez, en partie reproduite dans les mém. de Verneuil sur le paludisme.

degré, elle s'accompagne fréquemment d'accès intermittents. Mais à la période cachectique, toute manifestation intermittente s'efface : les hydropisies surviennent, l'organisme se consume dans riiectisie\

Il ne faudrait pas croire, cependant, que l'anémie, même arrivée à la cachexie, soit toujours une conséquence de Fimpaludation prolongée. Elle apparaît souvent, dans les pays chauds, au hout d'un très court séjour en foyer malarien et après quelques accès fébriles, même simples et facilement enrayés au moyen de la quinine. Elle peut aussi, chez d'anciens paludéens, offrir tout à coup une évolution très aiguë. Dans cette anémie rapide, il convient de reconnaître deux formes : l'une que nous appellerons, d'après Grall, qui Ta fort bien décrite en quelques lignes, la cachexie atténuée ; l'autre, d'après Fayrer, qui en a résumé les principaux traits, l'anémie progressive et pernicieuse.

a. Cachexie atténuée. — « Au bout de peu de semaines, à la suite de trois ou quatre accès intermittents qui n'avaient rien présenté de particulier, au point de vue de la gravité et de la ténacité (ou d'une fièvre rémittente), parfois d'emblée, il se faisait un œdème diffus des membres, de la face et du tronc. Il ne pouvait être question de surmènement, de cœur forcé ; ces manifestations se produisaient au cours du traitement, le malade étant en repos absolu. On ne pouvait songer à invoquer une lésion des reins ou de l'organe cardiaque ; pas d'albumine dans l'urine, pas de souffle au cœur, si ce n'est parfois un murmure anémique. Gonflement notable, sans être extrême, du foie et de la rate, anémie rapide, teinte légèrement subictérique des téguments, voilà quel était le tableau clinique. C'est, on le voit, la s^Tuptomatologie atténuée de la cachexie habituelle au paludisme chronique ; mais il y a, dans ces cas, ce double fait particulier : d'une part, la rapidité d'apparition, et, de l'autre, le peu d'ancienneté et la gra^dté des lésions viscérales. Cet œdème cachectique, apparu en quelques jours, disparaissait parfois aussi rapidement, mais sous une seule influence, celle de la quinine. Il n'en persistait pas moins une anémie profonde et un affaiblissement

* Lire un très pittoresque tableau de la cachexie palustre, dans le Traité des mal. pal. à la Guyane (Maurel). >'ous n'insistons pas sur des descriptions qu'on rencontre partout, pas plus que nous n'avons cru devoir revenir sur celles que nous avons données, très en détail, des formes bilieuses et typhiques, en notre Traité

des pyrexies de ce nom.

considérable des forces. Le rapatriement s'imposait, dès les premiers mois de séjour ^.. »

b. Anémie progressive pernicieuse. — Essentiellement aiguë, « on la rencontre chez les personnes des deux sexes qui ont été sujettes à la fièvre ou à l'empoisonnement paludéen avec gonflement de la rate et du foie. On dirait qu'elle est souvent associée avec quelque dérangement caché du centre vaso-moteur des fonctions de la digestion, de l'assimilation et du système glandulaire. Elle s'observe généralement chez les femmes enceintes ou chez celles qui ont eu des enfants, et qui ont souffert d'une hémorrhagie utérine considérable. Les globules rouges sont déformés, granuleux et ratatinés ; de même que les globules blancs, ils sont diminués de nombre. Le plasma est aussi altéré en qualité, et pendant le progrès de toute affection intercurrente, accompagnée d'une forte augmentation de la température, il présente une tendance extraordinaire à la coagulation, particulièrement dans les cavités droites du cœur et dans l'artère pulmonaire, d'où résulte la mort subite. La quantité de sang dans les vaisseaux est fortement diminuée ; le sang lui-même est aqueux et moins dense ; les hémorrhagies nasales ou de la membrane muqueuse intestinale sont fréquentes. Tous les symptômes d'anémie redoublent d'intensité à mesure que la situation s'aggrave , ce qui arrive en dépit des soins les plus intelligents ; une diarrhée souvent intermittente et une excitation fébrile constante viennent ajouter à la sévérité des cas. L'atrophie et l'émaciation font des progrès constants ; on observe de l'anorexie et un dégoût bien marqué pour les aliments ; il y a, le matin, des nausées, des vomissements. La débilité et l'appauvrissement du sang s'accroissent de plus en plus jusqu'à ce que — et c'est ce qui arrive dans presque tous les cas confirmés de la maladie — la mort survienne par suite de syncope ou d'une combinaison d'asthme et d'apnée cardiaque. Parfois la connaissance persiste tout le temps ; mais, dans la plupart des cas observés, la mort a été précédée de convulsions et d'insensibilité, durant les dernières heures de la vie, A l'autopsie,

' Notes niéd. rec. à l'hôpilal d'Ilunoï (Tonkiii). Arcli. de méd. nav., 1886, XLV, p. 66. — On lira, avec le plus grand intérêt, le talileau des modifications que présentent les lièvres, au coui^s de l'impaludation chronique, dans un second mémoire du même observateur, « Contributions à l'étude des lièvres intertropicales •>. Arch. de méd. nav., 1886, XLVL Nous regrettons que le défaut d'espace ne nous ait point permis de l'aire des emprunts à ces remarquables pages de clinique exotique.

on trouve une atrophie simple du cerveau, du cœur, des poumons, du foie, de la rate, des reins, de Festomac, dupancréas, des intestins, des follicules clos, des villosités de l'intestin grêle, des muscles volontaires, du tissu adipeux et aussi des glanglions solaires et des capsules surrénales ; pâleur de tous les tissus, décoloration remarquable du sang et des caillots, comme on en trouve ordinairement dans l'oreillette et le ventricule droits, s'étendant quelquefois dans Fartère pulmonaire. Tous ces symptômes ne peuvent s'expliquer que par une inanition survenue très graduellement et probablement due à quelque action altérante produite sur les ganglions sympathiques par la malaria, chez les personnes qui ont ou n'ont pas été affaiblies par l'influence énervante de la chaleur, des pertes excessives de sang, ou une lactation prolongée et répétée *... w

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