III. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Elle est à peine ébauchée. On a bien constaté des lésions analogues à celles qui caractérisent les dilatations variqueuses et l'inflammation des voies lymphatiques, en nos régions tempé-
' Ce rapprochement nous a été inspiré par une atteinte lymphangilique que nous avons éprouvée, à la Pointe-à-Pitre (alors le foyer de nombreuses manifestations palustres et lymphangitiques). Sujet à des accès malariens depuis plusieurs années, et aussi au rhumatisme, nous nous réveillâmes, après une nuit très froide, le genou gauche un peu tuméfié, roide et douloureux, la tête lourde et la peau un peu chaude. Nous crûmes à un retour de rhumatisme. Mais, dès le même soir, la tuméfaction du genou avait fait place à un empâtement œdémateux le long des vaisseaux lymphatiques de la cuisse, avec légère induration aux ganglions inguinaux. Cette manifestation et l'état fébrile qui l'accompagnait disparurent, dès le lendemain, sous l'influence du sulfate de quinine.
On trouvera, dans la thèse de A. Calmette, un bel exemple de thrombose et d'œdème lymphatiques du cordon, pris pour une hernie étranglée (le sujet ayant succombé plus tard à une attaque palustre de forme dyspnéique et syncopale, on trouva le cordon parsemé de petits kystes, évidemment dus à des dilatations lymphatiques, elles-mêmes consécutives à des oblitérations multiples des vaisseaux blancs;. Mentionnons ici l'observation sommaire d'un noir, infirmier dans nos salles, qui présenta une induration crurale considérable, rapportée par nous au même processus.— Pierre, dit Coco, âgé de soixante-dix ans, né en Afrique, depuis son plus bas âge à la Guadeloupe, encore assez robuste, sujet depuis quelques années à des poussées lymphangitiques. Pied gauche un peu tuméfié habituellement. Le 20 août 1885, entre à l'hôpital, offrant une tuméfaction uniforme, molle et élastique, au niveau du triangle de Scarpa ; les gangli-ons de la région sont un peu augmentés de volume, indurés, roulants ; il existe de la fièvre, de l'embarras gastrique et le pied gauche est douloureux. Cet état persiste, sans grand changement jusque vers le 18 septembre. Alors, peu à peu, la cuisse se tuméfie ; les vaisseaux profonds semblent confondus en un gros cordon induré; puis, vers la partie moyenne, une énorme tumeur se constitue, arrondie, régulière, diffuse à son pourtour, que l'on sent s'effiler vers l'anneau de l'adducteur et se brider contre l'anneau inguinal, mais dans
rées' ; mais on n'a jus qu'ici mentionné aucune modalité particulière de ces lésions, susceptible d'expliquer les caractères que la maladie revêt entre les tropiques. Dans les lymphangites graves, on a seulement signalé certaines altérations en rapport avec les manifestations pyohémiques, typhiques ou malariennes : abcès viscéraux et suppuration dans les séreuses, congestion des membranes encéphalo-rachidiennes ; ramollissement, injection ou décoloration de la muqueuse intestinale, engorgement du foie et de la rate, etc. Divers observateurs ont rencontré des filaires dans les voies lymphatiques des parties affectées. Aucune analyse chimique du sang et de la lymphe n'a été faite, du moins à notre connaissance. Le sang que nous avons examiné au microscope, retiré par piqûre sur le vivant, soit à un doigt, soit au niveau d'une tuméfaction lymphatique, était ordinairement aqueux, décoloré; nous n'y constations pas une augmentation très appréciable du nombre des leucocytes; mais les globules rouges avaient moins de cohérence, ils avaient souvent perdu leur groupement en piles, offraient de la diffluence et l'aspect crénelé. Jamais nous n'avons rencontré de filaires (Guadeloupe).