‹ Traité clinique des maladies des pays chaudsChapitre 93 sur 190 · I. — INFLUENCES CLIMATIQUES ET TELLURIQUES · texte numérisé non relu

I. — INFLUENCES CLIMATIQUES ET TELLURIQUES

La fréquence remarquable de la lymphathexie entre les tropiques est invoquée comme une preuve de l'intervention prépondérante des actions climatériques. La maladie se rencontre surtout dans les régions et dans les localités où V élévation de la température %q combine à une grande humidité. Elle est commune à Rio-de- Janeiro, au Brésil, à la Pointe-à Pitre, à la Guadeloupe; en divers autres points des Antilles, sur les côtes occidentale et orientale d'Afrique, à Mayotte, à Nosi-Bé, sur le littoral de Madagascar, à la Réunion et à Maurice ; dans l'Inde,. la Cochinchine, la Chine méridionale, la Malaisie, plusieurs petites îles polynésiennes, etc. Sous l'influence continue des modificateurs thermo-hygrométriques, la torpeur des fonctions digestives, l'alanguissement de l'hématose, l'excès des pertes sudorales amènent un état d'amoindrissement, qui aboutit à la surabondance de la partie séreuse du sang ; le système lymphatique, auquel est dévolu le rôle important de ramener dans la circulation générale le plasma inutilisé pour les besoins de la nutrition, est alors obligé à un travail plus considérable, avec des moyens d'exécution plus faibles, encore entravés par la dilatation permanente que la chaleur impose aux liquides et aux tissus, souvent aussi par l'engorgement des viscères abdominaux, obstacle au retour de la lymphe et du sang veineux des régions inférieures vers leurs principaux déversoirs (Mazaé-Azéma).

Les brusques variations de la température, par la suppression instantanée de la transpiration qu'elles déterminent et peut-être par l'atonie passagère qu'elles occasionnent dans les vaisseaux de la périphérie, exagèrent les effets de l'action climatérique habituelle (Vinson, Azéma, médecins brésiliens).

A la Réunion, les lymphangites seraient plus communes au début de la saison fraîche et pendant la courte période qui précède l'hivernage (saison des chaleurs et des pluies) ; ce que le D'' Azéma rapporte à l'afflux subit de la lymphe vers la périphérie et à l'obstruction du système, sous l'influence d'une température relativement basse et de la concentration du liquide sanguin vers les organes intérieurs. Au Brésil, les relevés du D"" Claudio da Silva montrent que les lymphangites sont au contraire plus nombreuses

LYMPHATIIEXIE : MANIFESTATIONS COMMUNES

et plus graves à mesure que la température s'élève ; leur mortalité est à son maximum pendant la saison chaude et à son minimum pendant la saison fraîche; en cette dernière, elle atteint un chiffre progressivement plus fort dans les mois qui précèdent l'hivernage, tandis qu'elle atteint un chiffre progressivement plus faible immédiatement après que le maximum thermique a commencé à fléchir^ Le mois le plus chargé est celui de décembre, qui est le mois le plus chaud ; le mois le moins chargé, mai, pendant lequel la température accuse déjà nettement le début des fraîcheurs.

— Pendant une année de service à la Pointe-à-Pître (1885), nous avons observé un assez grand nombre de manifestations lymphangitiques, en des périodes saisonnières analogues à celles où l'affection offre son principal développement, sous le climat de Rio ; elles se produisirent dans le troisième trimestre à leur point culminant, avec des chaleurs intenses et des pluies médiocres et ne commencèrent à décroître qu'avec la saison fraîche, c'est-àdire vers la fin de décembre.

La maladie est plus rare sur les lieux élevés que dans les localités basses. Elle sévit surtout là où le sol présente les conditions ordinaires du paludisme, sur les littoraux alluvionnaires, dans les centres mal disposés pour l'écoulement des eaux et la ventilation, et au moment où les émanations telluriques sont portées à leur maximum parles conditions saisonnières. Toutefois, on doit noter qu'elle fait défaut, ou n'a pas appelé l'attention d'une façon particulière, sur une vaste, étendue du domaine paludéen, même dans les zones chaudes.

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FiG. 23. — Marche saisonnière de la mortalité par lympliangite, à Rio-de- Janeiro (relevé de sept années).

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