II. — INFLUENCES INDIVIDUELLES, HYGIENIQUES ET PATHOLOGIQUES
Jlaces. — Azéma signale l'immunité de la race éthiopienne. Cependant la fréquence de Féléphantiasis, dans cette race, à la côte occidentale comme à la côte orientale d'Afrique, suppose chez elle une fréquence corrélative de la lymphathexie. A Nosi-Bé, c'est-à-dire dans un centre très voisin de celui où exerçait notre distingué confrère, nous avons rencontré la lymphangite chez des noirs engagés (makois) et, à la Guadeloupe, la maladie se montre souvent chez les nègres. Au Brésil, les statistiques de Claudio da Silva établissent que, si la maladie est plus commune parmi les nationaux libres et, bien qu'à un moindre degré, parmi les étrangers, que chez les esclaves, tous gens de couleur, ceux-ci lui paient néanmoins un assez lourd tributs Nous sommes porté à croire que la lymphathexie atteint toutes les races. On l'observe chez les Chinois, les Indo-Chinois, les Hindous, les Malais, et, à Madagascar, Ségard a retrouvé ses manifestations ganghonnaires parmi lés Hovas^ Nous pensons toutefois que la maladie accuse une préférence, dans les colonies intertropicales, pour les créoles de race blanche et les métis clairs ; elle n'épargne pas l'Européen, dès que sa constitution a subi l'épreuve de l'adaptation ; à la Guadeloupe, nous avons eu à traiter deux soldats d'infanterie de marine, comptant l'un 27 et l'autre 12 mois de séjour, et nous-même
' On a, depuis longtemps, signalé, dans la race noire, une prédisposition très accentuée à la suppuration. Les abcès froids, ou développés sans réaction inflammatoire apparente, sont très communs dans cette race. Isolés, ils se rapportent sans doute souvent à une influence irritative méconnue, soit à une tumeur lymphatique de nature variqueuse; multiples, ils doivent répondre à la diathèse lymphoïde. C'est une question qui reste entièrement à élucider. A Nosi-Bé, où les lymphangites ne sont pas rares, nous avons été frappé de la fréquence relative, chez les noirs qui travaillaient sur les habitations, d'abcès froids (rapidement guéris par la simple ponction), à la région scapulaire, en l'absence de toute cause appréciable, sauf peut-être une grande fatigue des membres supérieurs, à l'époque de la récolte de la canne. Nous avons perdu un nègre atteint d'un volumineux abcès sous-thyroïdien de formation spontanée et sans manifestation inflammatoire. « Au Brésil, dit Bordier, il existe une maladie caractérisée par des abcès multiples et qui n'atteint que les personnes qui se sont baignées dans la lagune de Eeiticeira. Chez un homme qui s'était baigné, qui avait l'éruption en question et qui présentait un abcès lymphatique, le D' Felicio Santos trouva, dans le sang, la filaire de Wucherer, dans l'abcès même, la fllaire de Bancroft... » (Géog. méd., p. 378.)
^ Arcli. de méd. nav., juillet 1886, p. 2i-25 (adénites palustres).
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(qui avons, il est vrai, passé la moitié de notre carrière dans nos établissements les plus insalubres) y avons éprouvé une poussée lymphangitique au bout de neuf mois.
Ages. — La lymphathexie, assez rare dans l'enfance, devient un peu plus commune à l'époque de la puberté ; elle augmente de fréquence de quinze à cinquante-cinq ans, puis décroît à mesure que la vieillesse se prononce davantage. C'est donc une maladie de l'adolescence, de l'âge adulte et de l'âge mûr.
Sexes. — La maladie s'observe dans l'un et dans l'autre sexe (siège de prédilection aux membres inférieurs) ; mais elle est beaucoup plus commune chez l'homme (où elle existe fréquemment au scrotum), que chez la femme (où on la rencontre localisée aux grandes lèvres, quelquefois aux seins, et où les premières manifestations remontent souvent au début de la menstruation, à une grossesse, à une parturition, à une lactation).
Tempéraments et constitutions. — Le tempérament lymphatique et une constitution débilitée sont des éléments de prédisposition notés par tous les médecins. Mais le lymphatisme, pas plus que l'anémie, ne sauraient être regardés comme des conditions nécessaires et fatales de la lymphathexie. Pour notre part, nous avons constaté la maladie chez des sujets qui ne présentaient aucunement les caractères du tempérament lymphatique et qui avaient conservé une santé relativement satisfaisante. L'atonie du système lymphatique, en certaines régions, n'exige pas absolument l'intervention d'un état général préparatoire et initial, qui relève soit d'un tempérament, soit d'une modification morbide appréciable des liquides nourriciers ; nous voyons la maladie apparaître plus rarement dans l'âge et dans le sexe où prédominent ordinairement le lymphatisme, et dans une période avancée de l'existence, où prédomine au contraire la détérioration organique. Il suffit d'une gêne quelconque ou d'occasions irritatives répétées, sur un territoire de la circulation lymphatique, pour que l'atteinte devienne imminente ou se déclare sous l'influence d'actions climatiques, qui s'arrêtent à l'amoindrissement appelé l'indigénisation, plus souvent qu'elles n'aboutissent à la véritable anémie. Mais la maladie une fois déclarée, par sa persistance ou sa tendance aux répétitions, semble accuser une sorte d'idiosyncrasie acquise, qui la rapproche des afl'ections diathésiques.
Hérédité. — Dans quelques familles, on a remarqué que des
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sujets, nés de parents lymphathexiques, le devenaient eux-mêmes, au cours de l'enfance ou de l'adolescence. Ces faits sont assez rares, mais réels. Les uns les interprètent dans le sens d'une aptitude franchement diathésique; pour d'autres, ils sont explicables par une transmission de simples éléments de prédisposition banale, dans un milieu où la similitude des conditions hygiéniques achève de créer les mêmes tendances morbides, au sein d'un groupe humain ; cependant il faut bien admettre une transmissibilité héréditaire directe, quand on voit la maladie se produire, à des périodes d'âge et au milieu d'habitudes sociales différentes, chez les membres disséminés d'une même famille (le D'' Brassac nous en a communiqué un remarquable exemple, observé par lui à la Guadeloupe).
Influences hygiéniques. — La misère, l'alimentation insuffisante, l'habitat en maisons mal aérées, mal tenues, construites sur des terrains bas et humides, au voisinage des égouts ou d'immondices accumulées, le défaut de propreté corporelle, qui prédispose aux éruptions cutanées et ouvre la porte aux imprégnations septiques', l'habitude de marcher pieds et jambes nus, qui multiplie les causes d'irritations superficielles, partout si favorables au développement des érysipèles et des lymphangites, jouent un rôle secon-: daire, bien qu'important, dans l'étiologie de la maladie. Ces influences règlent l'aptitude de certaines professions (ouvriers, manœuvriers, journaliers, employés aux travaux du sol, petits employés de commerce, domestiques, etc.), comme leur absence, parmi les classes aisées, explique l'immunuité ordinaire de celles-ci (clergé, propriétaires, etc.). Les professions qui exposent à de fréquents traumatismes, quand elles sont soumises à une hygiène régulière, ne fournissent qu'un assez faible contingent à la maladie (à Rio, sur un relevé de 732 atteintes suivies de mort, 13 seulement ont pour sujets des marins et des militaires). — Très souvent, les manifestations lymphathexiques coïncident avec un état de dépression du système nerveux, entretenu par des habitudes sexuelles ou des préoccupations morales fâcheuses; nous avons vu la première atteinte survenir, chez quelques personnes, à l'occasion d'une émotion très vive, d'un excès génésique, etc., et l'on sait qu'elle apparaît sous l'iniluence de la gros-
' Favrcl, De la lymphangite dans les maladies de la peau. Th. Paris, 1884.
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sesse et de la partiirition. Ces faits indiquent de nouvelles recherches, relatives à l'influence de l'innervation centrale.
Influences pathologiques. — L'anémie favorise le développement de la lymphathexie. Il en est de même de l'état de convalescence ou des maladies diverses, qui, ajoutant à l'action débilitante du climat, amènent ou rendent plus prononcée l'anémie. Certaines affections, comme le diabète \ les éruptions cutanées à tendances ulcératives, doivent ainsi exercer une influence prédisposante ou occasionnelle, qu'il serait utile de préciser.