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III. — INFLUENCES SPECIFIQUES; ENDEMICITE, EPIDEMICITE

La lymphathexie apparaît, dans plusieurs régions intertropicales, avec une fréquence et une particularité d'allures, parfois avec un redoublement dans la multiplicité et la sévérité de ses atteintes, qui autorisent à la considérer comme endémique, et même comme susceptible de prendre la forme épidémique. Mais de quelle nature est l'agent qui la détermine, existe-t-il même pour elle un agent spécifique?

La cause est-elle climatérique et seulement une résultante des actions météorologiques ? C'est l'avis d'Azéma, de Yinson et d'un assez grand nombre de médecins français. Il est certain que les influences climatériques jouent un rôle considérable dans la production de la maladie ; mais ce rôle est surtout préparatoire, et si les modificateurs météorologiques devaient revendiquer pour eux la dominante étiologique exclusive, il faudrait s'étonner de l'inégale répartition des atteintes, dans une zone où les mêmes conditions climatériques sont uniformément répandues.

Les travaux de Patrick Manson sont peut-être appelés à jeter un nouveau jour sur la pathogénie de la lymphathexie. Déjà, l'on a retrouvé la filaire dans les liquides sanguin et lymphatique d'un certain nombre de malades, Manson, chez divers sujets atteints de lympho-scrotum et de varices lymphatiques, en Chine; Lewis, au cours de manifestations analogues, dans l'Inde ; Bancroft a découvert la filaire adulte dans un abcès lymphatique du bras, en Australie, et, il y a deux ans, à la Guyane, le D"" Hache

* Gironde, De la lymphangite cliez les diabétiques. Th. Lyon, 1881.

observait un grand nombre de vers, dans le liquide d'une dilatation lymphatique. Mais d'autres médecins avouent les résultats négatifs de leurs recherches, et plus d'un argument sérieux s'élève contre la doctrine de ce qu'on a appelé, un peu hâtivement, la filariose; on a rencontré la filaire dans le sang de personnes non malades (Maurel, à la Guadeloupe) ; on s'explique avec peine qu'une maladie, due au parasitisme humoral, demeure aussi franchement localisée à certaines régions, se développe, rétrograde, ou se transforme, en des conditions d'âge aussi précises, disparaisse pendant un temps, comme à la suite des couches, pour reparaître à chaque nouvelle grossesse, chez quelques femmes, affecte tantôt les caractères de la bénignité et tantôt ceux de l'insidiosité la plus redoutable, etc. On est donc tenté de n'accorder aux parasites, quand ils existent, qu'une part secondaire ou contingente dans la production des phénomènes morbides.

L'infection proprement dite, celle qui désorganise, détruit les éléments anatomiques ou porte d'emblée son action sur les centres nerveux qui commandent à l'exercice des fonctions primordiales, qu'on l'attribue à un microbe ou à un agent chimique, qu'on la relie à la septicémie, au typhismeou au paludisme, comporte des interprétations très diverses.

Il nous semble difficile de rattacher à une intervention infectieuse un grand nombre de cas à marche très bénigne, et en particulier la simple dilatation à forme chronique, si passive en son évolution. Dans beaucoup de lymphangites légères, mais caractérisées par la répétition des phénomènes inflammatoires, nous reconnaisons volontiers l'action du paludisme, dérivée vers des points de moindre résistance \ et quand les manifestations s'ac-

' Faut-il rapprocher de ces cas celui du bubon malarien, mentionné par J. Ruber? Il s'agit d'un garçon de dix-sept ans, atteint de fièvre tierce, et chez lequel un bubon apparaissait à l'aine droite et disparaissait à chaque accès fébrile. L'affection locale, ajoute l'observateur, était évidemment causée par le même agent que la fièvre, c'est-à-dire par le bacillus malarise. (Gaz. hebd. du 27 oct. 1882.) Le D' Tommasoli, de Sienne, signalait à l'Association médicale italienne (session de 1885), la fréquence plus grande des bubons pendant les mois de septembre, octobre et novembre ; il y aurait à rechercher si, dans ces mois, il existe des conditions particulières de tellurisme, contribuant à augmenter la susceptibilité des glandes lymphatiques, et capables d'aggraver des contacts qui, sans elles, seraient demeurés frustes. Dans le même sens, il serait intéressant de reprendre la question des bubons d'emblée, c'est-à-dire survenus sans irritation apparente du canal de l'urèthre et sans lésion du gland et du prépuce, à la suite d'un coït, et qui sont si communs dans quelques-unes de nos colonies (Antilles).

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compagnent d'un état grave, insidieux, nous n'avons aucune hésitation à admettre qu'elles accusent ainsi, le plus souvent, l'association de l'élément local phlegmasique et de l'infection malarienne, qui modifie les tendances du premier, le sollicite à la suppuration ou à la gangrène, ou garde pour elle-même l'action dite pernicieuse, cachant une dérivation vers un organe de haute importance vitale, et se dérobant devant le masque trompeur de la lymphangite, elle-même aggravée. Mais nous refusons d'accorder au paludisme l'influence étiologique exclusive que lui attribuent la plupart des médecins brésiliens. On ne saurait soutenir que la lymphathexie des pays chauds relève toujours et seulement de rinfection malarienne, si l'on considère : — 1° que le domaine de lune et de l'autre maladie n'est pas en exacte concordance géographique, dans la zone intertropicale; — 2° que, dans les régions où les deux maladies s'observent, leur développement saisonnier ne serait pas absolument parallèle (Torres Homem) ; — 3° qu'on a vu la lymphangite préexister pendant longtemps à la malaria, comme à Maurice et à la Réunion' ; — 4° qu'en pays malarien, l'imprégnation palustre est rapide chez l'étranger nouveau venu, tandis que la période préparatoire de la lymphangite endémique est fort longue ordinairement : à la Réunion, d'après Azéma, la maladie ne se déclare qu'après une résidence de quatre à cinq ans au moins ; — 5° que le sulfate de quinine, s'il réunit dans un très grand nombre de cas, échoue dans beaucoup d'autres : il ne peut ainsi servir de critérium assuré dans la détermination de la nature étiologique de la maladie.

D'autres causes d'infection que le paludisme ont été invoquées : le méphitisme des égouts et des agglomérations humaines, l'empoisonnement par un miasme ou un agent figuré septique ou typhique. Il est certain que ces conditions dominent parfois à côté de la malaria, dans l'étiologie des lymphangites, qu'on les rencontre très développées à Rio-de-Janeiro et à la Pointe-à-Pitre ^ Mais elles ne sauraient constituer, non plus que les précédentes, l'ensemble des causes exclusives de la maladie ; elles sont plus ou

1 Rappelons toutefois que Pellereau a affirmé l'existence très ancienne des fièvres palustres à Maurice et à la Réunion.

* Rio-de-Janeiro a ses égoiits, la Pointe-à-Pitre son canal Vatable, foyers très intenses de putridité, et, tout au voisinage de l'une et de l'autre ville, le sol est très marécageux.

moins permanentes, souvent accidentelles, et ne peuvent expliquer à elles seules tous les modes de genèse et d'évolution de l'endémie.

Mais l'infection palustre, par ses redoublements saisonniers et les modifications que lui impriment les constitutions médicales, comme les infections typhiques intercurrentes, habituellement caractérisées par une grande tendance à l'extensivité, donnent l'apparence épidémique aux lymphangites, par leur association avec cette endémie'.

En résumé, la question du rôle des parasites étant réservée, la lymphathexie des pays chauds peut être regardée comme la résultante : — 1° d'actions climatériques, qui la préparent; — 2° d'actions somatiques qui l'entretiennent et qui lui donnent même comme le cachet d'une diathèse acquise ; — 3° d'actions infectieuses, dans un très grand nombre de cas, actions qui l'aggravent en se surajoutant aux précédentes et en les dominant. L'endémicité de la maladie est la conséquence des conditions de milieu qui interviennent dans sa génération ; elle est presque toujours connexe, mais non l'associée nécessaire, de l'endémicité malarienne.

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