VL — PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT
A. Prophylaxie.
Elle consiste, comme toujours, dans l'éloignement des causes prédisposantes et occasionnelles. Aux premières manifestations lymphathexiques, l'émigration vers une région salubre et tempérée devra être conseillée, ou, si elle est impossible, le séjour sur un point de haute altitude, dans le pays, l'habitation dans les meilleures conditions de situation et d'installation hygiéniques. Les sujets en imminence morbide seront astreints à la plus rigoureuse propreté ; ils éviteront de marcher nu-pieds et de s'exposer aux contacts irritants ou infectieux. Ils feront usage de bains froids, qui réveilleront l'énergie du muscle et la circulation périphérique. Si la maladie est déjà dessinée, si elle accuse des tendances à la répétition, il importe de redoubler de précautions, afin d'empêcher ses retours, une terminaison aiguë par quelque accident grave, une terminaison chronique par dégénérescence éléphantiasique : les toniques, le quinquina et le sulfate de quinine sont alors fréquemment indiqués.
B. Traitement.
Dans les formes non inflammatoires, torpides, comme on les pourrait appeler, le traitement se réduit souvent à la simple protection des parties affectées, à l'application de bandages légèrement compressifs ; dans les cas d'oedèmes durs et de coagulations intra-vasculaires, nous nous sommes bien trouvé de prudentes monœuvres de massage, suivies d'onctions avec une pommade iodurée ou iodée (iode, 1 gramme ; laudanum de Sydenham, 4 grammes ; vaseline, 40 grammes). Nous n'avons retiré aucun résultat bien appréciable de l'administration de l'iodure de potassium à l'intérieur ; mais l'emploi prolongé du quinquina aide à la rétrogradation des tumeurs et peut-être y aurait-il lieu d'es-
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sayer le traitement arsenical, qui compte des succès relatifs dans la lymphadénie.
Dans les formes inflammatoires, avec le repos et une position convenable du membre, les indications sont plus complexes.
L'état aigu simple commande l'emploi des antiphlogistiques locaux : tous conviennent, à l'exception des émissions sanguines, inutiles ou même dangereuses chez des sujets souvent anémiés ; on aura surtout recours aux onctions mercurielles et aux larges cataplasmes de farine de graines de lin. Plus tard, si la résolution semble traînassante, on recommandera des cataplasmes froids, arrosés d'eau blanche, des compresses imbibées d'eau blanche ou d'eau-de-vie camphrée, des frictions légères avec une flanelle imbibée des mêmes liquides, les bains tièdes prolongés ou les bains frais de courte durée ; s'il se produit de l'induration, on pratiquera le massage, puis on appliquera une pommade iodurée ou iodée, comme dans le cas de coagulations lymphatiques primitives.
Les phénomènes gastro-intestinaux qui accompagnent les manifestations lymphangitiques se dissipent généralement d'euxmêmes : ils n'exigeraient une intervention thérapeutique particulière que s'ils présentaient une intensité ou une persistance anormales.
Les modalités paroxystiques de la maladie sont pour nous une indication formelle à l'administration du sulfate de quinine. Il n'est pas nécessaire de prescrire de très hautes doses du médicament, mais de maintenir, pendant plusieurs jours consécutifs, sous son influence, l'organisme qui accuse une imprégnation malarienne connexe de l'affection locale ; 0 gr. 60 à 0 gr. 80 de sulfate de quinine suffisent au début, et l'on abaisse graduellement la dose jusqu'à 0 gr. 30, à mesure que la fièvre et les phénomènes inflammatoires diminuent. Si le sel ne peut être administré par la bouche, à cause de la susceptibilité gastrique, on le prescrira en lavement ; bien qu'ayant eu recours, avec succès aux injections hypodermiques, chez quelques lymphangitiques, nous n'osons trop préconiser ce moyen, dans une maladie où la moindre irritation périphérique peut devenir l'origine d'une nouvelle poussée inflammatoire.
Il faudrait augmenter les doses du sulfate de quinine, si la maladie tendait à revêtir des allures insidieuses. Mais, en gêné-
rai, quand apparaissent les phénomènes ataxo-adynamiques, ce médicament échoue ou ne rend plus que de douteux services : nous lui préférons alors l'alcool, et, à moins d'état collapsif, le salicylate de soude (1 à 2 gr.). C'est le traitement qui convient dans la pyohémie.
Nous n'insistons pas sur les indications que font naître les terminaisons par abcès ou par gangrène, ces manifestations locales ne comportant que l'emploi des moyens ordinaires en pareils cas; ni sur celles qui relèvent de l'état général, au décours ou à la suite de l'atteinte lymphangitique, leur formule se confondant avec la formule banale du relèvement des forces par l'usage des toniques ; on n'oubliera pas, toutefois, qu'en pays malarien et chez des sujets prédisposés à la dérivation de l'infectieux spécifique vers un appareil amoindri, le quinquina ne saurait être trop largement administré.
DEUXIÈME SECTION
LYMPHURIE ET HÉMATO-LYMPHURIEi I.— SYNONYMIE ET DÉFINITION
Il existe, dans les pays chauds, des hématuries sporadiques et des hématuries endémiques. Les premières tiennent à des causes susceptibles de se produire en tous pays et en tous climats :
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hémorrhagies urétrales, vésicales, rénales, sous l'influence du traumatisme, des corps étrangers venus du dehors ou du dedans (calculs), de l'intlammation, des dégénérescences, etc. Les secondes sont liées à des causes locales : les unes se rattachent, comme symptôme, à des pyrexies graves (fièvre jaune, fièvres palustres) ; les autres à des états particuliers des voies circulatoires, dans lesquels la fîlaire ou le distome de Bilharz joueraient un rôle essentiel. Ces dernières, qui seront l'objet de notre étude, sont presque toujours associées à la lymphurie. De là les noms donnés à la maladie : hémato-chylurie et chylurie ; hématurie chyleuse^ chyloïde , graisseuse ; chylurie et hématurie filariennes , bilharziques^ endémiques^ d'Egypte^ du Brésil, etc.
L'hématurie parasitaire existerait indépendante de la lymphurie en certaines régions de l'Afrique. Mais presque toujours, nous le répétons, elle est en connexion très intime avec une lymphorragie. On observe plus fréquemment, sous l'influence endémique, l'écoulement d'urines blanches ou légèrement colorées par le sang, que l'écoulement d'urines hématiques ; d'autres fois, l'hématurie alterne avec la lymphurie : l'une et l'autre sont bien la manifestation d'une même affection des organes urinaires, dues à
— Gotze (Ludwig), in Un. méd. 1886, 858. — Gubler, Hématurie de l'Ile-de-France; envisagée comme une lymphorrhagie de l'appareil uropoiétique. C. R. soc. de biol., 1858, V. — Gués, Rev. crit. des opinions sur l'iiématurie trop. Arch. de méd. nav., XXXII, 161. — Guillemard, On the endémie hœmaturia of Ilot climates, caused by the présence of Bilharzia htematobia. — Hart, Chyluria, the N.-Y. med. j. 12 fév. 1887. — Hillis (J.), Notes on case of Ilemato-chyluria. The Lancet, 21 octo. bre 1882, 659. — Hooper's Vade-mecum, éd. des D" Guy et Harley. — Juvenot, Rech. sur l'hématurie endémique dans les pays chauds et sur la chylurie. Th. Paris, 1853. — Mackenzie (S.), Un cas d'hémato-chyiurie avec fîlaire. Th. Lancet, 22 oct. 1881. Trad. par Treille, Arch. de méd. nav., 1882, XXXVII, 247. — Mahé, Prog. de séméiol. et d'étiol. Arch. de méd. nav., XXXI, 180, 331, 346. — Monvenoux (F.), Documents relatifs à la présence des matières grasses dans l'urine, suivis d'une nomenclature raisonnée des trav. qui ont paru jusqu'à ce jour sur les entozoaires de la chylurie et de l'hémato-cliylurie. Th. Lyon, 1884. — Papin (A)., Cont. à l'ét. de l'hémato-chylurie endémique des pays chauds. Th. Bord., 1886. — Primavera, Un cas de chylurie. Giorn. intern. del se. méd., fasc. 1, 1882. — Osorio, Mém. sur l'hématurie endém. des pays intert. Revista méd. de Bogota, ext. in J. d'hyg., 22 avril 1886. — Robin (Gh.), Tr. des humeurs. — Salesse, Disc, sur l'hématurie, Th. Paris, 1834. — Scheiber, Anguillules dans l'urine. Virchow's arch., in Gaz. hebd., 27 oct. 1882. — Silva-Lima (da), Nouv. phase de la question de la nature parasitaire de la chylurie. Gaz. med. de Bahia, nov, 1877. — Sonsino, La Bilharzia hœmatobia et son rôle pathol. en Egypte. Arch. gén. de méd., 'juin 1876. — Venturini, Ubs. microsc. et clin, recueil, à la Guadeloupe. Arch. de méd. nav., 1880. — Wucherer, Noticia preliminar sobra vermes de una especie ainda nao descripta, encontrados na urina de doentes de hernaturia interlropicale no Brazil. Gaz. med. de Bahia, 5 déc. 1868 ; Sobre hemaLuria no Brazil. Ibid., 30 sept. 1869 ; Trav. résumes iu Arch. de méd. nav., 1870, XIII. — Zancarol, Mém. précite. — Revue de iiayeni.
des conditions spéciales de l'appareil lymphatique et des capillaires sanguins, qui peuvent être rapportées elles-mêmes, dans un grand nombre de cas, au parasitisme, mais seraient aussi, en beaucoup d'autres, sous la dépendance d'influences non parasitaires. Il est probable que Thématurie franche est de nature parasitaire; mais la lymphurie n'est qu'une forme de la hinphathexie : l'hématurie qui la précède, la suit ou l'accompagne n'est qu'un accident dans la maladie lymphatique. Nous ne voyons dès lors aucun intérêt à décrire séparément l'hématurie et la lymphurie. Sous le nom d'hémato-lymphurie, nous comprendrons donc les formes vésicale et néphro-vésicale de la lymphathexie et nous définirons ce nouveau type clinique :
« Une affection presque exclusivement observée dans certaines régions intertropicales ou subtropicales, concurremment avec les manifestations lymphathexiques, et caractérisée par l'émission périodique d'urines blanches, lymphoïdes ou chyloïdes, graisseuses, quelquefois mélangées à du sang ou franchement hématiques, et dans lesquelles on rencontre souvent, mais non toujours, des embryons et des œufs d'organismes parasitaires. »