‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource] (volume 2)Chapitre 11 sur 80 · Le malade se senl dégagé depuis la saignée (le caillot · texte numérisé non relu

Le malade se senl dégagé depuis la saignée (le caillot

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'enDOCARDITE. 113 occupe tout le vase ; il n'est pas couenneux, et a peu de consistance).

20. Le bruit de soufflet est plus marqué aujourd'hui pendant le 2'^ bruit que pendant le premier.

21 et 22. Les traits s'altèrent, le malade éprouve une oppression extrême. Il expire à 3 heures de l'après-midi.

Autopsie cadavérique , 18 heures après la mort.

1° Habit, extérieure. — Pas d'infiltration notable desmembres ; visage violacé ; lèvres et oreilles livides.

2° Organ. respirât, et circulât. — Sérosité claire et citrine dans les deux côtés de la poitrine. — Des brides cellulofibreuses unissent les poumons à la plèvre costale : les intervalles qui les séparent contiennent de la sérosité (elles sont plus fortes à droite).

Les poumons sont rouges, comme ecchymosés à leur bord antérieur.

Le poumon gauche présente à sa surface quelques reliefs légers ( il y a des adhérences anciennes dans la scissure interlobaire) ; il est engoué, coriace, comme carnijié. Les bronches sont rouges, livides.

Le poumon droit est moins engoué que le gauche.

Vers la pointe du cœur, existe une plaque pseudo-membraneuse , d'où part une longue bnde qui va au péricarde pariétal. — La cavité du péricarde contient trois cuillerées 'd'une sérosité transparente.

Le cœur a un volume presque double de l'état normal. Il est gorgé de sang; sa pointe est fortement tournée à gauche. (L'oreillette droite présente à sa surface des plaques analogues à celles de la pointe : il en est de même de l'origine de l'aorle.)

- Lavé et vidé, le cœur conserve un volume d'un bon tiers plus considérable qu'à l'état normal : il est généralement hypertrophié.

Poids du cœur, vidé el lavé g.am.

Il4 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER.

Le ventricule droit est d'un bon quart plus volumineux que le gauche. Ses parois sont hypertrophiées ; sa substance est ferme.

Epaisseur de ses parois 3 à 5 lig. ip

L'orifice auriculo-vcntriculaire est vaste , dilaté. La valvule tricuspide est un peu épaissie.

L'oreillette droite est un peu épaissie, ce qui tient en partie aux fausses membranes denses et résistantes dont elle est tapissée.

Les valvules aortiques peuvent fermer l'orifice auquel elles sont adaptées. Elles sont néanmoins épaissies , fibrocartilagineuses, rigides et moins mobiles qu'àl'état normal.

Circonférence de l'orifice aorlique, sensiblement rétréci a p. a lig. i\2

— de l'orifice de l'arlèré pulmonaire 3 p.

Les valvules de ce dernier orifice sont très minces.

La valvule mitrale est considérablement hypertrophiée. Les tendons valvulaires sont triplés de grosseur, et transformés en tissu fibro-cartilagineux. — Une des colonnes charnues présente la même transformation. Une section de cette colonne montre que la substance musculaire est entourée d'une coque fibro-cartilagineuse.

Le bord adhérent de l'orifice- auriculo-ventriculaire gauche est froncé. Cet orifice offrait encore un assez libre passage à la colonne sanguine. Vers la base de la valvule bicuspide , on observe diverses saillies , divers reliefs , arrondis ou alongés en cylindres , de nature fibro-cartilagineuse. Cette valvule et l'origine de l'aorte présentent une rougeur par plaques, sans arborisation. Cette rougeuif existe à un plus haut degré dans l'artère pulmonaire. — - L'intéi'ieur des cavités droites est moins rouge que celui des gauches.

La membrane interne est épaissie et facile à enlever patf lambeaux.

TROTS. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE. 110

Le ventricule gauche est dilaté dans la même proportion que le droit.

Les artères qui naissent de la crosse de l'aorte ont la teinte rouge de l'origine de cette artère. Un peu d'épaississement aux éperons situés à l'origine de ces artères.

Induration et cartilaginisationen divers points de l'aorte pectorale.

OBSERVATION 65e.

Homme de 60 ans. — Toux, oppression, palpitations, bruit de soufflet du cœur ; hydropisies passives. — Mort environ un an après les premiers accidens. — Epaississemenl hypertrophique , et induration fibro-cartilagineuse des valvules auriculo-venlriculaires , avec traces d'ancienne périCardite; peu de déformation des Talvules , et point de rélrécissemenl des orifices. — Hypertrophie simple du ven* tricule gauche; hypertrophie conceniW^ue du droit.

Un ancien soldat, aujourd'hui ébéniste, âgé de 60 ans, d'une assez forte constitution , fut reçu dans le service clinique {n° 16, salle Saint-Jean-de-Dieu ) , le 26 octobre i833.

Cet homme a depuis un an l'haleine courte , il se plaint depuis cette époque d'oppression et de battemens de cœur, avec toux fréquente. Il dit avoir été depuis long-temps enflé, mais que cette enflure était peu considérable, ^t qu'elle passait et revenait à plusieurs reprises. Sa vie a été employée à des travaux pénibles et fatigans. Sa face est d'une couleur pâle-jaunâtre ou feuille-morte , bouffie ; toute la peau est flasque et blafarde, et les membres s'infiltrent lorsque le malade se lève ; lèvres et mains d'un pâle violacé ^ paupières très gonflées.

On trouve dans la région précordiale une matité qui a une étendue de 2 pouc. verticalement et de 2 pouc. et demi transversalement. On distingue à l'auscultation un léger bruit de souffle pendant le premier battement (i).

(j) Ce bruit de soufflet» très distinct pour une oreille exercée, était néanmoins

Le pouls donne 98 puis. : il est étroit et serré; mouvement de fluctuation dans les veines jugulaires, qui sont gonflées. La peau est froide. Respiration bonne en avant, un peu plus obscure en arrière. Il existe des accès de suffocation de temps en temps avec sentiment de conslriction à la partie supérieure de la poitrine. Le malade parle d'une voix entrecoupée. Peu de sommeil.

Langue pâle ; urines rares.

Le malade ne s'inquiète nullement de son état.

Diagnostic. — Induration et épaississement des 'valvules ; hypertrophie du cœur.

Pkescription. — Till. orang.;jul. 18 goutt. teint, digit. ; eau 'vin, suc.; bouill. etpotag.

28 et 29. Crachats sanguinolens; pouls petit, irrégulier, offrant quelques intermittences ; la pointe du cœur se fait sentir dans une étendue de i pouc. ip carré, elle paraît mousse et arrondie. — Un léger bruit de souffle et de scie se mêle au claquement valvulaire (les personnes peu habituées encore à l'auscultation ont de la peine à saisir le bruit de souffle ou de scie).

Mort le 3o à 4 heures du matin.

Autopsie cadavérique, 19 heures après la mort.

i°Habii. extér, — Infiltration médiocre des membres inférieurs ; le scrotum ne contient pas de sérosité (le péritoine contient une pinte et demie à deux pintes de sérosité roussâtre et limpide).

2° Org. respir. et circulât. — Le côté droit du thorax contient une demi-pinte de sérosité; il n'existe aucune adhérence au poumon droit; on trouve au contraire des adhérences celluleuses bien organisées vers le sommet et la face externe du poumon gauche.

assez obscur et sourd. Un élève n'ayant pu le reconnaître au premier exîimcn, je l'engageai à ausculter comparativement les bruits du cœur d'un sujet bien portant. Celle expérience réussit parfaitement. Après l'avoir faite, il distingua nettement le bruit de soulflet que j'avais constaté chez ce malade.

TROIS. CATÉG. D'oBSERV. d'eNDOCARDITE . II7

Le cœur est situé presque transversalement ( l'oreillette droite est tout-à-fait à droite et en bas ); il est recouvert à gauche, dans le tiers de son étendue , par une lame mince du poumon correspondant , dont la base adhère au péricarde par un tissu cellulo-fibreux. Le tissu cellulaire placé en dehors du péricarde est légèrement infiltré. Ce sac fibreux contient 4à5 cuillerées d'un liquide roussâtre, mêlé de quelques flocons albumineux. On trouve sur le bord externe de chaque ventricule des plaques laiteuses : sur le ventricule droit, il en existe une de la largeur d'une pièce de vingt sous.

Le poids du cœur et de ses caillots est de 556 grammes. (Le poids du cœur^ bien lavé et complètement vidé de ses caillots, est de 453 grammes, ce qui porte à io3 grammes la quantité de sang contenue dans les cavités du cœur. )

La forme de cet organe est arrondie, globuleuse. Le ventricule gauche offre surtout cette forme et constitue la moitié d'une sphère.

Le diamètre transversal du cœur est de 4 pouc. 6 lig. , son diamètre vertical est de 3 pouc. 6 lignes , son diamètre antéro-postérieur, de 2 pouc. 2 lig. ; sa circonférence , de 7 pouc. I lig.

Le ventricule droit, qui semble n'être qu'un appendice du gauche, offre une cavité peu profonde , qui ne contient guère que le pouce : la paroi , dont l'épaisseur est à peu près la même partout, est de 3 lig. et demie.

L'orifice ventriculo-pulmonaire , parfaitement libre, a

3 pouc. 4 lig. et demie de circonférence. La valvule de cet orifice est souple et flexible. L'orifice auriculo-ventriculaire est sensiblement dilaté : sa circonférence a 5 pouc.

4 lig. Les lames valvulaires sont légèrement épaissies, surtout à leur extrémité, où leur tissu est fibro-cartilagineux. La valvule est d'ailleurs bien conformée et mobile.

La membrane interne est d'une nuance rouge-jaunâtre , plus foncée que dans l'état naturel.

l 1 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,

L'oreillette droite a une cavité au moins double du ventricule correspondant , elle n'est pas d'ailleurs hypertrophiée notablement.

La capacité du ventricule gauche est d'un bon tiers plus considérable que celle du droit ; l'épaisseur de ses parois est de 8 lig. et demie à 9 lig. ; elle diminue de la base à la pointe , où elle n'est que de 5 lig. à 5 lig. et demie.

La circonférence de l'orifice de l'aorte est de 2 pouc. g lig. Les valvules aortiques sont un peu épaissies , mais nullement déformées, et ferment complètement l'orifice qui est libre. L'origine de l'aorte est hérissée de lames jaunes, les unes calcaires, les autres cartilagineuses : dans ces points, la membrane interne se rompt comme une coquille d'œuf. Les lames calcaires atteignent la membrane interne dans toute son épaisseur, et ont envahi en partie la membrane jaune sous-jacente; la portion de ce vaisseau ainsi altérée est légèrement colorée en rose.

La capacité de l'oreillette gauche est à peu près égale à celle de la droite ; ses parois sont généralement épaissies (elles ont 2 lig. et quart d'épaisseur). La membrane int€jrne est notablement épaissie , et offre un aspect mat et terne qui n'est pas normal.

La circonférence de l'orifice auriculo - ventriculaire gauche est de 4 pouc. 3 lignes. La valvule mitrale est généralement épaissie, et, dans plusieurs points, changée en fibro-cartilage, surtout dans le voisinage de l'orifice aortique; d'ailleurs, elle n'est pas sensiblement déformée : les tendons de son bord libre sont très multipliés et très résistans.

L'altération crétacée de l'aorte se continue dans les artères coronaires où elle n'occupe que les deux tiers de la circonférence de ces vaisseaux : de là , une sorte de contraste entre la portion altérée et la portion saine, qui offre des rides et des enfoncemens.

Une quantité assez notable de sang est emprisonnée en-

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCABDITE. IIQ tre les piliers du ventricule gauche : il parait anciennement concrète et ressemble à du boudin. La substance musculaire est ferme et d'un assez beau rouge.

OBSERVATION Gfie.

Homme de 69 ans.— A la suite d'un rhume négligé, symptômes d'un obstacle à la circulation à travers les cavités du cœur. — Palpitations, congestions veineuses, et collections séreuses passives. — Bruits du cœur secs, forts, analogues au claquement de soupapes de parchemin. — Mort dix jours après l'entrée , quinze mois après le rhume négligé. — Epaississement et Cbro-carlilaginisation des valvules bicuspide, tricuspide et aortiques; ihsdffisAnce de la valvule tricuspide. — Dilatation des cavités du cœur et de ses orifices; hypertrophie des parois. — Etat cartilagineux, calcaire ou terreux, des parois de l'aorte, etc.

Un peintre en bâtimens , âgé de 69 ans , d'une assez forte constitution , fut admis à la Clinique (n° i3, salle St-Jean-de-Dieu ) , le i5 juillet i834- Depuis une trentaine d'années , il était sujet à s'enrhumer de temps en temps , et jouissait d'ailleurs d'une bonne santé. Depuis quinze mois , à la suite d'un rhume négligé^ il éprouve de l'oppression , de l'étouffement , qui ne lui permettent plus de travailler. Depuis cinq mois surtout , les attaques d'asthme , dit-il , sont si fréquentes , qu'elles ne lui laissent de repos , ni jour ni nuit , malgré une saignée qui lui a été pratiquée deux mois avant son entrée ; il y a une huitaine de jours que les jambes se sont enflées. Il ne se plaint point de palpitations de cœur, et il a conservé de l'appétit jusqu'à ces •derniers temps ; mais l'étouffement augmente après les, repas.

Examiné avec soin, le lendemain de son entrée à la Clinique , il nous offrit l'état suivant :

Visage anxié , froid ; lèvres violettes ou bleuâtres; yeuji; largement ouverts , un peu égarés ; veines jugulaii'es distendues et comme variqueuses; on voit aussi ramper sous la peau de la poitrine et de l'abdomen des veines d'un volume très considérable et qui s'anastomosent avec celles des,

120 MALADIES DU CŒtlR EN PARTICULIER,

membres ; infiltration des membres inférieurs et du scrotum. Le malade reste constamment assis dans son lit pour respirer un peu plus librement.

' La matité de la région précordiale était de 4 pouces verticalement et de 5 pouces i lignes transversalement.

L'impulsion du cœur était médiocre , mais elle se faisait sentir dans une très grande étendue, et la main reconnaissait aisément que la masse de l'organe était considérablement augmentée. On distinguait aussi un frémissement vibratoire assez prononcé dans la région des cavités gauches.

Les battemensdu cœur étaient irréguliers, intermittens, très fréquens (160 par minute) , et tumultueux.

Le tumulte des battemens du cœur rendait l'analyse des bruits de cet organe assez difficile. Ces bruits étaient tous les deux plus secs, plus âpres qu'à l'état normal ; pendant la systole particulièrement, on distinguait un bruit de frottement ou de froissement , comme si les valvules eussent été parcheminées ; point de véritable bruit de soufflet. Le maximum du bruit de froissement de parchemin existait dans la région des orifices gauches.

La région précordiale présentait une légère voussure ; elle était faiblement soulevée par les battemens irréguliers et tumultueux du cœur.

Pouls irrégulier, intermittent, à i6o , vibrant. Il n'y a ni bruit de soufflet, ni frémissement vibratoire dans les grosses artères.

Orthopnée ; toux , suivie de crachats muqueux. Matité et absence de la respiration vésiculaire dans toute la moitié inférieure du côté gauche, avec léger chevrottement de la voix. Dans le tiers inférieur de la partie postérieure de ce même côté , la respiration était brusque , soufflante , accompagnée d'un râle muqueux assez fin ; matité et égophonie très manifeste. En arrière, à droite, râle muqueux ou sous-crépitant , matité et retentissement de la voix

TROIS. CATÉG. D'oBSERV. d'enDOCARDITE. 121 1 moindres qu'à gauche. La malilé persiste dans le décubitus ■ sur le ven tre.

Les fonctions digestives ne sont pas notablement trou- Iblées; le malade dit être constipé.

Le foie descend au-dessous du rebord cartilaginertx des ( côtes.

L'anxiété est si grande , que le malade ne goûte pres- I que aucun moment de sommeil.

Diagnostic. — Induration et épais sissement des -valvules .gauches du cœur avec hypertrophie et dilatation de cet organe, i œdème des poumons , etc.

Prescription. — Boissons héch. ; looch avec poud. digit, 1 X grains 3 bouill. ; potag.

Les jours suivans, le pouls se ralentit, se régularise, se i développe et devient plus évidemment vibrant ( le 19 , on ne comptait que 96 puis, à la minute); le claquement de ] parchemin et le frémissement cataire persistent [on donne ( quelques pilules d^ opium pour procurer un peu de sommeil ; au malade. )

Cependant la dyspnée etl'anxiété deviennent extrêmes (i) < et le malade meurt , le 24 à lo heures du soir (le 10^ jour i après son entrée).

Autopsie cadavérique , 11 heures après la mort. 1° Habit, extér. — Teinte livide ou violette du visage et (du cuir chevelu. De gros troncs veineux sillonnent la poi- 1 trine et l'abdomen , et font communiquer les veines sous- ( cutanées des membres supérieurs avec celles des membres i inférieurs. Ces derniers sont le siège d'un engorgement san- : guin très prononcé , mais ne sont plus infiltrés. — Gonfle- 1 ment et distension des veines jugulaires.

2° Org. respirât, et circulât. — Sérosité jaunâtre, assez

(1) On observait, pendant les inouvcmens d'inspiration, une dépression très notable dans les cinquième et sixième espaces intercostaux du côté gauche.

abondante , à la partie inférieure du côté gauche de la poitrine. — Le poumon droit offre de nombreuses adhérences organisées , surtout dans ses scissures : il est assez léger et crépitant. Il est imbibé d'une grande quantité de sérosité qui ruisselle par la pression à la surface des incisions pratiquées dans son tissu. Sa partie inférieure est le siège d'un engorgement plus sanguin que séreux. — Le poumon gauche , comprimé par 1 epanchement séreux , est de moitié moins volumineux que le droit : il est flasque , crépite assez, et contient moins de sérosité que le droit.

La membrane muqueuse bronchique , recouverte de mucosités, offre une teinte d'un rouge violet qui contraste avec la couleur blanc-jaunâtre de la membrane interne des divisions de l'artère pulmonaire.

Le cœur est refoulé en haut , en dehors et en arrière. La portion non recouverte par les poumons a 4 pouc. 2 lig. verticalement et 5 pouc. 2 lig. transversalement. Il est situé transversalement, et sa pointe^st arrondie, mousse, effacée. Tous les vaisseaux veineux qui vont se dégorger dans les oreillettes sont remplis d'une grande quantité de sang. Le péricarde forme un sac pouvant contenir la tête d'un fœtus: on trouve dans sa cavité une cuillerée de sérosité sanguinolente.

Le cœur, avant d'avoir été vide, pèse, avec l'origine des gros vaisseaux 8n gratn. Diamètre transversal 7 p.

— vertical 5 p. i lig.

Circonféreuce la p.

On voit à la surface antérieure du cœur , sur les deux ventricules , des taches d'un blanc laiteux ou mat , vraies fausses membranes qui se détachent facilement : au-dessous le péricarde est intact. Quelques taches semblables existent extérieurement à l'origine de l'aorte , dont le contour présente une belle injection pointillée; vers l'union des ventricules et des oreillettes en arrière , on rencontre aussi quel-

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE. 123 ques plaques de même nature que les précédentes. Le sang (Contenu dans les quatre cavités est noir, semblable à la ; gelée de groseilles; en quelques points, il est recouvert I d'une espèce de couenne.

I Poids du cœur, vidé, lavé, avec l'origine des gros vaisseaux 5oo gram.

Le ventricule droit est d'un tiers plus grand qu'à l'état normal.

' Epaisseur de ses parois 3 lig»

I Circonférence de l'orifice de l'artère pulmonaire 5 p. 6 lig.

Les valvules de cette artère sont saines. L'oreillette droite est dilatée en proportion du ventri- I cule correspondant.

L'orifice auriculo-ventriculaire droit est énorme 5 p. 9 lig.

La valvule tricuspide , très développée , est épaissie , comme fongueuse, et présente vers sa pointe une induration fibro-cartilagineuse :| elle ne peut pas fermer complètement l'orifice auquel elle est adaptée.

Hauteur de la valvule 5 lig.

Les valvules sigmoïdes de l'aorte ferment l'orifice aortique assez exactement pour qu'un liquide versé dans l'aorte ne pénètre pas dans le ventricule gauche. Elles présentent dans leur épaisseur, à leur base et à leur sommet, des plaques jaunâtres, fibro-cartilagineuses ; elles sont plus ' épaisses qu'à l'état normal.

Circonférence de l'orifice aortique 3 p.

Des incrustations calcaires ou fibro-cartilagineuses occupent également l'origine de l'aorte, d'où elles s'étendent ' dans le reste de ce vaisseau : sa surface est inégale , raboteuse , et l'épaisseur de ses parois est aiigmentée ; des fron-

cemens et des reliefs plus ou moins marqués se rencontrent en différens points de la surface interne de celle artère.

Le ventricule gauche , plus dilaté que le droit , pourrait contenir un œuf de canne.

Ses parois ont 8 lig. d'épaisseur à la partie moyenne.

Les colonnes qui s'insèrent à la valvule bicuspide sont très fortes; leurs tendons sont également hypertrophiés, et les deux lames de la valvule sont très épaisses à la base (elles ont le double ou le triple de l'épaisseur normale).

L'oreillette communique assez librement avec le ventricule gauche.

Du côté de l'oreillette , chaque lame de la valvule présente des concrétions fibro-cartilagineuses qui font saillie sous la membrane interne. Vers l'insertion des tendons, celte membrane interne est rouge, comme fongueuse.

La membrane interne de l'oreillette gauche est légèrement ridée.

Circonférence de l'orifice auriculo-ventriculaire gauche 4 p* » lig-

Les deux lames valvulaires ont paru pouvoir fermer l'orifice.

La substance du cœur est un peu plus foncée en couleur qu'à l'état normal. Sa consistance est médiocre.

3^ Ors. disest. et annex. — Point de sérosité dans l'abdomen.

L'estomac et les intestins n'offrent rien de remarquable à l'extérieur.

Le foie est ratatiné, ridé ; son volume est un peu audessous de l'étal normal. — - Les granulations rouges sont effacées par les jaunes. — Il y a une grande quantité de sang dans la veine- porte.

La vésicule contient une médiocre quantité de bile , un peu foncée en couleur. — La vessie est à l'état normal.

40 Org. de l'innermt. — Le cerveau, peu volumineux,

TROIS. CATÉG. d'oBSERV, d'enDOC ARDITE. 1^5 est abreuvé d'une abondante sérosité : il semble y avoir macéré. Les mailles de la pie-mère sont infiltrées de ce liquide, qui baigne encore le fond des circonvolutions quand on a

I enlevé les méninges. La substance cérébrale est un peu

1 molle.

Les artères de la base du crâne sont ossifiées.

Femme de 7a ans. — Oppression, palpitations, étouffement, irrégularité et i intermittence du pouls; bruit de froissement de parchemin , sans véritable bruit tde soufflet, pendant les baltemens du cœur. — Epaississemenl, induration des vyalvules tricuspide , bicuspide et aortiquej , sans rétrécissement des orifices. — lEpaississement de la membrane interne du ventricule gauche , ecchymoses , etc.

Durand (Claude-Françoise) , âgée de 72 ans , d'une assez tforte constitution, mère de quatre enfans , fut admise à la cclinique, le 2 août i834- Née de parens asthmatiques , elle eétait depuis long-temps elle-même habituellement oppresssée et sujette à des palpitations. Toutefois, elle n'avait ccessé complètement de travailler que depuis trois mois.

Au moment de son entrée, les membres inférieurs étaient ttrès légèrement infiltrés et l'abdomen distendu par une ranédiocre quantité de sérosité. La malade , assise dans son llit , ne respirait qu'avec une extrême difficulté; l'anhélaition , l'étouffement auquel elle était en proie ne lui laissait ^"goûter aucun moment de sommeil.

Visage jaunâtre , terreux, fatigué; léger gonflement des weines jugulaires.

Pouls irrégulier, intermittent, un peu dur et vibrant, rmais peu développé. Les battemens des carotides sont visi- Ibles dans une certaine étendue , mais ne sont point accomfpagnés de frémissement cataire.

Matité, absence de respiration et chevrottement de la voix, àà la partie inférieure du coté gauche de la poitrine.

La matité de la région précordiale se confond en dehors

avec celle de la région externe de la poitrine. La main appliquée sur la région précordiale sent a peine les battemens du cœur: ils sont tumultueux, irréguliers, intermittens, très fréquens (i48 à iSa par minute). On ne sent pas distinctement de frémissement vibratoire.

Les bruits du cœur sont secs, accompagnés d'un bruit analogue à celui d'un froissement de parchemin ; pas de bruit de soufflet bien caractérisé. Dans la région des cavités droites, les bruits sont plus obscurs, moins secs que dans celle des cavités gauches.

Diagnostic — Induration des "vahules , sans rétrécissement bien notable — Hypertrophie du cœur. — Hjdrothorax .

Malgré l'emploi de la digitale et des autres moyens indiqués en pareil cas , la malade succomba le a3° jour de son entrée (2 5 août).

Autopsie cadavérique y heures après la mort. V Habit, extér. — Les membres ne sont pas infiltrés. Etat de marasme assez prononcé.

2° Org. respir. et circul. — La cavité gauche de la poitrine contient une sérosité mêlée d'une grande quantité de sang. Les poumons sont gorgés de sang et de sérosité.

Le péricarde adhérait à gauche avec la plèvre pulmonaire correspondante. 11 contenait une très petite quantité de sérosité. Les cavités du cœur sont distendues par une énorme quantité de sang coagulé , analogue à de la gelée de groseilles. Débarrassé de ses caillots , le cœur est d'un bon quart plus volumineux qu'à l'état normal.

Les trois lames de la valvule bicuspide sont épaissies, fibro-cartilagineuses ; leur surface est inégale et chagrinée. Comme l'orifice auriculo-ventriculaire droit est dilaté, la valvule bicuspide nous a paru trop étroite pour pouvoir le fermer bien complètement.

Les valvules aor tiques sont épaissies, incrustées de plaques calcaires, mais encore assez flexibles, et elles peuvent fermer exactement l'orifice qu'elles bordent. Les deux

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE. I27

lames de la valvule bicuspide sont également épaissies et incrustées de plaques calcaires : cette valvule n'est pas d'ailleurs notablement déformée , et malgré son épaississemcnt , elle peut jouer assez librement. L'orifice auriculoveniriculaire gaucbe n'est pas notablement rétréci. La surface interne du ventricule gauche , surtout vers l'orifice aortique , est rouge et comme ecchymosée ; en quelques points, elle offre un aspect laiteux; et là, son épaisseur est double de celle de l'état normal. Au-dessous des lambeaux de cette membrane, existe en certains points une véritable infiltration-sanguine.

Les parois ventriculaires sont un peu épaissies ; leur tissu brunâtre se déchire avec facilité ; les cavités ventriculaires sont un peu dilatées.

Les artères coronaires transformées en tissu osseux , pétrifiées, ressemblent à des branches de corail.

L'aorte , dans toute son étendue, est parsemée de plaques calcaires , analogues à des coquilles d'œuf ; ses parois épaissies, hypertrophiées, crient sous l'instrument qui les divise. Autour de certaines plaques , qui semblent avoir été en contact immédiat avec le sang, on observe des rides, des dépressions, des froncemens , qui ressemblent à des espèces de cicatrices. La membrane interne offre une teinte d'un léger jaune nankin.

L'artère pulmonaire est exempte des altérations que présentait l'aorte.

Tout le système veineux en général est gorgé de sang : de là une teinte rouge très foncée de la membrane muqueuse gastro-intestinale, etc.

S II. Observations d'épaississement et d'induration des valvules du cœur, avec rétrécissement considérable des orifices du coeur. *

l** Rétrécissement de V orifice auriculo-'ventriculaire gauche, par induration et épais sis sèment de la n)ahule hicuspide (i).

Fille de i8 à 20 ans, ayant le rachis dévié. — A la suite de douleur dans la région précordiale, symptômes d'un obstacle à la circulation à travers les cavités du cœur; bruit de soufflet. — Mort long-temps après le début des premiers accidens. — Induration fibro-cartilagineuse de la valvule bicuspide, avec rétrécissement de l'orifice auriculoTentriculaire gauche; dilatation et hypertropiiie des oreillettes. — Hypertrophie et dilatation du ventricule droit. — Masse decoagulum encore récent dans les cavités droites.

Une jeune fille de 18 à 20 ans , ayant le rachis dévié et la poitrine très étroite , fut reçue à la clinique, le 16 ou 17 octobre i83i. Depuis long temps déjà, elle éprouvait une dyspnée considérable et des palpitations , symptômes qui avaient été précédés de douleur dans la région précordiale. Elle était, pour ainsi dire , à l'agonie , au moment où je la lis admettre à l'hôpital. Les extrémités étaient froides, violettes, infiltrées ; le visage bouITi, les lèvres d'un violet tellement foncé qu'il approchait du noir ; l'anxiété et l'étouffement étaient extrêmes ; elle était dans un état de jactitation continuelle et cherchait vainement une position qui rendît sa respiration plus libre j le pouls était si petit, qu'on le sentait à peine.

Les battemens du cœur étaient tumultueux et accompagnés d'un bruit de soufflet très marqué. Bien que l'agitation perpétuelle ne m'eut permis qu'un examen peu appro-

(i) De tous les orifices du cœur, l'orifice auriculo-ventrieulaire gauche est, d'après mes observations , celui qui est le plus souvent le siège delà lésion que nous éludions. Vient ensuite l'orifice aorlique. Les orifices droits se rétrécissent beaucoup plus rarement que les gauche*.

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE. 120

fondi de cette malheureuse, j'annonçai l'existence d'un rétrécissement de l'un des orifices du cœur, avec dilatation et hypertrophie de cet organe.

Je fis pratiquer deux petites saignées, qui ne procurèrent qu'un soulagement passager, et n'eurent d'autre effet que de retarder un peu le moment fatal. La malade succomba le 3" jour après son entrée, ayant fait des efforts pour se lever, comme si elle eût voulu fuir letouXfement qui la torturait, et chercher l'air qui* lui échappait à chaque instant.

Autopsie cadavérique^ 22 heures après la mort.

Congestion veineuse générale ; sérosité dans les membres, l'abdomep, le thorax et le crâne. Poumons sains, seulement un peu œdémateux .

Le cœur, non vidé du sang qu'il contient, est double du poing du sujet. L'oreillette droite est énormément distendue par des caillots de sang, ressemblant à de la gelée de groseilles foncée en couleur (l'oreillette, avant d'être vidée, avait le volume d'un œuf d'autruche). Ces caillots s'étaient sans doute en partie formés dans les derniers instans de la vie. Les autres cavités du cœur contenaient aussi des caillots , mais en moindre quantité.

Déjà le chef de clinique ( M. Genest ) avait ouvert le cœur, et n'avait point trouvé le rétrécissement diagnostiqué. Ayant voulu examiner moi-même plus en détail le cœur, je ne tardai pas à rencontrer un rétrécissement de l'orifice auriculo-venlriculaire gauche, que je montrai aux élèves présens. Cet orifice , par suite de l'épaississement et de l'induration de la valvule, qui était en même temps déformée , figurait une boutonnière ou une sorte de glotte recevant difficilement le bout du petit doigt. L'induratioa était fibro-cartilagiueuse, sans traces d'ossification.

L'artère pulmonaire et l'aorte étaient, à l'intérieur, d'un rouge assez vif, saines du reste ( nulle décomposition du

i3q maï-adies du coeur en particulier. cadavre, nulle imbibition ailleurs, en sorte que celle rougeur paraissait n'être point cadavérique).

Les deux oreillettes, considérablement hypertrophiées y avaient des colonnes charnues comparables aux. faisceaux des ventricules. Lagauche|était moins dilatée que ladroite. Le ventricule droit était dilaté et hypertrophié au point de ne pas différer notablement d'épaisseur avec le ventricule gauche , qui n'offrait aucune lésion sensible : tissu du cœur ferme et assez vermeil. .

Le foie , volumineux , dur, dense , était abreuvé de sang (en quelques points, il existait réellement une sorte d'apoplexie hépatique).

Congestion veineuse de la membrane muqueuse gastrointestinale; ramollissement de la muqueuse gastrique ; développement des follicules discrets et agminés de l'intestin grêle en plusieurs parties ( quelques plaques tendaient même à l'ulcération, et la membrane muqueuse se détachait avec facilité de la membrane sous-jacente).

Matrice d'une petitesse extrême, et comme rudimentaire.

Bonne consistance du cerveau. Sérosité en médiocre quantité dans les ventricules.

OBSERVATION 69e.

FUlc de 19 ans. — A la suite d'une fluxion de poitrine , palpitations, éioufTement, bruit de soufQet sibilant du cœur; impulsion de cet organe très forte et très étendue ; frémissement vibratoire ou cataire. — Pleuro-pneumonie aiguë, intercurrente.— Mort trois ans environ après le début de l'affeclion du coeur. — Epaississement des valvules bicuspide, tricuspide et aortiques ; rétrécissement considérable de l'oriGce auriculo-vcnlriculaire gaucbe; taches jaunâtres sur la membrane interne de l'oreillette gauche , sur celle de l'artère pulmonaire et de l'aorte. — Hypertrophie et dilatation du cœur en général , et surtout du Tentrlcule droit , etc.

Louise Poitevin, âgée de 19 ans, couturière, d'une constitution grêle et délicate , nerveuse , cheveux châtains, fut admise dans le service clinique, le 20 novembre i832. Elle avait été réglée à 16 ans. Sujette aux Jlueurs blanches ,

TROIS. CATÉG. d'oBSEKV. d'eNDOCARDITE. i3i

elle dit n'avoir jamais joui d'une sanlé parfaite. Ses père et mère vivent encore et se portent bien. — A l'âge de i5 ans, elle fut placée à la campagne, chez un médecin. Elle frottait l'appartement, tirait une grande quantité d'eau, ce qui la fatiguait extrêmement. Il y a trois ans^ elle fut atteinte d'une pleuro-pneumonie gauche, pour laquelle elle fut admise à l'hôpital de la Pitié (service de M. Serres). C'est à la suite de cette maladie que sont survenues des palpitations et de l'oppression. Il y a deux ajis et demi qu'elle fut reçue à l'hôpital Necker pour cette dernière maladie. [On lui fit une application de sangsues pour rappeler ses règles qui étaient arrêtées , et on lui recommarula le repos. ^

A l'entrée de la malade , nous observâmes l'état suivant: teint pâle, lèvres \\n peu violacées, visage fatigué, exprimant l'anxiété; attitude demi-assise dans le lit pour respirer plus facilement. La température de la peau est de Sy".

Point de notable infiltration j oppression continuelle (28 inspirations par minute); pouls petit, offrant quelques irrégularités, vibranj;, à 60 par minute.

La poitrine résonne bien partout , si ce n'est dans la région précordiale ; la respiration s'entend aussi partout.

Les batlemens du cœur sont très forts et très étendus r cet organe vient frapper dans toute sa largeur la main appliquée sur la région précordiale (celle-ci rend un son mat partout où se fait sentir l'impulsion du cœur). Au niveau de la 6= côte, existe un frémissement cataire très prononcé et isochrone à la contraction ventriculaire. Dans la résion des cavités gauches , on entend un bruit de scie ou de râpe très sec, prolongé, filé en quelque sorte, et se terminant par un roucoulement ou sifflement dont le maximum d'intensité existe au niveau de la 4'^ côte, un peu en dehors du sein, mais que l'on distingue aussi parfaitement vers la pointe de l'omoplate gauche. Ce bruit de scie filé et sibilant remplace le double bruit normal du cœur.

l32 MALADIES DU COEUR EN PARTICL'LIlin.

Sur le trajet des carotides, on entend un bruit de soufflet à double courant.

Les fonctions digestives ne sont pas notablement dérangées.

Diagnostic. — Induration des 'valuules gauches du cœur^ avec rétrécissement d'un orifice. — Hypertrophie générale du cœur avec dilatation.

Nous essayâmes , chez cette malade, l'hydriodate de potasse , \anté comme propre à combattre l'hypertrophie du cœur (on commença par la dose d'un quart de grain) ; douze sangsues furent appliquées sur la région du cœur.

lo décembre. L'élat de la malade avait changé. Le pouls était à 56 , toujours petit , quoique vibrant , un peu irrégulier. L'exploration des battemens et des bruits du cœur, répétée chaque jour, fournit constamment les résultats signalés plus haut.

Les jours suivans, le pouls s'accélère ( le ao , il s'élève à I20 par minute).

0.1. L'oppression est telle, que la maiade ne peut dormir; le pouls est à i3o, petit, comme sautillant ; visage altéré ; langue sèche [suppression de l'hydriodate de potasse , que Von donnait à la dose d'un demi-grain dans une potion gommeuse).

aS. Les règles qui avaient paru, il y a i5 jours, sont revenues de nouveau.

0.6. L'oppression est un peu moindre ; il existe un peu de sang dans les crachats. La malade, couchée sur le côté droit, ne veut pas qu'on la dérange pour l'examiner. (Une saignée de 2 palettes et demie. ^

2 janvier i833. La malade se trouve mieux. L'oppression a diminué, et il y a un peu de sommeil.

20. Les règles coulent en très grande abondance, et celte énorme perte de sang a été accompagnée d'u.n saignement de nez considérable. Disposition aux lypothyrnies , pâleur extrême. Cependant les battemens du cœur isont toujours très forts.

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITÉ. i33 La malade se plaint d'une vive douleur dans le côté droit, ce qui nous détermine à examiner de nouveau la poitrine avec tout le soin convenable. On constate un défaut de résonnance et du râle crépitant des deux côtés, mais surtout à droite. On diagnostique une pleuro-pneumonie intercurrente.

La malade refuse avec obstination toute médication active, et spécialement les saignées (elle attribue aux premières sangsues qui lui ont été appliquées, il y a quelques années, tous ses maux ultérieurs). En conséquence , on se borne à V application d'un vésicatoirê , de cataplasmes émoi' liens, secondés par les boissons adoucissantes et un looch blanc.

29. Etouffement, anxiété extrême ; yeux presque éteints ; battemens du cœur très forts, uiolens. La malade expire à une heure après midi.

Autopsie cadai>érique ^ 20 heures après la mort.

1° Habit, extér. —Rigidité cadavérique ; demi-marasme. Infiltration des pieds et autour des malléoles. Lèvres un peu violettes; pâleur générale.

2° Organ. respirât, et circul. — Environ un demi-verre de sérosité dans le côté droit de la poitrine. Des fausses membranes minces, granulées, à demi organisées , quoique récentes, recouvrent le lobe inférieur du poumon droit. Au-dessous d'elles , existe une belle injection arborisée. Le lobe qu'elles recouvrent est dans un état d'hépatisation rouge et grise : son tissu est grenu, facile à déchirer, abreuvé de sang, de pus et de sérosité. Des masses de lobules ainsi hépatisées sont séparées les uns des autres par des colonnes dlintersection où le tissu pulmonaire jouit de toute son intégrité ( il est d'un blanc-grisâtre , crépitant , élastique, souple ). Ces portions contrastent à; l'intérieur et à l'extérieur avec les masses hépatisées, qui , sous le rapport de la rougeur , de l'injection et de l'infiltration sanr guine, représentept, en quelques points, des . fliass^g^ dç

l34 MALADIES DU CŒUR EN PAUTICULIER.

tissu cellulaire frappées de phlegmon. — La membrane muqueuse des bronches droites est très injectée et d'un rouge assez vif. — La partie inférieure du lobe inférieur du poumon gauche est en hépatisaiion grise (la pression en fait ruisseler du véritable pus). — Une hépatisaiion moins avancée existe au sommet du même poumon (le liquide qu'on en exprime par la pression offre une teinte jaunâtre ou rouillée). Malgré cet état d'hépatisation , les deux poumons jetés en masse dans un vase rempli d'eau , surnagent.

Le péricarde contient une médiocre quantité de sérosité jaune. Le cœur, très volumineux , est placé presque transversalement dans le côté gauche de la poitrine. Sa pointe regarde le bord supérieur du cartilage de la 6*^ côte. L'oreillette gauche répond au second espace intercostal. La face antérieure du cœur est presque entièrement à découvert (le poumon gauche recouvre seulement une partie des cavités gauches). La portion non recouverte par les poumons offre une étendue à peu près égale à celle de la paume de la main et appartient presque exclusivement au ventricule droit hypertrophié et dilaté.

Atant d'avoir été vidé de ses caillots, le cœur pèse iliv. a onc.

Vidé et lavé , il pèse la pnc

Dimensions du cœur encore plein de sang :

Diamètre vertical 4 pouc. 7 lig.

— transversal 4 pouc. a liç.

— antéro-poslérieur 3 pouc. > lig.

Circonférence à la base 10 pouc. 6 lig.

Les cavités droites contiennent une graiide quantité de sang coagulé (la masse des caillots, qui sont noirs et récens, égale le volume d'un œuf ).

La cavité du ventricule droit pourrait contenir un gros œuf : elle dépasse d'un quart celle du gauche (celui-ci sembtené former qu'un appendice du droit). Les colonnes

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE. i35

charnues sont épaisses, hypertrophiées, très multipliées; leur tissu est ferme et vermeil.

L'oreillette droite, moins dilatée proportionnellement que le ventricule, est hyperlrophiée,( ses colonnes charnues sont très épaisses j.

L'orifice auriculo-ventriculaire droit estlibre. La valvule tricuspide , plus épaisse qu'à l'état normal , est d'ailleurs Lien conformée.

Le ventricule gauche contient un caillot du volume d'une grosse noix. Ainsi qu'il a été dit , sa capacité est d'un quart moindre que celle du droit. Ses parois ont g lignés d'épaisseur. Ses colonnes charnues sont proportionnellement moins vigoureuses que celles du droit. Son tissu est ferme , vermeil, rosé, comme cela se voit ordinairement dans la véritable hypertrophie.

L'oreillette gauche offre une cavité a peu près égale à celle de la droite. Bien que dilatées , ses parois sont épaissies (elles ont 2 lignes d'épaisseur).

L'orifice auriculo-ventriculaire gauche, du côté de l'oreillette, représente une fente elliptique , dont le grand diamètre ne dépasse pas 3 lignes. Cette fente permet à peine l'introduction du bout du doigt.

Les deux lames de la valvule , réunies par leurs côtés de manière à former un Véritable anneau , sont considérablement épaissies et transformées en un tissu fibro-cartilagi» neux, criant sous le scalpel.

L'orifice aortiqùe n'est pas notablement rétréci. Cependant les valvules sigmoïdes sont plus épaisses qu'a l'état normal ; leur bord libre ou supérieur est même fibro-cartilagineux et surmonté de petites végétations granuliformes.

La membrane interne du cœur est blanche partout, si ce n'est dans l'oreillette droite, où elle est légèrement rosée. Elle est parsemée , dans l'oreillette gaiiche , de quelques taches d'un blanc jaunâtre : plus épaisse qu'à l'état normal,

l36 MALADIES DU COEUH EN PARTICULIER,

elle se détache assez facilement du tissu musculaire sousjacent, lequel est composé de faisceaux pressés les uns contre les autres, extrêmement épais et analogues aux couches des parois ventriculaires.

L'aorte est généralement étroite. Ses parois sont minces. Sa membrane interne, blanche, est parsemée de taches analogues à celles de l'oreilleite, formant deux espèces de traînées , plus marquées vers sa terminaison.

L'artère pulmonaire, dont les valvules sont saines, est parcourue de points jaunes, formant un relief plus ou moins marqué à sa surface interne. Eu incisant ces points, pn y trouve une matière comme crayeuse. Celte altération se prolonge au loin dans les divisions de l'artère. Il n'existe ni rougeur, ni injection de la membrane interne de ce vaisseau.

La veine-cave contient des caillots de sang qui se prolongent en longs cordons dans les veines des membres inférieurs. Cette veine est un peu dilatée. Sa membrane interne est blanche.

Org. digest. et aniiex. — Le foie est plus volumineux qu'à l'état normal , surtout dans le sens de la longueur ; il contient beaucoup de sang qui s'écoule à la surface des incisions pratiquées dans son tissu. La vésicule contient une bile d'un jaune foncé, qui a fortement coloi'é la membrane interne.

La membrane interne de l'estomac présente une rougeur assez vermeille, et conserve sa consistance normale, excepté dans le grand cul-de-sac, où elle est sensiblement diminuée.

Rougeur dans toute l'étendue de l'intestin grêle; dans le dernier pied de cet intestin , éruption de granulations multipliées.

La même éruption a lieu dans le cœcum et le commencement du colon, où la rongeur se fonce davantage, pour se continuer ainsi jusqu'à l'extrémité de cet organe.

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE. l3'] Utérus plus volumineux que clans l'état normal , contenant dans sa cavité dilatée un petit caillot de sang, du vo» lume d'un haricot; rougeur, sorte d'infiltration sanguine des lèvres du col utérin, dilatation du vagin.

Vessie vide, contractée , rouge "vers le col et le bas-fond, où existent quelques gouttes d'une urine un peu trouble. Reins parfaitement sains.

Jeune Iiomme de 28 ans. — Palpitations; in61lralion des membres inférieurs , et ascite, à la suite de toux prolongée. — Bruit de râpe dans la région prccordiale , avec battemens tumultueux du cœur, et pouls irrégulier, d'une extrême petitesse. — Mort quelq\ies années après les premiers accidens. — OssiOcalioB delà valvule raitrnle, avec rélrécisscment très considérable de l'orifice auriculoventriculaire çauche. — Hypertrophie avec dilatation du cœur.

Claude Decodst, âgé d eaS ans , d'un tempérament sanguin , né de parens qui ne pai-aissent pas avoir eu de maladie du cœur , affecté dans sa jeunesse de quelques maux syphilitiques, eut quelque temps après la puberté , des hémorrhoïdes qui revenaient à des intervalles irréguliers. Il alla , n'étant âgé que de 21 ans, dans l'Amérique Méridionale, et il y resta environ cinq ans. Pendant son séjour, il eut, dit-il, les fièvres, à diverses reprises, et il toussait habituellement. A son retour, la toux diminua et les hémorrhoïdesdisparurent; à cette époque il éprouva des chagrins assez considérables. Jusqu'alors il n'avait point ressenti de palpitations ; néanmoins , il s'essoufflait facilement, surtout en montant; enfin, vers l'année dernière, il éprouva c/e^ symptômes de maladie du cœur pour lesquels il consulta divers médecins. Au mois de juin dernier , il tomba plusieurs fois en syncope, à des intervalles peu éloignés ; il en fut effrayé, et se détermina à venir à l'Hôtel-Dieu , où il fut reçu au commencement du mois de juillet 1823 ( n" ^5 , salle di^ Rosaire).

l38 MALADIES DU CŒUR EN PAUTICULIER.

Six saignées furent pratiqués; on appliqua une vessie de glace sur la région précordiale.

Au bout d'un mois de ces applications continuées, la maladie avait tellement diminué , que Decoust se crut guéri, et il sortit de l'hôpital. Mais les palpitations s 'étant renouvelées , il ne tarda pas à rentrer. Cette fois, on employa la digitale pourprée à la dose de 12 gr. par jour (on lui associa le laurier-cerise) , ce qui calma les palpitations et la dyspnée. Le malade se levait , se promenait, et espérait bientôt sortir ; ce fut sur ces entrefaites qu'il ressentit de l'embarras dans ses digestions ; l'appétit disparut , la dyspnée se renouvela, et força le malade à garder le lit.

Le 6 octobre iSaS, on observait les symptômes suivans: — Le malade , assis , plutôt que couché dans son lit, la tête ordinairement penchée sur la poitrine, respire avec une grande difficulté. Toute sa peau est décolorée (lespommettes cependant et les lèvres présentent une légère teinte violette). Les prunelles sont dilatées, les yeux entourés d'un cercle bleuâtre , toux assez fréquente, son mat à la partie inférieure de la poitrine.

L'œil distingue des battemens tumultueux du cœur : on les entend jusque dans le dos, confus et sans intervalle distinct; ils sont accompagnés d^un bruit de lime bien marqué.

Le pouls est irrégulier , linéaire , presque insensible.

L'ensemble des signes indiqués ne permettait pas de méconnaître un rétrécissement de quelqu'un des orifices du cœur.

Le 7 octobre , céphalalgie sus-orbitaire ; langue toujours pâle , mais un peu chargée ; léger dévoiement ; oppression; froid des mains.

Ipécacuanha 18 gr.; huile de ricin; cautère sur la région du cœur; pilul. de cynoglosse.

Les jours suivans, le tumulte du cœur continue; la peau se réchauffe et même se couvre de sueur ; l'anxiété et la dyspnée persistent ; le sommeil est nul ou interrompu par

TROIS. CA.TÉG. d'observ. d'endocardite. iSg . des réveils en sursaut. (Même genre de traitement. ) — Le malade vomit; ses jambes s'infiltrent; l'étouffement aug- : mente ; les batteraens du cœur sont très forts et très éten- . dus, avec bruit de râpe.

Le 21 , le dévoiement est considérable ; la faiblesse extrême.

Or g. émuls.; pilai, merc. ai/ec extr. gom. théb.; lait. Le 25, le malade se dit mieux, il tousse moins. — Ce- : pendant, il tombe peu à peu dans un assoupissement con- ; tinuel ; il est si oppressé et si faible^ qu'il ne peut répondre aux questions, et que le moindre examen le fatigue et l'imiporiune ; l'œdème et l'abattement vont en augmentant. — (On prescrit, au lieu de pilules mercurielles , i gros V d'onguent napolitain). — Le malade succombe, le 8 no- ^vembre. ^ Autopsie cadai>érique.

Sérosité abondante dans les plèvres et le péritoine ; infilt traiion des membres.

Cœur très volumineux (i), ayant à peu près 6 p. de diar mètre , tant dans le sens vertical que dans le sens trans- \ versai ; ventricules énormément dilatés , ayant leurs parois i un peu épaissies j l'oreillette gauche est aussi dilatée. — Uoriifice auriculo-ventriculaire gauche admet à peine l'extrémité du i doigt; la valmle mitrale est ossifiée dans une grande partie i de sa circonférence.

La base des poumons est gorgée de sang.

L'estomac est d'un rouge violacé; il en est de même, mais 3 à un moindre degré , de tout le tube intestinal.

(i) M. Cruveilhier, qui suivait alors, ainsi que moi, la clinique de M. Récaer, dit n'avoir jamais vu un cœur aussi gros. ( M. Cruveilhier était Tenu à ris à cette époque pour le concours de l'agrégation. )

2" Rétrécissement de l'orifice aortique, par induration et épaississenient des valvules sigmoïdes de V aorte.

OBSERVATION 71» (i\

Femme de 7a nns. — Après cinq mois d'une douleur dans la région précordinle avec fièvre , symptômes d'un obstacle à la circulation à travers le cœur; infiltration, palpitations, étouffcment; bruit de râpe dans la région précordiale. — Pneumonie aiguë , intercurrente, suivie de mort, six mois après les premiers symptômes apparent de maladie du cœur. — Induration , pélriOcation des valvules aorliques, avec rétrécissement considérable de l'orifice aortique, et dilatation du cœur, etc.

Soulagette (Marie-Elisabeih) , sans état, âgée de 72 ans, d'une haute stature, d'une complexion forte, chargée d'embonpoint, entra le 22 août i83i, à l'hôpital St-Louis , salle Bourbon , n° 11.

Soulagette s'est toujours très bien portée jusqu'à la fin de mars, qu'elle fut prise de frisson avec fièvre et douleur sourde dans la région du cœur. Jusque là, elle assure n'avoir jamais ressenti de palpitations et n'avoir jamais trouvé de difficulté à monter un escalier.

Traitée par deux applications successives de sangsues à l'anus , par la poudre de digitale en pilules et les lavemens purgatifs, elle fut bientôt en état de quitter le lit, mais tout en conservant sa douleur de côté et des palpitations que la moindre agitation faisait redoubler. A compter de cette époque , il lui fut impossible de monter même un étage sans se reprendre , et la respiration demeura toujours anxieuse.

Bientôt après, les jambes et successivement toutes les parties , jusqu'aux mains, s'œdématièrent.

(1) Cette observation a été recueillie par M. le docteur Th. Lemas'ion , alors interne à l'hôpital Saint-Louis. (A celte époque , je remplaçais M. le docteur François , au service duquel M. Leraasson était attaché. ).

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE.

Soulagette entra à l'hôpital , cinq mois après les premiers ssymptôinep apparens de sa maladie. A sa physionomie, et à Il'anxiété de sa respiration, il était facile de reconnaître à fpriori une lésion du côté de l'organe central de lacirculation. IL'auscultation faisait entendre les bruits du cœur dans une itétendue très grande , et l'on distinguait en même temps cce susurnts , que l'on désigne généralement sous le nom de : Ibruit de râpe. Pouls petit , inégal , intermittent. Du reste, ilhydropisie générale avec ascite considérable.

Respiration anxieuse ; décoloration des lèvres qui paraisssent bleuâtres; décubitus forcé sur le dos et dans une aattitude semi-assise ; peau fraîche et sèche ; soif très grande ; {point ou presque point d'urines ; selles rares; langue naturrelle.

M. Bouillaud, qui remplaçait provisoirement M. le doctteur François, annonce l'existence d'un rétrécissement dé irjtn des orifices du cœur par lésion organique des 'valvules , eet une hyvertrophie du cœur avec dilatation.

Saignée du bras. — Un lavement avec le miel de mercuriale. — Orge et réglisse nitr. pour boisson. — (La saignée n'ayant ipu être pratiquée à cause de l'œdème , est remplacée par uune application de trente sangsues à l'anus.)

Un peu de soulagement succéda à l'émission sanguine, iquoique locale, qui fut répétée plusieurs fois, jusqu'à la ifin d» la première quinzaine de septembre, que Soulagette Ifut prise d'une double pneumonie des lobes inférieurs.

M. François, qui avait repris son service depuis quelques [ijours , et administré la décoction de kahinça (8 onces de cdécoction de 2 gros de racine par jour), suspendit celte idernière potion pour recourir à l'emploi du tartre stibié, espérant agir à la fois et contre la pneumonie et contre il'hydropisie.

Quoi qu'il en soit , les symptômes allèrent toujours en >s'aggravant, et la malade périt le septembre, un mois a après son entrée.

Autopsie cadavérique.

Org. respirât, et circulât. — Epanchement de sérosité légèrement trouble dans les deux plèvres. — Hépalisalion des deux poumons dans leur moitié inférieure.

Le volume du cœur est double de celui du poing du sujet. Celte augmentation de volume tient en partie à la distension des cavités par des caillots de sang. Vidé du sang qu'il contient, le cœur est encore d'un bon tiers plus volumineux qu'à l'état normal. Des caillots qui. remplissaient les cavités , les uns étaient récens et pour ainsi dire frais , analogues à de la gelée de groseilles foncée en couleur; les autres, plus anciens, décolorés, adhéraient un peu aux colonnes charnues.

Les trois valvules aortiques, tout-h-fait déformées , sont changées en un tissu calcaire qui résonne comme un calcul vésical , et ne sont susceptibles d'élévation ni d'abaissement ; la zone tendineuse à laquelle s'insèrent ces valvules est également ossifiée ou pétrifiée. L'ouverture permanente que circonscrivent les valvules indui^ées est réduite à une 'espèce de fente de 3 à 4 lignes de longueur , et à travers laquelle on peut à peine introduire l'extrémité du petit doigt. La surface des valvules est inégale et rugueuse. Les autres orifices du cœur sont libres. La valvule bicuspide ou mitrale est notablement épaissie , ainsi que les parois de l'oreillette correspondante. La cavité de cette oreillette est en même temps sensiblement dilatée. Le ventricule gauche est hypertrophié et dilaté : ses parois ont de 7 à 8 lignes d'épaisseur; sa cavité contiendrait un œuf de canne. Le tissu de ce ventricule est comme desséché et friable , granuleux plutôt que fibreux. Il y avait à sa surface externe quelques taches d'un rouge sombre, analogues aux taches scorbutiques et dues comme ces dernières à une sufjiision sanguine. Le ventricule droit ne semblait former qu'un appendice du gauche : il était un peu dilaté , avec amincissement de ses parois ; son tissu semblait moins altéré que

TROIS. CAÏÉG. d'oBSILRV. d'eNDOCAUDITE.

celui du gauche. L'oreillette droite, un peu dilatée, n'offrait d'ailleurs rien de notable.

La membrane interne du cœur et de l'aorte offrait une rougeur probablement due à l'imbibition sanguine.

La face interne de l'aorte était rouge aussi et en même temps parsemée de points ou plaques jaunâtres. Le calibre de cette artère était plutôt augmenté que diminué , surtout dans la portion sous-sternale. 11 existait un notable épaississement des parois. "

2° Ovg. digest. — La cavité péritonéale est remplie outre mesure par un liquide citrin , mélangé de flocons albumineux. — La surface du paquet intestinal est d'un rose rouge dans certains points ; ailleurs, d'un rouge violacé.

La membrane muqueuse , depuis le grand cul de sac de l'estomac, jusqu'à la fin du gros intestin, est d'un rouge lie-de-uin et recouverte d'un enduit inucoso-sanguinolent ; à "voir les intestins , on serait porté à croire quil y aurait eu enipoisonnement par quelque substance acre (i).

OBSERVATION 72« (a).

Femme de 60 ans. — Infiltration générale, palpitations, bruit de soufflet du cœur, pouls presque insensible, etc. — Rétrécissement très considérable de l'orifice aortique, par suite de l'ossification des valvules sygmoïdes de l'aorte (5). — OssiGcalion du canal artériel, — Hypertrophie et dilatation du cœur.

La nommée M. , âgée de 60 ans , fut placée au n" 4 de la salle Sl-Joseph, de l'hôpital de la Charité , où elle avait été apportée le 7 décembre, dans un état des plus graves et , presque mourante. Cette femme avait cessé d'être réglée à l'âge de 5o ans , et depuis ce temps s'était constamment

(r) Dans les derniers jours de la vie, à la suite de l'administration de l'émélique, la langue élait sèche, pointue et racornie.

(2) Celie observation m'a été communiquée par mon savant confrère, M. le docteur Dalmas.

(5) Voyez la planche III (bis.)

l44 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER,

plaint dclouffement, et elle avait été enflée à plusieurs reprises. (Elle n'avait jamais eu de maladie vénérieiine , et n'avait jamais pris de mercure.)

Le lendemain 8 décembre, lorsque je la vis, elle était dans l'état suivant : extrémités froides, violacées, infiltration légère, molle, mais générale, du tissu cellulaire souscutané 5 lace vultueuse; veines du col, distendues. — Orlhopnée, suffocation, parole difficile (lamalade seplaint surtout de la poitrine). •

La région du cœur percutée ne donne point de son. Les battemens du cœur s'y entendent avec un peu plus de force, peut-être, que dans l'état normal, mais ils sont accompagnés d'un bruit de soufflet bien marqué. Ils sont réguliers ; mais on ne sent qu'à peine le pouls aux artères du poignet.

Ces signes permirent d'établir sur-le-champ le diagnostic suivant : rétrécissement des valvules aortiques et hyper Irophie du cœur.

Quoique l'ensemble des symptômes fut des plus graves , et la circulation veineuse surtout fort empêchée, il me pai'ut convenable d'essayer de soulager, s'il en était temps encore, cette malade. En conséquence, i5 sangsues Jurent appliquées sur la région du cœur ; des pédilmes et des jnanuluves furent prescrits. — Le nitrate de potasse fut donné à la ■dose d'un demi-gros par pinte de chiendent miellé.

Le lendemain 8 décembre, au moment de la visite, somnolence, état voisin de l'état sub- apoplectique. Aux palpitations près qui ont un peu diminué, tous les symptômes graves persistent ou ont augmenté. Le pouls est, comme la veille , presque insensible.

Dans la journée , la faiblesse augmente, la coloration des mains devient de plus en plus violacée. Mort dans la nuit.

Autopsie cadavérique , le 10 décembre.

Il y a une quantité nola.ble de sérosité cilrine dans cha-

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE. 1/^5 que plèvi'e , un peu dans le péricarde et dans le péritoine.— ]Le foie est volumineux, endurci, altéré dans sa structure.

Partout le tissu cellulaire sous-cutané est infiltré, mais à un léger degré : il a encore sa mollesse , sa flaccidité habituelle chez les sujets qui ont été à plusieurs reprises affectés d'anasarque. Le syst^ème veineux est partout très engorgé.

Le cœur, qui a le volume des deux poings, remplit presque la totalité du péricarde, distendu, et contenant un peu de sérosité. L'hypertrophie avec dilatation est générale , c'est-à-dire qu'elle occupe les quatre cavités , mais l'hypertrophie l'emporte'sur la dilatation dans le ventricule gauche , tandis que c'est l'inverse dans les cavités droites. Le sang qu'elles contiennent est pris en caillots mous, noirs , semblables à des masses de gelée épaissie ; ils sont peu adhérens , nullement fibrineux.

Le sang enlevé , il est facile de voir, en introduisant le doigt par le ventricule gauche comme par l'artère aorte, qu'il y a un obstacle mécanique à l'orifice aortique.

Cet obstacle résulte de l'épaississement considérable des trois Valvules sigmoïdes, qui sont maintenues fixes à une petite distance l'une de l'autre , en ne laissant entre elles qu'une fente, ou plutôt un trou irrégulièrement triangulaire , à peine capable de laisser passer un petit pois. Ainsi dégénérées, les valvules n'ont plus rien de leur forme, de leur mobilité , ni de leur mollesse ordinaire.

La matière qui les constitue est dure , cassante, évidem ment de nature calcaire.

A l'intérieur de la crosse de l'aorte , qui a à peu près les dimensions ordinaires , on ne remarque que quelques rudimens de taches cartilagineuses; mais, plus haut, il existe des altérations plus prononcées.

Immédiatement après la naissance du tronc brachio-céphalique , de la carotide et dé la sous-clavière gauches , au-

Page 1