‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource] (volume 2)Chapitre 12 sur 80 · lO · texte numérisé non relu

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MALADIES DU CCEUR EN PARTICULIER, dessous d'un éperon intérieur correspondant à l'angle de réflexion de l'aorte , il existe sur le côté interne (Je ce vaisseau une petite dilatation anévrismale avec altération et ossification des tuniques artérielles.

. L'excavation qui en résulte forme à l'extérieur une bosselure évidente, et à l'intérieur une poche capable de loger moitié d'une grosse noix. Assez régulièrement pratiquée sur le côté interne de l'aorte, elle est arrondie, et peut avoir un pouce de diamètre. Son fond est inégal , rugueux , encroûté d'ossifications , d'autant plus épaisses qu'on approche davantage du centre ; mais en ce dernier point l'excavation devient évidemment plus profonde , et semble aboutir encore à quelque chose; en examinant de plus près, et du côté extérieur, on sent en effet une petite tige dure, qui , dépouillée du tissu cellulaire qui l'enveloppe, se trouve être le caiial artériel ossifié, aboutissant d'un côté au centre de l'excavation, et de l'autre à l'artère pulmonaire, dans l'intérieur de laquelle on reconnaît fort bien, à un petit pertuis rougeâtre, l'orifice du canal artériel. Ce dernier est d'ailleurs complètement ossifié et oblitéré dans toute sa longueur. Son épaisseur est de 3[4 de lig. environ , et sa longueur de6 à 8 1. 11 est placé comme un arc-boutant entre les deux artères et sous l'arc formé par la crosse de l'aorte , depuis le point où elle surmonte l'artère pulmonaire , jusqu'au point qui forme le centre de la bosselure anévrismale.

Le reste des voies circulatoires était à l'état normal. La tête , le rachis, etc., etc., n'ont point été examinés.

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE.

3° Rétrécissement de V orifice auriculo-ventricidaire droite par inf duration et épaississement de la 'valvule tricuspide.

OBSERVATION 73» (i).

Palpitations, anxiété, froid aux extrémités, ctc". — Ossification de la valvule tricuspide, qui était perece de deux trous à son bord libre, et d'un troisième à sa base; rétrécissement de l'orifice auriculo-ventriculaire droit. ^

Le général Williams Wiple éprouvait depuis long-temps plusieurs syniplômes d'une maladie du cœur, tels que des palpitations au moindre exercice, une grande anxiété , un froid continuel aux extrémités. Les fatigues qu'il éprouva pendant la révolution d'Amérique ayant aggravé son mal, il succomba. L'oreillette droite était dilatée. La valvule tricuspide , ossiGée, fermait l'orifice auriculo-ventriculaire droit, et était percée à son bord libre de deux trous, réunis par une scissure de i p. de long, de i 1. à peu près de large; et , à sa base, d'un troisième trou qui aboutissait au ventricule gauche sur la valvule mitrale. Les cavités gauches du cœur étaient dans l'état naturel (2).

(1) Cette observation a été publiée dans le tome XIX du Journa/ </e mcrfecine, par Gorvisart, Leroux et Boyer.

(2) Observ. 74*. — On peut voir dans le Muséum de l'Ecole de médecine de Paris un exemple remârquable de l'endurcissement cartilagineux de' la valvule tricuspide, avec rétrécissement de l'orifice correspondant. Ce fait a été recueilli par Gorvisart.

r Observ. p^' bis. — Morgagni ( epist. XLVII , art. 16) dit qu'une femme de 4o ans avait les valvules du ventricule droit endurcies et stml-osseases.

4° Rétrécissement de Vorifice pulmonaire , par induration et épais sis sèment des valvules sigmoïdes de l'artère pulmonaire,

OBSERVATION 75« (i).

Femme de Sy ans. — Depuis un grand nombre d'années , symptômes de maladie dite organique du cœur ( palpitations, élouffemenl, frémissement vibratoire dans la r^Jion précordiale ). — Mort par suite d'un ramollissement du cerveau. — Valvules de l'artère pulmonaire transformées en une cloison percée à son centre d'une ouverture de 2 lig. ija de diamètre. — Hypertrophie concentrique du ventricule droit , etc,

M arie-Gabrielle Vilain avait présenté, dès sa plus tendre enfance , quelque chose d'insolite dans sa physionomie. Aussitôt qu'elle se livrait à un exercice violent, son visage se colorait d'un rouge violacé ; sa respiration, habituellement gênée , le devenait à un très haut degré , quand elle montait un escalier.

A 47 ans, elle cessa d'être réglée, et commença à se plaindre de palpitations, accompagnées d'une douleur aiguë à la région précordiale; souvent elle s'arrêtait pour sentir battre son cœur, et disait alors qu'elle mourrait bientôt; enfin ses lèvres et son visage devinrent tellement bleuâtres, même quand elle marchait à pas lents, qu'elle n'osait plus se montrer dans les rues. Elle était sujette à de fortes hémorrhagies nasales, dont une fut très elïrayanle par son abondance et sa durée : elle éprouvait souvent des crampes dans les membres. Sa constitution fut d'ailleurs toujours assez faible; sa taille prit peu de développement; elle resta fille, et mena une vie régulière. Elle était parvenue à l'âge de 67 ans, lorsque , le i" juillet 1821, vers midi, elle se plaignit à sa sœur d'une espèce de crampe dans la main et le pied

(1) Cette observation est de M. Berlin , et a été publiée dans le Traité des maladiet du coeur et des gros vaisseaux (i8a4).

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE. l^g

gauches. Bientôt elle éprouva une grande gêne dans les mouvemens de ces membres ; enfin elle perdit entièrement le mouvement et le sentiment de tout ce côté du corps, conservant néanmoins toute sa raison, et môme l'usage de la parole. Le troisième jour après ces ajccidens, elle entra à l'hôpital Cochin, dans l'état suivant: face animée, d'un, rouge violacé, lèvres bleuâtres, yeux saillans et brillans ; orthopnée ; pouls petit , facile à déprimer au bras gauche, <lur et assez fort au bras droit ; paralysie complète du côté gauche. ( Arnica , potion éthérée ). — Pendant la nuit , les membres paralysés éprouvent tout-à-coup des convulsions pareilles à celles que détermine la noix vomique : en même temps la respiration devient plus laborieuse, la face plus animée ; les yeux sont plus^brillans ; les lèvres présentent one couleur de rose; les battemens du cœur sont tumultueux : en appliquant la main sur la région précordiale, qn sent une espèce de frémissement vibratoire. ( i5 sangsues à l'anus , potion digit. ) Tous ces symptômes se calmèrent promptement, et ne furent point accompagnés de perte de connaissance. Le 4' jour, à la visite, M. Bertin fit pratiquer une saignée du bras : la journée fut assez calme. Du 5" au 12' jour, plusieurs accès semblables au précédent, mais môins longs et moins violens, se manifestèrent. Enfin le 12' jour, vers midi , la malade perdit subitement connaissance : face animée, yeux extrêmement brillans et saillans, agités de mouvemens convulsifs, dilatation de la pupille; respiration s'embarrassant de plus en plus; paralysie universelle ; battemens du cœur et des carotides plus fréquens et plus forts. A l'instant même de l'accès, on fit une saignée du bras, à la suite de laquelle la malade pouvait mouvoir un peu le bras droit : elle semblait même comprendre ce qu on lui disait ; mais cette amélioration ne dura qu'un instant. Les symptômes s étant au contraire aggravés, la malade mourut le lendemain, i3«jour après le développement des accidens cérébraux.

ïSo MALADIES DU COEUR EN PARTICDtlER.

Autopsie cadavér. (i) i* Le cœur avait unvolume énorme: il pesait 12 onces , tandis que celui d'une autre femme, examiné comparativement , ne pesait que 4 onces. L'oreillette droite, très développée , contenait plusieurs onces de sang : une ouverture résultant du défaut d'oblitération du trou de Botal, de 4 !• environ de diamètre , établissait une communication entre les deux oreillettes. L'orifice auriculoventriculaire droit était étroit; la cavité du ventricule correspondant rétrécie aurait pu contenir un œuf de pigeon ; ses parois avaient une épaisseur qui variait de i6 à ni. Les valvules étaient petites , mais leurs cordes étaient fortes et comme enveloppées d'un prolongement de la substance charnue. L'orifice de l'artère pulmonaire offrait une cloison horizontale , convexe du côté du poumon, concave du côlé du ventricule, percée à son centre d'une ouverture de a 1. et demie de diamètre, parfaitement circulaire : cette sorte ^hymen avait, sur sa convexité, trois petits replis ou brides; mais on ne voyait sur aucune de ses faces rien qui pût indiquer des vestiges de sa séparation en trois valvules. Audela de cette cloison l'artère pulmonaire ne présentait aucune particularité. — L'oreillette gauche, de grandeur à peu près ordinaire, offrait l'orifice du trou de Botal ci-dessus décrit. Le ventricule gauche, plus ample que dans l'état naturel , avait aussi des parois plus épaisses. L'aorle était parsemée de plaques osseuses et cartilagineuses. Le canal artériel était entièrement oblitéré.

a" Le lobe antérieur de l'hémisphère droit du cerveau contenait un abcès enkysté; autour de la membrane molle et vasculaire qui renfermait le pus, la substance cérébrale offrait une rougeur foncée qui s'affaiblissait à mesure qu'on s'éloignait du foyer , et passait ensuite à une teinte jaune; la substance était sensiblement ramollie dans cet

(i) Voyex les planches 3, 4> 5 et 6.

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE. i6i endroit... Sous la méningine, on trouvait çà et là une matière couenneuse ou albumineuse dont la consistance , en quelques points , était assez grande.

OBSERVATION 76e (i).

Homme de aS ans. — Crachement de sang. — Plus lard, tuberculisation des poumons. — Palpitations , teinl violacé , infiltration , bruit de soufflet du cœur.

— Signes de ramollissement du cerveau. — Mort à une époque indéterminée après les premiers symptômes de maladie du cœur, un an après le crachement de sang.

— Granulations et fausse niendjrane organisée à la sui face des cavités droites du cœur. — Epaississement, ossiBcalion partielle de la valvule Iricuspide. — Transformation des valvules pulmonaires en une cloison fibreuse ,♦ percée à son centre d'un trou de a lig. i[a de diamètre. — Communication entre les deux ventricules par un trou situé à l'origine de l'artère pulmonaire. — Hypertrophie interne ou concentrique du ventricule droit. : — Tuberculisation des poumons ( cavernes dans le gauche ). — Ramollissement du corps strié et de la couche optique droits.

Un maçon , âgé de aS ans, d'une constitution peu forte, lymphatique, fut admis à l'hôpital de la Charité, le 5 août i833. Depuis l'âge de 12 ans, qu'il avait eu la coqueluche, des palpitations incommodes et de la dyspnée se manifestaient aussitôt qu'il précipitait sa marche ou qu'il montait un escalier. Depuis dix ans, il n'avait été que deux fois dans les hôpitaux, la dernière au mois de juin 1822 , à l'Hôtel-Dieu , pour un crachement de sang. 11 fut saigné six fois, et sortit au bout de six semaines.

Le 5 avril (M. Louis, dit ici le 5 avril , et plus haut il dit le 5 août, ce qui importe d'ailleurs fort peu ), quand il fut examiné , la figure était bouffie, .les lèvres, les pommettes et le nez d'une couleur violette plus ou moins foncée (cette teinte était moins marquée dans le repos que quand le malade s'occupait, et augmentait pendant la toux princi-

(i) Celte observation appartient à M. Louis, qui l'a publiée dans un mémoire intitulé : De la communication des eaviiés droites avec les cavités gauches. J'ai cru pouvoir en retrancher quelques détails étrangers à notre objet.

ï5q maladies du cœur en pauticulier. paiement. — Les membres abdominaux étaient un peu infiltrés depuis quelques jours. H y avait, depuis trois semaines, un peu de diarrhée.

La respiration était presque naturelle à droite, accompagnée d'un peu de crépitation à gauche, où la pectoriloquie existait en arrière et en haut. Dyspnée considérable.

Pouls sans dureté , à 92 par miiuite. Il n'y avait pas d'impulsion à la région du cœur , ni de battemens aux jugulaires. On entendait, dans toute la partie antérieure de la poitrine, un bruit de soufflet d'autant plus fort qu'on s'approchait davantage du sternum. [Saignée de huit onces ; chiend. tiitr. ; potion gonim. avec 20 goutt. teint, digit. ; diète).

Du 8 au 1 5, on fil appliquer, à trois reprises différentes, 5o sangsues au cou , pour combattre une congestion vers la tête.

16. La poitrine, percutée pour la première fois, ne rendait aucun son au-dessous de la clavicule gauche, dans la hauteur de 5 pouces; le bruit de soufflet et la crépita? tion persistaient. Le malade mangeait le quart et au delà. {Saignée de 8 onces) .

22. Augmentation de la dyspnée, assoupissement fréquent. Dans la nuit du 28 au 24 , crachement d'un peu moins d'une palette de sang rouge et écumeux. — Dans la matinée, figure pâle et un peu livide , comme égarée ; pouls précipité et intermittent. Le malade semblait près d'expirer, mais répondait encore aux questions. — Il mourut le même jour, à 3 heures après midi.

Autopsie cadavérique ^ 16 heures après la mort.

1° Habit, extér. — Figure pâle; corps froid: membres mous et un peu infiltrés ; quelques vergetures.

1° Org. respir. et circulât. — Endurci antérieurement dans sa moitié supérieure , le poumon gauche ^ffrait, en arrière, de grandes excavations tuberculeuses. Le poumon droit était parsemé de tubercules, mais exempt de cavernes.

TROIS. CATÉG. d'Î)B3ERV. d'enDOCARDITE. i53 Le volume du cœur dépassait celui du poing du sujet, de moitié environ (i).

L'oreillette droite, distendue par une assez grande quantité de sang, conservait la meilleure partie de son volume, après avoir été vidée ; elle offrait , à sa face extérieure , qui était blanchâtre , un assez grand nombre de gr-anulations miliaires , qiCon enle\>ait dans quelques points avec une fausse membrane intermédiaire , sous laquelle la séreuse consentait un aspect louche et blanchâtre. — Ses parois avaient au moins le double de l'épaisseur qui leur est naturelle. — Le ventricule droit était très bombé , très dur ( trois fois plus dur que le ventricule gauche). Ses parois étaient épaisses de 8 à lo lignes ; sa cavité était réduite à très peu de chose, et presque nulle vers sa pointe , dans la hauteur de 2 pouces. Cet épaississement était, en partie , le résultat du développement des colonnes charnues , pressées les unes contre les autres et formant, au premier coup d'œil, un plan continu. Il n'y avait de bien distinct qu'un pilier, du diamètre de 8 lignes environ, presque complètement de niveau, àson sommet, avec l'orifice auriculo-ventriculaire , ne donnant attache aux cordes tendineuses que dans sa longueur, placé contre l'orifice de l'artère pulmonaire qu'il concourait à rétrécir. — Les 'vahules tricuspides étaient jaunâtres, épaissies, à leur bord adhérent surtout, et offraient dans ce dernier pointune ossification partielle d'une ligne d'épaisseur. — L'orifice de l'artère pulmonaire était fort étroit, surtout à une petite distance des valvules sigmoides , oit se trouvait une espèce de diaphragme ou cloison fibreuse perpendiculaire à la direction du 'Vaisseau, percée d'un trou de 2 lig. et demie de diamètre environ. — Au-dessus, l'artère était saine et plus mince que dans l'état naturel. — A sa naissance, et près de l'oreillette droite, était un trou parfaitement arrondi, de 2 lignes de diamètre , à bords minces, blancs et fibreux , et établissait une communication entre les deux ventricules. (>) Le péricarde contenait environ 4 onc. de sérosité.

l54 MALADIES DU CŒUR PARTICULIER. '

Les cavités gauches n'offraient rien de remarquable.

3** Centres nerveux. — Trois ou quatre petites cuillerées de sérosité louche dans la cavité de l'arachnoïde. Pie-mère très rouge, substance corticale très rosée , la médullaire très injectée , mais d'ailleurs d'une couleur naturelle. — Environ une cuillerée et demie de sérosité dans le ventricule latéral gauche ; il n'y en avait aucune trace dans le droit. — La partie antérieure du corps strié droitétait d'un rouge brun chocolat, ramollie , à consistance de crème , dans une épaisseur de 6 lignes, une hauteur de 4 > et la longueur d'un pouce. Un peu en arrière et dans la couche optique du même côté , était un semblable ramollissement , seulement un peu moins étendu, autour duquel la substance médullaire était jaunâtre et un peu ramollie.

RÉFLEXIONS

M. Louis ne se borne pas à dire que , dans le cas actuel , le rétrécissement de l'orifice de l'artère pulmonaire était congénital, mais il établit en principe (principe absolu que nous n'adoptons pas) : que le trou de Botal, à une époque quelconque de la me, la perforation de la cloison des ventricules et le rétrécissement de V artère pulmonaire, doivent être considérés comme des dispositions congénitales.

Qu'on n'oublie pas de noter que chez ce malade l'état morbide des valvules coïncidait avec des iraces de péi'icardite chronique, péricardite qui occupait précisément le même côté du cœur que les lésions valvulaires. Nous retrouverons la même complication dans l'observation suivante, et les réflexions que nous exposerons à cette occasion sont, en grande partie, applicables au cas actuel.

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE. i55 OBSERVATIOIV 11" (i).

Jeune fille de 7 ans. — Toux et oppression depuis six mois; palpitations ; bruit de soufflet, frémissement cataire dans la région précordiale. — Mort dans un état de suffocation. — Villosités à la surface de rorelllelle droite; plaques fibreuses sur les ventricules. — Quelques duretés cartilagineuses au bord libre de la valvule tricuspide, généralement très développée; transformation des valvules pulmonaires en une cloison fibro-cartilagineuse , percée à son centre d'une ouverture de 1 lig. i\2 de diamètre seulement. — Hypertrophie concentrique du ventricule droit. — Hypertrophie de l'oreilletle droite, énormément dilatée, etc.

Rose Prouf , âgée de 7 ans , assez fortement constituée , était malade depuis six mois, lorsqu'elle fut admise dans le service de M. Jadelot , le 3 novembre 1829. Elle avait une toux forte et sèche avec une légère oppression, depuis les six mois indiqués.

Au moment de l'entrée , voici ce qu'on observait : pouls un peu fréquent, petit, intermittent, vibrant, palpitations assez fortes ; pommettes et menton très colorés en violet j membres inférieurs marbrés de violet et de blanc; bouffissure générale très légère. Baltemens du cœur très sensibles à la main dans toute la région antérieure de la poitrine où il existe une forte matité ; frémissement cataire bien marqué ; la main sent le choc du cœur dans toute la poitrine ; le stéthoscope fait entendre partout un bruit de soufflet fort et prolongé , isochrone au pouls, plus fort à la partie antérieure et surtout à la région du cœur. — Orthopnée légère, postérieurement et latéralement ; la poitrine résonne bien et le murmure respiratoire s'y fait entendre ( il est couvert antérieurement par le bruit de soufflet).

La percussion médiate fait reconnaître un peu de liquide dans la cavité abdominale. — A l'aide de cette même percussion et de la palpation , on constate que le foie, très

(1) Cette observation a été recueillie par M. le docteur Burnet, alors interne à l'hôpital des enfans ( elle a été publiée dans le Journal hebdomadaire de mideeine, ann. i8îi ).

l56 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.

dur, descend quatre pouces au-dessous du rebord des fausses côtes droites.

I/ifus. de pector. ; frict. auec teint, scillit. sur les cuisses ; bains de pied et maniluues synapisés.

Les jours suivans, la dyspnée diminua; la fluctuation abdominale devint de plus en plus évidente. — Le pouls était fortement ^vibrant ■^■as instant ; le frémissement cataire perdit de son intensité; le bruit de soufflet fut continuellement fort.

Le 8 novembre , la malade était assez bien le matin; le soir, elle fut prise d'un étouffement considérable; le cœur soulevait fortement la main ; la bouffissure de la face et l'œdème des membres augmentèrent à vue d'œil; la peau était pâle , un peu froide et luisante. — L'oppression augmentant de plus en plus, malgré l'emploi de révulsifs énergiques sur les membres , la mort arriva dans la nuit.

Autopsie cadavér. , le lo au matin.

1° Habit, extér. — Les membres, un peu volumineux sont infîllré.#''d'une assez grande quantité de sérosité limpide.

2° Org. circul. et respirât. — Le cœur , revêtu de son enveloppe , occupe la moitié antérieure de la poitrine au moins. — Le péricarde contient à peu près lo onces de sérosité limpide. — L'oreillette droite du cœur forme bien la moitié de cet organe qui , de sa basç à sa pointe , a 6 p. etdemi environ, et5 p. de l'appendice auriculaire droità l'orifice veineux du diaphragme. La surface de l'oreillette, est grisâtre et légèrement 'villeuse en quelques points; la surface des 'ventricules présente quelcpies plaques blanches et fibreuses. L'oreillette droite contient un énorme caillot noir et récent, bien plus volumineux que le poing d'un adulte (i) : elle a plus d'une lig. d'épaisseur près le ventricule droit. Sa face interne est garnie de fortes colonnes charnues qui ne

(i) C'est beaucoup dire.

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE.

le cèdent pas à celles que présente ordinairement le ventricule droit. L'espace qui sépare les embouchures des veines caves est poli, et a 2 p. et demi de hauteur. L'orifice de la veine cardiaque, muni d'une valvule très prononcée, après tie 3 lig. de diamètre. — Le trou de Botal est parfaitement iermé. — La -valmle tricuspide très déi^eloppée , bien mobile, épaisse et opaque , percée par une ouverture ovalaire del à % lig. de diamètre, offre à son bord découpé quelques du/'etés cartilagineuses peu considérables , et à sa division qui couvre l'orifice de l'artère pulmonaire , une légère échancrure. — Les [tendons et les colonnes charnues du ventricule droit sont bien plus marqués qu'à gauche. — Ce ventricule est presque oblitéré par l'hypertrophie concentrique de ses parois , qui ont près de i p. d'épaisseur à la base, et offrent une coloration rouge et une fermeté considérable; à la première vue, il pouvait contenir à peine la seconde phalange du pouce : il semble comme une appendice de l'oreillette , et se continue supérieurement , antérieurement et à gauche par uii canal triangulaire très étroit, arrondi en haut comme la gorge d'une poulie et long de 8 iig. environ, dans l'orifice pulmonaire. Celui-ci, de 3 à 4 lig- de diamètre environ, est fermé incomplètement par une membrane de tissu Jaune, élastique, épaisse comme trois feuilles de papier au moins , présentant du coté de V artère une convexité que l'on ne peut effacer par la pression , et fixée aux parois artérielles par trois petits freins de même nature qu'elle , et au ventricule par un cercle ligamenteux jaunâtre. Cette membrane est percée a son centre pur une ouverture ovalaire et permanente de i lig. et demie de diamètre. Cette ouverture a un bord fibreux , semi transparent , blanchâtre et plus mince que le reste de la membrane; un peu plus en dehors, elle est fortifiée par un cercle de consistance presque cartilagineuse, inégal, qui fait légèrement saillie à la face intérieure de la membrane.

Le ventricule gauche, dont la cavité est double à peu près de celle du droit , ayant des parois de 2 1. d'épaisseur et très consistantes, paraît comme pratiqué dans l'épaisseur

l58 MALADIES DU COEUR EN PÀRTICULTER.

de la cloison qui, du reste, est bien saine et peu épaisse. — L'oreillette gauche est un peu moins spacieuse que le ventricule correspondant (les veines pulmonaires s'y jettent par trois embouchures).

L'aorte présente une circonférence de i pouc. ip supérieurement, et de ip pouc. à sa bifurcation. Les artères coronaires sont bien plus volumineuses que les radiales. L'artère pulmonaire est saine , un peu moins grosse que la crosse aortique, et légèrement humide de sang à sa face interne. La veine-cave ne contient du sang que près du cœur : elle n'offre , du reste , rien de particulier. Les gros vaisseaux des membres contiennent un peu de sang noir ( les viscères en sont très peu fournis).

3** Org. digest. etannex. — Le péritoine, pâle, contient plusieurs pintes de sérosité sanguinolentes. — Le foie, très abaissé ^ n'est guère plus développé que dans l'état naturel : il est très pesant, un peu mammelonné , ratatiné en quelques endroits, très sec, piqueté, à sa face inférieure , de jaune et de rouge. Yésicule biliaire très petite, à parois épaisses de i lig. i] 2 au moins. — Estomac rosé à sa face interne. Rougeur au bord libre de presque toutes les valvules du jéjunum. Quelques rougeurs dans l'iléon , avec développement assez considérable des follicules agminés et isolés. Gros intestin rouge à sa terminaison , muni de follicules ronds et saillans. . .

RÉFLEXIONS

M. Burnet pense que l'état des valvules de l'artère pulmonaire doit être regardé comme un vice dé conformation congénital. J'avoue que cette opinion ne me paraît reposer sur aucun fondement solide. Comment , en effet , concevoir que cette jeune fille, forte et bien constituée comme le dit M. Burnet , n'eût été malade que depuis six mois , si l'altération dont il s'agit eût été congénitale ? D'un autre côté , si l'on considère comme un vice de conformation congénitale le rétrécissement de l'orifice de l'artère pulnio-

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE. lôg naire, et la disposition qu'offraient ses valvules, il n'y a pas de raison pour ne pas considérer comme également congénitales les duretés cartilagineuses de la valvule tricuspide , l'hypertrophie des cavités droites, et même les plaques fibreuses et les villosités de la surface externe du cœur. Resterait ensuite à déterminer comment de telles lésions ont été produites pendant l'évolution du produit de la conception. Ces lésions ne différant pas essentiellement de celles qui ont été décrites dans les précédentes observations , on serait logiquement conduit à leur assigner la même origine.

Quant à moi , considérant que cette jeune fille s'était toujours. bien portée , si ce n'est six mois avant sa mort , qu'elle fut prise de loux et d'oppression, il me paraît infiniment probable que les altérations rencontrées à l'extérieur et à l'intérieur du cœur n'étaient point congénitales, mais bien consécutives à une inflammation méconnue de la membrane interne et externe du cœur. Ce qu'il y a de certain , je le répète, c'est que ces altérations n'ont rien qui les distingue de celles qu'une telle maladie aurait pu entraîner à sa suite.

Il est fâchéuS; qu'on n'ait pas recueilli de renseignemens plus complets sur la maladie que cette jeune fille avait essuyée six mois avant son entrée. On sait , au reste , combien la péricardite esl fréquente chez les jeunes sujets euxmêmes , et combien il est commun aussi de voir cette phlegmasie coïncider avec une endocardite valvulaire (i).

(i) Gomme la science ne possède encore qu'un très petit nonabre d'exemples de lésions des valvules chez les jeunes sujets, je rapporterai ici une seconde observation de ce genre ( bien que ce ne soit pas un cas de rétrécissement des orifices ), également recueillie par M. Burnet. J'en retrancherai, comme je l'ai fait pour le cas précédent , les détails qui ne se rattachent pas directement à notre sujet.

Obs. 78». — Eulalie Fripon , âgée de 10 ans, éprouvait depuis trois mois des palpitations, lorsqu'elle fut admise . le 2 juillet , à l'hôpital des enfans. Depuis quelques jours elle toussait, et sa respiration était gênée. — Batlemens du cœur loru, un peu accélérés, avec bruit de soufflet isochrone à la systole ;des Tcntri-

OBSERVATION 79" (i).

Jeune fille de 16 ans. — Dyspnée habiluelle , couleur livide de la peau , langueur exlrôme des forces. — Mort. — CartilaginiOcalion des valvules de l'artère pulmonaire, avec rélrécissemenl de l'orifice auquelles elles sont adaptées.— Persistance du trou de Bolal.

« Virgo, quœ ab nativitate usque semper aegrotans jacue-

cules, et léger frémissement cataire dans la région précordiale. Quinze jours environ après son entrée, le bruit de souldel et le frémissement cataire persistant toujours, la malade fut prise d'une variole à laquelle elle succomba le 20 juillet, le troisième ou quatrième jour après l'éruption.

Autopsie cadavérique, le 22 juillet, à midi. (La température élait très élevée.)

Le péricarde contient environ trois cuillerées d'un liquide fauve, où nagent quelques flocons albumineux; il est très injecté , et présente une arborisation déliée sur l'origine des vaisseaux. Le cœur est plus gros que le cœur ordinaire d'un adulte. Il est dilaté , mais non aminci. Toutes ses cavités sont distendues par de gros caillots de sang noir. — La' valvule milrale n'a pretque pat de largeur dans l'intervalle de ses deux divisions, qui sont elles-mêmes peu développées ; elle est un peu plus épaisse et plus dure que la tricuspide. L'orifice de l'art'ère pulmonaire admet facilement le pouce, tandis que celui de l'aorte contient à peine l'indicateur. La face interne de ces deux artères est blanche. La membrane interne du cœur et les valvules sont rosées.

La valvule A'Euttache, bien conservée, a plus d'un demi-pouce de largeur. Le trou de Botal admet un cprps plat de 4 lig- de diamètre. La veine-cave inférieure, au moyen de la valvule d'Eustache , dont les piliers se rendent sur les bords de l'arcade ovalaire, parait se terminer principalement dans le trou de fiotal...

B^FLEXIONS

Que l'épaississement et le ràtatinement de la valvule mitrale aient été dans ce cas , comme dans les cas analogues que nous avons rapportés plus haut, la suite d'une endocardite valvulaire, c'est ce qui nous semble probable. Mais quel (jue soit le point de départ de cette lésion , ce qu'il y a de certain , c'est qu'elle a dû déranger la circulation à travers les cavités gauches. Il est bon de noter que , malgré la persistance du trou de Bolal chez cette jeune fille, il ne paraît pas qu'on ait jamais observé un état comJ)let de cyanose ( du moins il n'est fait aucune mention de cet état dans l'observation de M. Burnel). Nous verrons d'ailleurs, à l'article où nous étudierons les communications anormales des cavités droites avec les cavités gauches , que la cyanose n'accompagne pas nécessaire- Dotienl et constamment ce genre de lésion. Comme il n'existait point d'obstacle mécanique à la circulation dans les ravilés droites chez celte jeune fille, on conçoit que le sang de ces cavités , malgré l'existence du trou de Botul , a bien pu ne pas se mêler à celui des cavités gauches. Or, c'est le mélange du sang noir des cavités droites avec celui des cavités gauches qui paraît constituer l'une des principales conditions saus lesquelles la cyanose ne peut se manifester, (i) Morgagni , Vt todib, et caus. morbor., etc., epist. XVII, u-

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOC ARDITE. iGl » rat, ob summum praesertim virium languorem, anhelatis » respivabat , et lola cute colore quasi livicio infecta erat. » Tandem, cum ad annum circiter decimumsextumpervenis- )) set, morlua est. — Cor liabuit exiguum, et mucronem ver- ))sùs, quasi subrotundum. Kentricidus s inister forma erat » quâ solet dexler^ et de x ter 'vicissiin qaâ sinister ; et quan- » quant hoc latior, parietibus tanien crassioribus, Dextera pa- » riter auricula tota duplo erat grandior, quam tota si- » nistra , duploque carnosior : inter ulramque etiam lura » palebat foramen ovale , ut minimum digitum posset ad- » mitlere. De tribus valvulis triangularibus justam una » magniiudinem duœ reliquœ minorem habebant. Sigraoïn des autem, quaj pulmonaris arteriae ostio praificiuntur, » ad basim quidem eranl secundum naturam, sed parte su- » periore cariilagineae videbaniur; quin exiguum ossis » frustulum jam habebant : erantque eà parte sic inter se » coUigalse, ut yix foramen relinquerent, lente non ma- » jus, per quod sanguis exiret. Erant autem ad illud fora- » men quasdam exiguse productiones carneo-membranosse , » EA UA.T10NE collocatjE , ut valvularum vices supplere » possent , egredienii sanguini cedendo , regressuro autem » obsiando. »

REFLEXIONS

Morgagni dit qu'il est porté à croire que la lésion de l'orifice de l'artère pulmonaire était congénitale, et que, pendant la vie, elle avait pris insensiblement de nouveaux accroissemens.

Aux cas qui viennent d'êlre rapportés nous ajouterons le suivant , qui paraît s'en rapprocher, et dont le sujet n'était âgé que de lo mois.

Un enfant fut atteint tout^à-coup , à l'âge de 2 mois , de dyspnée, avec suffocation menaçante, accompagnée d'une a. Il

l62 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,

côuleur livide, presque noire, du visage, des doiglset des orteils. Ces accès, devenus très fré^ucns, se renouvellent tous les jours vers lo heures du malin , se prolongent plusieurs heures, sont accompagnés d'inlermitlence du pouls et d'abaissement de la température, et l'enfant meurt à lo mois, dans le cours de l'un d'eux.

On trouva , à l'ouverture du corps, le cœur très volumineux , l'aorte fort large, venant de l'un et de l'autre ventricules par deux orifices capables d'admettre l'extrémité d'un doigt; le trou Botal non entièrement oblitéré; les valvules sigmoïdes ( lesquelles? ) ossifiées à leur base. ( Commentaire deméiL, publié par Duncan. )

5° Rétrécissement simultané de plusieurs des orifices, du cœur, par épaississement et induration de leurs valvules.

Les observations 21* et 24% rapportées au chapitre de la péricardite, sont des exemples remarquables d'un double rétrécissement par induration des valvules ( ce rétrécissement affectait les deux orifices gauches). A ces deux observations nous ajouterons les suivantes.

OBSERVATIOIV 81e.

Femme de 3o ans. — Ancien rhumatisme articulaire, et, plus tard, bhdhb très violent. — A la suite de ces alTeclions, palpitations, dyspnée, hydropisies passives; bruil de râpe très fort dans la région précordiale. — Mort. — Adhérence générale du péricarde au cœur, — Epaississement Gbro-carlilagineux , et déformation des valvules aortiques et de la valvule bicuspide , avec rétrécissement des oriGces ventriculo-aortique et auriculo-ventriculaire gauche. — Fausse membrane fibreuse, aréolée, développée sur la portion de l'endocarde qui revêt (a cavité de l'oreillelle gauche. — Hypertrophie et dilatation du cœur. — Caillots dans les cavités de cet organe ( les un» anciens, les autres récens ).

Mayer (Joséphine), âgée de 3o ans, couturière, est entrée pour la seconde fois à la Charité, le 3 juillet 1828 (service de M. Rullier). La maladie pour laquelle elle vient chercher des secours date déjà de quelques années. Cette

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. I) 'ENDOCARDITE. l63

femme est d'une constitution délicate, et n'a presque jamais joui d'une bonne santé. A l'âge de 8 ans, elle fut opérée de la pierre par M. Dubois. Plus lard , elle fut affectée d\in rhumatisme goutteux. Elle n'a jamais été régulièrement mensiruée ; elle ne l'est pas depuis deux à trois ans que, à la suite d'un fort rhume, elle fut prise de palpitations avec oppression. C'est à cette époque qu'elle fait remonter sa maladie actuelle dont voici les symptômes : visage bouffi , fatigué; lèvres grosses, vjolettes ; infiltration des membres inférieurs; respiration courte, pénible, semiorthopnée ; pouls petit, inégal, intermilltenf, offrant, après les intermittences, des pulsations répétées coup-sur-coup ; les balleraens du cœur présentent les mêmes caractères ; de plus , un bruit de râpe très fort accompagne les battemens ventriculaires, qui aujourd'hui sont moins énergiques que précédemment; des palpitations avec étouffement se manifestent au moindre effort ( à peine si la malade peut se leverV Les membres inférieurs sont infiltrés; l'abdomen est énormément distendu par de la sérosité ( la fluctuation est évidente). — Le sommeil est presque nul.

DuGNOSTic. Ketrécis sèment d'un orifice du cœur.

Deux saignées du bras; V opération delà paracentèse pratiquée quatre fois, la digitale, le vin diurétique, tels Jurent (es moyens mis en usage par M. Fouquièr, lors de la première entrée de cette malade à la charité. Ces moyens la soulagèrent beaucoup. L'infiltration disparut, et pendantquelque temps après sa sortie , l'état de cette femme fut passable. Mais les symptômes indiqués plus haut ne tardèrent pas à revenir, ce qui obligea la malade à l'entrer à l'hôpital. Depuis qu'elle est dans les salles de M. Rullier, elle a subi une nouvelle fois la paracentèse , douze sangsues ont été appliquées à la région du cœur, et des uésicatoires aux cuisses (on a prescrit aussi les diurétiques) .

L'état de la malade s'aggrava beaucoup dans les derniers jours de septembre.

164 MALAnHÎS DU COEUR EN PARTICULIER.

Le 3 octobre au malin , cette femme n'était pas plus mal qu'à l'ordinaire. Elle s'occupa même à coudre une partie de la journée. Le soir, rétouCfement angmenie , les lèvres deviennent plus violeUes , elle pousse des plaintes et demande néanmoins à manger; dans la nuit elle vomit une quantité assez considérable d'un liquide noirâtre, analogue à du marc de café ; elle suffoque [syiiap. aux jambes). Elle expire à six heures du matin.

Autopsie cadavérique , ij heures après la mort. 1° Habit, extér. — Visage violacé ; gonflement des veines sous-cutanées^ infiltration énorme des membres inférieurs, ainsi que des parois abdominales (i).

2° Org. respirât, et circulât. — Les viscères thoraciques étaient refoulés en haut par un épanchement séreux du péritoine et de la plèvre. — Le cœur, distendu par une énorme quantité de caillots, occupait une grande partie du côté gauche de la poitrine. Parmi les caillots du cœur, les uns, de couleur d'ambre, mous, gélatiniformes, s'étaient probablement formés dans les derniers momens de la vie; les autres, plus anciens, charnus comme ceux que l'on trouve dans des veines depuis long-temps oblitérées, s'écrasent à la manière de la fibrine concrète (quelques unes de ces dernières concrétions étaient entrelacées dans les colonnes charnues et leurs tendons).

Le péricarde adhérait de toutes parts au cœur par un tissu cellulaire lâche. A la surface de cet organe , on remarquait une très belle injection capillaire.

L'orifice aortique était considérablement rétréci. Les valvules aortiques, épaissies, réunies, confouduespar leurs bords, formaient une cloison fibro-carlilagineuse, percée à son centre d'une fente en forme de boutonnière, pouvant à peine admettre le bout du petit doigt.

(i) Le tissu cellulaire du mésentère était lui-même très manifeslernent infiltré.

TROIS. cATÉc. d'oïîserv. d'endocaudite. i65

La valvule biciispide était plus épaissie encore , plus dure que les valvules de l'aorle : elle était presque cartilagineuse , ainsi que les tendons dont elle est garnie. L'orifice auriculo-vc.ntriculaire gauche était plus rétréci encore que l'orifice aortique.

Le ventricule et l'oreillette gaucbes étaient un peu hypertrophiés et dilatés, La membrane interne de l'oreillette gauche était d'un blanc un peu mat , et paraissait très épaissie , ce gui tenait à la présence d'une fausse membrane organisée, épa^e , fibreuse , aréolée , qui la doublait en quelque sorte.

Les cavités droites étaient un peu dilatées. En somme , le cœur , débarrassé de ses caillots, était d'un tiers environ plus volumineux qu'à l'état normal.

L'aorte, en général peu altérée, était cependant parsemée de plaques et de points jaunâtres. Sa membrane interne était blanche partout , excepté en un point peu étendu, où l'on voyait une rougeur brunâtre, sans présence de vaisseaux capillaires.

Les grosses veines étaient distendues par une assez grande quantité de sang.

Les deux poumons, comprimés par l'épanchement séreux des plèvres, offraient un tissu dense et comme coriace : ils étaient gorgés d'une sérosité assez abondante.

2° Org. dig. et annex. —Il s'est écoulé de l'abdomen , énormément distendu , laà i5 pintes environ d'une sérosité citrine, mêlée de quelques lambeaux et flocons alburoineux. Les viscères abdominaux étaient blancs et comme lavés. Le péritoine était tacheté de points noirs , épaissi , surtout dans la région du foie, où il offrait une consistance fibreuse. Ce dernier organe, petit, comprimé, comme ratatiné , présentait des granulations très grosses et brunes, comme si une certaine quantité de sang était infiltrée dans leur substance ou combinée avec elle. Le tissu de la rate était également très dense. Il en était de même du tissu des reins , dont le droit était très petit.

La membrane muqueuse de l'estomac était molle , grisâtre, cendrée, facile à enlever par le raclement. On y voyait une injection mécanique des veines et de leurs ramifications , et cà et là des plaques , des espèces d'étoifes d'un pointillé vif et rosé. L'estomac contenait une matière noirâtre, analogue à celle que la malade avait vomie (i).

La membrane muqueuse des intestins n'a rien offert qu'une congestion sanguine passive.

OBSERVATION 82» (a).

Homme de 60 ans. — Diverses affeclions de poitrine, à la suite desquelles surviennent de la dyspnée , des palpitations , des hydropisies séreuses passives, etc. — Mort un an après l'apparition des premières palpitations; carlilagini6cation des valvules Iricuspide et milrale, avec rétrécissement des orifices auxquels elles sont adaptées.

« Un palefrenier, âgé de 60 ans, avait, dans le cours de sa » vie, été sujet à diverses affections de la poitrine. Quand il » se rendit à l'hospice de Clinique interne, il était enrhumé » depuis plus d'un an, et depuis ce temps aussi il ressen- » lait des palpitations dans la région du cœur, qui d'ail- » leurs ne résonnait pas par la percussion... Les principaux » symptômes étaient le gonflement et la couleur violette de » la face, des lèvres et du col, et une gène extrême dans » la respiration ; les battemens du cœur, très étendus , se » faisaient avec quelque irrégularité; le pouls était irré- » gulier, ET POINT isochrone aux battemens du coeur. Les » idées du malade se brouillèrent bientôt; il survint peu » de temps après un assoupissement léthargique, et le ma-

(1) Il s'en était échappé par les narines une petite quantité, par suite de la compression exercée sur l'estomac et les autres viscères abdominaux par les parois a'odominales distendues.

(î) Cette observation a été publiée ])ar Corvisart dans l'Essai sur les maladies organK/ues du cœur (p. 210, obs. 3o ).

TROIS. CATÉG. d'OBSEUV. d'eNDOCAKDITE. 167

» lade mourut le 3« jour de son entrée à l'hôpital , un an » après l'apparition des premières palpitations.

M A l'ouverture du cadavre, la face était d'une couleur «violette, noirâtre. — Les poumons volumineux adhé- » raient de toutes parts à la face interne des parois de la » poitrine. — Le cœur avait un très grand volume , qui » tenait particulièrement à l'ampliation de l'oreillette » droite. — Les nmUndes tticuspide et mitrale étaient cartila- » gineiises, surtout à leur base, ce qui rétrécissait le diamètre » de l'un et de l'autre orifice. — Le péricarde contenait une » certaine quantité de sérosité.

» L'aorte, dilatée, présentait sur sa membrane interne » quelques points d'ossification. »

Femme de 5o ans. — Palpitations, étouffement, hydropisies passires. — Mort. — Epaississement cartilagineux et osseux des valvules Iricuspide, mitrale et aortiques, avec rétrécissement des oriOces auxquels ces valvules sont adaptées. — Erosion du péricarde qui recouvre l'oreillette droite ( 16 onc. de sérosité dans la cavité péricardique ). — Hypertrophie et dilatation du cœur.

Germaine Mesnier, âgée de 3oans, avait joui dans son enfance d'une assez bonne santé, si ce n'est qu'elle avait toujours eu la respiration courte. Réglée à 17 ans, elle avait commencé, deux ans auparavant, à éprouver quelques palpitations. Les batlemens du cœur augmentaient à l'approche de l'époque menstruelle, diminuaient quand le flux avait lieu , et conservaient leur violence s'il manquait. Les affections morales et le moindre exercice excitaient les palpitations : à l'âge de 28 ans, elles devinrent habituellement plus violentes. Quand leur intensité semblait extrême, cette malade provoquait des nausées et des vomissemenspar l'in-

(1) Cette obseivalion est de M. Berlin, et a été publiée dans le Traité des maadies du cœur et des gros vaisseaux ( p. 193 ).

l68 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,

troduction des doigts dans la bouclie , et se sentait alors soulagée. Avant d'avoir imaginé ce moyen , ses souffrances se prolongeaient souvent pendant toute la journée , ou du moins elle n'éprouvait de soulagement que lorsqu'à force de malaises et d'anxiétés il survenait des vomissemens spontanés.

Tel était l'état de cette femme à son entrée à l'hôpital Cochin le 20 septembre i8i4. Depuis cette époque jusqu'au 25 janvier suivant, on la mit à l'usage des antispasmodiques, de la digitale pourprée, sous différentes formes; on fit appliquer des sangsues au siège, et pratiquer quelques saignées du bras, qui ne procurèrent qu'une amélioration momentanée. Les palpitations ^ sans être plus fortes, devinrent bientôt plus fréquentes; la toux devint habituelle, et l'infiltration des jambes qui avait disparu peu de temps après l'entrée, par l'emploi des préparations scillitiques, se renouvela.

Le 10 février , tous les symptômes avaient augmenté d'intensité. La respiration était beaucoup plus embarrassée et même sifflante; des palpitations très violentes se faisaient sentir dans toute l'étendue de la région antérieure gauche du thorax : elles devenaient insupportables quand la lêle était un peu basse , en sorte cjue la malade était obligée de rester constamment assise dans son lit. La face, qui jusque là avait été dans un état à peu près naturel , devint pâle et bouffie. La poitrine résonnait assez bien en arrière et à gauche ; elle rendait un son mat à la partie antérieure et droite, un peu obscur à la région du cœur. Les battemens du cœur, que l'oreille approchée de la poitrine entendait très distinctement , redoublaient tous les soirs, et, pendant cette sorte de paroxysme régulier, ils étaient si violens , qu'ils soulevaient les vétemens, et pouvaient même se faire entendre à une certaine distance.

Le pouls était ordinairement fréquent, petit, très irrégulier , et sans harmonie avec les battemens du cœur.

TROIS. CATÉG. d'oBSERV. d'enDOCAÎIDITE. 169 Bientôt , a chaque pas que la malade essayait de faire, elle éprouvait des ëloulTeniens qui lui faisaient craindre la mort.

Le ventre devint volumineux , dur et fluctuant; les urines étaient épaisses, rouges et peu abondantes.

Des réveils en sursaut troublaient très fréquemment le sommeil.

Le I" mars, étouffement continuel , respiration courte, précipitée; batlemens du cœur inégaux , variables , généralement assez forts; pouls petit, faible, puis insensible, rougeur vineuse et comme enluminée de la face ; infiltration énorme; suppression des urines.

Enfin cette maiheui'euse femme est obligée de rester jour et nuit dans un fauteuil , tourmentée par des angois- ^ ses insupportables, au milieu desquelles elle succombe le aS mars i8i5.

Autopsie cadavérique. — Les deux cavités de la plèvre sont pleines d'une sérosité citrine, et le péricarde contient environ 16 onc. d'un liquide semblable. Le cœur est beaucoup plus volumineux que dans l'état ordinaire ; la portion de la membrane séreuse qui recouvre l'oreillette droite offre çà et là quelques points d'érosion. Cette oreillette , à sa partie inférieure , est trois fois plus grande que dans l'état naturel; son tissu présente un épaississement considérable, véritable hypertrophie musculaire. Les fibres sont tellement prononcées , qu'elles forment des faisceaux semblables aux colonnes ventriculaires. Les valvules tricuspides sont dures, épaisses, réunies par leurs bords, et forment une espèce de cloison cartilagineuse, percée dans son milieu d'un trou dans lequel on peut à peine introduire le bout du petit doigt.

^ Le ventricule droit ne présente aucune particularité no- 'table. — Les valvules de l'artère pulmonaire n'offrent également rien de remarquable.

L'orifice auriculo-ventriculaire gauche a subi un rétré-

cissement considérable; ses valvules forment un bourrelet très saillant , dont les côtés , rapprochés et comme continus, ne laissent entre eux qu'une ouverture très étroite, ou plutôt une espèce de fente transversale. Ce bourrelet, dont la saillie répondait du côté de l'oreillette, avait, dans quelques points de son étendue, environ quatre lignes d'épaisseur; son tissu, d'une nature fibro-cartilagineuse , offrait divers points d'ossification. La transformation fibro-cartilagineuse n'avait envahi qu'à peu près la moitié de la valvule ; et tandis que les mouvemens de cette portion étaient presque nuls, la base paraissait aussi flexible que dans l'état sain.

Le ventricule gauche avait sa capacité naturelle; mais ses parois étaient évidemment hypertrophiées: elles avaient, dans la majeure partie de leur étendue, plus d'un pouce d'épaisseur.

Le calibre de l'aorte était rétréci ; ses valvules étaient épaisses, dures, cartilagineuses, inflexibles, et formaient par leur réunion réciproque une espèce d'anneau irrégu : lier, dont le diamètre était d'environ 3 lig.

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