‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource] (volume 2)Chapitre 20 sur 80 · Elle demande sa sortie · texte numérisé non relu

Elle demande sa sortie

Les battemens du cœur sont encore un peu forts. Les deux bruits sont clairs. Le souffle a entièrement cessé, ainsi que le frémissement cataire.

RÉFLEXIONS

Il est clair que les symptômes fournis par l'exploration du cœur dépendaient bien d'une lésion aiguë, puisqu'ils ont disparu si rapidement et en même temps que les symptômes du rhumatisme articulaire.

Or , quelle autre maladie aiguë qu'une inflammation aurait pu donner lieu aux symptômes que nous avons indiqués Cette inflammation avait, selon moi, son siège, non dans le péricarde mais dans \ endocarde , c'est-à-dire dans la membrane interne du cœur, et spécialement dans la portion qui se déploie sur les valvules. Cette phlegmasie , cause principale de la force et de l'étendue des battemens du cœur, a déterminé un gonflement plus ou moins considérable clans les valvules, en a gêné le jeu, et de là le bruit de râpe ou de soufflet et le frémissement cataire. C'est à la complication dont il s'agit qu'il faut aussi rapporter le sentiment d'oppression et d'anxiété dont se plaignait la malade. S'il existait réellement une péricardite en même temps que l'endocardite , elle n'était pas accompagnée d'un épanchement notable (i).

(1) Une nouvelle attaque de rhumatisme, accompagnée de violens battemens du cœur, eut lieu huit jours environ après la sortie, tt la malade rentra à l'hû-

ons, d'endoc. term. par la. guérison. 2/19 Les observations suivantes ont pour but de montrer que si l'endocardite rhumatismale , jusqu'ici presque toujours méconnue, n'est pas guérie dans sa période aiguë , elle est suivie des accidens ordinaires des lésions dites organiques ^du cœur, lésions qui consistent surtout en une induration des valvules, avec hypertrophie du cœur.

pital, le 19 novembre, deux mois et demi environ après sa sortie. Le cœur se faisait sentir dans l'étendue de 4 à 5 pouc. verticalement, et de 5 à 6 pquc. transversalement. Il existait un frémissement vibraioire, et un bruit de râpe très prononcé dans la région précordiale; plus tard, nous distinguâmes nettement d'a- , bord trois, puis quatre bruits au lieu du double claquement normal. ( Dans la partie de nos prolégomènes relative aux bruits anormaux du cœur, nous avons indiqué d'une manière précise les trois et quatre bruits observés chez cette malade. Voy. p. iSg-go. ) — A cette époque , il n'existait plus de douleurs dans les membres.

La poudre de digitale à l'intérieur et à l'extérieur (on en saupoudrait la surface d'un vésicaloire'placéà la région précordiale), l'hydriodate de potasse elun régime sévère améliorèrent considérablement l'état de la malade. Elle avait repris un embonpoint assez marqué, lorsqu'elle sortit le 4 mai. Les battemens du cœar étaient cependant encore très étendus , et dans les cavités gauches on entendait trois bruits au lieu de deux (c'était le second bruit du cœur qui se partageait en deux , comme si le ventricule gauche se fût dilaté à deux reprises pour aspirer le sang de l'oreillette correspondante). — Dans l'état de repos, la malade se trouvait très bien.

Le 31 mai , cette malade rentre pour la troisième fois, atteinte d'un rhumatisme aigu, avec réaction fébrile très forte. A ce rhumatisme se joignit plus tard un épanchement pleurétique droit. L'état de cette malheureuse nous paraissait presque désespéré; néanmoins, grâce à de petites saignées générales et locales, aux vésicatoires sur la poitrine, nous fûmes assez heureux pour In voir se rétablir dans le même état où elle se trouvait à sa seconde sortie. Il nous sembla même que la circulation s'opérait un peu plus librement à travers les oriGces du cœur. Toutefois, un léger bruit de souffle persistait, et le cœur conservait un volume énorme ( on observait encore trois battemens et trois bruits). Pendant la systole, la région précordiale élait fortement frappée par le cœur, et ce choc faisait entendre à l'oreille appliquée immédiatement sur la région indiquée, un tintement argentin des plus marqués.

Tout récemment ( janvier i835 ), M. le docteur Lafère, pharmacien attaché à notre clinique, a eu occasion de voir la malade : son état est assez satisfaisant; toutefois, lorsqu'elle se livre à quelque exercice un peu fatigant, elle éprouve de fortes palpitations et de l'oppression.

Jeune homme de loàns — Rhumatisme articulaire aigu, suivi de symptômes d'Iiyperlrophie du cœur et d'induration des valvules. — Soulagement par les saignées, la digitale, le repos et le régime.

Vers le milieu du mois de novembre i833, M. le docteur Gariel me pria d'examiner son neveu , jeune homme de lo ans et demi, récemment arrivé de la province, et présentant des symptômes de maladie du cœur{i).

Au moindre exercice, ce jeune homme éprouvait de violentes palpitations et une dyspnée poussée jusqu'à l'étouffement. Les battemens du cœur se faisaient sentir dans un cercle d'environ 4 pouces de diamètre et soulevaient fortement la région précordiale ; ils étaient tantôt réguliers, tantôt intermittens et irréguliers. Ils étaient accompagnés d'un très fort double bruit de soufflet dont le maximum d'intensité correspondait à la région de l'orifice aUriculo-ventriculaire gauche. La petitesse du pouls contrastait avec la violence des battemens du cœur; il survenait fréquemment des hémorrhagies nasales , etc. , etc.

Sachant déjà combien îlest commun de voir survenir des symptômes de maladie dite organique du cœur y à la suite des affections rhumatismales , je demandai à notre honorable confrère , M, le docteur Gariel, si son jeune neveu n'avait point essuyé d'affection de ce genre. Manquant de renseignemens à cet égard , je l'engageai à écrire au médecin qui avait soigné le jeune malade, et de lui demander quelques détails sur les antécédens du sujet.

Voici la réponse de ce médecin ( M. Fillolet) , que j'extrais textuellement de la lettre qu'il écrivit à M. le docteur Gariel, en date du i5 novembre i833.

(i) Je revis plui tard ce malade, en consultation avec M. le docteur Piorry.

OBS. d'endoc. term. par lA Gt^RisON. sê»!

« Rhumatisme arlicnlaive aigu , traité par les antiphlogistir,ques; cataplasmes éTHolliehs ; hûins chauds ; frictions huileuses et anodjnes ; boissons délayantes et diaphorétiques; V diète.

» Les palpitations n'ont été observées que vers la fin dé là .» maladie, lors de la cessation presque totale des douleurs arti- ,yi culaires. Jusqu'alors , lès hattemerts du cVeuP namiëtitnen li offert d' Extraordinaire. »

Deux ou trois saignées , là digitale , uti régime sétèrë , lé rrfepos, soulagèrètlt considérablement le jeune riialâdé; Mais Idë bruit de soufflet persistait encore lorsqu'il partit ipotitsson pâyS ^ et il fest à craindre qufe l'hypet-trophie dll cteui" tet l'induration des valvules dont il éSt affecté ne soit tôtitàà-fait incurable (i).

RÉFLEXIONS

Appliquons-nous donc, je ne saurais trop lèrèdirèj à hbieri diagnostiquet l6s itiflammatibhs aigiiës dë la double L-enveloppei séro-fibreusie du cœur; et, une fois recdhtiùës, combàitons-les avec là dernière vigueur , si nblis île voiiilons pas qu'elles se prolongent indéfiniment, en entraînant ià leur suite des lésions qu'il ne sera plus eri notre potivoli* Me guérir.

N'oublions pas surtout que de telles phlegrhasiés ont tiiiè iêndance d'autant plus grande à se prolonger, qûé iiiàllieil- Teusemetit on ne peut condamner à un rèpos suffisant l'oi*- ;gane dans lequel elles ont établi leur siège.

(i) J'ai déjà parlé de ce cas dans les prolégomènes. Je rappellerai ici qtléle ieune homme qui en est le sujet nous offrit trois battemens et trois bruits du cœur, au lieu de deux : ticzn tac;:, taci. i

OBSERVATION 88e.

Homme de 35 ans. — Symptômes d'hypertrophie du cœur et d'induration des valvules, à la suite de plusieurs attaques de rhumatisme. — Soulagement par les émissions sanguines , la digitale , le vésicatoire , le repos et le régime.

Kaulet, âgé de 33 ans, serrurier, demeurant rue du Dragon, n" 4^, d'une bonne conslitution, mais un peu lymphatique, fut admis à la clinique (n" 2 , salle St-Jeande-Dieu) , le 29 décembre 1 834- H se plaignait d'oppression, de palpitations au moindre exercice. Les battemens du cœur étaient accompagnés d'un bruit de soufflet. On sentait un frémissement vibratoire obscur dans la région précordiale, laquelle région offrait une matité de 4 pouc. verticalement et de 4 pouc. 4 lig- transversalement. Pouls petit , irrégulier, intermittent, à 120, i3o, i4o puis, et même plus par minute.

Avant d'avoir interrogé le malade sur ses maladies antécédentes , j'annonçai que très probablement il avait été atteint d'une affection rhumatismale (i). Il nous apprit qu'en 1821, 1825, 1829, i832, il avait eu, en effet, un rhumatisme occupant la plupart des articulations. Pendant aucune des attaques de rhumatisme, il ne ressentit de douleur ni dans la région précordiale , ni dans les côtés de la poitrine. Mais c'est à la suite de ces attaques que sa respiration est devenue difficile , courte, et que les palpitations se sont développées.

Deux saignées de 3 palettes chacune , 2 applications de ventouses de 3 palet, chacune, un vésicatoire sur la région précordiale ; la digitale à l'extérieur et à l'intérieur ; le re-

(i) J'ai annoncé d'avance la préexistence d'un rhumatisme chez plusieurs individus atteints de maladie organique du coeur , et un grand nombre de personnes peuvent attester que les réponses des malades ont le plus souvent justifié cette sorte de prévision.

OBS. D'ëNDOC. TERM. par LA GUÉRISON. SiSS pos et un régime sévère, soulagèrent le malade sans le guérir entièrement , ce qui nous paraît à peu près impossible.

OBSERVATION 89^ 90e, 91», 92».

Jeune fille de 19 ans. — Symptômes d'hypertrophie du cœur et d'induration des valvules, à la suite de diverses attaques de rhumatisme articulaire aigu. — Soulagement par les saignées, la digitale , le repos et le régime.

Beurse (Victoire) , âgée de 19 ans , d'une constitution délicate et nerveuse, peau fine et mince, cheveux châtains, avait déjà été affectée , à diverses reprises, de rhumatisme articulaire aigu , lorsqu'une maladie de ce genre la conduisit à la clinique (n** 9, salle Sainte- Madeleine) , le 2 mai i833.

Elle était sujette aux palpitations et ne pouvait monter un escalier sans être essoufflée. — On entendait à la région précordiale un très beau bruit de soufflet ou de scie. Les battemens du cœur se faisaient sentir dans une grande étendue et soulevaient notablement la région précordiale. Il survenait assez souvent des saignemens de nez.

Les émissions sanguines à haute dose firent assez promptement justice de la nouvelle attaque de rhumatisme articulaire aigu, et calmèrent les palpitations habituelles. Néanmoins, le bruit de souffle persistait toujours, lorsque la malade sortit de l'hôpital, le i" août 1 833. ~— Depuis cette époque, nous ne l'avons pas revue, mais il n'est que trop probable que les accidens dus à l'hypertrophie du cœur et à l'induration des valvules auront fait depuis de nouyeaux progrès (i).

(i) Je ne finirais pas, si je voulais rapporter ici tous les cas où j'ai vu des ■maladies organiques du cœur et des valvules, à la suite de rhumatisme articulaire aigu. Dans ce moment même ( février i855) , j'en ai trois nouveaux exemples sous les yeux. Le premier a pour sujet une jeune fille de iS ans environ , couchée au n" 6 de la salle Sainte-Madeleine. J'ai observé le second chez un

MALADIES pu CDEUR EN PARTICULIEJR.

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