‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource] (volume 2)Chapitre 22 sur 80 · DEUXIÈME CATÉGORIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME CATÉGORIE

OBSEnVATIOUS DE CARDITE TEBMINBK PAB CLCÉBATION , PKBFOBATIOR ET BUm'BK DES PAUOIS DO COEUB , DE LA CLOISOK INTgBVKNTRICULA IBB 00 INTKBAVBICDLAIBE , DES VALVLLES, DES X8MD0HS ET DES COLOltKES CHABWOSS.

PI usieurs observateurs , tels que Benivenius, Dnlaurens, Lazare Rivière, Olaûs-Borrichius, Bonet, Sénac, Morgagni, Peyer et Graelz paraissent avoir observé des ulcères de la face interne des parois du cœur (2). Corvisartn'en rapporte

(1) M. Choisy a consigné dans sa dissertation inaugurale deux faits qui se rapportent à l'inflammation suppurative du coèur. Ces (ails sont malheureusemenl indiqués, plutôt que décrits. Voici d'ailleurs le passage que nous signalons ici :

« Linflammation aiguë des oreillettes du cœur est , si j'en dois juger par deux » cas que j'ai pu vérifier par l'autopsie, une maladie bien grave et proniplemcnt » mortelle : dans l'un d'eux, l'oreillelle gauche clait ramollie, suppuréc. J'avais » remarqué pendant la vie une dilatation extrême des pupilles , lei;r immobilité , nun étal profond de stupeur. Chez l'autre suji'l, qui nous offrit les mimes aUétraliotts affectant les mêmes parités, le symptôme prédominant avail consisté en

• des hémoptysies peu abondantes, mais pour ainsi dire non interrompues. ■ Chez tous deux, nous avions observé une extrême irrégularité de la circu-

• lation. •

Si l'on en excepte l'irrégularité du pouls, les symptômes mentionnés par M. Choisy ne me paraissent avoir aucune relation nécessaire avecriuilammation aiguë des oreillettes.

(2) Il est bon de noter toutefois que , dans certains cas , on a pris pour des ulcères de la face externe du cœur les dépressions et les enfoncemens d'une fausse membrane péricarditique.

DEUX. CATÉG. d'oBSERV. DE CARDITE. 269 aucun exemple qui lui soit propre .M. Laënnec en a recueilli un seul cas que voici : chez un malade attaqué d'une hypertrophie du ventricule gauche du cœur, on trouva, à

la face interne de ce ventricule, un ulcère qui avait un pouce de longueur sur un demi pouce de large , et une profondeur de plus de quatre lignes au centre. — M. Laënnec ajoute que l'hypertrophie du ventricule gauche avait été reconnue, mais que le stéthoscope ne fit entendre aucun bruit d'après lequel on pût soupçonner non seulement l'ulcère , mais même la rupture du ventricule gauche qui s'ensuivit deux jours avant la mort, a en juger d'après V exacerhation des symptômes qui survint vers cette époque. {Op. cit., tom. IT, pag. SSj-SS).

Dans l'observation 5o" de ce Traité, j'ai rapporté un exemple d'ulcérations superficielles des valvules aortiques. J'y renvoie le lecteur. Voici maintenant quelques cas de perforation des parois et de la cloison du cœur, et d'érosion complète des colonnes charnues et des tendons de cet organe.

OBSERVATION 100e (i\

Homme de 70 ans. — Depuis long-temps, syncopes fréquentes. — Mort subite. — Ulcération et rupture de l'oreillette gauche.

Un homme de 79 aiis,; d'une constitution débile , avait, depuis long-temps, dé fréquentes syncopes. Il était d'une susceptibilité assez vive et sujet à des accès de colère.-. Depuis quinze jours , son sommeil était troublé par des rêves, pendant lesquels on l'entendait crier au feu et au voleur , lorsque tout-à-coup il mourut le 24 novembre 1812 , en jetant des cris violens.

Autopsie cadavérique.

Le péricarde contenait environ deux livres de sang. Il

(1) Cette observation , recueillie par M. le docteur Hipp. Cloquet , a été publiée dans les BuiltA'in» de la Faculté df médecine de Parti.

MALADIES DU C(«UR EN PARTICULIER, y avait une ulcération avec rupture à l'oreillette gauche , près de l'embouchure de l'une des veines pulmonaires. Cette ulcéraiion , du diamètre de sept millimètres, offrait un amincissement remarquable dans ses environs , et prégentait une sorte de trame aréolaire comme la dentelle. Jl n'y avait aucune trace de suppuration aux environs. Un filet nerveux de l'un des plexus cardiaques élait parfaiieinent disséqué dans le lieu de l'érosion. — L'oreillette correspondante était fort dilatée. — Le cœur n'olfrait aucune autre lésion, si ce n'est qu'il élait un peaplus volumineux que dans l'état naturel. — L'aorte présentait quelques ossifications.

Enfant de la ans ip. — Depuis cinq mois, symptômes d'une maladie organique du cœur, arec obstacle à la circulation. — Mort dans un état de suffocation. — Hypertrophie et dilatation du cœur. — Perforation de la cloison inter- Yentriculaire , à l'origine de l'artère pulmonaire. — Erosion et destnietion de l'une des yalvules de l'orifice aortique.

Un enfant de 12 ans et demi disait être malade depuis cinq mois seulement, lorsqu'il fut admis à l'hôpital de clinique interne, le 21 avril 1797- H était aloï's dans un état si fâcheux, qu'on avait lieu de craindre prochainement pour ses jours. Visage bouffi , lèyl'es violettes , infiltration des membres supérieurs et inférieurs; dyspnée; la main, placée sur la région du cœur, sentait un battement peu régulier, accompagné d'un bruissement particulier très remarquable. Cependant le pouls était d'une régularité surprenante, mais petit, faible et facile à étouffer. Des palpitations revenaient par accès fréquens, pendant lesquels la suffocation était imminente. Le malade ne pouvait rester couché ; il se trouvait mieux quand il était assis , le tronc incliné en avant.

(1) Cette obserTation est extraite de l'ourrage de Corvisart.

DEUX, CATÉG, P'OBSERV, DJÎ CARDITE, Qrji

Le 2.4 avril , il survint un accès de suffocation , à la suite dpquel le malade se trouva sensiblement mieux qu'il n'avait été depuis iDiîg-temps. Cependantde nouveaux symptômes alarmans se déclarent, et la mort arrive le lendemain , aS avril , après une agonie de 10 à 12 heures, pendant laquelle tout le corps était couvert d'une sueur froide, et la bouche sbreuvce d'une écume jaunâtre.

Autopsie cadwérique.

H Poumons dans l'état naturel , seulement un peu flasques.

Une petite quantité de liquide dans le péricarde.

Le volume du cœur était considérablement augmenté, et ce viscère paraissait bien plutôt appartenir à un homme de haute stature et de vigoureuse constitution , qu'à un sujet aussi jeune.

Les oreillettes étaient dilatées. Les parois du ventricule droit étaient plus épaisses qu'elles ne le sont ordinairement,

La cloison des ventricules avait conservé son épaisseur naturelle. Ce^te we/we cloison, à Vendrait de la naissance de V artère pulmonaire y était percée d'ujie oui^ertu/-e ronde qui pouvait admettre V extrémité du petit doigt. Cette ouverture communiquait directement avec la cavité du ventricule gauche, Lps bords en étaient lisses et blanchâtres dans toute leiir étendue ; à la partie supérieure du pourtour du trou , on aperce\>ait deux petits tubercules charnus de couleur rougeâtre. L,a valvule semi-lunaire aorlique au-dessous de laquelle ce trou était situé, était çoiTodéeet en partie détndte (i).

Leg parois du ventricule gauche avaient conservé leur

(1) Celte valvule formait une espèce de petite frange, qui se présentait à l'oriQcede communication , sans le boucher entièrement; de sorte que le sang, poussé par le ventricule gauche dans l'aorte, pouvait,' lorsque ce ventricule cessait d'agir, refluer, à la faveur de la destruction de la valvule sigmoïde, dans le ventricule droit, en traversant l'ouverture contre nature dont la direction Bemblait cependant être du ventricule droit vers la cavité du gauche.

27'^ MAtADiES DU COÉDR EN PARTICULIER,

épaisseur ordinaire. Dans la cavité de ce ventricule , immédialement au-dessous d'une des valvules sigmoïdes de l'aorte, on voyait l'ouverture gauche du trou indiqué pins haut.

REFLEXIONS

Corvisart regarde comme indécise la question de savoir si la perforation décrite plus haut existait chez ce sujet depuis sa naissance , ou bien si elle s'était formée accidentellement par rupture ou par érosion. Dans le premier cas, dit-il, ce serait un véritable n}ice de conformation ; dans le second cas, elle devrait être mise au rang des maladies organiques .

Suivant Corvisart , la disposition lisse et comme tendineuse des bords de Ibuveriure , semblerait miliier pour la première opinion, tandis que, d'un autre côté, l'érosion de l'une des valvules semi-lunaires qui se propageait jusque sur le pourtour de l'ouverture , l'existence des tubercules charnus de couleur rougeâire, etc. , pourraient engager à embrasser la seconde. En nous déclarant pour notre propre compte en faveur de cette dernière hypothèse , outre l'argument invoqué ci-dessus à son appui, nous ferons remar quer que sous le point de vue des symptômes, rien ne prouve que la perforation ait été congénitale ; que , au contraire , la déclaration du malade ( il disait n'avoir éprouvé de dérangement dans sa santé que depuis cinq mois), porterait à croire que cette perforation était réellement accidentelle. La disposition lisse et comme tendineuse des bords de l'ouverture ne suffisait pas d'ailleurs pour démontrer que celte ouverture était congénitale , car une perforation accidentelle , lorsque la cicatrisation de ses bords est complète, peut offrir une semblable disposition. Au reste, eu admettant que ce vice de conformation fût congénital , il s'agirait encore de déterminer si la perforation ne s'est pas opérée dans ce cas par un mécanisme semblable à celui

DEUX. CATÉG. d'oBSERY. DE CARDITE. 278 qui préside au développement des perforations dites accidentelles ou non congénitales.

Nous reviendrons sur cette question , eu traitant des vices de conformation du cœur proprement dits ou dus à une perturbation des lois qui régissent l'évolution organique.

Dans l'observation suivante qui a été recueillie par M. le docteur Thibert, et publiée dans les Bulletins de la faculté de Médecine (année 1819), on verra une perforation simultanée de la cloison inler-auriculaire et de la cloison inlerventriculaire , et parlant une communication établie entre les quatre cavités du cœur , à l'endroit de cette perforation. On peut aussi se demander, à l'occasion de ce fait, si la lésion était congénitale ou accidentelle. L'observation manque des détails qui auraient pu nous fournir les données nécessaires à la solution précise de ce problème. Nous avons cru pouvoir adopter, sans inconvénient , 1 hypothèse d'une perforation accidentelle, consécutive à une cardite par- XÏ^Wo^ulcératii^e .

OBSERVATION 102e.

Jeune homme de ï4 an^. — Pas de symptômes d'AMivBisuE do ccbdb, nt de tnalailie bleue. — Morl d'une maladie fébrile, au bout de six semaines. — Perforation de la cloison du cœur, avec communicalioa des quatre cavités de cet organe entre elles.

« Un couvreur, âgé de 24 ans, meurt, au bout de six

> semaines, d'une maladie fébrile, sans avoir offert ni » symptômes bien tranchés (ïanéi^risme du cœur, ni symptô- » mes de maladie bleue.

» Le cœur, dont le volume est augmenté de près d'un j quart, offre ses cavités dilatées , sans que ses parois soient

> plus épaisses ou plus denses que dans l'état ordinaire. » L'oreillette droite seule est beaucoup plus épaisse qu'elle

> n'a coutume de l'être. Elle communique avec la gauche » par le trou de Bolal. Une grande ouverture ^ très irrégulière,

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» fiituée à la partie inférieure de la cloison inter-ventricu- » laire , fait communiquer ensemble les quatre cavités du » jÇœ.i^;', et deyaii occasioner le mélange intime des deux » espèces de sang. Le contour de celte ouverture est formé > par des franges merabr^n,euses jaunâtres , très irréguliè- » res (i). »

Jeune fille de 22 ans. — Phlhisie pulmonaire. — Pouls tellement fréquent qu'on peut à peine le compter. — Quintes de toux très violentes. — Mort dixhuit jours après l'entrée à l'hôpital. — Rupture d'une colonne charnue du ventricule droit. — Caillot blanchâtre, contenant une matière comme purulente.

Une jeune fille de 22 ans, nommée Sophie, était parvenue au troisième degré de la phlhisie pulmonaire, lorsqu'elle entra à l'hôpital Cochin , le 3o juillet ;i822. Elle avait des quintes de toux très violentes et une fièvre très vive, avec un pouls tellementprécipité, qu'on pouvait àpeine en compter les battemens; elle mourut dix-huit jours aprèsson entrée.

Autopsie cadavérique, 27 heures après la mort.

Désorganisation tuberculeuse des deux poumons...

Le péricarde contient une certaine quantité de sérosité. Le coeur est assez ferme, un peu moins gros que le poing du sujet , et assez pourvu de graisse. Le ventricule droit contient un petit caillot blanchâtre au centre duquel on trouve une matière liquide comme purulente, blanche. Cette sorte de végétation globuleuse adhérait aux tendons d'une colonne charnue, qui était complètement rompue et fl,oitante au milieu de la cavité ventriculaire (2).

(1) « Cette disposition, dit M. Thibert , a Tait penser à un professeur de

• l'École que la communication entre les quatre cavités du cœur pouvait bien ne *pas être cpngéniale, mais le résultat de la destruction graduelle de deux niem-

• branes, dont l'adossemenl seul aurait formé en cet endroit la cloison qui sé- »^are les cavités droites des cavités gauches, comme on l'a quelquefois observé.»

(2) Je dois faire remarquer ici qu'il n'est pas démontré que la rupture dont pows xenons de parler ait été précédée d'une ulcération ou d'un ramollissement

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