‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource] (volume 2)Chapitre 56 sur 80 · DILATATION DES CAVITÉS ET DES ORIFICES. Ô · texte numérisé non relu

DILATATION DES CAVITÉS ET DES ORIFICES. Ô

g II. Mécanisme et principales causes de la dilatation des cavités et des orifices

du cœur.

La dilatation des cavités et des orifices du cœur s'opère ordinairemenlsousrinfluence d'un obstacle à la libre circulation du sang. Sous ce point de vue , la dilatation du cœut* lie diffère pas dejla dilatation des au très organes creux. En effet, l'observation démontre que ces derniers, quels qu'ils soieili, ne tardent pas à se dilater d'une manière pius ou moins notable, lorsque , en vertu d'un obstaclia quelconque, les matières qu'ils sont destinés à contenir ptendant un certain temps, ne trouvant plus une libre issue, s'accumulertt dans leur cavité, réagissent contre leurs parois, et les distendent outre mesuré. L'organe se laissera d'autant plus facilement dilater, que ses parois seront douées d'une moindre épaisseur, et que les causes de dilatation agiront avec plus de force et de vitesse. Si ces causes ne sont pas permanentes, si elles ne s'exercent que pendant un temps assez court, ordinairement l'organe dont la résistance a été momentanément vaincue ne larde pas à revenir sur lui-même, et à se rétablir dans son état normal. Que si, au contraire, les causes agissent d'une manière continue, ou qu'elles s'exercent du moins très fréquemment, la dilatation dé l'organe devient constante, permanente, et par-là se transforme en un véritable état pathologique.

C'est par ce mécanisme que surviennent la dilatation de l'estomac dans les cas de cancer avec rétrécissemeiit du pylore, celle de la vessie, par suite d'un rétrécisse m eilt du Gol dé cet organe bu du canal de l'urètre , etc. C'est aussi par là même raison que l'on voit s'opérer une dila- > talion dû cœur cher, les individus atteints de rétréCisBément de (Quelqu'un des orifices de cet organe central dfc la circulation. En vain la siruclure du cœur ést plus rôbusle que celle des autrts viscères creux, le mécanisme dô sa diiataiioa n'en est pas moins essentiéllement ie mêinéi,

6îi8 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIEÎl.

Le sang qui s'accumule clans ses cavités , toutes les fois qu'il ne peut pas en être expulsé librement, est une véritable force dilatante, qui tend nécessairemi'nl à éloigner les parois de l'axe de la cavité qu'elles constituent , et qui finit , à la longue, par triompher de leur résistance. Je dis à la longue, car il est démontré que si la cause qui , détermine l'engorgemenl des cavités du cœur d sparaît au bout d'un certain temps, pour ne plus se renouveler, les parois distendues ne lardent pas à revenir à leurs ])remières dimensions. C est ce qui a lieu, par exemple, dans les cas où une maladie aiguë des poumons , telle qu'une hépatisalion, empêchant le sang de traverser librement leurs vaisseaux , ce liquide s'accumule dans les cavités droites du cœur. Il est impossible de fixer positivement l'espace de temps pendant lequel la force contractile de cet organe peut lutter efficacement contre la puissance qui tend à la surmonter. On sait seulement que le cœur résistera d'autant plus long-temps que son tissu musculeux sera plus épais* C'est pour cela que, toutes choses égales d'ailleurs, les oreillettes se dilatent plus facilement que les ventricules, et que le ventricule droit, comparaiivcment . au ventricule gauche, est, en quelque sorte, prédisposé à la dilatation.

Nous venons de voir comment le sang, accumulé dans l'intérieur du cœur, devient la véritable force sous l'impulsion de laquelle les cavités et les orifices de cet organe se développent, s'agrandissent, se dilatent. Nous avons établi que, pour mettre en jeu cette force dilatante, il fallait qu'il existât un obstacle au-devant du point où elles'exerce. Il y a, entre le siège de cet obstacle et celui de la dilatation du cœur, un rapport nécessaire et trop évident pour qu'oji puisse le mettre en doute. Cette sorte de loi est qije les cavités du cœur, situées immédiatement derrière l'obstacle, se dilatent les premières. C'est ainsi que les obstacles à la circulation dans le systèaae pulmonaire déter-

DILATATION DES CAVITÉâ ET DES ÔKIPICÉS. 52g ïïiinent la dilalalion du cœur à sang noir, tandis que la dilatation du cœur à sang rouge est produite par les obstacles au cours du sang dans le système aortique. Si nous voulions préciser encore davantage cette idée , nous dirions que chaque oreillette se dilate particulièrement par l'effet d'uu obstacle à l'orifice auriciilo - ventriculaire qui lui correspond, comme chacun des ventricules se dilate à l'occasion d'un obstacle à l'orifice artériel avec lequel sa cavité communique. Cependant , il est bon d'ajouter qu'en raison de l'inégale résistance des diverses cavités du cœur, il arrive assez fréquemment que ce n'est pas toujours la cavité la plus voisine de l'obstacle qui se dilate la première. C'est ainsi, par exemple, que, sous l'influen ce d'une induration des valvules aorliques, avec rétrécissement de l'orifice qu'elles bordent, l'oreillette gauche pourra êlrele siège d'une dilatation plus ou moins sensible avant que le ventricule gauche ne se soit lui-même dilaté. Enfin, on conçoit également qu'en vertu des connexions et des communications qui existent entre les diverses cavités du cœur, comme enti'e toutes les parties du système vasculaire, un grand obstacle au cours du sang, quel qu'en soit le siège, peut, au bout d'un certain temps, déterminer une dilatation générale de toutes les cavités du cœur, et même de la plupart des gros canaux vasculaires.

Jusqu'ici, nous n'avons considéré notre sujet que sous un point de vue purement mécanique. Mais ce n'est pas seulement sous ce rapportque nousdevons l'étudief. Le sang qui s'accumule dans les cavités du cœur ne joue pas uniquement le rôle d'une force mécanique ; il exerce aussi une action excilaute, stimulante ou irritante. En vertu de cette excitation, la nutrition de l'organe lend à devenir plus active; et le devient effectivement dans beaucoup de cas : d'où il résulte que la même cause, savoir, un obstacle à la circulation, est à la fois suivie de dilalalion et d'hyper- ^- 34

irophie. C'est à la production de ce double effet qu'est due l'espèce d'anévrisnie que Corvisart appelle actif [i). Si le cœur ne s'hyperirophiait pas ainsi dans les mêmes circonstances où il se dilate, sa contraclilité serait bien plus fréquemment vaincue par les puissances de dilatation auxquelles il peut élre soumis, et la circulation deviendrait tout-à-fait impossible. Malheureusement, en même temps que celle hypertrophie du cœur augmente sa résistance, elle devient elle-même une source de nouveaux accidens dont nous avons tracé l'histoire ailleurs. ( Voyez Hfjjertrophie. )

Néanmoins, par des raisons qui ne sont pas toujours bien connues, riiyperlrophie ne se combine pas conslamnient avec la dilatation du cœur. Dans certains cas, au contraire, les parois dilatées du cœur sont amincies au lieu d'être épaissies. Alors le sang ne joue plus que le rôle de puissance dilatante, et, comme les parois perdent en épaisseur et en force ce qu'elles gagnent en étendue , il en résulte la forme d'anévrisme que Corvisart désigne sous le nom de passif.

Lorsque, par suite d'une maladie capable d'altérer sa nutrition , le tissu du cœur aura perdu plus ou moins complètement sa cohésion et sa conlractilité dans un point de son étendue seulement, il est évident que la force avec laquelle le sang presse contre les parois de l'organe pendant les contractions de celui-ci, doit, à la longue , dilater le point devenu le moins résistant. Il en sera de même, lorsque la puissance dilatante s'exercera spécialement sur

(j) Bumsa donné delà dilnlatioti hypertrophique, ou de l'anévrisme actif du cœur, une explication qui nous semble aussi exacte qu'ingénieuse: selon cet auteur, le mécanisme de la dilatation du cœur avec hypertrophie est comparable à celui par lequel l'utérus , pendant la f;rossessp , se dilate , se développe et s'épaiséiten tous sens. Toutefois, celte théorie n'est applicable qu'à un certain ordre de cas d'hypertrophie anévrismale.

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