‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource] (volume 2)Chapitre 58 sur 80 · CHAPITRE HT · texte numérisé non relu

CHAPITRE HT

DES LÉSIONS DE RArPORTS, OU DES DÉPLACEMENS EX DES HERNIES DU COEUR (l).

ARTICLE PREMIER

DES SIMPLES DliPLACEMEnS CD COEl'B.

On peut distinguer deux espèces de déplacement du cœur : l'une dans laquelle cet organe occupe, comme à l'ordinaire, la région précordiale, niais ayant sa pointe tournée tout-à-fait à gauche ( voy. les observ. d'hypertrophie considérable du cœur ) , l'autre dans laquelle le cœur

(i) M. Breschet désigne sous le nom d'eclopies les divers chaogemens de situation el de pisilioa du cœur, lésions sur lesquelles il a publié, en iSaS, ua mémoire important.

Ï)ÉPLA.CEMETVS DU COEUR. 635 rie siège plus dans la région précordiale , et se trouve , par exemple, refoulé dans le côté droit de la poitrine.

Les cas de véritable déplacement du cœur ne sont pas extrêmement rares. Lancisi et IMorgagni ont désigné sous le litre de prolapsus les de'placemens en bas, seul vice de position dont il soit fait mention dans l'ouvrage de Corvisart. Dans une des observations de Morgagni , la cause qui avait ainsi repoussé le cœur de haut en bas , consistait en une tumeur anévrisraale de l'aorie. Dans un cas rapporté par Sénac, le cœur avait enfoncé le diaphragme qui lui formait une espèce de capuchon.

Le déplacement en haut du cœur se rencontre dans les cas où cet organe est soumis à une pression , à un refoulement exercé sur lui de bas en haut, soit par une tumeur développée dans l'hypochondre gauche, soit par un vaste épanchement dans le péritoine , etc.

Divers auteurs ont eu occasion de rencontrer le refoulément du cœur dans le côté droit de la poitrine. Sennert trouva le cœur d'un étudiant caché dans la cavité droite du thorax, à la suite d'une maladie qui avait entraîné la consomption du poumon ( c'est-à-dire , selon toute apparence, un épanchement considérable dans la plèvre gauche ). Dans un cas rapporté par M. Larrey , les batteniens dn cœur se faisaient sentir à la région du sein droit. L'autopsie cadavérique montra que le cœur avait été rejeté à droite par une hydropisie enkystée. Une tumeur pourrait, comme les epanchemens libres ou enkystés, produire le déplacement du cœur à droite. C'est ainsi qu'à l'ouverture du corps du marquis de Saint-Auban, Boerrhaave trouva lè cœur repous-é dans la cavité droite de la poitrine, par l'effet de la compression qu'avait exercée sur lui une énorme tumeur développée dans le côté gauche du thorax. Quoi qu'il en soit , de toutes les causes qui peuvent opérer l'espèce de déplacement qui nous occupe, la plus commune est un vaste épanchement dans le côté gauche de la poitrine.

J'ai, tout récemment encore ( 16 avril 1835), observé, conjointement avec M. le professeur Velpcau, un cas de ce genre.

Le passage accidentel de l'estomac et des intestins dans, un des côtés de la poitrine, peut être la cause d'un déplacement du cœur. M. Cliaussier avait observé cetie espèce de déplacement. En voici un exemple : chez un enfant, qui expira quelques heures après sa naissance, l'aulopsic cadavérique fît reconnaître ce qui suit : l'estomac, une grande partie des intestins, la rate et le pancréas, étaient contenus dans la cavité gauche de la poitrine La cavité droite renfermait le cœur, le thymus et les deux poumons. (Gust. Th. Weyland; Diss. inaug. méd. — léna. 1831. )

Quelcjuefois, le déplacement du cœur à droite est moins considérable, en sorte que cet organe se trouve situé perpendiculairement à la région moyenne de la partie inférieure de la poitrine , comme cela est arrivé dans le casque voici : Un enfant de sept ans succombe à des vomissemens dont il était atteint depuis les premiers temps de sa naissance, et qui se compliquèrent d'accidens cérébraux. A l'ouverture de son corps, on vit que la cavité gauche de la poitrine, jusqu'au niveau de la seconde côte , était remplie par les circonvolutions des intestins. Le cœur était situe sur la ligne médiane Le poumon gauche, atrophié, offrait a peine la sixième partie de son volume normal. Le poumon droit était bien conformé, et ne présentait rien d'extraordinaii'e. ( Gust. Th. Weyland ; Oper. cit. )

Rien n'est plus facile que le diagnostic des divers déplacemens du cœur. La percussion, l'auscultation, la palpation et l'inspection, permettent, en effet, comme nous l'ayons déjà dit tant de fois, de déterminer, de la manière la plus certaine , le lieu précis qu'occupe cet organe. On pourrait confondre le simple déplacement du cœur adroite avec la transposition congénitale du même organe, si l'on n'avait égard qu'aux signes physiques; mais les renseigne-

HERNIES DU CŒUR. 687 mens sur l'élat anlérieur du malade, la transposition des autres viscères qui accompagne celle du cœur, etc., voila qui suffit pour distinguer ces deux cas l'un de l'autre (1).

ARTICLE DEUXIÈME

HERNIE DU cceua (2).

Les cas de hernie du cœur ont été observés par divers auteurs. Chez un fœtus humain, né au huitième mois de la grossesse, dont Vaubonais nous a donné la description , le

(1) Je crois devoir rapporter ici un cas singulier de lésion de rapport du cœur ( par suite de l'absence de l'extrëmilé inférieure du sternum, le cœur était imtnédialemenl placé sous la peau). Celle curieuse observation a été publiée par Chaussier dans les Bullclins île la Faculté de médedna de Paris, pour l'année iSi4-

«J'ai vu, dit-ii, à riiô|;ital militaire de Dijon un soldat de 27 ans, d'une const'tulion robuste, dont le cœur, situé à la partie antérieure et moyenne du thorax, n'était recouvert que par la peau, qui était mince , unie, et ne présentait aucun vestige de cicatrice. Dans ce sujet, que j'examinai avec beaucoup d'attention, le creurconfervaità j)cu près sa situation naturelle, et ne sortait point hors du tliorax. Il n'existait du sternum que son extrémité supérieure, à laquelle s'articulaient de chaque côté la clavicule et la première côte. Les autres côtes, jusqu'à la septième, paraissaient manquer en totalité, ou au moins en partie , de ce cartilage de pror longemenl qui , dans l'état ordinaire, les attache au sternum. Elles .se. terminaient en avant par un tubercule compacte, épais, arrondi, qui paraissait s'étendre de l'une à l'autre, les réuniret leur servir de point fixe. La septième côte conservait sa forme et son étendue naturelles. Elle prolongeait jusqu'à la ligne médiane , y étgit fixée tt réunie à celle du côté opposé par un tubercule épais, compacte. Les autres parties du thorax étaient bien conformées.

• L'absence du sternum el d'une portion de certaines côtes laissait ainsi un grand espace oblong , dans lequel on voyait, de la manière la plus frappante , tous les mouvemens du cœur.

» Malgré cette singulière conformation congéniale, cet homme jouissait d'une bonne santé ; il était depuis plusieurs années attaché au service militaire, en avait supporté toutes les fatigues, sans éprouver aucun accident, et il n'était entré à l'hôpital que pour une légère indisposition, qui lui permit bientôt de continuer sa route. »

(2) Nous aurions pu rattacher la hernie du cœur aux vices congénitaux dont 't sera question dans notre quatrième classe des maladies du cœur. Cependant ,

cœur, sorti du thorax par une ouverture située à la partie supérieure de celte cavité , était à nu et pendu au cou comme une MÉDAILLE. ( Mém. de l^Acad. des sciences. — 1712. ) '

Martin Mariinez a rapporté un cas analogue au précédent dans une dissertation imprimée à Madrid, en 1723.

Tourielle dit avoir vu, à Besançon, un enfant qui avait à la partie inférieure du thorax une ouverture par laquelle le cœur sortait et se portait jusquà un pouce au-dessus de l'ombilic.

Parmi les espèces les plùs extraordinaires de hernie du coeur, il faut placer les deux cassuivans, dont le premier était en même temps un exemple de bicardie. Chez un enfant, qui mourut peu de temps après sa naissance, Baudelocque assure avoir trouvé deux cœurs distincts, Vun situé dans r abdomen, l'autre dans le thorax, et communiquant ensemble par diverses ramifications "vasculaires.

Chez un enfant singulièrement difforme dans plusieurs de ses parties, né à l'hospice de la Malerniié, en 1812, Chaussier a vu une tumeur herniaire qui, située à la base du cordon ombilical, contenait non seulement la plupart des viscères abdominaux, mais encore le cœur. Cet organe , dont la base se trouvait tournée du côté de V ombilic, était attaché par sa pointe à la partie antérieure du palais. Le centre du diaphi-agme présentait une ouverture par laquelle le cœur avait fait hernie dans l'abdomen. Ajoutons que le fœtus, ainsi mal conformé, vécut quelques heures après sa naissance.

La note suivante sur une hernie congénitale du cœur mérite de trouver place ici (elle fut lue par Chaussier, a la Société de la Faculté de médecine de Paris , en 1814 ). « Le 3o juin i8i3 , on a déposé à l'hospice de la Mater-

comme cette hernie paraît s'oi)érer sous l'influence de conditions morbides accx- (Icnlcllement survenues chez W; fœlus, nous avons cru devoir ne pas séparer son histoire de celle des simples dépUcemensdu cœur, dont U vient d'être question dans le précédent article,

HERNIES DU CORUR. ' 689

« nité un enfant femelle nouveau-né , qui présente , à la .V partie supérieure et antérieure de l'abdomen, une tu- » meur molle , hémisphérique , élevée d'à-peu-près un .*) pouce (3o millimètres), large d'environ deux pouces un » quart (60 millimètres), et dans laquelle on distingue, à V la simple inspeclion et d'une manière très évidente, la * forme et les mouvemens alternatifs d'élévation et d'abais* il sèment du cœur, de dilatation et de contraction de ses » ventricules.

» L'apparence, le volume de cette tumeur, qui de la » partie antérieure et inférieure du thorax s'étend presque » à la hauteur de l'ombilic, change à chaque instant sui^i » vant l'état de la respiration. Quand l'enfant inspire, le » cœur se relève , il remonte et paraît rentrer en partie » dans le thorax; quand il expire , le cœur se porte en » avant et en bas, et les mouvemens de ses ventricules » sont plus apparens. La tumeur augmente sensiblement « de volume et est plus tendue lorsque l'enfant crie , et » surtout lorsqu'on le tient debout j elle diminue et de- » vient plus molle lorsqu'il est tranquille et couché sur le :> dos , un peu sur le côté , les membres à demi fléchis. Une

> pression graduée fait disparaître la tumeur; le cœur, » dont on sent très bien les battemens, s'enfonce et paraît » rentrer dans le thorax ; mais la respiration de l'enfant » est alors moins facile, et dès que l'on cesse la pression ,

> la tumeur reprend sa forme première , et le cœur s'éi chappe avec une sorte de bruissement.

» En examinant plus particulièrement le contour de » cette tumeur, oh reconnaît, à la partie antérieure et la-

> térale gauche du thorax , une large ouverture ou échart- » crure qui, autant que l'on peut en juger à travers l epais- » seur des chairs, commence au-dessous du bord de la » quatrième côte sternale, est formée au-dedans par une » partie du sternum , et en dehors par l'extrémité des côtes » qui ont été détruites , ou n'ont pas pris l'^ccrpisseniej^Ç

540 MALADIES DD CœUR EN PARTICULIER.

> et l'étendue qu'elles ont ordinairement. L'extrémité su- » périeure des muscles droits ( sterno-pubiens ) paraît » manquer, au moins du côté gauche , ou bien ces muscles » sont fort écartés l'un de l'autre, car les parties déplacées » ne paraissent recouvertes que par la peau qui, en devant » et en haut, est d'une grande ténuité et semi-diaphane, » mais qui paraît plus épaisse en bas et du côté de l'om-

> bilic, et présente dans cet endroit une large tache bru- » nâtre et d'une forme irrégulicre. Il paraît aussi , d'après » le volume de la tumeur , qu'elle contient une portion du » foie, et que le cœur est appuyé sur la l'ace convexe de » cet organe , et y exécute ses mouvemens (i). »

D'autres cas de hernie du cœur ont été publiés par M. Breschet, dans son mémoire sur Vectopie de cet organe. Ce savant anatomiste réduit à trois genres les hernies ou ectopies du cœur :

i" GENRE. — Ectopie thoracique du cœur.

a" GENRE. — Ectopie abdominale.

3* GENRE. — Ectopie céphalique.

Les cas que nous venons de rapporter fournissent des exemples de ce triple genre de hernie du cœur.

Il est très commun de voir coïncider les différentes espèces de hernie du cœur avec des vices de conformation de cet organe, dont plusieurs sont incompatibles avec la vie. Au reste, ces hernies supposent elles-mêmes l'existence d'autres lésions dans les parties voisines, telles que des

(0« Ainsi, ajoute M. Chaussier, par la nature, la disposition, les phén

• mènes qui l'accompagnent, celte affection conf^éniale \ie\x\. éire. rapportée a

• classe des hernies, et distinguée des prolapsus, de l'extrophie ou autres ali

• rations accidentelles de cet organe. »

L'enfant observé par M. Chaussier était d'ailleurs bien conformé. Il lélait, es culaitbien ses fonctions, et semblait promettre de vivre {^).

(•) On conservait cet enfant à la Maternité. Je ne Hche pal qu'U en ait été quMlion dipuii publication de la note qu'on Tient de liru.

HERNIES DU CŒUR. ^^i

solutions de continuité, des adhérences anôrlnales, etc. ; et ces lésions peuvent entraîner de graves accidens ou même une mort inévitable, soit immédiatement après la naissance , soit très peu de temps après.

Il n'est pas de notre objet d'approfondir ici les lois et le mécanisme de la production des ouvertures anormales à travers lesquelles le cœur s'échappe. Quant à certains vices

1 de conformation qui peuvent coexister avec les hernies du

icœur, nous en traiterons plus loin.

Chez les sujels qui ne succombent pas immédiatement

japrès leur naissance , le diagnostic des hernies du cœur se

ifonde sur les mêmes données que celui des simples dépla-

(cemens dont nous avons déjà parlé.

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