SECONDE SECTION
RECHERCHES NOnVEEEES SCR CE POIDS ET EE VOEUDIE DU CŒDR EN GÉNÉRAL, SUR LES DlIHENsiONS ABSOLUES ET RELATIVES DE SES PAROIS, DE SES DIVERSES CAVITÉS , DE SES ORIFICES ET DES VALVULES QUI LEUR SONT ADAPTÉES.
On a VU plus haut que Corvisart, M. Laennec et M. Cruvellhicr déclaraient qu’il était impossible d’appliquer à la détermination du volume du cœur, les procédés rigoureux du système métrique employé pour l’appréciation
ANATOMIE DU COEUR
du volume et de la capacité des corps en général. Nous avons promis de réfuter, a U moins jusqu’à un certain point, cette désolante assertion. Mais avant d’exposer les recherches que nous avons tentées sur cette matière, nous devons faire connaître les essais de quelques-uns de nos devanciers.
Après avoir affirmé qu’il serait impossible d’indiquer géométriquement les proportions du cœur chez un homme sain, M. Laënnec ajoute : « Mais je crois, d’après les dis- « sections que j’ai faites, pouvoir déterminer les propor- « lions naturelles du cœur de la manière suivante, qui, « quoique approximative, a cependant une exactitude « suffisante.
« Le cœui*, y compris les oreillettes, doit avoir un vo- « lume un peu inférieur, égal ou de très peu supérieur « au volume du poing du sujet. Les parois du ventricule « gauche doivent avoir une épaisseur un peu plus que K double de celle des parois du ventricule droit (i) : « leur tissu > plus ferme et plus compacte que celui des M muscles, doit les empêcher de s’affaisser lorsqu’on ouvre « le ventricule. Le ventricule droit , un ])eu plus ample M que le gauche , présentant des colonnes charnues plus « volumineuses, malgréla moindre épaisseur de ses parois, « doit s’affaisser après l’incision (a). »
(1) On va voir plus bas , que M. Laënnee ne détermine pas l’cpaisscur des parois du ventricule droit, ile sorte que le terme de comparaison dont il se sert ici, n’en est point un, â rigoureusement parler.
(2) M. Laënnec ne dit rien de précis sur l’épaisseur réelle des parois des ventricules , sur leur capacité; il ne s’occupe nullement des dimensions des oreillettes, ni de celles des orifices artériels ou aoriculo-vcntriculaircs ; il ne parle ni de l’étendue des valvules , ni do la circonférence générale du cœur, ni de ses divers diamètres, etc. En résumé , liors sa comparaison , d’ailleurs asser heureuse, du volume du cœur avec celui du poing du sujet, M. Laënnec nous laisse dans la même incertitude que Corvisart, sur les conditions de poids et de volume du centre circulatoire à l’état normal.
C’est par erréur que ÜI. Laënnec dit , dans le pnss.sge cite , que les colonnes.’ charnues du ventricule droit sont plus volumineuses que celles du gauche.
description des tissus du coeur. a;
« La raison indique, et l’observation prouve que, chez « un sujet sain et bien constitué, les quatre cavités du « cœur sont, à très peu de choses près, égales entre tt elles. Mais, comme les parois des oreillettes sont très « minces, et que celles des ventricules ont beaucoup d’é- « paisseur, il en résulte que les ox’eiilettes ne forment « guère que le tiers du volume total de l’organe , ou la « moitié de celui des ventricules, w .
La comparaison du volume du cœur avec celui du poing du sujet, est un terme d’évaluation généralement assez voisin de l’exactitude. Toutefois^ les cas , ne. manquent pas où le cœur serait hypertrophié ou dilaté > s’il avait le volume du poing du sujet ; les cas inverses , c’està-dire ceux où le çœur serait , soit atrophié,, soit rétréci , s’il n’avait que le volume du poing du sujet', ne sont pas très rares non plus , bien que moins communs que les précédents.
Il n’est pas d’ailleurs rigoureusement vrai de dire que les quatre cavités du cœur sont sensiblement égales entre elles. En effet, le plus ordinairement, sur le cadavre, les cavités di'oites l’emportent en capacité sur les gauches et les oreillettes sont plus amples que lès ventricules, iLest bien vrai que l’excès d’amplitude des cavités droites' sur les gauches est souvent, en partie du moins, le résultat de la distension que les premières ont éprouvée, lorsque, pendant les angoisses de l’agonie, le sang s’y accumule et les engorge. Toutefois ce n’e;st pas là l’unique cause de la différence que nous signalons. Les expériences de Legallois démontrent, par exemple ,. que , chez les animaux tués par hémorrhagie^ on observe la différence de capacité que nous signalons ici. Or, dans Ce cas, les cavités droites ne sont pas engorgées par suite de l’embarras de la respii*ation , comme il arrive chez les animaux asphyxiés. Cependant, il est bon de noter que la disproportion entre la capacité des cavités droites et celle
a 8 ANATOMIE DU COEUll.
(les cavités gauches est moindre chez les animaux tués par hémorrhagie que chez les autres.
M. le pi’ofesseur Cruveilhier, tout en soutenant que la détermination précise de la limite qui sépare l’état normal de l’état hypertrophique du cœur lui paraît impossible, admet implicitement le contraire, quand il ajoute : « Je n’admets donc d’hypertrophies pour le ventricule « gauche que lorsque les parois de ce ventricule attei- « gnent sept à huit lignes d’épaisseur (i); pour le vente Iricule droit , que lorsque ses parois ont quatre à cinq « lignes (2) ; pour le cœur en général , que lorsque le « POIDS DE CET ORGANE QUI EST, TERME MOYEN , DE SIX « A SEPT ONCES , atteint dix à douze onces (5). »
M. Lobstein, professeurs la Faculté de Médecine de Strasbourg, fixe ainsi qu’il suit le poids et les dimensions du cœur à l’état sain , chez un adulte :
Poids. 9^10 onces.
JF(i) Celte assertion aurait eu besoin de quelques de'veloppements. En effet , daiiis des cas où le ventricule gauche n’est nullement hypertrophie, dans des cas même où il est sensiblement atrophié , l’épaisseur de ses parois peut être non-seulement de sept à huit lignes , mais encore de huit à dix lignes. Ces cas sont ceux dans lesquels , par suite d’un état d’anémie et de marasme général, le ventricule est revenu sur lui-même pour s’accommoder à la petite quantité de sang qui le traverse. Il gagne alors en épaisseur ce qu’il perd en largeur; mais cette augmentation d’épaisseur, phénomène purement mécanique, effet du retrait du ventricule sur lui-meme, ne constitue point un état d’hypertrophie.
(2) Même remarque ici que pour l’assertion précédente. Il faut ajouter de plus ([ue , dans un grand nombre de cas d’hypertrophie du ventricule droit, l’épaisseur des parois de ce ventricule ne s’élève pas au-delà de trois lignes. L’hypertrophie est très considérable , lorsque ce ventricule, conservant sa capacité normale, ou à fortiori étant dilaté , offre des parois de cinq lignes d’épaisseur.
(3) Eu admettant, avec M. Cruveilhier, que le poids du cœur fût , terme moyen, de six à sept onces, ce qui ne s’éloigne pas beaucoup des résultats que nous avons obtenus ( V^oy, plus loin ) , il est clair que des cœurs da poids de huit à neuf opccs seraient réellement hypertrophiés.
DËSCRIPtION DES ÏÏSSÜS DÜ COEÜR. 39
Longuenr de la base à la pointe.
Largeur 5 la base.
Épaisseur des parois du ventricule gaucbe, à la base. Même e'paisseor à un travers de doigt au-dessus de la pointe.
Épaisseur des parois du ventricule droit.
— à la pointe.
Épaisseur des parois de l’oreillette droite.
— gauche.
5 p. 6 lig.
On voit, au premier coup-d’œil, que l’évaluation du professeur de Strasbourg diffère notablement de celle du professeur de Paris. M. Cruveilbier, par exemple, fixe le. poids à 6 ou 7 onces, et M. Lobstein, à 9 ou 10 onces. Celui-ci réduit à 2 lignes 1 /4 l’épaisseur des pavois du ventricule droit , tandis que l’autre lui permet, pour ainsi dire, de s’élever, sans hypertrophie, jusqu’à 4 lignes.
Tout me porte , d’ailleurs , à croire que le modèle dont s’est servi M. Lobstein, pour évaluer ainsi le poids et le volume normal du cœur en général, n’était pas luimême dans des proportions normales. S’il en eût été ainsi, M. Lobstein n’aurait pas avancé que l’épaisseur de l’oreillette droite est double de celle de la gauche; puisqu’il est démontré que l’oreillette gauche est normalement un peu plus épaisse que la droite, bien qu’elle ne soit pas munie comme elle de colonnes charnues. Enfin , un cœur de dix onces est évidemment hypertrophié, en le supposant appartenir à un individu d’une force et d’une taille moyennes.
Passons maintenant à l’exposition des recherches qui sont propres à l’auteur de ce traité. Prévenons d’abord le lecteur qu’elles ne portent que sur des jeunes gens ou des sujets adultes ( parmi ceux-ci nous comprenons quelques individus déjà parvenus à la vieillesse). Nos
(4) Lobstein, Traite! (Panai. pathoL) t. II.
ANATOMIE DU COEUR
observations seront divisées en trois séries : dans la première seront comprises celles relatives aux individus dont le cœur n’est ni dilaté ni hypertrophié; dans la seconde, seront placés les faits relatifs aux individus atteints d’atrophie du cœur; et la troisième comprendra les cas d’hypertrophie avec ou sans dilatation des cavités. En rapprochant ainsi les exertiples d’augmentation et de diminution du volume du cœur, de ceux où le cœur était sensiblement d’un volume normal, nous ferons mieux ressortir les conditions géométriques précises , les carac- .lères exacts de ce dernier état. Nos recherches seront divisées en deux articles : le premier sera consacré à la pure exposition des faits; le second en présentera le résumé.
ARTICLE PREMIER
, EXPOSmOW DES FAITS (l).