‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource]Chapitre 29 sur 88 · ANALYSE DES MOUVEMENTS DU COEUR · texte numérisé non relu

ANALYSE DES MOUVEMENTS DU COEUR

Le cœur parcourt ilonc la révolution de ses divers mouvemenlsen une seconde environ, cirez l'adulte. La durée respective des diflerents mouvements qui consituent un battement complet du cœur, a été fixée ainsi qu’il suit par ]V1. Laënnec: la systole ventriculaire occupe la moitié environ de la durée totale du battement ; la systole ventriculaire en occupe un quart, et l’autre quart estconsaci’é au repos. D’où il suit que, sur vingt-quatre heures, les ventricules ont douze heures de repos et les oreillettes dix-huit. Le repos des ventricules , est de plus longue durée encore, dans les cas ori le pouls est lent, de 48 à 5o pulsations à la minute , par exemple (i).

On donne le nom de rhythme des battements du cœur à Tordre suivant lequel ils së succèdent , et qui est tel que nous venons dè l’indiquer. De tous les mouvements que nous avons exposés, le principal est, sans contredit , la systole des ventricules , et spécialement celle du ventricule gauche , lequel, I cornme , on sait, est bien plus épais , plus robuste que le droit (2). • , , ,

II est une circonstance de la contraction ventriculaire qui a 'vivement frappé Tattention des physiologistes, je veux dire le choc de la pointe du cœur contre les pai’ols

(i) Suivant M. Hope, le repos propreiîient dit des ventricules ne durerait que six heures sur vingt-quatre. Mais si nous admettons , ajoute-t-il, que la diastole est aussi un moment de repos pOur ces mêmes ventricules, nous aurons les douie heures de repos assignées par M. Laënnec. Il pense aussi que, selon toute 'probabilité, la dprée du repos des oreillettes est c'gale à celle du repos des ventricules.

M. Laënnec a négligé dans son calcul le petit repos qui existe entre la systole et la diastole ventriculaires. . '

(a) Si l’on demande la cause ou la raison finale de celte différence d’épaisseur et de’force qui existe entre les deux ventricules, on répondra que le ventricule gauche devant faire, parcourir au sang un trajet bien plus long que ne l’est celui du sang mis en mouvement par le ventricule droit, il devait nécessairement être plus vigoureux que ce dernier.

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pectorales , entre les cartilages des cinquième et sixième cotes. Ce choc paraît singulier au premier aperçu : il semblerait, en elTet , que le cœur, en se contractant en tous sens pendant la systole, doit s’éloigner de la paroi pectorale au lieu de venir la choquer et pour ainsi dire la percuter. Par conséquent aussi, il semblerait plus naturel d’attribuer le choc dont il s’agit à la diastole, pendant laquelle le cœur se dilatant dans tous les sens doit réagir contre la région pectorale correspondante, à la manière d’un ressort qui se détendrait. Cette seconde hypothèse a trouvé des partisans, et dans ces derniers temps , M. le doc'eur Pigeaux a essayé de la remettre eu honneur. Pour se défendre d’une telle erreur, il suffit cependant d’avoir attentivement examiné, pendant quelques instants, les contractions du' cœur mis à nu sur un animal (i). Dans; trois expériences de ce genre que j’ai faites, j’ai vu constamment la pointe du cœur s’élever en avant pendant la systole ventriculaire, tandis que nul déplacement, nulle véritable locomotion n’accqmpague la diastole venlricuïkife. Or, il est évident que c’est au moment où la pointe 'du ventricule tend ainsi à se redresser et à se porter en avant que s’opère le choc contre les parois.de la poitrine. Que si, pendant la diastole , il se manifeste dans certains cas^ un choc contre la paroi pectorale, ainsi que le démontreront des faits rapportés plus loin , ce choc est beaucoup moins prononcé que celui qui accompagne la systole ventriculaire.'

Le choc du cœur contre la poitrine pendant la systole

(,i) Çümmc la diaslole ventriculaire est brusque , sniiite , cnergiciue, TM. Lane'fjui assistait aux expériences de M. IIopc sur les mouveraeuis du coeur, fut' d’aborfl lente de lui attribuer le dioc coalreles côtes. Mais après une ■ül)scrvaiion plus, attentive , M. Lune ne larda j)as à sc convaincre qu’il s’etait trompe.

analyse des mouvements du coeuu. gi ventriculaire peut être perçu chez l’homme par la vue, le toucher et quelquefois Touïe. Jusqu’ici , nous n’avons aucun instrument qui puisse nous faire apprécier rigoureusement et mesui’er en quelque sorte cette impulsion. Ce genre de dynamomètre nous manquant , c’est par l’application de la main que nous jugeons principalement de la force ou de la faiblesse , de la régularité ou de l’irrégularité du choc du cœur : nous tâtons ainsi le pouls cardiaque.

L’explication du phénomène du choc du cœur contre la poitrine a long ~ temps embarrassé les physiologistes. On admet assez généralement aujourd’hui , avec Sénac, que ce phénomène dépend de trois causes : lo la dilatation des oreillettes, qui se fait pendant là contraction des ventricules ; a» la dilatation de l’aorte et de l’artère pulmonaire, par Æuite de l’introduction du sang que les ventricules y ont poussé; 3®' le redressement de la crosse de l’aorte par l’effet de la contraction du ventricule gauche. J’avoue que celte explication ne m’a jamais paru bien propre à satisfaire, complètement un esprit un peu difficile' et sévèreV La 'cause ]>rincipale du phénomène que nous étudions, existe très certainement dans la contraction même du ven- Ivicule , et cette cause ne fait nullement partie de. celles indiquées par Sénac. Je dis que, la causé principale du choc de la pointe du cœur contré la pôitriiiè consiste réellement dans la brusque contraction .des ventricules et du ventricule gauche surtout , car l’inspèction attentive de cette contraction .le démontre; et pour donner une juste idée de la valeur dés causes invoquées par Sénac , je ferai remarquer que" le mouvement de soulèvement de la pointe du cœur persiste encore quelque temps après que le cœur a été enlevé et mis sur Une table, c est-à-dire lorsque les oreillettes ne peuvent plus se

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dilatei' par l’abord du sang , que V artère pulmonaire et l’aorte ont été coupées y ce qui ne leur permet guère probablement ni de se dilater ni de se redresser.

Il me semble que cette sorte de mouvement de bascule de la pointe du cœur, s’explique par la disposition môme des fibres contournées du cœiir : en effet , les fibres prenant leur point fixe aux zones tendineuses de la base de cet organe, ne doivent-elles pas, en se raccourcissant. Imprimer un mouvement de redressement et de soulèvement à la pointe, qui est pour ainsi dire rexlréraité mobile du levier que représente alors le cœur? J’ai avancé tout-à-l’heure que le ventricule gaucbe était le principal agent du choc de. la pointe contre la paroi thoracique pendant la Systole ventriculaire : M. le docteur Filhos va plus loin, et soutient, peut-être avec. raison , que le ventricule droit n’est pour rien dans ce phénomène.

Yoici, d’ailleurs, les propres paroles de cet observateur distingué, que je cite toujours avec plaisir :

« Des phénomènes physiologiques particuliers à chaque j> ventricule doivent nécessairement résulter de la dif- 35 férence de disposition de leurs fibres musculaires. 55 10 L’impulsion du cœur sur les parois thoraciques est 55 due seulement à la contraction instantanée des fibres 55 musculaires du ventricule gauche , qui , tendant né- 55 cessairement à se redresser vers la pointe de cet or- 3) gane où elles sont contournées en spirale, la relè- 55 vent subitement et la lancent eu avant. 2« Les fibres 55 du ventricule dx’oit, en sc coutraclant , ne peuvent 55 nullement produire le mouvement dont je viens de 55 pai’ier. N’éUnt pas contournées , elles doivent sc 55 borner à produire un simple mouvement de contrac- » tlon et de dilatation, n

La systole constitue réellement l’état actif des ventricules et des oreillettes, de même que la conlracllon des muscles volontaires caractérise leur état ^'activité.

ANALYSlî DÈS MOUVÈMÈNtS DU COÈÜR.

Mais la diastole est-elle un état purement passif des ventricules et des oreillettes , leur moment de relâche ou de rejDOs ? n’est-elle pas , au contraire , un nouveau mode d^lctivité de ces parties ? On a longuement discuté ces questions^ et trop souvent on lés afait dégénérer en de stériles disputes de mots. Il paraît probable que la diastole résulte réellement du retour des fibres musculaires raccourcies et contractées à la longueur et à la tension de leur état de repos, et qu’elle consiste essentiellement en un phénomène 'd’élasticité pour ainsi dire vivante. Au reste, quel que soit le principe de ce mouvement, la force qui le produit est très considérable dans les ventricules , comme on peut s’en convaincre en prenant dans sa main le cœur d’un animal vivant.: on est vraiment surpris alors, dit Mi Magendie, de l’énergie avec laquelle la dilatation s’effectue.

Les physiologistes ne sont point encore parvenus à déterminer rigoureusement la force de contraction des différentes cavités du cœur. M. le docteur Poiseuille a fait, dans ces derniers temps, un travail des plus remarquables sur la force de contraction du ventricule gauche j et il a imaginé , pour la mesurer, un Instrument qu’il appelle liémo-dynamomèU'c. Comme les recherches de ce genre ne sont pas encore directement applicables aux matières cliniques, qui sont l’objet principal de cet ouvrage, nous ne nous en occuperons pas plus longtemps ici.

Ce n’est que par le choc ou l’impulsion du cœur contre la région précordiale que le c/i«zc/ew-physIologiste peut évaluer la force de contraction des différentes cavités dü cœur en général , et des ventricules en particulier. Pour évaluer ce choc, cette pulsation, cette sorte de pouls du cœur, on 'se sert de la vue ou de l’inspecllou, et de la main appliquée immédiatement ou médial-ement çur la

PHYSIOLOGIE DU COEBR.

région du cœnr (î’applleallon médiale ou iinmédiale de l’oreille peut remplacer celle de la main ).

Dans l’état normal , le choc qu’on observe à la région précordiale appartient à peu pi’ès exclusivement au ventricule gauche qui , comme nous l’avons vu , concourt seul ou presque seul à la formation de la pointe du cœur. Mais il est des cas pathologiques où le choc contre la poitrine est produit par lés deux ventricules à la fols , cas dans lesquels c’est moins la-poihte du cœur seule que la massé tout entière des ventricules qui vient heurter contre la poitrine. » •'

Ce n’est qu’à l’état anormal que la diastole ventriculaire elle-même peut donner lieu à une impulsion appréciable contre les parois pectorales^On doit en dire autant delà systole des oreillettes. ‘

Le choc produit par la contraction du ventricule gauche varie en force selon les individus, la constitution , le sexe, l’état de calme ou d’agitation. Nous nous occuperons plus loin des modifications que lui imprime l’état morbide (i)*

•• V ■ ‘ vl t .

(i) Je ne sais trop jusqu’à quel point il serait utile d’avoir un proce'dé par lequel on pût mesurer, d’une manière précise et en quelque sorte mathématique,^ l’impulsion du cœur. Mais on conçoit qu’un tel procédé pourrait être", assez facilement imaginé': on pourrait, par exemple, évaluer la force du choc du cœur par un instrument analogue à ce dynamomètre au moyen duquel on calcule la force d’un coup de poing {fjugilo~ mètre).

Le sphygmqmètre de M. Hérisson , convenablement modifié , pourrait également servir à la mesure de la force du choc du cœur. Ce serait alors un sphygmomètre cardiaque.

On conçoit aussi qu’on pourrait employer à celte détermination un timbre gradué , qui sonnerait d’autant plus lort ou un nombre de fois d’autant plus, considérable, que la percussion du cœurcontrela région précordiale serait plus forte. Mais tous ces moyens , je le répète, seraient )>Ius curieux que réellenaent utiles.

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