III
Dix nouvelles années de laborieuses recherches m’ont permis de soulever quelques coins du voile épais qui recouvrait encore la pathologie du cœur. Voici une esquisse des principaux résultats auxquels je suis parvenu.
1“ J’ai ajouté de nombreux développemens a ce qui avait été dit sur les maladies déjà étudiées par mes prédécesseurs, et je me suis efforcé d’éclairer du flambeau de l’analyse ces affections complexes , vaguement désignées sous les noms cV anévrisme , de lésion ou d’affection organique du cœur. J’ai clairement démontré, par exemple, que cet ensemble de phénomènes, qui, depuis Corvisart, a été rapporté, parles observateurs les plus célèbres eux-mêmes, à l’hypertrophie.) à l’ané-
(j) A trealise on the diseases of the heart and great vessels; by J. Hope, M.D. — London, i85i, in-S®.
Je prie M le docteur Sureau de reccToir mes remerciemens pour la complaisance avec laquelle il a bien voulu me confier le manuscrit de la traduction qu'il a faite de l’ouvrage de M. Hope.
(a) Dans une nouvelle édition de l’ouvrage de Testa, publiée en i83i, M. le docteur Sormani a consacré un appendice étendu à l’exposition des progrès dont la pathologie du cœur s’est enrichie depuis l’époque où cet ouvrage fut composé. Nous remercions notre confrère d'Italie de la bienveillance avec laquelle il a parlé du Traité des maladies du cœur de 1824.
Xiv PRÉFAQE.
vrisme ça?«/’, n’est le plus souvent autre chose que d’effet de certaines lésions des valvides de cet organe , lésions dont l’anévrisme et l’hypertropliie .ne sont réellement alors qu’une des conséquences.
2® J’ai 5 si je ne m’abuse, répandu une clarté nouvelle sur lês phlegmasies aigües de l’enveloppe externe du cœur. J’oserai même dire que , sous le rapport de ses causes, de ses signes, de sa marche et de ses diverses terminaisons, la péricardite aigüe constituera désormais une maladie dont l’histoire ne sera guère moins précise que celle de la pleurésie.
Quant à ce qui concerne V étiologie de la péricardite, je signalerai, comme fait aussi curieux qu’important à connaître, cette circonstance : savoir, que cette maladie existe chez la moitié environ des individus affectés d’un violent rhumatisme articulaire aigu (1). Sous çe point de vue, la péricardite n’est, en quelque sorte? qu’un des élémeus de la maladie dite rhuniatisme articidaice aigu , laquelle , considérée d’une manière plus large et plus exacte qu’on ne l’a fait jusqu’ici, constitue une inflammation de tous les tissus séro-fibreux en général. Or, le péricarde étant de nature séro-fibreuse comme le tissu qu’affecte la maladie dite rhumatisme articulaire aigu, il n’est pas étonnant que la péricardite coïncide si souvent avec rinflammation
(i) Ge^c assçrtion a trouvé dt'jà, je le sais , de nombreux adversaires, parmi lesquels je citerai mes savons et honorables confrères, MM. Fouquier, Marjolin et Dalmas. Qqejqqe puissante que soit l'auloritc d'observateurs aussi distingués,
ne m’est pas possible de lui sacrifier cellq des faits sur lesquels je m’appuie, et qui ont eu pour témoins une grande masse d’élçvcs ainsi que plasicurs médeems.
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des tissus séro-fibreux des articiilations *, que le T'humatisme du péricarde, en un mot, ait lieu dans les circonstances qui produisent un rhumatisme deis synoviales articulaires, et des tissus fibreux sur lesquels elles se déploient.
Quant au traitement de la péricardite, UQS tcavuux auront, je l’espère, contribué à prouver que, formulée autrement quelle ne l’avait été jusqu’ici , la méthode des saignées obtient des succès vraimen|: extraordinaires. Telle est même l’efficacité des émissions ^auguines copieuses et répétées coup svir coup ■> qua la guérison est devenue la règle et la inurt Y exception, tandis que, d’après Corvisart , la mort ét^it la règle et la guérison l’exception. Les onze observations rapportées à la suite des préceptes que nous avous dopnés pour Je traitement de la péricardite, ne laisseront guère de doute sur l’exactitude de ce que uous venons de dire, et chaque jour de nouveaux faits vieunent confirmer l’heureuse vérité que nous avons énoncée (l),
(i) On troqvefa dans cet ouvrage, ainsi que dans l’arlicle Pneumonie que nous avonscon\nosépourle Diclionnaire de médecine ei de chirurgie pratiqués (t. xin, p. 359) , la formule des émissions sanguines qui nous est propre , et par l’eniploi de laquelle nous avons jugulé up bon nombre de phlagmasies aiguës encore récentes. il estvraique.de par une des'lois dont un médecin , que je n’ai pas besoin de nommer ici , est l’auteur , on ne peut pas juguler les inflammations; il est vrai que dans une nouvelle édition qu’il vient de publier du Mémoire où il a cp.nsigné celte triste loi, ce médecin n’a pas daigné s’arrêter aux faits journaliers par lesquels nous avons réfuté pour notre compte ses désojanles doctrines, et qu’il a trouvé plus commode de discuter,. .,,, deux de M. Polinière sur
les émissions sanguines; tout cela est bien vrai , je l’avoue. Mais ce qui ne l’est heureusement pas moins , c’est que, au lieu de perdre un périppeumonique sur trois.ee qui est de règle en saignant spivanl la paélhodeduipédecin dont nous parlons, on n’en a perdu qu’un sur huit pu neuf par la tnélliode qui nous est propre.
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3° Il est line autre phlegmasie aiguë du cœur dont nous avons en quelque sorte créé l’histoire. Avant nos travaux, elle était si profondément ignorée, qu’elle n’avait pas meme reçu de nom : nous voulons parler de l’inflammation aiguë du tissu séro-fibreux que l’on
veloppe interne de cet organe le nom ài endocarde ^ et celui ^endocardite à son inflammation. L’étude appro- i fondie de cette importante maladie est, sans contredit, l’une des parties les plus, neuves de cet ouvrage. Nous n’avons rien négligé pour fixer l’attention des lecteurs sur ce point intéressant de médecine clinique. Nous avons fait voir que cette phlegmasie joue un rôle immense dans l’histoire des maladies du cœur, non seu- . lement parce qu’elle est beaucoup plus commune à l’état aigu qu’on ne l’avait cru jusqu’ici, mais surtout parce qu’en se prolongeant et en passant, comme on t le dit, à l’état chronique^ elle entraîne à sa suite de j graves altérations des valvules du cœur, du tissu musculaire sous-jacent à l’endocarde, etc., et qu’elle se i mêle ainsi, d’une manière. plus ou moins directe, à la i plupart des maladies qui sont vulgairement désignées j sous le nom de lésions organiques du cœur (i).
(i) Quiconque aura fait une longue -et consciencieuse élude des alléralionsdu cœur qtie nous avons cru devoir rallier, d'une manière plus ou moins prorliaine, h une iiiflammaliou soit aiguë . soit clironique ; quiconque aura pour ainsi dire rassemblé au foyer de son enlendemcnt lis rayons de lumière que fournil sur la nature de ees maladies . la connai-sanee approfondie des cnraclèn s analomiques, des symptômes, des causes , de la marche, du traileinent, apercevra, j’ose l’espc*
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On verra que^ parmi les causes de cette phlegmasie, comme parmi celles de la péricardite, figure au premier rang la cause dite rhumatismale, c’est-à-dire celle sous l’influence de laquelle éclate le rhumatisme articulaire aigu, et qui, pour le dire en passant, consiste essentiellement dan^’ les grandes et brusques alternatives de chaud et de froid , secondées souvent par une prédisposition qu’il n’est pas fci le lieu d’examiner. Dans les cas où l’endocardite complique un rhumatisme articulaire aigu, elle est méconnue plus facilement encore que la péricardite, détermine quelquefois alors, je le répète , de graves lésions dans les valvules , et de là plus tard ces asthmes goutteux^ sur l’origine et la nature desquels tant d’obscurité avait régné jusqu’à ce jour. Cet ouvrage n’aura pas été complètement inutile , si , comme il nous est peut-être permis de l’espérer , il fournit les moyens de prévenir de si fâcheuses terminaisons , du moins dans un bon nombre de cas.
L’espace ne nous permet pas de nous étendre ici sur les autres maladies du cœur dont nous avons essayé de perfectionner l’histoire. Nous terminerons donc cette préface par l’exposition rapide du plan que nous avons suivi dans ce traité.
Dans des prolégomènes fort étendus, nous avons es-
rer, la vérité de la doctrine que nous avons exposée à cet égard. ]\ous avons, à diverses reprises, soumis celte doctrine à l’épreuve de l'observation, à la pierre de louche de la discussion la plus franche et la plus sevère, et il nous a été impossible de ne pas reconnaître qu’elle n’élait réellement que la représentation fidèle, la sincère expression des faits.
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quissé l’anatomie et la physiologie du cœur, dont nous avons tâché d’éclairer quelques points encore obscurs. Sans les connaissances préliminaires qui se trouvent développées 'dans cette partie de notre Traité ^ il serait impossible de se livrer, avec quelque succès , à l’étude des maladies du cœur. La précision rigoureuse et pour ainsi dire mathématique que nous avons essayé d’introduire dans la description des différentes parties du cœur, et dans l’analyse du jeu ou du mécanisme de cette admirable machine vivante, prouveront que nous ne nous bornons point à proclamer de beaux principes sur la nécessité d’imprimer à la médecine la direction suivie dans les sciences physiques proprement dites , mais que nous nous efforçons, selon nos faibles moyens, de mettre à exécution ces principes ou ces théories.
Nous recommandons à toute l’attention du lecteur ce que nous avons longuement exposé sur les bruits du cœur et des artères, considérés à l’état normal et anormal. Nous avons discuté les divers systèmes proposés pour l’explication des bruits du cœur, et nous croyons avoir à peu près démontré que celui de M. Rouanet, avec quelques légères modifications que nous lui avons fait subir, est réellement le seul qui satisfasse aux principales conditions du problème.
J’ai divisé en deux parties la patliologie du cœur.
Dans la première partie se trouvent des considérations générales : Sur les caractères anatomiques et
le siège précis des maladies du cœur; 2" sur leurs caractères physiologiques et leur diagnostic ; 3° sur leurs
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causes; 4" sui' leur nature et leur classification; 5“ sur leur marche, leurs terminaisons , et leur; durée; sur leur pj'onostic; 7“ sur leur traitement; 8“ sur la complication des maladies du cœur, soit entre elles, soit avec les maladies des autres organes.
Dans la seconde partie , on, a étudié chaque maladie du cœur en particulier, conformément à la classification exposée dans le tableau placé à la fin de cette préface. A l’époque actuelle de la science , il est bien difficile de soumettre les maladies à une classification qui ne laisse rien à désirer. Je demande quelque indulgence pour celle que j’ai adoptée, bien résolu à la changer pour une meilleure que d’autres médecins pourraient proposer.
En général, dans la monographie consacrée à chaque maladie, j’ai suivi l’ordre suivant : Après quelques considérations préliminaires sur l’état actuel de la science relativement aux points les plus saillans du, sujet à traiter, je rapporte , dans une première section, les observations particulières sur la maladie qu’il s’agit de décrire; et dans une seconde section, j’en trace l’histoire générale.
Le nombre des observations contenues dans cet ouvrage est considérable (il s’élève à près de ‘loo), et quelques unes d’entre elles sont très étendues. Plus l’art d’observer fait de progrès, plus les observations particulières deviennent longues. Une observation n’est jamais trop détaillée, lorsqu’elle n’est que le tableau fidèle de tout ce qui s’est passé d’important pendant le cours de la maladie, et de tout ce qui a été rcn-
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contré d’anormal , à l’ouverture du cadavre , dans les cas malheureux. Sans doute la plupart des observations que contient ce traité sont bien plus longues que celles consignées dans les ouvrages que nous avons indiqués plus haut , et cependant , si j’ai quelque inquiétude , ce n’est pas qu’elles paraissent trop détaillées aux vrais observateurs (1). Le temps n’est peut-être pas éloigné où elles paraîtront incomplètes , comme le sont évidemment celles que nos prédécesseurs ont recueillies. C’est ainsi que les faits particuliers vieillissent, et avec eux les systèmes auxquels ils servaient d’appui. Il faut donc de nouveaux faits pour établir de
nouveaux, systèmes, de nouvelles théories, de nouveaux principes. '
Cet ouvrage est un dé ceux qu’on n’exécute qu’au milieu des travaux les plus fatigans et les plus fastidieux, pour parler comme Avenbrugger {^inter tædia et labores) : il faut voir et revoir les faits particuliers, les compter et les recompter, les analyser, les rapprocher, les superposer, les comparer sous une foule de rapports, les retourner dans tous les sens, les considérer, en un mot, sous toutes leurs faces. Or, lorsque l’attention est ainsi sérieusement absorbée par le même du sujet, la forme nécessairement
(i) M. le docteur Jules PellelaH, chef de clinique attaché au service dont je suis cliargp, m’a seconde avec un zèle dont je ne saurais trop le remercier, dans les travaux nécessaires à la collcclion d’un bon nombre d’observations particulières.
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en souffrir. Je prie donc les lecteurs de ne pas se montrer trop sévères à cet égard. Si la bonne foi qui a présidé à sa composition , si les faits et les aperçus nouveaux qu’il peut contenir, méritaient à ce traité les
honneurs d’une autre édition, je tâcherais d’en faire disparaître les imperfections qui ont dû se glisser dans une première rédaction (1).
(i) Je me fais un devoir dé témoigner ma reconnaissance à tous ceux de mes jeunes confrères qui, après avoir assisté à la clinique dont je suis chargé, ont publié , soit dans leurs dissertations inaugurales , soit dans les journaux de médecine, etc., des faits et des discussions propres à soutenir les doctrines qui sont enseignées ici. Parmi ces jeunes^ observateurs, je citerai particulièrement' MM. les docteurs Raciborski , Desclaux , Péturet , Denise , Nauthonnier , Tournier et Clémenceau,
Je mé souviendrai toujours avec bonheur d’avoir eu pour élèves des hommes tels que MM. Raciborski et Desclaux , qui sont si dignes de devenir maîtres à leur tour.
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