RECHERCHES NOUVELLES SUR L’ANATOMIE ET LA PHYSIOLOGIE DU COEUR
Les maladies rf étant autre chose que des modifications plus ou moins profondes survenues dans les diverses conditions anatomiques et physiologiques de l’organisme en général, ou de quelques-unes de ses parties seulement, il est évident que la connaissance de l’état normal de ces diverses conditions est une donnée de la plus haute importance, pour ne pas dire de la dernière nécessité, si l’on veut apporter dans la détermination des états pathologiques, cette rigueur et cette précision sans lesquelles la médecine ne serait jamais digne de figurer au nombre des sciences exactes et positwes. Lorsque la structure et les fonctions d^un organe sont bien connues, on peut se dispenser d’en traiter en tête d’un ouvrage où l’on se propose d’étudier les maladies de cet organe : il suffit de renvoyer aux traités classiques d’anatomie et de physiologie. Mais il n’en est pas ainsi, lorsque l’organe dont il s’agit de faire connaître les maladies , possède une structure dont beaucoup de particularités sont complètement ignorées, et des fonctions sur le mécanisme desquelles les physiologistes sont loin d’êtra d’accord. Dans ce cas, si l’auteur qui se propose de tracer l’histoire des maladies
d’un organe a fait de nouvelles recherches qui puissent dclairer quelques points encore obscurs de son anatomie et de sa physiologie , il doit évidemment commencer par là son ouvra^. Or, c’est. précisément U position où se trouve l’auteur de ce traité; et àeVdi^cs prolégomènes qu’on va lire.
S’il est un organe aux fonctions duquel on puisse faire une heureuse application des vérités que nous ensei gnent les sciences physiques et mécaniques, c’est assurément le cœur. Mais , par cela même que la physiologie du cœur considéré comme principal instru^acnt de ’a circulation, rentre en quelque sorte dans le domalu( delà physique et de la mécanique, il est clair que, pouv bien comprendre et bien exposer les phénomènes et le jeu de cette sorte de machine vivante, il faut d’abord avoir fait une étude approfondie de son anatomie, et, si j’ose le dire, de sa constimction, en avoir examiné, décrit, mesuré toutes les pièces , tous les rouages , tous les ressoi’ts.
Hé bien , non-seulement le cœur n’a point encore été étudié avec celte exactitude que j’appellerais volontiers géométrique ou mathématique , mais on a même été jusqu’à dire qu’une telle méthode était Impossible, impraticable: et ce qui est viairnent déplorable, c’est que : nous trouvons au premier rang de ceux qui professent Cette découi’ageaute doctrine, des hommes dont le nom i fait justement autorité , tels que les Corvisart , les Laënnec, etc. Aucun d’eux n’a, d’ailleurs, entièrement méconnu les précieux avantages des données positives dont ) ils nient la possibilité.
Voici commeul s’exprime Corvisart sur ce sujet, dans |
l’espèce de préambule dont il a fait précéder l’histoire î
des anévrismes du cœur en général.
« Avant d’entrer en matière sur la maladie dont il va I « être question, il s’erf présente .une préalable: dans t » tous les cas d’anévrismes du cœur, je dirai loiîjours que i
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» le cœur est augmenté de volume; il m’arrivera même » de dire que dans telle ou telle observation , il avait « acquis le double de son volume naturel : il n’est point » de lecteur qui ne sente parfaitement que cette estima- 5> tion ne peut jamais être qu’approximative. Nous savons » bien que son volume varie selon l’âge , le sexe, le tem- » pérament, le genre de vie; mais nous manquons et nous » iviANQUERONS TOUJOURS d’un étalon rigoureusement j> exact , auquel nous puissions rapporter le poids, le M volume d’un cœur dilaté, épaissi dans ses parois ; c’est » donc une locution qui ne sera jamais rigoureuse : il » n’est pas de médecin qui, tout en l’adoptant, ne soit » pénétré de son ÿ^exactitude, comme de l’impossibilité » d’avoir jamais un résultat plus positif. » (i)
L’opinion de M. Laënnec ne diffère point au fond de celle de Corvisart : k II serait impossible, dit-il , d’indi- » quer géométriquement les proportions du cœur chez un » homme sain. Le poids du cœur et l’épaisseur de ses M parois, considérés d’une manière absolue, sont des n données infidèles. »
» La détermination précise de la H mite qui sépare l’état )i normal de l’état hypertrophique du cœur , dit M. le M professeur Cruveilhier, me paraît impossible à résoudre îj d’une manière rigoureuse. Le volume , le poids du » cœur, l’épaisseur de ses parois échappent à toute ap- « préciation rigoureuse , parce qu’ils sont éminemment » variables. (2)
Je conviendrai bien volontiers que la détermination précise des dimensions et du poids du cœur est un problème difficile à résoudre; mais de ce que là solution de
(1) Essai sur les maladies du cœur ; page 65, troisième e'dition. 1818.
(2) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques ; article Hypertrophie.
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ce problème est tlîfGcile, il n’en faut pas conclure quV'lle ^olt entièrement impossible. Encore, si les auteurs qui nous affirment ainsi que les méthodes métriques ne sont pas applicables à la détermination du volume et du poids du cœur, s’étaient livrés à des recherches suivies sur cet objet, on saurait du moins quelle est la valeur de leur assertion. Mais rien ne prouve qu’ils aient entrepris de telles recherches, lesquelles sont , à la vérité , 'bien pénibles, bien arides, bien ingrates. Sans doute, le poids et le volume du cœur vaxdent singulièrement suivant l’âge, le sexe, la constitution, les maladies, mais est-ce à dire pour cela que l’on ne peut pas, dans des conditions données , parvenir à trouver la moyenne^e ce volume et de ce poids ? Non , sans doute, et j’espère que les faits que je rapporterai plus bas feront partager mon opinion aux lecteurs. C’est peu , d’ailleurs, que de déterminer, d’une manière très approximative (i), les dimensions réelles du cœur considéré en masse et pour ainsi dire en bloc 5 il faut aussi mesurer les dimensions de chacune de ses cavités et de chacun des orifices par lesquels elles communiquent entre elles, ainsi que celles des valvules adaptées comme autant de soupapes à ces orifices j il faut en un mot mesurer, comme je l’ai dit plus haut, toutes les pièces, tous les éléments, quels qu’ils soient, dont se compose l’admirable machine qui préside à la grande fonction de la circulation. Encore une fois, rien n’est plus difficile qu’une étude de ce genre; mais c’est sur-tout au médecin qu’il importe de ne jamais oublier cette maxime si connue : labor omniu vincit improbus.
(i) Il n’cst, pas inulilc de rcpéler ici ci; quia cté dit si judicieusement dans une foule d’ouvrages , savoir que le calcul approximatif est , en effet , le seul dont ou puisse iaire usage en nicdeciiie , au moins dans rimmense majorité des questions qui sont du ressort de cette science. Mais le calcul approximatif, le calcul dcsprobaùilitcs, ne doit jamais être néglige', toutes les lois (ju’il est applicahlc.
ANATOMIE DU COEUR