‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource]Chapitre 31 sur 88 · ANALYSE DES MOUVEMENTS DU COEUR · texte numérisé non relu

ANALYSE DES MOUVEMENTS DU COEUR

secondes et réciproquement, ainsi le redressement des valvules auriculo-ventriculaires coïncide avec l’abaissement des valvules sigmoïdes, tandis que le, redressement de ces dernières est isochrone à l’abaissement des premières. Le jeu des valvules est accompagné d’un double bruit auquel nous consaci'erons un article particulier.

Maintenant 'que nous avons une idée exacte des divers mouvements extérieurs et intéi’ieui’s du cœur , rien n’est plus facile que de comprendre le jeu ou le mécanisme de cet organe central de la circulation. Ainsi que je l’ai dit au commencement de ces prolégomènes,, il suffit d’examiner avec quelque attention la structure du coeur et les mouvements alternatifs de dilatation et de contraction qu’il exécute, pour reconnaître qu’il fonctionne réellement h la manière, d’une double pompe aspirante et foulante. Le fluide sur lequel s’exerce l’action de cette admirable machine vivante est lè sang. ' ,

Supposons maintenant que Je jeu du cœur commence parla dilatation -des ventricules, voici quels en sont les eflets sur le sang. Ces ventricules ne peuvent se dilater sans attirer et pour ainsi dire aspirer dans leur cavité le sang des oreillettes, lesquelles constituent l’éelîe ' ment le réservoir de la pompe que représente le cœur(i). La contraction qui succède à la dilatation des ventricules en pressant de toutes parts la masse de sang qu’ils ont aspirée, tend à l’expulser à la fois par les ouvertures a?uriculo- ventriculaires et artérielle-s. Mais , comme c’est précisément pendant Ce mouvement que les valvules mi-

( 1 ) La systole des oreillettes favorise, sans doute , le passage du sang dans les ventricules, mais Harvey s’est évidemment trompé quand il a dit ; « Neque vemm est quoil pulgo auditur, cor ullo motu suo aut distensione sanguinem in venlrictdos attraherè. » ( De motu sanguiuis; caput Il.j

yb PHYSIOLOGIE DU (ÎOEtJK.

traie et tricuspidesc redressent , il s^ensuilque la colonne sanguine ne peut se l'aire jour de ce côté, et ([u’elles’échappe tout entière par les orifices artériels en abaissant les valvules sigmoïdes. Une fois projetée dans les artères aorte et pulmonaire, comme par un coup de piston, Tonde sanguine ue peut rétrograder dans les ventricules, les valvules sigmoïdes lui opposant parleur redressement un obstacle insurmontable.

Étant donné le mécanisme des ventricules dans la circulation , nous avons peu de choses a dire de celui des oreillettes. Ainsi que, cela a été dit plus haut , elles sont une sorte de réservoir où les ventricules puisent le sang qu’ils doivent lancer dans le système artériel. Leurmouveraent de systole favorise Je passage du sang dans les ventricules ; et leur mouvement de diastole tend à aspirer le sang des veines qui s’y dégorgent. Mais Ténergie de ces mouvemen ts n’est pas comparable à celle des mouvements analogues qui se passent dans les ventricules. C’est ce qu’on aurait pu induire à priori de la disposition même des oreillettés, sans avoir égard à la différence de forme et d épaisseur qui existe entre elles et les ventricules.. En effet, il n’existe point , à proprement parler , de valvules à l’embouchure des veines dans les oreiileltes. Or, si la contraction énergiî^uedès oreillettes eût été nécessaire pour l’introduction du sang dans les ventricules, la présence de telles valvules eût été indispensable ; sans quoi le sang fortement et brusquement pressé par les oreillettes, aurait reflué en très grande partie dans les veines, de même que pendant la systole ventriculaire le liquide serait repoussé dans les oreillettes, si, pendant qu’elle s’opère, les valvules auriculo-ventriculaires ne fermaient les orifices du même nom.

I^ftlNCÎPE t>ES M0ÜVEME1STS DU COÈÜE. 99

§ II, Du principe des mouvements du cœur.

La cause première des battements du cpeur dans l’ordre et conformément aux lois dont il a été question plus haut, est comme toutes les autres causes premières , couverte d’un voile mystérieux qu’il n'est pas en notre pouvoir de soulever. Aussi, en traitant dans ce paragraphe du principe des mouvements du cœur, n’ayons-uous d’autre intention que de rechercher si , pour cet organe comme pour les autres muscles, ce principe gît dans le système nerveux ; et en supposant cette question résolue par l’affirmative , quelle est la portion du système nerveux où ii réside (1).

Puisque le cœur reçoit une grande quantité de filets nerveux , on doit déjà regarder comme très probable qué les mouvements de çet organe sont sous l’empire du système nerveux. Du reste, nous n’avons à l’appui de cette opinion que des expériences encore peu nombreuses. La solution de ce problème n’a jusqu’à présent reçu que peu de lumières des faits de la pathologie.

Bichat avait pensé que le cœur puisait dans les ganglions du grand sympathique le principe de ses mouvements. En 1809, Legallois combattit l’opinion de Bichat dans son célèbre mémoire sur le principe de la vie, et conclut des belles expériences qu’il avait faites, que le principe des mouvemens du cœur siégeait dans la moelle épinière. La conclusion de Legallois pèche en ce qu’elle

(i) « Les aociens disaient qu’il y avait dans le cœur une veitu pidsifique^ un feu concentré , qui donnait le mouvement à cet organe. Descartes i magina qu’il se faisait dans les ventricules une explosion aussi subite que celle de la poudre à canon. Le mouvement du coeur fut ensuite attribué aux esprits animaux, au fluide nerveux , à Famé , au président du système nerveux, à V arehée. Haller le considéra comme uja effet de l’irritabilité. » ( Magendie, Précis élém. de pkys. ; tom. II, pag. 4o4, 3* édition.)

PHYSIOLOGTE DU COEUR.

exagere au moins l’inlluence de la moelle épinière sur les coiilraclions du cœur. Ce n’est point, en eflét, dans celte portion du système nerveux que le cœur puise immédiatement le principe de son action, puisque , comme le démontrent plusieurs observations, et en particulier celle que M. le professeur Lallemand a rapportée dans sa dissertation inaugurale , le cœur ne cesse pas de battre chez les fœtus privés de moelle épinière. D’ailleurs, Pb. Wilson et MM. Clifft et JBracbet ont vu, dans leurs expériences, les battements du cœur survivre* à la destruction de la moelle, sur-tout lorsque les animaux étaient jeunes et que la moelle était détruite avec lenteur.

Après avoir posé en fait que « les organes qui trans- « mettent au cœur l’influence de la moelle épinière et » du cerveau, sont des filaments nerveux provenant de M la 8® paire, eï peut-être un grand nombre de filaments JJ des ganglions cervicaux du grand sympathique , jj M. Magendie ajoute qu’à diverses reprises, il a cherché à déterminer par l’extraction des ganglions cervicaux et même du premier thoracique , si réellement ces organes avaient une action sur le mouvement du cœur; mais qu’il n’a rien obtenu de satisfaisant , les animaux étant presque tous morts des suites de la plaie inévitable pour une opération aussi laborieuse. Il n’a jamais remarqué aucune influence directe sur le cœur.

M. le docteur Bracbet paraît avoir été sinon plus habile ( cela serait trop difficile ), du moins plus heureux que M. Magendie. Il rapporte, dans ses Recherches expérimentales sur les fonctions du système nerveux ganglionnaire, des expériences dans lesquelles, à la suite de la section du plexus ou ganglion cardiaque , les battements du cœur ont cessé subitement. Il pense donc que l’on peut établir en principe que c’est le système ganglionnaire qui est la cause première , la cause vitale du mouvement du cœur, ce qui confirmerait l’opinion dçBicbat, déjà émise par

lO I

rniNCIPü DES MOUVEMENTS DU COEUR.

Willis, et qui nous paraît véritablement la plus probable (i). . " - '

Que, si le eœur ne larde pas à suspendre ses battements lorsqu’on à détruit violemment la moelle épinière, cela semble tenir à l’éti'oite liaison qui existe entre cette partie du système nerveux elles ganglions du grand sympathique.

Comme tous les mouvements qui sontévidemmeiit sous l’influence directe et immédiate de ce deniier système , les mouvements du coeur se dérobent au pouvoir de la volonté. Stabl, il est vrai , parie d’un certain capitaine Towsend , qui réglait, à son gré, les battements de son coeur. Mais si ce fait ne doit pas être relégué, comme je suis disposé à le croire, malgré tout mon respect pour l’autorité de Stahl, parmi les contes ou les fables de la physiologie , il faut du moins le consldéi’er comme une étonnante et rare exception à la loi générale.

Les passions de Famé, les -aflections morales exercent sur les battements du cœur le plus puissant empire. Tel est même le rapport intime qui existe entre les uns et les autres, que plusieurs philosophes placèrent dans le cœur le siège des passions, et que, dans tantes les langues, on dit indifféremment /iomwe de cœur ou homme de cou. ^

(i) Il n’est peut-être pas ihuUlc de rapproclier'des expeViences deM. Bracliet, qui, je l’avoue, auraient grandement besoin d’être re’pcle'cs, celles de M. de Humboldl, de Home et de Weinhold. Le premier de ces savants , ayant relire le cœur de la poitrine de deux lapins et d’un renard, mit à de'couvert l’un des nerfs cardiaques, le soumit à une excitation galvanique , et s’aperçut que les contractions devenaient aussitôt et plus fortes et plus fréquentes. Home et Weinhold ont vu également les battements du cœur devenir plus forlspar l’excitation du grand sympathique , et en établissant le courant galvanique au moyen d’un ganglion thoracique détaché et renversé sur le cœur. Ces expériences, comme celles de M. Brachet, méritent confirmation.

102 PHYSIOLOGIE DU COEÜE.

T'a^e, homme de bon cœur oa homme doué de bonté, elc. Ce qu il y a de certain , c’est que , de tous nos moyens d’expression morale , le cœur est peut-être le plus fidèle , et ce n’est pas sans raisou que, pour s’assurer si tel individu est dans un état de calme ou d’énlotion , nous lui posons la main sur le cœur.

ARTICLE' SECOND

DÉS BRpiTS QOl ACCOMPAGNENT LES BATTEMENTS DO COEÜR.

Il existe, dans les battements du cœur, quatre conditions propres h' la production de bruits, savoir: le choc du cœur contre la paroi pectorale , le glissement de cet organe contre les parois du sac dans lequel il est contenu, le passage du sang à travers les diverses cavités du cœur, et enfin les mouvements alternatifs d’abaissement et de redressement des valvules.

Je vais essayer de déterminer (jUelIe est la valeur de chacune de ces .conditions dans la production du double bruit du cœur,, tel qu’il a été décrit par M. Laënnec, auquel appartient la précieuse découverte de ce phénomène.

Commençons par donne!’ nue idée aussi exacte que possible des bruits du cœur ; je dis aussi exacte que possible, car les bruits dont il s’agit ne ressemblent parfaitement qu’à eux-mêmes. On ne peut réellement bien les comiaître qu’après un long et attentif exercice de l’auscultation , soit médiate, soit immédiate ( c’est cette dernière qui, à quelques exceptions près, doit être préférée ).

BIlülTS DU COEUR.

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§ I". Ide'e et analyse des bruits dü cœur. De leur irttensitS- de leur darde, de leur étendue et de leur propagation (i).

Lorsque l’oreille étant appliquée sur la région précordiale, on écoute attentivement les battements du cœur , deux bruits successifs se font distinctement entendre, imitant assez exactement le tic-tàc d’une montré ou le double claquement d’une soupape.

Chez presque tous les sujets, le premier de ces bruits est plussourd, plus prolongé que l’autre: il est isoclxrône au choc du cœur contre la région précordiale , au pouls et par conséquent aussi à la systole ventriculaire. Je me suis assuré de cet isochronisme un très grand nombre de fols , de la manière suivante : on compte i, 2, 3j etc,, à chaque bruit de ce genre que l’on entend, pendant qu’une autre personne compte, de la même manière, les pulsations d’une artère ou les chocs successifs du cœur contre la poitrine; or, les deux expérimenta leurs comptent alors isochroniquement un, deux, trois, etc. S’il existe quelque intervalle entre le pouls des artères très éloignées

(1) On peut lacilemenl entcn Ire sur soi-mdme les bruits du cœur, en prêtant une oreille attentive , lorsqu’on est couché sur l’un des côtés de la poitrine, et sur le gauche de (iréfcrence. J-ai, d’ailleurs , imaginé un moyen très commode pour pratiquer l’auscultation médiate sursoi-même- II suffît , en eftet, de se procurer un cornet acoustique ordinaire qu’on adapte à un cylindre creux de gomme élastique , d’une lon^eur suffisante pour que l’instrument étant appliqué sur la région précordiale, l’extrémité libre de ce cylindre puisse être portée à l’oreille. On peut ajoutera cette extrémité une plaque ^mb labié a celle qui surmonte l’extrémité auriculaire du stéthoscope.

On peut se servir aussi de l’instrument dont je viens de parler., pour 1 auscultation du bruit des artères sur soi-même. On a le soin d’adapter à 1 extrémité cardiaque de cet instrument , des cornets de grandeor différente'selon le volume des artères qu’on veut explorer.

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du cœur et le bruit qui nous occupe, il est si court qu’on peut à peine s’en apercevoir (i).

Je ne conçois réellement pas comment un observateur aussi exercé que M. le docteur JPigeaux, qui désigne le bruit dontils’agitsouslenom de bruit inférieur, pourraitpersister à soutenir qu’il n’est point isqchrône au pouls, et qu’il coiTespond au contraire à la dilatation venti'iculaire (2).

Le jeconc? bruit , plus court, plus clair, plus éclatant que le premier, ressemble plus exactement aussi au claquement d’une soupape , au bruit que fait un chien qui lappe, ou ce qui revient à peu près au même, au bruitqu’on produit en frappant légèrement la surface d’un liquide du plat de la main. Ce bruit succède au premier avec tant de rapidité, sur-tout lorsque les battements du cœur sont un peu fréquents , qu’il semble se confondre avec lui, et n’en être, pour ainsi dire , que le retentissement. Mais, une oreille exei’cée , distingue l’un de l’autre ces deux bruits , quelle que soit la fréquence des battements du cœur, etquelle que soit en même temps leur faiblesse et leur éloignement. C’est ainsi, par exemple , qu’on les analyse chez le fœtus, à partir du quatrième ou cinquième mois de la grossesse. Néanmoins , ces deux bruits sont beaucoup plus faciles à étudier chez les individus dont les battements du cœur sont très lents , de a 48 à la minute . par exemple. Alors , rien n’est plus aisé que de saisir l’intervalle ‘qui existe entre les deux bruits.

M. Pigeaux qui désigne le bruit clair sous le nom de

ft ^

(i) Nous admcUoiis uéaumoins , avec M. le doclcur Marc d’Esjnnc , l’existence de ce le'ger intervalle.

(a) J’ai, pendant quelque temps , été assez disposé à partager celle erreur , en rélléclnssarit aux cas dans lesquels le pouls de l’artère radiale ne se fait lécllcment sentir qu’un peu apres le premier bruit du (xeur. Mais l’expérience cl l’observation n’ont pas tardé à me ramener dans la voie de la vc'ritc.

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bruit 5M/7éneur, a soutenu qu'il était isochrone au pouls et partantà la systole ventriculaire. Cette erreur est l’iuverse de celle qui lui estéchappée, quand il a ditque le premier bruit ouïe bruit inférieur- était isochrone a la contraction de l’oreillette.

J’ai observé, chez un certain nombre d’individus, que les deux bruits du cœur étaient à peu près complètement semblables sous le double rapport de la du/ée et de l’éclat; et dans ce cas, c’est lé premier bruit qui est devenu plus clair, et non le second qui a pei’du de son éclat. C’est particulièrement chez les individus de cette catégorie, que le double bruit du cœur rappelle si bien celui qui accompagne le jeu d’une machine à soupape.

Le double bruit que nous venons de décrire est suivi d’un intei'valle de repos ou mieux de silence, comme l’a très bien dit M. Pigeapx, et cet intervalle est d’autant plus long, que les battements du cœur s’opèrent avec plus de lenteur. A ce silence succède le bruit indicateur de la systole ventriculaire, bientôt suivi du bruit clair, et ainsi de suite, avec une régularité vraiment admirable. '

Le tic-tac du cœur, toutes choses étant d’ailleurs égales, s’entend beaucoup mieux chez les individus un peu maigres, nerveux, que chez les sujets gras et pléthoriques. Il serait trop long de détailler ici tou tes les modifications qu’il peut offrir selon les âges, le sexe, l’état de calme ou d’agitation de l’individu , etc. Ajoutons que la pratique seule peut, du reste, faire apprécier une foule de modifications ou de nuances qui se refusent à une description précise.

Peut-on distinguer nettement l’un de l’autre le bruit qui accompagne le jeu des cavités droites et celui qui ac-'' compagne le jeu des cavités gauches.? J’ai fait, sur ce point de l’étude des bruits du cœur, comme sur tous les autres, les recherches les plus multipliées et les plus at-

t’HYSIOLOGIE DU COEUR.

lentives, et j avoue, qu’à l’état normal , cette diatinclion est bien difficile, sinon réellement impossible. Il n’en est pas de meme à l’état , anormal , au moins dans un bon nombre de cas. Alors, en effet, on peut non-seulement déterminer si tel bruit anormal appartient aux cavités droites ou aux cavités gauches, mais encore s’il se passe dans 1 orifice auriculo- ventriculaire ou dans l’orifice artériel de l’une ou l’autre de ces cavités, M. Laënnec dit bien que le bruit entendu à la partie inférieure du sternum est celui des cavités droites, et que le bruit entendu entre les cartilages des côtes , appartient aux cavités gau- i ches, Mais il ajou te immédiatement après que , dans l’éta t naturel , le bruit des côntractions du cœur est semblable et égal des deux côtés. *

Les bruits du cœur gauche et du cœur droit s’opérant simultanément dans des points très peu éloignés les uns des autres, et -presque^ dans le même lieu, ils se confondent, en grande partie, en‘ un seul et même bruit. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’eu général les deux bruits qu’on entend à l’extrémité inférieure du sternum sont un peu plus clairs que ceux qu’on entend dans la région des cartilages des 5e et 6® côtes; mais cette différence tientelle uniquement à ce que, dans le premier point, les bruits entendus sont ceux des cavités droites, et dans le second point, les bruits descavités gauches? Je n’oserais l’assurer.

Si nous cherchons maintenant à préciser le siège respectif de chaeun des deux bruits du cœur, nous trouverons que le pi’em'jer bruit ason maarfmi/.md’inteusité immédiatement au-dessous et un peu eu dehors du sein , dans le point correspondant à la valvule mitrale ou à l’orifice auriculo-ventriculaire gauche , et que le maximum d’intensité du second bruit existe immédiatement au dessus et en dedans du sein, dans le point correspondant aux valvules sigmoïdes.

BRUITS DU COEUR. IO7

On peut mesurer l’étendue ou l’intensité des bruits du ■oœur par l'a distance à laquelle ils se font entendre. Dans Tétai normal, le maximum d’iniensité des bruits du cœur kse trouve à la région précordiale. Mais il est quelques cir- ^.coustances qui , en faisant varier la faculté conductrice du son dans les divers points du, ^thorax, déplacent en quelque sorte le point qu’occupe cp maximum d’intenssité. Le bruit des battements du cœur se fait entendre, ?Bu s’affaiblissant graduellement à mesure que Ton s’éloigne de la région précordiale , dans la totalité ou du moins dans une grande étendue des parois pectorales. Chez les ssujels qui sont doués d’un grand embonpoint, les bruits ùdu cœur, comme nous l’avons déjà noté, ont moins dei tendue que chez les sujets maigres ; mais j’oserai affirmer ique M. Laënnec s’est un peu écarté de la vérité en disant <« que l’espace dans lequel on peut les entendre à Taide du « cylindre, est quelquefois restreint à une surface d’en- « viron un pouce carré. » Ce célèbre observateur, ainsi que tout le monde pourra le vérifier journellement, a (Commis également une erreur, en avançant que^ « chèz ■« les sujets maigres, chezceux, dont, la,poilrme estétroite, « et même chez les enfants, on 'les, entend seulement dans « le tiers ou même les trois quarts inférieurs du sternum, « quelquefois même sous la totalité ^de cet' os,, à la partie ff anterieure supérieure gauche dç la poitrine jusqu’^^ la « clavicule, et souvent, quoique moins sensiblement , « sous la clavicule droite. » Je puis assurer que, chez les sujets appartenant à la catégorie spécifiée ici par M. Laënnec , j ai, non pas une fois, mais plusièürs centaines de lois, entendu les bruits du cœur, non-seulement dans les légions indiquées par M. Laënnec, mais encore dans toutes les autres régions de la poitrine, sans en excepter laré- {^lon postérieure droite, ainsi que sur les parties latérales du cou, endroitoubien souvent leur intensité est presque égâlë

PHYSIOLOGIE DU COEUR

à celle qu ils offrent à la région précordiale elle-même.

La transmission des bruits du cœur se fait à travers les pavoiis pectoi’ales et les organes qui s’y trouvent contenus, ainsi qu’à travers la colonne vertébrale qui s’articule, comme on sait, avec les côtes (i).

Certains états morbides du cœur, comme nous le verrons plus loin, peuvent augmenter ou diminuer l’intensité des bruits qui accompagnent ses battements, et partant aussi augmenter ou diminuer Télendue dans laquelle ils se font entendre. Mais, à part cette circonstance, il en est d’autfes, toul-à-fait étrangèi’es au cœur, qui produisent le même effet , ainsi que M. Laënnec l’a parfaitement indiqué. 11 suffit, pour cela , qu’il survienne des modifications dans la propriété conductrice des parties que nous avons désignées tout-à-l’heure. C’est ainsi que plus ces parties seront maigres, denses et élastiques, plus elles propageront facilement, plusélles renfonceront quel quefois les bruits du cœur; c’est ainsi que ces bruits se transmettent avec plus de force à travers un poumon hépatisé ou à travers un épanchement dans la plèvre qu’à travers un poumon sain.

Les plus vulgaires notions d’acoustique suffisent pour expliquer le phénomène dont il s’agit. Ces divers accidents de conductibilité à\i son, ainsi que le fait judicieusement observer M. Laënnec, rendent quelquefois irrégulière la propagation desbruits dù cœur*. Ainsi, dit-il, s’il y a des excava tiens tuberculeuses dans le sommet du poumon droit , ces bruits s’entendront mieux sous la clavicule et l’aisselle

(i) Lorsqu’élaut couché sur Fnii des côlés , on entend sur soî-meme les hruits du cœur, il est clair que cela ne peut avoir lieu qu’à la faveur de leur propagation à travers les parois pectorales cl les parties sur lesquelles reposent celles-ci ainsi que l’oreille. Ces différents agents de transmission représentent une sorte de stdüioscope.

droites, que du côté gauche, et quelquefois meme qu’à la région précordiale. M. Laënnec ajoute qu’il lui a paru, en général, que les excavations tuberculeuses du poumon et le pneumo-thorax transmettent plutôt le bruit que l’impulsion du cœur, et que l’endurcissement du poumon par la péripneumonie , ou sa compi’ession par un épanchement liquide, favorisent plutôt la propagation de l’impulsion que la transmission du bruit. Il est très vrai (et on pouvait facilement le prévoir) que le pneumo-thorax nefavorise pas I la transmission de l’impulsion du cœur; mais il ne l’est pas également que cette circonstance soit plus favorable à la propagation du bruit du cœur qu’une hépatisation du •' poutnon; et il est très certain que celle-ci n’est pas moins i propre à augmenter l’intensité du bruit du cœur que l’intensité de l’impulsion du même organe.

Je ne terminerai pas ce qui est relatif à l’étendue du bruit des battements du cœur, sans exanainer la question de savoir si l’on peut entendre ces bruits, à une certaine distance de la poitrine de l’individu chez lequel on les explore.

Corvisart dit avoir effectivement ainsi en tendules bruits du cœur, mais une seule fois et en approchant l’oreille i! très près de la poitrine du malade. M. Laënnec, sur plus I de vingt sujets, a entendu les battements du cœur à une I distance de deux pouces à deux pieds de la poitrine. « Il y ' « a bien des années, dit ce célèbre observateur, que quel-

I tf ques malades m’ont affirmé avoir éprouvé des palpita- I « tions de cœur telles, qu’on les entendait à la distance » « de plusieurs pas, et l’un d’eux, ainsi que des personnes

dignes de foi qui l’avaient vu dans cet état, m’ont at- « testé que chez lui les battements du cœur étaient eii- « tendus dans la chambre voisine de celle où il couchait.»

1 Ce ne serait pas, je crois, beaucoup se compromettre,

I que de taxer ce récit d’on peu d’exagératjon ; m^s ce que

lit» Î'H'ÏSIOLOGIE DU COEUR.

je puis affirmer, avec M. Laënnec, cesl que les bruils du coeur s’élèvent quelquefois à un tel degré d’intensité , dans des cas de palpitations passagères ou de palpitations réellement morbides, qu’on peut les entendre à quelcjue distance des parois de la poitrine. Je n’insisterai pas davantage ici sur le phénomène en question, attendu qu’il se rattacbcfà l’étude des bruits anormaux du cœur, plutôt qu’à celle de ses bruits ordinaires (i). '

§ II. Théorie ou explicalion des bruils du cœur.

Le sujet que nous allons traiter est devenu , depuis quelques années, Fôbjet de controverses nombreuses, et l’on peut assurer que , pour l’immense majorité des médecins et des physiologistes, le problème des bruits du cœur, n’est point encore, résolu : Adhùc sub Jadice lis est. Je n’ose me flatter de pouvoir juger, en dernier ressort, celte sorte de'procès d’acoustique vivante. Mais je m’estimerai .heureux si la longue étude quej’ai faite de cette question, peut fournir quelques données propres à dissiper une partie des obscurités dont elle est environnée. Je commencerai par l’exposition des diverses théories dont le double bruit du cœur a été l’objet.

On ne trouve nulle part, dans l’ouvrage de M. le professeur Laënnec, je ne dirai pas uneexplication formelle, mais

(i) M. Laënnec pense -que « l’ossificalion de la pointe on de quelque

• autre partie extérieure du cœiir, pourrait peut-être donner lieu au plié- « uomène dont il s’agit. Plusieurs motifs lui font croire aussi qu’il est dû « Iç plus souvent à une exlialadou gazeuse plus ou moins abondante dans « le péricarde. « Cette dernière opinion, que M. Laënnec appuie sur des raisons bien plus spécieuses que solides, est lout-n-fait erronée. Il n existait point de pneumo-pericarde chez les sujets qui nous ont offert le phénomène en* * question , et d’ailleurs cette circonstance serait plus propre à diminuer qu’à renforcer les bruits du cœur.

uruîts du cokür.

une simple leiitalive trexplicaliou des bruits du cœur à l’état nonual. Au reste, celilluslreobservateur a été réellement si malheureux, qu’on nous permette de le dire, dans la théorie qu’il a donnée de quelques-uns des bruits anormaux du cœuret des artères, que Ton doit moins regretter qu’il ne se soit pas sérieusement occupé de celle des bruits normaux des mêmes organes.^ ■ ^

10 M. Laënnec se contente de dire que les bruits du cœur sont le résultat des contractious,alternâ!Liv,es de§ veniricules et des oreillettes: ilattribueiehruit,sQur/d;à la systole des ventricules et le bruit clair à celle d^iS^oi’èill.C.ttes. Mais comment les bruits du cœur se produise» t^ils sous l’influence des mouvements alternatifs dont il s’agit ? C’est là une question dont M., Laënnec ne s’est point occupé. Un passage de son ouvrage prouve seulement qu’il avait en quelque sorte prévu qu’on songerait à expliquer les bruits du cœur par la percussion de cet organe contre les parois thoraciques, et il s’est empressé de réfuter d’avance cette future doctrine. « Le bruit « produit par les battements du cœur, dit M, Laënnec, « est d’autant plus fort que les parois des ventricules « sont plus minces et -l’impulsion plus faible.. On ne K peut, par conséquent, l’attribuer à la percussion des « parois thoraciques. » . .-^.,..1. .»

20 M. le docteur Pigeaux s’est elforoé de démontrerdans plusieurs travaux qu’il a successivemeuC publiés,- que les bruits du cœur étaient le l’ésultat du frotlernerit du sang contre les parois veutriculaires d’une part, et conti-e les •parois des artères aorte eti pulmonaire d’autre part. Au frottement du sang contre les parois 'ventriculaires, par l’effet de la contx'action des oreillettes , correspond, selon M. Pigeaux, le bruit sourd; tandis que le bruit clair appartient au frottement du même liquidé contre les parois artérielles, pendant la systole ventriculaire. Nom

PHYSTOLOGIH DU COEUR.

avons déjà fait voir précédemment qu’en intervertissant ainsi l’ordre que tous les physiologistes et tous les médecins cliniciens ont assigné aux divers mouvements du cœur, M. Pigeauxétait tombé dans une erx’eur grave, comme on peut s’en convaincre journellement avec la plus grande facilité. En supposant donc que le frottement de la colonne sanguine fût, ainsi que le pense M. Pigeaux, l’unique cause du double bruit du cœur, il faudrait admettre, au rebours de cet observateur , que le premier bruit ou le bruit sourd , est produit par le frottement du sang contre les parois de Paorte, et le second bruit ou le bruit clair, par le frottement de 'ce même liquide contre les parois du ventricule. Nous reviendrons plus loin sur cette théorie; mais, pour le moment, nous devons poursuivre l’exposition des autres systèmes qui ont été proposés sur le sujet dont nous nous occupons.

M. le docteur Marc d’Esplne, dans un Mémoire où brille, d’ailleurs, un esprit de discussion peu ordinaire, soutient que les.deux bruits du cœur sont le simple et pur effet de Ja systole et de la diastole des ventricules. Il conclut des expériences qu’il a pratiquées sur les animaux vivants, que les oreillettes ne se contractent pas d’une manlèi’e assez forte et assez brusque pour produire le second bruit. Ainsi, M. Marc d’Espine pense que , indépendamment du frottement du sang, et du jeu des valvules , la contraction et la dilatation du cœur produisent les deux bruits que nous étudions.

4” D'ans une excellente thèse qu’il a soutenue à lecole de Médecine de Paris, M. le docteur Rouanet explique par le jeu des valvules du cœur, le double bruit de cet organe. Le premier bruit dépend du rapprochement des valvulesaurlculo-ventrlculalres pendant la systole ventriculaire, et lebrultclair ou le second bruit est produit par le choc en retour du sang contre les valvules sygmoïdes,

BRUITS DU COTîUn. n3

pemlant la rt'aclion de l’aorle et de 1’ai'lèi‘e pulmonaire sur la colonne sanguine qui les distend. Cette théorie est celle que je professe raoi-raême, avec quelques modifications que je ne tarderai pas à faire connaître.

Cf Le premier bruit, dit M. Rouanet , se fait entendre ff au commencement de la contraction ventriculaire; Cf c’est ce qui a fait croire que celle-ci en était la cause. Cf Ce bruit est fort : il est en rapport avec l’énergie des et ventricules; il est plus sourd que le second. Les valet vules qui le produisent sont plus larges, les parois qui Cf le reçoivent plus épaisses.

ff Le second bruit est plus clair, parce que les valvules tt sont plus petites, plus minces , et fixées à des parois « plus sonores. »

M. Rouanet pense : tt que le choc, dans le sens qu’on Cf l’entend ordinairement et qui résulte de la rencontre fc de deux corps, n’est pas la seule cause du bruit des te valvules. Des expériences nombreuses lui ont appris ff que toute membrane passant de la flacldité à une disct tension subite, rend toujours un son qui varie selon ff les circonstances. Sa force est en raison de celles qui « distendent la membrane; son éclat augmente avec la ff finesse et l’inextensibilité du tissu qui la compose, ff La largeur, l’épaisseur, l’extensibilité de la membi’ane cc rendent le son plus sourd. Le corps auquel elle est ff attachée influe aussi beaucoup sur les qualités du sou, ff par son épaisseur, sa mollesse, son élasticité. Sous le te rapport de leur texture et de leur Jeu, les valvules tt auriculo-ventriculaires réunissent les conditions les ff plus favorables à la production du bruit; elles sont Cf minces, résistantes, inextensibles; elles passent en un ff instant de la flaccidité la plus complète à une 'distenc« sion subite et violente, résultat de l’impulsion du « sang et de la traction des nombreux tendons qui , de

I>4 PHYSTOLOGl F. DfJ COpUR.

« leur Lord ou de leur face veutriculoire , voul allacLer « au soinmel de plusieurs coloiuies c]^avuues. Par cou- « séquent, soit que nous consulériqnî dans les valvules «< une surface qui va brustjueineul heurter contre une « aqlrç surface , soit que nous y voyions une membrane c< émiuepiment sonore, soumise à nue tension forte et « instantanée, nous serons forcés de convenir que là il « doit y avoir un bruit perceptible à l’oreille, n

Pour prouver directement que le second bruit est bien dû au choc en retour de la colonne sanguine , M. Rouanet a fait l’expérience suivante :

« J’ai lié, t|il-iV, la portion de l’aorte qui se trouve « au-dessous des valvules sigmoïdes, autour d’un tube Cf de vei’re de près d’un pouce de diamètre, et de deux M ou trois pouces de longueur, aboutissant inférieure- « mçnt à une vessie également fixée autour de lui et « pleine d’eau, ha portion du tronc arléyiel supérieure cc aux valvules a été fixée à l’extrémité inférieure d’un fc second tube de même diamètre et de plus de quatre <c pieds, de hautevtv» afin de pouvoir copi penser, par et l’élévation de la colonne liquide, les forces d’impulsiou qui existent dans l’état uatuvei , soit de la part « du sang, soit de la part tlcs artères et des parties qui « les ayoisinenh Alpi’s, saisissant l’appareil au niveau tt, des valvulç^ restées libres., qt l’appliquant contre mes « oi’eilles de mmiièi’e qu’il u’en fût séparé que par les « phalanges des doigts» j’imprimais, de la main gauche, « des compressions subites à la vessie ; j’imitais autant tt qu’il m’était possible, les battements du cœur par la tt, quantité de liquide que je faisais passera chaque coup « dans le tube supérieur, et par rintermitlence d’ac- « lion que j’exerçais sur la vessie; à l’instant où mes Cl doigts, qui venaient d’impriuvcr une compression «, subite à la vessie, s’écartaient pour laisser redescendre

BRUITS DU COEUR. Il5

« le liquide, un choc très marqué venait frapper mon « oreille; il se faisait entendre aussi souvent que je ré- « pétais la compression de la vessie. Sa force était en c< rapport avec la hauteur de la colonne liquide ; il était X très analogue au second bruit du cœur. Je dis analo- « gue et non pas semblable. Personne assurément ne « comptera trouver ici une ressemblance parfaite , puiscc que les conditions sont si différentes. Il manque la ) « résonnance du thorax, la résistance vitale des tissus ,

1 « la compression des organes voisinss Aussi le bruit que

i « j’ai obtenu différait-il principalement- du bruit nor-

• « mal, en ce qu’il était moins brusque, moins frappé,

I- « par la raison que l’artère , facilement distendue par le

ij « liquide, diminuait l’impulsion de celui-ci sur les val-

I «f vules. Cette laxité du vaisseau , sensible aux yeux et

• « à la main , était encore plus apparente sur l’artère

> « pulmonaire, qui fut soumise à la même expérience

« avec les mêmes résultats. »

j 50 M. Hope propose la théorie suivante:

Quand les ventricules se contractent , une impulsion est donnée aux molécules du fluide avec lequel ils sont en contact, et cette impulsion communiquée de molécules en molécules , produit par collision un son. L’irrégularité de la surface interne, due à la présence des colonnes charnues, favorise la formation du son. Dès le commencement de la contraction , la couche la plus

(extérieure du liquide , engagée dans les sinuosités des colonnes charnues , est lancée en une infinité de courants opposés; ce qui fait que la collision des molécules est

Iplus violente que si elle était produite par une simple impulsion directe. Ou comprendra que ces courants j opposés ne se neutralisent pas par leur réaction réciproque , parce que le sang trouvant une issue par les ouvertures artérielles, la réaction n’est plus égale. Si la con-

U 6 ϻHYSI0L0GIE DU COEUA.

traction est graduelle, le son, par des raisons Lien évidentes, sera modéré et prolongé , et si elle est brusque, le sou sera bref, fort et clair. Pendant que ceci se passe à^la surface du liquide, la masse du sang tend à sortir par les ouvertures aortique et pulmonaire ; et comme sou courant se compose d’une multitude de courants opj)0sés , réfléchis de tous côtés des parois ventriculaires , et convergents vers les orifices, la collision vibratoire ainsi produite dans les molécules, du liquide , occasione le son .

Le second bruit, celui de la diastole ventriculaire, est produit par un mécanisme plus simple. Quand la diastole a lieu , le sang sort avec une vélocité instantanée des oreillettes, et pénètre dans les ventricules; et la réaction des parois ventriculaires sur les molécules, dont le cours est brusquement arrêté par la fin de la diastole, est la cause du bruit fort, bref et clair.

Les oreillettes ne contribuent à la production d’aucun de ces sons, car dans les expériences sur l’àue , on les eU' tendait aussi parfaitement quand les oreillettes étaient dans un état d’immobilité. M. Hope ajoute que, chez les grands animaux du moins , la contraction des oreillettes est trop faible pour produire aucun bruit, et qu’on n’a Jamais entendu le troisième bruit du cœur (i).

6" M. le professeur Magendie , peu satisfait des différents systèmes invoqués tour-à~ tour pour l’explication des bruits du cœur, s’est aussi occupé de recbercber la vériritable cause de ce phénomène, et il ci'olt l’avoir trouvée dans un double choc du coeur contre les parois de la poi-

(i) Celte dernière assertion manque d’cxaclilude. Je citerai plus loin des cas de maladies du cœur dans lesquelles j'ai enlcudu et fait euleudreà un grand nombre de personnes, trois et jnèniç qualrç bruis au lieu de deux , pendant un seul rhj-thwi\ du cœur.

I BRUITS DU COEUJl. II7

Iti’ine. « La contraction des ventricules, dit ce physiolb- 5) giste célèbre, et le mouvement de transport du coeur' w vers la paroi gauche du thorax sont accompagnés d’un }} bruit sourd , mais distinct pour une oreille appliquée I )) sur la région cardiaque. Ce son pi’écède d’un moment

J M très court un auti’e bruit plus clair, qui accompagne

I J) non la contraction , mais la dilatation du ventricule

ij 3) droit. Ces deux sons, qui se succèdent rapidement ,

J » forment ce qu’on nomme aujourd’hui en physiologie

M pathologique les'hruits du cœur. Tous deux résultent >3 du choc du cœur sur les parois du thorax. Le premier, j M ou le bruit sourd, dépend du choc de la pointe du

I 33 cœur sur l’intervalle qui sépare la sixième et la septième

i 33 côte (1); mais il peut se produire partout ailleurs,

33 si par une cause quelconque le cœur est déplacé ou la 33 paroi thoracique déformée. Le caractère sourd de ce 33 son pai’aît dépendre de la masse considérable du corps 3) choquant et du peu d’élasticité du corps choqué.

33 Le fécond bruit coiTespond à la dilatation des ven- 33 tricules , et par conséquent à l’entrée rapide du sang 33 dans ces cavités. La formation du bruit a été d’abord 3) attribuée h la contraction des oreillettes (a), puis au 33 sang qui arrivait brusquement dans les ventricules 33 en frappant leurs parois de manière à y exciter des vi- 33 bratlons sonores; mais ni l’ùne ni l’autre de ces expli- 3) cations ne sont fondées; car un cœur mis à nu dans

(1) C’est dans rinlervalle des 5' et 6' côtes , qu’à l’etat normal vient frapper la pointe du cœur.

(2) M. Turner est le j3remier, peut-être, qui ait expresse'ment combattu cette opinion de M. Laënnec. Le professeur de chirurgie d’Édimbourg allègue entre autres preuves contre l’opinion dont il s’agit , que la contraction des oreillettes est ante'rieure à celle des ventricules, tandis que le * bruit clair qui lui est ailribué par M. Laënnec est postérieur à cette contraction.

PHYSIOLOGIE DU COEUR

M le moment de sa plus grande énergie, ne produit plus 3j aucun bruit si le sternum est enlevé ou simplement

écarté, à moins qu’il ne frappe sur les parties en- » vironnantes ; et si, comme je l’ai fait, on place à » ti’avers les parois thoraciques d’un chien une petite 3) tige mobile sur le ventricule droit et une autre sur la 33 pointe du cœur, il est facile de vérifier que chacun des 33 bruits est accompagné d’un choc qui se manifeste claire- 33 ment au dehors par un mouvement étendu des petites 33 tiges. Si le second bruit est plus clair, cela tient sans 33 doute à ce que la masse du corps choquant est peu con- 33 sidérable et que le corps choqué est le sternum , qui est 33 beaucoup plus sonore que la paroi latérale du thorax, en 33 grande partie mns,c\x\a\T^.ii (^Précis élémentaire de Physiologie ^ par F. Magendie ; t. 2®, pages 596-97 et 293. — 3® éditioTî i833. — Depuis la publication de cette 3® édition, M. Magendie a développé la même théorie dans un mémoire lu à rinstiliU. )

7° Tout récemment, M. Piorry vient de publie]^ (y^rc/î. gén. de méd.‘, juin i834) 1rs nouvelles expériences qu’il a 1 entées avec un clyso- pompe, pour dissiper le doute où il était encoi’e sur la cause des bruits du cœur. « On mit 33 à découvert la veine-cave inférieure d’un cadavre , on y 33 introduisit la canule du clyso-pompe ; d’un autre côté, 33 l’artère pulmonaire fut ouverte et le côté gauche de la » poitrine resta inlacT. Le sternum et le cœur conservè- 33 rent leurs rapports ordinaires. Un courant d’eau fut 33 établi à travers te cœur droit, et le liquide, passa la rge- 33 ment par l’artère pulmonaire. L’auscultation étant 33 alors pratiquée sur le sternum, on entendit très dis- 33 tinctcnœnl le [passage du liquide, et le SON qui en ré- 33 sulta avait beaucoup d'analogie, tantôt avec le bi’uit 33 généî'alement attj'ibué au 'ventricule , tantôt avec celui 33 de souffle ; il variait selon l'énergie du coup de piston,

BRUITS DU CÔËÜR.

» et SUIVANT DES CIHCOiwSTAilCBS DIFFIGILÉS A AFUfiÉ-^ M CIBR* »

« On fitglisâeï* légètemênt lé doigt ébfltr'é lé stéfhutti , w et l’on h’entendit pâs dé btiiife manifesté^ 6n y fît dë w U^gèrés friclioftS âVéë le cdéüf du càdaVfé: îè SDît qui » en résulta ilé re&èefublsiit pas ati bruit normal Du a#i6^-> n mal fhi cœur. Dahs tifiê atilïë eipériêiiée , lë dôigt » frottant avec forcé la face postérieure du stèrnüttï, fit » entendre quelques bruits , mais différents de ceux dil J) cœur. M

De cts expériences et d’autres dans îesqUeiles il fit également passer de l’eau à travers leS cavités du coeur, lès valvules étant tantôt conservées, tantôt détruites, M. Pîorry conclut entré autres choses î

1» Que le jeu des valvules rie produit pas le bruit du cœur;

2® Que les bruits du cœur droit sont plus forts que Ceux du cœur gauche.

Eufin, M. Piorry ajoute (et c’est là, jé dois l’avouer, une opinion bien singulière ) qu’iL Est TbntÉ d’attïié- BÜER LE BRUIT SOURD AUX CONTRACTIONS DU COEUR GAU- CHE , ET LE BRUIT CLAIR A CELLES ÈU CÔTÉ DROIT. Toutefois, il pense qu’on doit ajourner l’adoption de cette explication # jusqu’à ce quiLsoit démontré que le ventricule gauche et le vent rie ule droit ne se contractent pnS en même temps ( i ) !!!

Pour compléter l’iiistoire des principales opinions qui ont clé émises sur les bruits du cœur, il ne me reste plus

(i) On doil s’clonner ([ue M. Piorry se soit borne' à imaginer l’hypolbèse d’une aiissi étrange révolution ddns le mécanisme du cœur. Rien ne lui était plus l'acile , en effet , rjue de conslatci' , par void expérimentale , si la contraction du vcnlricuic droit est isochrone ou non à celle du ,

PHYSIOLOGIE DU COEUR

a signaler que celle de M. Hugh Carlile, démonstrateur à 1 école d’anatomie de Dublin , opinion qui constitue moins une tbeorie nouvelle, qu’une modification de l’unedes précédentes. Suivant cet auteur, le premier bruit est produit par la projection du sang hors des 'ventricules ^ et le second, parV obstacle qu’opposent les valvules sigmoïdes au retour du sang dans les ventricules (third meeting of lhe brilisli associât ion for the advancement of science. — Cambridge, i834).

Maintenant que nous avons une parfaite connaissance des principales explications des bruits du cœur, il nous reste une tâche diflScile à remplir, celle de soumettre ces différentes explications à l’épreuve d’une discussion juste et sévère , et de recommander à l’adoption des lecteurs la théorie qui nous paraît le plus satisfaire à toutes les conditions du problème.

Quelque différents que soient, d’ailleurs, les systèmes dont on vient de parcourir l’exposition, on voit que, sous le point de vue qui nous occupe, ils peuvent se réduire à quatre. Dans le premier système, les bruits sont expliqués par la contraction et la dilatation active des ventricules (M. Marc d’Espine), ou par la contraction alternative des ventricules et des oreillettes ( M. Laënnec). Dans le feconc? système, les bruits du cœur sont attribués au frottement du sang , soit contre les parois ventriculaires seulement (M. Hope) , soit au frottement contre les parois ventriculaires pour l’un des bruits, et conti’e les parois artérielles pour l’autre (M. Pigeaux). Dans un trowfème système, c’est au double choc du cœur contre les parois adjacentes de la poitrine, qu’il faut rapporter le double bruit du cœur. Dans le quatrième et dernier système enfin, la cause du phénomène est placée dans le jeu des valvules.

10 Discussion du premier système ou du bruit de contraction musculaire.

Pour comprendre ce système dans lequel le double bruit du cœur est considéré comme un produit de la contraction musculaire elle -même j il faut avoir une idée de ce qu’on entend par bruit musculaire (^i). Je suis donc obligé d’entrer dans quelques détails à ce sujet.

Les premiers observateux’s qui se soient livrés à des recherches expérimentales approfondies sur le bruit musculaire, sont MM.'*Wollaslon en Angleterre (2), et Erman en Prusse (3). Grimaldi, avant eux, avait toutefois signalé un des phénomènes qu’ils rapportent à ce bruit, savoir celui qui a lieu dans l’expérience de l’obtUration de l’oreille avec le pouce. Grimaldi attribuait ce bruit à Vagitation des esprits animaux qui courent çà et là perpétuellement, explication qui n’en est pas une aujourd’hui.

Voici, d’après M. Laënnec, les expériences de MM. Wollaston et Erman. i“Si l’on applique l’oreille sur le poignet d’un homme qui serre fortement le poing , on entend un bruit tout-à-fait analogue à celui d’une voiture roulant rapidement dans le lointain, et qui, comme ce dernier , se compose de plusieurs bruits successifs et très rapprochés. Si la contraction musculaire cesse, fe bruit disparaîtentièrement. Si elle augmente, les vibrations partielles qui constituent lebruit de rotation, deviennent plus

(1) Ainsi que je Uai dit pre'ce'demment , M. Laënnec ne s’est point prononcé d’une manière explicite sur la cause des bruits normaux du cœur. Mais il résulte évidemment de ses recherches sur le bruit musculaire, qu’il plaçait dans les contractions du cœur la cause immédiate du tic-tac de cet organe.

(2) Voyez TransacU philosopldques l’année i8io.

(3) GUberl’s annalenfur phistch , aan. 1812 , tom. I, p. 19.

laa PHYSIOLOGIE DU COEUR.

fréquentes. Si, au contraire, l’intensité delà contraction, diminue, les vibrations deviennent plus rares et lèurs intervalles paraissent plus longs, yo Si, l’oreille et la mâchoire appuyées sur un corps d’une densité moyenne , comme un coussin de cuir ou un livre broché , on serre fortement entre les dents molaires un nœud fait dans un mouchoir, on obtient absolument le même résultat (i).

MM. Erman et Wollaston conclurent de leurs expériences, que la contraction musculaire se compose de reprises et d’intermittences successives ; que cette succession est d’autant plus ra])ide que la contraction est plus intense , de sorte que l’on peut déterminer exactement son degré d’énergie à Taide d’une montre à secondes.

M. Laënnec a répété plusieurs fois les expériences de MM. Erman et Wollaston sur les muscles de toutes les parties du corps , et dans divers états de santé ou de maladie. Il s’est assuré que le bruit rotatoire n’accompagne pas toutes lés contractions musculaires, et qu’il en est même de très énergiques qui ne le donnent nullement, telles que, par exemple, celles nécessaires pour la station. M. Laënnec n’a pas rencontré le bruit rotatoire dans la plupart des cas de tétanos et autres spasmes toniques , et dans les cas où il l’a constaté, ce n’était qu’à un degré médiocre. De ces expériences, il conclut: i° que la conti'aclion est accompagnée , dans la plupart des cas , d’un bruit de rotation; ‘2° que les circonstances où il n’exisle

(i) Pour entendre le bruit dont il s’agit , il suffit de serrer fortement les mâchoires lorsqu’on est couché, l’oreille appuye'e sur un oreiller ordinaire. Qu.nit a la première expc'riencc , il n’est pas besoin d’appuyer 1 oreille sur le poignet d’un autre, puisque l’on a son propre poignet à sa disposition. Elle réussit très bien , faite de la manière suivante : appuyez le coude sur une table ou tout nuire corps solide, puis placez l’oreille sur le poignet, serrez le poing, et écoulez aUenUrement.

pas ne peuvent encore être (iéterminées qu’expérimentalement; 3" que la puissance de la contraction musculaire, considérée soit absolument, soit relativement à l’individu, ne pai-aît être pour rien dans la production ou l’intensité de ce bruit.

En faisant ses expériences sur le bruit musculaire, M. Laënnec fut souvent frappé de la ressemblance parfaite qu’a ce bruit, dans certaines cirëonstances , avec le bruit de soufflet des artères et du cœur. « Dansd’oxpé- » rience de la contraction des massétersj la tête appuj/ée )> sur l’oreiller, sur-tout si l’on contracte et resserre aL

ternalivement les muscles, on obtient, ditM. Laënnec, w uii bruit tout-à-fait semblable à celui d’une artère qui « donne le bruit de soufflet. Dans l’expérience suivante, w la similitude est encore plus parfaite. Si l’on appli- »j que le stéthoscope sur l’un des condyles de l’humérus 3j d’un homme dont un aide soutient le bras , et qu’on w lui dise d’étendre et de fléchir alternativement et » sans effort l’avant-bras sur le bras, on entend un bruit » lout-à-fait semblable à celui que donne le jeu d’Uii )> soufflet. Cette similitude parfaite du bruit musculàirë JJ intermittent et du bruit de soufflet du cœur ét ‘des âirji tères , me paraît prouver que ce dernier est dû à une JJ véritable contraction spasmodique , soit du Ccéiixi sôit JJ des artères, et ne suppose aucune lésion 'oi%amè[üe de J) ces parties, jj (Ouv. cité, t. IT, pâg. 4-4d'443ï)'

J’ai répété un grand nombre de fois et varié les expériences de MM. Wollastott, Erman et Laënnec , sur le bruit dit musculaire ou rotatoire. Jf’âi constaté les divers résultats qu’ils ont obtenu^, 'et ûti autre phénomène qui ne paraît pas avoir fixé leur àïlèntioh'. Si l’on introduit le bout d’un doigt dans chaque oreille, on détermine , au plus haut degré, le bruitrolatoire , l’espèce de roulement lointain Aonl il vient d’être parlé; mais si on écoute ayoc

PHYSIOLOGIE DU COEUIL

une grande atlentipn , on ne larde pas à s’apercevoir d’une sorte de bruit de frémissement que je ne saui'ais mieux comparer qu'à celui qui accompagne la fermentation d’une cuve remplie de raisins, ou bien encore à ce frémissement que fait quelquefois entendre une marmite remplie d’eau, quelques instants avant l’ébullition du

Que si l’on exerce de très légers mouvements de va-ctvient, comme pour dégager les doigts et les enfoncer de nouveau , on produit le bruit de soufflet, ainsi que dans l’expérience indiquée plus haut par M. Laënnec,' Il est clair comme le jour que, dans ces expériences, le bruit de soufflet tient au frottement qui les accompagne , et non à la contraction musculaire en elle-même.

Une chose sur laquelle je ne puis encore être d’accord. avecM. Laënnec, c’est l’application qu’il a failedespliénomènes du bruit musculaire intei’mittenl à la théorie du bruit de soufflet, phénomènes sur lesquels nous reviendrons dans un autre lieu (i).

Comme M. Laënnec dit de la manière la plus formelle que c’est particulièrement pendant la diastole que se manifeste le bruit de soufflet, ou a quelque peine, en vérité, à concevoir la raison pour laquelle il a placé la cause essentielle de ce bruit dans un état de spasme

(i) Quant au bruit rotatoire, attribué à la contraction musculaire permanente , nous abandonnons aux physiciens le soin d’en donner une explication satisfaisante et définitive. En attendant , l’examen attentif cent et cent fois réitéré de ce qui se passe dans les expériences indiquées plus liant, me fait penser que très probablement ce bruit tient aux frottements sans cesse répétés, qui accompagnent les reprises et les intermittences successives dont se compose la contraction musculaire, bruit tellement faible en lui-même et pour ainsi dire intrinsèquement, que pour reutcudre il faut recourir à un procédé de renforcement [ l’application immédiate de l’oreille ou l’emploi du stéthoscope ),

BRUITS DU CODUR

Ju cœuv ou des arlères. 11 eût été plus conforme aux conséquences de cette hypothèse de rapporter le bruit de soufflet du cœur à la systole ventriculaire. Mais pour être plus logique, cette opinion n’en eût pas été plus vraie, car on observe le bruit de soufflet tantôt pendant la systole, tantôt pendant la diastole, et très souvent peu* dant la systole et la diastole en même temps. Les passages suivants prouveront, d’ailleurs, ce que nous venons de dire relativement à celui des mouvements du cœur , pendant lesquels s’opère, suivant M. Laënnec, le bruit de soufflet. K Le cœur et les artères^ dit-il , donnent, dans cer- « laines circonstances , au lieu du bruit qui accompagne « naturellement leur DIASTOLE, celui que je désigne sous fc le nom générique de è/’aû de soufflet. >3 Et un peu plus loin : « Le bruit de soufflet peut accompagner la diastole « du cœur et celle des artères, et leur est lié de telle « manière qu’il remplace et fait disparaître entièrement (c le bruit qui leur est naturel , en sorte qu’à chaque « diastole, le ventricule, l’oreillette, ou l’artère dans « lesquels se passe le phénomène, font entendre distinc- « tement un coup de soufflet, dont le hruit cesse pendant tr la systole. »

Au reste , puisque, de l’aveu de M. Laënnec, comme de celui de quiconque s’est un peu familiarisé avec le sujet que nous traitons, il n’existe aucune analogie entre le bruit de soufflet et le bruit normal du cœur, on ne saurait évidemment 'attribuer une seule et même cause â l’un et à l’autre. Par conséquent , si le bruit de soufflet dépendait , ce qui n’est pas, de la contraction musculaire, il faudrait chercher ailleurs la cause des bruits du cœur , et réciproquement.

Avoir démontré que les bruits normaux du cœur né peuvent s’expliquer par le bruit que M. Laënnec avait supposé accompagner la contraction musculaire inter-

126 l^HYSTOLOGIR DU COEUR.

mittente, c^esl avoir démon iré, à Jbrlioi i , que ces mêmes bruits ne sauraient être considérés comme l’effet d’une contraction musculaire permanente; car, d’une part, les contractions du cœur ne sont et ne peuvent être permanentes, et, d’un autre côté, il n’y a pas la moindre ressemblance entre le bruit rola'olre et les bruits du cœur.

Ainsi donc, la théorie que nous venons de discuter ne mérite absolument aucun égard ; et nous aurions presque regret au temps que nous avons consacré à sa réfutation, si elle n’eût été appuyée de l’imposante autorité de M. Laënnec.

20 Discussion de la seconde théoj'ie ou, du bj'uit de

frottement.

Examinons maintenant si, comme le veulent MM = Pigeaux, Hope et d’autres, c’est par le choc et le frottement du sang contre les parois des ventricules et des artères qui en naissent , qu’on peut se rendre compte du double bruit du cœur. Pour établir une théorie physiologique , quelle qu’elle soit , il faut apporter à son appui, soit des expériences sur les animaux vivants, .soit des faits d’anatomie et de physiologie pathologiques. Or , je déclare que je ne connais, en conscience, aucune expérience, aucun fait pathologique qui dépose clairement en faveur de la théorie dont il sagit actuellement. Ce n’est pas que je nie que le passage du sang à travers les cavités des ventricules et les orifices auriculo-ventriculaires, à travers l’aorte, l’artère pulmonaire et les orifices artériels, ne puisse occasioner quelque léger bruit : je démontrerai bientôt qti’il en produit un très prononcé dans certains états morbides jmaisjenevoislà, àpriori, aucune des conditions propres à exciter un bruit de claquement ou de soupape, tel que celui qui accompagne les mouvements du cœur;

BRUITS DU COKUn 127

et, à pQStenpri, les expériences qu’on a laites pour imiter ce bruit, n’oul abouti jusqu’ici qu’à produire un bruit plus ou moins analogue au bruit de soufflet , et nullement le double bruit de choc, de claquement de soupape, qui constitue essentiellement le tic-tac du cœur. Ainsi donc , l’expérience et le raisonnement par analogie ne fournissent réellement que des arguments contraires à la théorie en discussion. Nous ajouterons que M. Pigeaux lui-même a, sans le savoir, fourni des armes contre son propre système. En edet , les raisons qu’il donne -pour expliquer la clarté à\x premier bruit et V obscurité du second, excellents, s’il était vrai que le bruit clair accompagnât la systole ventriculaire, et le bruit sourd la systole auriculaire, retombent en quelque sorte de tout leur poids contre le système qu’elles soutenaient, s’il est bien démontré, comme il l’est réellement, que le premier bruitrépondà la systole des ventricules, et lesecondà leur diastole. Ce n’estpas encore tout ; si les bruits normaux du cœur étaient bien effectivement dus à la cause qui leur est assignée ici , ils devraient rester les mêmes, ou à peu j)rès , et ne devraient pas du m.oins disparaître complètement dans les grandes lésions des valvules. Or, nous ne larderons pas à voir qu’il n’en est pas ainsi, et qué^ tout au contraire , les lésions dont il s’agit ( particulièrement les indurations de diverse espèce des valvules) font cesser complètement ou presque complètement les bruits normaux du cœur, et donnent naissanceà ces bruits accidcntels que l’on connaît sous les noms de bruits de soufflet, de râpe, de scie, de lime, etc.

Au reste, les raisons que nous alléguerons dans un instant, en faveur d’une autre théorie, achèveront s’il en était besoin, de faire justice de celles que nous venons d’apprécier. Qu’on n’oublie pas toutefois qu’en rejetant la condition du frottement comme cause essentielle et'

PHYSîOtOGlE DU COEÜR.

fondamentale des Lruits du cœur proprement dits , nous ne prétendons pas la réduire h rien. Mais elle n^est réellement Lien évidente que dans quelques états morbides ; et à l’état normal, si le frottement du sang contre des surfaces parfaitement polies, produit réellement quelque léger bruit, celui-ci est en quelque sorte éclipsé par un bruit plus fort que nous étudierons ci-après (bruit valvulaire). Mais passons à la troisième théorie.

30 Discussion de la troisième théorie , ou du bruit de choc du cœur contre la poitrine.

S’il suffisait à une théorie, pour être adoptée , d’avoir eu sa faveur l’appui d’un nom justement célèbre en physiologie, etde paraître , au preraierabord, à la fois simple, ingénieuse et commode, assurément chacun de nous devrait s’empresser d’adopter celle que nous allons examiner. Mais ces conditions-là ne suffisent qu’autant qu’elles ne sont point en opposition avec la saine et rigoureuse expérience, et malheureusement, dans l’espèce, cette opposition existe.

Quel est, en effet, le principal fondement delà doctrine de M. Magendie sur les bruits du cœur? C’est l’absence de ces bruits , lorsque le cœur est mis à nu et qu’il ne peut plus heurter contre le cinquième espace intercostal pour produire le premier bruit, et contre l’extrémité du sternum, pour produire le second. Ce serait donc ruiner de fond en comble , et saper pour ainsi dire la base de ce système , que de démontrer la persistance des bruits du cœur après l’ablation des parties qui l’ecouvrent cet organe. Or, c’est là précisément ce que prouvent les expériences sùivanles :

Le 23 lévrier i834, j’ai mis à découvert le cœur d’un coq vigoureux, chez lequel j’avais bien entendu, avant l’opération, le double bruit du cœur. J’auscultai le cœur

SRüm mr flORÜft- îîag

ëncoi’e cotilfcniî clans le péricarde, puis dcpciuillti de celle enveloppe* J’ai ausculté à l’oreille nue et à l’oreille ar-^ niée du slélîioscope ; j’ai renouvelé celte exploration à plusieurs reprises. Hé bien, je puis affirmer que j’ai très distinclementenienAn le double bruit, ou,tic-tac du cœur, et cependant il n’existait aucune espèce de contact èntre cet organe elles parois pectorales (i). Pour préserver mon oreille du contact du sang qui coulait par la plaie, suite de l’expérience, je mis, entre elle et le cœur que j’auscultais, un linge assez épais , et néanmoins , j’entendis encore le double bruit du cœur : toutefois , il était alors comme

voilé. Je remplis d’eau le. péricarde, les mouvements du cœur continuèrent, ainsi que les bruits qui les accompagnent. ■ - '

Je remarquai, pendant l’expérience , que le frottement du cœur contre le bout du stéthoscope produisait un bruit particulier. Je reconnus que ce bruit était et «07Z <iou6/e comme celui qui résulte des battements du cœur, et qu’il consistait, d’ailleurs, en un bruit de froUement impossible à confondre avec le tic-tac valvulaire.

Pendant le cours de l’expérience,, j’ai vu le cœur glisser doucement dans le péricarde , et imiter , par ses contractions et ses dilatations alternatives, le jeu d’une pompe aspirante et foulante ayant pour réservoir les oreillettes. 11 me sembla que le cœur s’alongeait en se contractant, etchaque contraction était accompagnée dt^ redressement en avant de la pointe de cet organe, redressement qui donnait au doigt la sensation d’une assez forte impulsion. Ce que je dis ici ne s’applique, du reste, qu’aux ventricules, car je ne vis , ni ne sentis bien distinctement aucune contraction des oi’eillettes.

(i) Pour mieux maintenir le cœur hors de la poitrine, j’avais eu le soin de passer au-dessous de lui l’un de mes doigts,

PHYSIOLOGIE DU COEUR

J enlevai le cœur après avoir coupé le» vaisseaux auxquels il est comme suspendu, et il continua de battre pendant qnelques instants, soit spontanément, soi tsous l’influence d’une excitation artificielle. Cps battemeuls du cœur à vic?e , si Ton peut ainsi dire, n’étaient accompagnés d’aucun bruit (i). En frappant les ventricule^ avec la pointe de ciseaux qui m’avaient servi pour l’expérience, j’excitai, pendant deux ou trois minutes, des contractior^s très distinctes , avec alongement du cœur, en même temps que rétrécissement dans le sens transversal, et sorte de soulèvement en avant.

Je répétai l’expérience dont je viens de rendre compte sur deux lapins d’une force moyenne. Elle fournit les mêmes résultats , c’est-à-dire que j’entendis parfaitement les bruits du coeur, lorsqu’il eût cessé d’être eu rapport avec les parois pectorales.

Tandis que chez le coq, comme je l’ai dit, je n’avais pas vu, du moins d’une manière distincte, les contractions des oreillettes , je lès observai, faibles à la vérité, chez les deux lapins: elles étaient beaucoup plus marquées toutefois dans les appendices auriculaires que partout ailleurs. En se contractant, les oreillettes ne se durcissaient pas comme les ventricules. La pointe du cœur se redi’essait fortement pendant la contraction de ceux-ci ; lorsqu’on stimulait en quelque sorte cette contraction en frappant le cœur avec la pointe d’un instrument , il se redressait avec une sor^f de bond et l’epoussait fortement le doigt qui l’explorait. Lorsque, chez l’un des deux lapins, les battements se furent ralentis, je continuai bien à voir le mouvement de soulèvement et d’impulsion pendant la

(i) Je noterai ici comme fait assez curieux , que le coq s’est agite' et a donne d’incontestables signes de vie , durant quelques instants après l'excision dn cœur .

cont raclion venlriculaire , mais l’alongeraent du cœur ne me parut plus bien certain. La dilatation consistait en une expansion douce et sans secousse (i).

Quand j’entrepris les expériences' dont je viens de rendre compte, j’ignoràis que désemblables eussent déjà été faites, en Angleteri’e , par M. lé docteur Hope. Depuis que j’en ai pris connaissance , je suis resté plus convaincu encore que les bruits du cœur ne cessent point de se faire entçndre , quand il a été mis à découvert. Jè ne puis me dispenser d’offritaux lecteurs un extrait de ces belles expériences. • - •

Le cœur fut lai’gement mis à nu cb,ez un âne, dont le pouls battait 48 fois par minute avant l’opération. Au. moyen du stéthoscope, appliqué immédiatement sur le cœur, on reconnut que le jVremierbruit était isocbrôneà la contraction des Ventricules , et que le second coïncidait avec la diastole ou dilatation ventriculaire. L’expérience répétée plus tard sur quatre nouveaux ânes, fournit les mêmes résultats. On appliqua lê sté,lhoscope sur le 'ventricule, et les DEUX bruits furent clairement et indubitablement entendus par ceux qui aUaiént C habitude de cet instrument. Pour s’assurer de l’isoebronisme indiqué plus haut, la personne qui auscultait le cœur comptait un pour le premier bruit , deux pour le second , tandis-' qu’une autre personne qui attentivement les

mouvements du cœur comptait, de son côté, un pour le mouvement de contraction, deux pourcelui de dilatation. Or, constamment ces deux personnes comptaient en même temps et pour ainsi dire à l’unisson , les nombres

(i) Chez les irois animaux auxquels les éxpe'riences pre’ce'dentes furent pratiquées, le cœur, immédiatement après son ablation et la sortie du sang qu’il contenait, perdit tout-à-coup la moitié' environ de son volume.

1^2 ^fitSIOtÔGlË t>Ü COÈUË.

un, deux. Donc le premier bruit était isochrone à la. systole, donc le second l’était à la diastole.

Les expériences de M. Hope prouvent donc à la fois, et que les bruits du cœur ne sont point le résultat du choc de cet , organe contre les parois de la poitrine, et que Ton s’est réellement trompé eu attribuant le bruit clair à la systole ventriculaire, le bruit sourd à la diastole. Ce serait désormais commettre un impardonnable contresens physiologique , pour parler le langage de Blchat, que de faire coïncider l’impulsion et le choc du coeur contre la poitrine avec la diastole de cet organe.

4° Discussion de la quatrième théorie ou du jeu des , valvules.

Nous sommes conduit, par l’espèce de vole d’exclusion ou d’élimination que nous avons suivie , à la nécessité logique d’adopter l’explication des bruits du cœur par le jeu des valvules.^ Il nous reste à réunir ici tous les faits qui, dans l’état actuel de nos connaissances, concourent à la démonstration de la théorie dont la découverte fait, à notre avis , infiniment d’honneur à l’esprit observateur et à la fols philosophique de M. le docteur Rouauet,etpourle triomphe de laquelle nous n’avons cessé de joindre nos faibles efforts à ceux de son auteur. Nous exposerons en mêmetemps les légères modifications que nous avonsjcru devoir faire subir à cette ingénieuse théorie.

Je commencerai par convenir que les preuves directes ou expérimentales de la théorie que nous discutons, manquent presque complètement , et manqueront probablement toujours. Pour se procurer, en effet, le genre de preuve dont il s’agit, il faudrait enlever tour-à-tour les Valvules et les replacer, puis examiner si les bruits disparaîtraient après la première opération et reviendraient après la seconde. Les animaux chez lesquels on serait assez insensé ppur tenter de telles expériences, auraient cessé

, BIIUJTS DU COEUR. 1 35

de vivre long-temps- avant qu’elles eussent été achevées. A défaut de ces expériences , ou peut , il est vrai , essayer à imiter sur le cadavre le jeu du cœur, et voir quels sont les phénomènes acoustiques obtenus , selon qu’on opère sur un coeur muni de ses valvules, ou sur un cœur qui en est dépourvu. Nous avons déjà rapporté une expérience de M. Rouanet, qui paraît favorable à la théorie qui nous occupe ; mais cette expérience n’est, il est vrai, rien moins que décisive^ etM. Piorvy, dans des expériences du même ordre, qu’il a récemment pratiquées, a obtenu de tels résultats, qu’il a fini par conclure contre la théorie que nous défendons depuis bientôt trois ans. Heureusement que les expériences de ce savant laborieux et babile confrère, sont bien moins concluantes qu’il ne le pense. Avant d’en adopter le résultat, il sera très sage et très prudent d’attendre que leur auteur ait démontré que les deux ventricules se contractent l’un après l’autre, et que le bruit clair appartient au ventricule droit , le bruit sourd au gauche.

On pourrait aussi, et j’ai souvent songé à le faire, on pourrait, dis-je, charger un habile mécanicien de la construclion d’une machine, sur le plan de celle que représente le cœur, et vérifier ensuite sur cette njachine mise en jeu la théorie de M. Rouanet. Mais, en attendant, n’est-ll pas une foule de machines, telles que Ici. vl.fférentes espèces de pompes aspirantes et foulantes, employées dans les arts et dans les expériences de physique , dont le mécanisme est au fond essentiellement le même, et dont la théorie peut par conséquent éclairer la solution de notre problème. Or, n’est-ce pas au jeu de leurs soupapes qu’est du le bruit de claquement qu’elles nous font entendre lorsqu’elles fonctionnent? Pourquoi dgac ne serions-nous pas autorisé à rapporter le double bruit de claquement, le tic-tac du cœur , au double jeu de ses valvules, lesquelles, comme je l’ai déjà dit ailleurs, ne

l34 PHYSTOLOG/E DU CÜEüll.

sont, en réalité, que les soupapes de celle admirable et vivarile pompe aspii-anle cl foulyiile qui porte le nom de cœur? L’analogieest ici lellepaeut pressante, que si, d’un côté, il est néanmoins' nécessaire de fournir des preuves plus directes à Pappui de la tbébrie que nous soutenons, il est bien plus indispensable encore à ceux qui la combattent , d’exhiber les preuves positives sur lesquelles ils se fondent.

Toutefois , ce n’est pas seulement dans la physiologie expérimentale qu’il importe de puiser la démonstration de notre théorie; il n’est pas moins essentiel de demander en quelque sorte cette démonstration aux faits de la clinique ou de la physiologie pathologique. Or, je ne craindrai point d’affirmer ici que, considérée sous ce nouveau point de vue, soumise à ce nouveau genre d’épreuves, la théorie du claquement 'vali^ulaire est incomparablement plus habile à répondre à tous les faits de l’ordre pathologique que ne. l’est aucune des autres théories. En voici la preuve : 'tant 'que les valvules peuvent librement et pleinement jOuer , quelles ’ que soient les maladies du cœur, elles ne sont point accompagnées d’une profonde et radicale altération dans les bruits du cœur ; il ne s’ensuit qu’une augmentation ou une diminution plus ou moins considéx’able de ces bruits. On trouvera surabondamment dans cet ouvi'age les preuves de notre assertion. Que les âltératlbns du cœur, au contraire, soient telles que les valvules ne puissent plus jouer normalement; que, par exemple, ces altérations atteignent, comme il est si fréquent, ces soupapes organisées elles- mêmes, aussitôt vous observerez dans les bruits du cœur de constantes et profondes modifications, et ils disjxaraîtront même quelquefois entièrem.enf pour être remplacés par d’autres , tels que le bruit de soufflet, de scie, de râpe, de sifjlement , dont nous étudierons plus loin le mécanisme.

Puisque , par la plus heureuse des alliances, les inductions de J’analogie d’une part, et les faits pathologiques d’autre part, viennent à l’envi déposer en faveur de la dernière théorie que nous avons discutée , n’est-ce pas à elle que nous devons réellemeht accorder la préférence^ sur toutes les autres, et ne trouvons-nous pas eu elle cêfté solution dû problème des bruits du cœur vainement cherchée' dans toutes les autres ^

Terminons donc une discussion^ déjà trop longue peutêtre, par l’exposition précise du jeu valvulaire qui nous pâraît présider à la production du double bruit du cœur , Premier bruit. Contraction des ventriculês» to dressement brusque, instantané des >vaîoules auriculovCntritulaires qüi se choquent par leurs faces opposées. — a'o Abaissement soudain des 'valvules sygmoïdes de V aorte et de V artère pulmonaire par la colonne sanguine que la contraction 'ventriculaire lance dans ces artères , à travers les orifices ventricule- ûortique et ventriculo-pulmonaire.

Pour l’explication du premier bruit, M. Rouanet ne tient aucun compte du brusque refoulement des valvules sygmoïdes contre les parois de l’aorte et de l’artère pulmonaire. Il me semble que c’est là un élément, une condition de bruit qu’il ne faut pas entièrement négliger. Toutefois, je pense que la pi-incipale ^ sinon l’unique cause du premier bruit, consiste dans ce redressement brusque et énergique des valvules tricuspide et sur- tout bicuspide, dont j’ai précédemment indiqué le véritable mécanisme (i). ■ '

Second bruit. Dilatation des ventricules. i“ Redres-

(i) Le bruit de fioUement de la colonne sanguine qui traverse les ori* fices artériels, s’il existe réellement , se ptrà, f)ouf ainsi dire, dans lè bruit valvulaire.

i36 MîysiôlôGie nü coÉUii.

sentent des valvules sygmoïdes attirées par la tendance au vide pendant la diastole, et repoussées par la réaction de l'aorte et de l'artère pulmonaire; choc des faces opposées de ces valvules pendant leur adossement. — 2" Abaissement soudain des valvules auriculo-vent/'iculaires par suite de l’attraction qui accompagne la diastole ventriculaii'e , et aussi en raison de la systole auriculaire qui , de concert avec la dilatation ventriculaire fait péné~ trer le sang dans les ventricules à travers les orifees auriculo-ventriculaires .

M. Rouanel altribae exclusivement le second bruit au clioc de la colonne sanguine contre les valvules aortiques et pulmonaires. Je crois bien que c’est là véritablement la principale cause de ce bruit. Mais l’abaissement soudain des valvules aurlculo-ventriculaîres qui s’opère en même temps que le redressement des sigmoïdes , n’est-il absolument pour rien dans la production du second bruit? c’est ce que je n’oserais affirmer (i).

D’un autre côté, M. Rouanet n’a-t^il pas fait jouer un trop grand rôle au choc en retour ou à reculons de la colonne sanguine contre les valvules sigmoïdes? Je suis disposé à croire que le redressement et l’adossement brusque de ces soupapes organisées , tient pour le moins autant à la (orce aspirante des ventricules qui se dilatent, qu’à la contraction élastique de l’aorte et de l’artère pulmonaire (2). \

(1) S’il existe un bruit de frottement par suite du passage du sang à travers les orifices auriculo-ventriculaircs, ce bruit se perd et s’absorbe dans le claquement valvulaire.

(2) L’idée du choc en retour paraît avoir e’ie' conçue pour la première fois J comme M. Rouanet s’empresse de le de'clarer lui-même , par un homme qui joint à un rare talent d’observation , un talent plus rare encore pour la peinture des objets d’anatomie pathologique, je veux dire

BllUlTS DU COEUR. iS;

Il résulte bien clairement, ce me semble / de tout ce qui précède, que des 'quatre conditions quel’on peut con- |« eevoir comme cause du double bruit du cœur, trois d’enire elles , savoir le cboc du cœur contre la région précordiale, le glissement de cet organe contre les parois ( de son sac fibreux, et le passage du sang à travers les ca- 1 vités cardiaques, ne sauraient réellement , soit qu’on les 1 fasse intervenir chacune en particulier, soit qu’on les fasse i intervenir toutes,ensemble, rendre un compte satisfaisant

M. le docteur Carswell , actuellement profe5$eür d’anatomie pathologique ià Londres, et que l’auleur^de cet ouvrage a eu souvent, à Paris , l’occasion de voir, et d’admirer dans les amphithéâtres de la Charité. Voici dans quelles circonstances M. le professeur Carswell conçut l’idée du cho« en retour. .

En examinant, en i83r , dans le servicç de M. Louis, un malade qui portait un anévrisme de l’aorte, faisant saillie à droite du sternum , M. Carswell remarqua que le cœur ne donnait pas de choc très sensible contre le thorax, et ne faisait que faiblement entendre les bruits accoutumés. Mais à mesure qu’on s’approchait du bord droit du sternum , les deux bruits devenaient plus éclatants, et ce n’était enfin qu’en appliquant l’oreille sur la tumeur anévrismale qu’ou entendait au maximum les deux bruits. En outre, en regardant attentivement la tumeur, et mieux encore en appuyant la main sur elle, on s’apercevait d’un mouvement alternatif de cboc et de retrait.

On concevait assex bien que l’aorte se trouvant très près de la peau , le bruit ventriculaire se transmît plus facilement par son canal qu’à travers l’épaisseur des parois ventriculaires , comme cela a lieu ordinairement lorsqu’on applique l’oreille sur la région du cœur. Mais il était difficile d expliquer comment, dans l’opinion reçue, le bruit attribué aux oreillettes SC transmcllait aussi bien par la tumeur qu’à travers les parois thoraci((ues , nonobstant l’éloignement et les deux séries de valvules qui en séparaient l’observateur. Cette difficulté porta M. Carswell à penser que le second bruit pourrait bien ne devoir sa causequ’au choc en retour dusang contre les valvules sjgmoïdes , au moment où les ventricules se dilatent. L espece de retrait qu'on observait dans la tumeur paraissait même un indice de l existence de ce choc en retour. ( Voyez le mémoire de M, Marc d’Espine sur les bruits du cœur. )

1^8 PHYSIOLOGIE DU COEUR

du phénomène dont il s’agit. Mais de ce que les conditions acoùsticjUes ci dessus indiquées ne prodiiisén t poin t le tictac propre nient dit dü cœur, il ne s’ensuit pas nécessairement qu’elles ne déterminent aücune esjièce de bruit. ÏI se peüt qu’à l’état normal , comme nous l’avoris déjà noté, le bruit qui leur est propre, se perde en quelque sorte dans le bruit plus clair plus éclatant que produit le jeu dèS valvules. S’il en était ainsi , oïi comprend qu’il sùffîrâît que ces bruits, inappréciables à l’état normal , pussèht àCquérir plus de force et d’intensité pour devenir sensibles, même à l’oreille la moins exercée. Or, c’est là précisément ùe qui arrive danà un grand nombre de cas de maladies dü ccfedf, feommé bous le verrons ddns la section suivante.

Quoi qu’il en "soit, que les conditions dont nous, venons de parler soient ou non capables d’engendrer quelque bruit à l’état normal , poür distinguer de toute autre espèce de bruits ceux què nous avons analysés plus haut, nous les désignerons désormais sous le nom de bruits valvulaires du cœur.

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