‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource]Chapitre 32 sur 88 · SECONDE SECTION · texte numérisé non relu

SECONDE SECTION

FHVSIOLO&IE DÜ CŒUR A fÉTAT ANORMAI,.

Les phénomènes de l’action du cœur à l’état anormal constituant un. des objets capitaux de la pathologie du cœur, seront longuernent étudiés dans la partie du présent ouvrage spécialement consacrée à l’bisloire des maladies de cet organe. Nous devons donc, dans ces prolégomènes, nous borner à cousidérer les lésions fonctionnelles du cœur sous un point de vue généi’al, et à faire ressortir , autant que possible, les preuves que leur con-

BATTESIENTS DU CŒUR A LÉTAT ANORMAL. 1 J9 Naissance fournit à l’appui de la doctrine développée dans la précédente section.

Dans un premier article , nous nous occuperons des troubles ou des lésions que peuvent offrir les battements du cœur sous le triple rapport de leur rhylhme, de leur force et de leur étendue. Nous étudierons, dans un second article, les modifications que diverses maladies font subir aux bruits normaux du cœur, et les bruits nouveaux , en quelque sorte accidentels, que déterminent certaines de ces maladies. Cet article sera suivi de deux autres où nous analyserons les bruits des artères et' les bruits qui accompagnent l’état de grossesse.

ARTICLE PREMIER

n*s B4itemei«ts vu coeur a l’état anosual.

^ S I". Du rhylhme des battements du cœur à l’état anormal.

Nous avons vu que le nombre des battements du cœur, dans un temps donné , et l’ordre régulier suivant lequel se succédaient les différents mouvements de cet organe , constituaient ce qu’on désigne sous le nom de rhytkme des hatteinens du cœur.

' Une foule d’états morbides du cœur, soit idiopathiques , soit sympathiques, font singulièrement varier, comme chacun sait , le nombre des battements du cœur, dans un temps donné. Ainsi, par exemple, dans quelques cas de péT •ncardite et à'endocardilê , dans certaines phlegmasies febnles qui ne siègent point comme ces dernières dans les tissus du cœur, les battements de cet organe peuvent s’éle-

l4o PHYSIOLOGIE DU COEUR,

ver à i4o, iSopar minute, et dépasser même ce nombre. U est d’autres maladies, au contraire, certaines lésions de l’encéphale, par exemple, qui ralentissent les mouvements du cœur et les font tomber à 4n et même au-dessous. On connaît la mystérieuse propriété qu’a la digitale de produire un effet de ce genre. On verra, dans le cours de cet ouvrage , plusieurs exemples qui confirment tout ce qui a été dit à ce sujet. Mais, dans aucun des faits qui nous sont propres^ le pouls du cœur n’est descendu au-dessous de ad à 3o par minute; tandis que dans’ un- journal que j'ai actuellement sous les yeux , je lis que chez un individu auquel on administrait la digitale, le poula est tombé à 17 par minute. Ce qui rend le phénomène plus singulier, c’est que le pouls ne s’est ainsi ralenti qu’après la cessation de l’usage de la digitale : il est vrai que pendant son administration on- avait pratiqué deux fois par jour des saignées mùioratiçes , circonstance qui avait pu accélérer les battements du cœur (i)-

Nous aurons occasion de rapporter de nombreux cas où la difficulté qu’éprouvent les ventricules du cœur à fjaire passer le sang à travers les orifices artériels, prolonge extraordinairement la durée de la systole : c'est ce (jui nous a fait dire alors que les battements du cœur étaient en quelque sorte Jilés.

La fréquence des battements du cœur diminue la durée des deux repos de cet organe ; la lenteur de ces mêmes battements produit un effet inverse, circonstance favorable à leur étude.

L’ordre suivant lequel se succèdent Ifes battements dU cœur peut être dérangé de plus d’une manière : i** il arrive quelquefois qu’après un certain nombre de pulsations le cœur s’arrête, se ropose pendant un espace de

(x) Voyez le n“i lao de la LancelU françaisê, jeudi 9 octobre i854.

ËÀTTEMËN'ï'â t>tt cdEuli A ANOilMAt.

temps eu général égal à celui que dure uue pukationî L'C^est là ce qu’on désigne sous le nom d’iniermittertcei. ilLe nombre de ces inlermiltences dans un temps donné, le est variable. Il est digne de remarque que , en général, ! les intermittences ont lieu d’une manière régulière, c’est- -à-dire, constamment après un même nombre de batterments normaux du cœur. Toutefois cette loi est sujète àh un grand nombre d’exceptions. M. Laënnec a distingué aavec raison les intermittences en deux espèces : dans les tunes, qu’il appelle 'vraies , il y a réellement suspension I de la contraction ventriculaire; dans les autres^ qu’il i appelle fausses , cette contraction est seulement très afifai- Iblie, à tel point que le pouls artériel manque comme ( dans les .premières ; d’où il suit que l’exploration du I pouls artériel ne suffirait pas pour faire distinguer l’une de Tautre les palpitations 'vraies des palpita tions^ùu^ies. M. Laënnec a donné aux premières le nom A’’ arrêts ou I d’hésitations du cœur. ''

Il est une espèce de fausse intermittence qui ne me ] paraît pas avoir encore fixé l’attention des observateurs ;

I elle consiste' en une contraction ventriculaire qui se fait pour ainsi dire à vide. Je ne puis mieux comparer ce I qui arrive alors pour. le cœur, qu’à ce qui arrive au pied dans ce qu’on appelle un faux-pas. Cette intermittence est une sorte de faux-pas du cœur, et tient, je crois, à ce que le ventricule gauche où on l’obsei've or- • dinairement , n’ayant pu se remplir convenablement de sang pendant la diastole ( circonstance assez commune dans le cas de rétrécissement considérable de l’orifice auriculo-ventriculaire gauche), bat réellement, sinon tout-à-fait à vide, du moins sur une très petite masse de sang.

20 II est des cas où les battements du cœur se succèdent à des intervalles de durée inégale, et tantôt ces battements se font tous avec la même impulsion, tantôt,

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çpr\^raire , avec une impvi,lsion inégale. Cette irrégu- i yéri table ataxie, cette sorte de folie des i, b^ttement,s d,i;i çoeur, si i’ose m,e servir de cette expression, coïnçi,d^e. ordint^iremenl, avec des intermittences plus ou i n^çÎD.s f^’éqi^e.ut^is : rién n’est yéritablement comparable > ail désordre tumultueux , à l’éti’ange confusion qui règne ^lorsd^ns les battements ducœui-. Cet organe nous offre, dans çe cas, l’image d’une machine complètement déran- i ^éç et ^out-à~fait démontée; toutes les lois qui régissent h ses mouvements;, s^ bien réglés , comme nous l’avons vu, jü à l’état normal , sont bouleversées ; et si je ne craignais d’abuser ici du style figuré, Je dirais qu’à l’ordre établi I par les lois de la nature elle-même , a succédé le plus complet état d’anarchie , J’ajouterai que l’espèce de trouble que nous signalons est , jusqu’à un certain point, pour les fonctions du coeur, ce qu’est pour les fonctions du cerveau le délire, l’aliénation mentale; et delà l’expression métaphorique de folie dont je me suis servi plus haut.

Les irrégularités du cœur que nous venons de mentionner, et dont on ne peut se faire une juste et complète idée qu’en les observant soi-même , se partagent en deux espèces distinctes : dans la première espèce , le désordi’e est tel, que non-seulement le i-hylhme normal du cœur I est dérangé J mais que chacun des battements entiers et complets de cet organe diffère de ceux qui le suivent comme, de ceux qui l’ont précédé. Dans la seconde espèce, au contraire, les irrégularités se succèdent régulièrement, si l’on peut ainsi parler , c’est à-dire, qu’à chaque battement complet du cœur en succède un autre qui lui ressemble: en sortequ’il reste encore ici quelque trace de cette tendance à la suprême loi de l’ordre, qui éclate de toute part dans le gouvernement de l’économie vivante. Disons eufm que les deux espèces d’irrégularités peuvent

BATTEMENTS D^J COEUR A L^ÈTAT ANORMAL. l43

quelquefois se succédei’ chez un seul et même intlivi.4u, à de§ Intervalles de temps plus ou moins éloignés.

, Pans le désordre extrême des LatjLen^ents du cœur, ,i tantôt pour une seule contraction des ventricules, il y a deux et même trois mouvements de dilatation de ces mêmes parties; tantôt on observe un dérangement 0) iinverse , c’est-à-dire, que pour une seule diastole , on Acompte deux et mêçne trois efforts ou mouvements de i systole. C’est particulièi-ement aussi dans quelques-uns |£ des cas que nous examinons, que la contraction des oreilil Jettes devient des plus évidentes , et c’est bien^à eux, si j ! je ne me trompe, que doit se l’apporter ce passage de I M. Laënnec sur les contractions multipliée^ des oreilj|| lettes : « Il arrive quelquefois , quoique très ra'repient, < dans les palpitations , que chaque contraction des ven- « tricules est suivie de plusieurs contractions successives « de l’oreillette , qui , réunies , n’occupent pas plus de « temps qu’une seule contraction ordinaire. J’ai compté cc quelquefois, dans ces sortes de palpitations , deux pul- « sations des oreillettes pour une des ventricules « d’autres fois, il y en a quatre ; mais le plus souvent « le nombre de ces contractions successives et correSpon- « dant/îs à pue seule contraction des vëntricules , est de « trois. 3) ( Ouv- cit;, t. ii,pag. 47 ï-72 , a® édit.)

M. Laënneç pense que la systole des oreillettes peut anticipe?' snv celle aes ventricules ,. et l’arrêter aii milieu de son développement. Ce phénomène a lieu, selon lui , lorsque les oreillettes se contractant avec force et d’une maniéré en quelque sorte convulsive , font entendre une systole très sonore. Cet auteur ^ajoute qpe cette contraction convulsive est quelquefois double , c’est-à-dire que l’on en entend deux successives sa?is aucun intervalle. M. Laënnec croit avoir observé aussi , quoique rarement, une anticipation inverse , celle de la contraction des ventricules sur la systole des oreillettes. « Ap moiflient où

U4 f'ntsiôLôGfiï bü CftÊtrït.

l’oreille cesse d’ètre soulevée par la conl.ractîori deé « ventricules, ou sent tout-à-coup, dit-il, au lieu du « claquement de l’oreillelte, une nouvelle contraction rt des ventricules, accompagnée'd’un elioc beaucoup plus « fort, après lequel le cœur reprend son rhythine prête cèdent (i). ».

Il résulte de ce que nous avons dit sur l’inégalité qui existe quelquefois pour un seul battement ou jeu complet du cœur, entre le nombre des diastoles et celui des systoles, qu’au lieu des deux repos et des deux mouvements qui le composent, il y aura quelquefois trois et même quatre mouvements bien distincts et autant de repos. Ce genre d’irrégularité du rbytbme du cœur n’avait point jusqu’ici été sufjQfisamment étudié , depuis les beaux travaux de M. Laënnec , et ne saurait trop fixer l’attention des vrais observa teui’S. J’y reviendrai, à l’occasion des bruits anormaux du cœur; et je ferai voir, contrairement à ce que M. le docteur Hope a récemment avancé dans l’ouvrage remarquable qubl a publié sur les maladies du cœur, que les bruits pour un battement complet de cet organe peuvent être au nombre de trois et quatre, au lieu de deux.

Pour compléter l’étude des aberrations du rbytbme du cœur, il serait maintenant utile et curieux à la fois de rechereber quelles sont celles de ces aberrations qui peuvent se localiser dans telle ou telle des quatre cavités

^i) Ce que rapporte ici M. Laënnec de l’anticipation de la systole des Ventricules sur celle des oreillettes, et de l’anticipation de la systole des oreillettes sur celle des ventricules, mérite confirmation. Ce n’est pas d ailleurs l’exactitude , mais l’interprétation des phénomènes observés par M. Laënnec , que l’on peut contester. Sa théorie des bruits du cœur , base sur laquelle repose l’interprétation de ces phénomènes . manquant , comme nous l’avons vu, de solidité , on peut en dire autant de 1 interprétation qui la prenil pour appui.

i3U' floËUK A ANOfiMAti l^T»

(ionstîtüaiitésde iWgaiie, et (|ueiic3 sont celles qui ae passent constammeat et nécessairement clans ses qy.atrc cavités à la fois. Pai’ exemple , la confusion tumultueuse des battements du cœur signalée plus haut, pourrait-elle avoir uniquementlieu dans les cavités gauches de cetbrgane, les droites conservant leur rhythme normal, et réciproquement?Enadmettantla possibilité d’une semblabledishar- .monie dans les battements des deux cœui's, on est forcé d’admettre en même temps , que les bruits du cœur droit et ceux du cœur gauche sont susceptibles de perdre leur isochronisme, leur unisson, si l’on peut ainsi dire; et l’on conçoit, grâce à cette hypothèse, comment, au lieu des deux bimits norm.aux , on pourrait en entendre trois ou quatre; comment aussi, dans quelques circonstances, on pourrait entendre un tic-tac normal dans la région corl’espondante aux cavités dont les mouvements ne seraient pas dérangés , tandis qu’on entendrait des bruits plus multipliés et plus ou moins altérés dans la région coi’respoudante aux cavités dont le rhythme serait devenu irrégulier. Mais n’insistons pas plus long-temps sur un tel sujet , nous souvenant toujours que l’on doit , avant de s’engager dans les détours obscurs des explications, être armé de ce fil d’Ariane que les faits seuls peuvent fournir.

Si l’on nous demande maintenant quelles sont les conditions morbides sous l’influence desquelles apparaissent les différentes aberrations du rhythme des battements du cœur, nous répondrons , sans eutrer dans des détails qui seraient déplacés ici, que tantôt elles sont purement dynamiques, nerveuses , 'vitales, et que tantôt, au contraire, elles coïncident avec de graves lésions organiques sou aiguës, soit chroniques, dont la description fidèle se trouvera dans différents endroits de ce traité. (Vov péricardite, endocardite^ induration des valvules, etc.)

î4() ?ÎTYr,IÜL()Gîr. ]DU COTlUr,.

Les (l(!Sor(h’Cs <jiie la cireuialion clu san£j à Iravers le rœm- éprouve inévilcablenient: par suilecle ceux qui exislentclans^es inouvemcnls de syslole et. de diastole, sont lacües cà comprendre y et nous dépasserions les limites que comportent ces prolégomènes , en ne nous bornant pas simplement à les signaler ifti.

§11. De la force et de l’étendue des battements du cœur k l’étal anormal.

De l’ébranlement vibratoire (frémissement cataire ) qui les accompa-

j^ne quelquefois.

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