‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource]Chapitre 40 sur 88 · Théorie des bruits artériels à l’ état anormal · texte numérisé non relu

Théorie des bruits artériels à l’ état anormal

,11 s’agit maintenant de recliercher quelles sont les causes directes ou prochaines du bruit de soufflet des artères, soit intermittent, soit continu.

Commençons par la théorie du bruit de soufflet intermittent. Ce que nous avons dit en parlant dub«’uit.de soufflet du cœur trouve ici son application. Il nous paraît incontestable que c’està l’augmentation du frottement nor-

( i) Nous rapporterons plus bas un cas debruit de diable chez une femme qui succomba à un polype utérin avec mélrorrbagie. Le sang que 1 on trouva, en très petite quantité, dan, s le cœur et dans l’aorte, était ténu , aqueu^ et très pauvre en fibrine çt en matière colorante. Tel était aussi l’état du sang chez une femme morte dans le service de M. le docteur Dalmas, à la Charité , et dont l’artère carotide avait présenté le bruit de diable,

A une époque où je ne connaissais pas encore les principales conditions du bruit de diable, je fis pratiquer chez quelques sujets des saignées qui ne le suspendirent point. Comme la saignée me paraît aujourd hui formellement contre-indiquée, je n’ai pas eu, depuis long-temps 1 occasion de m’assurer par ma propre expérience, de l’influence des saignées sur ce phénomène ; mais la plupart des malades qui nous étaient adressées ayant été saignées pour la prétendue ajjcction organique du cœur dont on les-croyait atteintes , nous avons pu nous assurer que, si celte pratique n augmentait pas le bruit de diable, au moins ne le faisait-elle pas disparaître.

I mal qu’exerce la colonne de sang contre les parois artérielles, qn’il faut essentiellement attribuer le bruit de soufflet in- I lermittent des artèi’es. Mais, de même que pour, le Irolteimentà rintérieurducœur, les conditionsquipeuveut aug- 1 menter le frottement normal qui s’exerce à l’intérieur des . artères, sont multiples : telles sont particulièrement, lo la I compression des artères, soit avec le cylindre dont on se •sert pour les ausculter, soit par une tumeur développée I dans leur trajet ; 2° un rétrécissement par lésion organU I que ou par toute autre cause ; 3" la rugosité , l’inégalité de la surface interne des artères , circonstance qui se rencontre spécialement dans les cas de dégénérescence crétacée de ces vaisseaux ; 4® ^3. violence des battements du ventricule gauche, soit seule, soit sur-tout combinée à quelqu’une des causes précitées ; 5* le passage du sang à travers une ouverture accidentelle d’une artère et son mélange avec le sang veineux, comme il arrive dans Vanévrisme variqueux ; 6« enfin, selon M. le docteur Corrigan , la flaccidité des parois artérielles.

Nous allons consacrer quelques ligues à la discussion, de cette dernière cause de bruit de soufflet, etàil’examen de quelques idées qu’un observateur distingué > M. le docteur Aristide Guyot, de la Guerche, a développées à ce sujet, dans sa remarquable dissertation inaugurale sur V insuffzsance des valvules sigmoïdes aortiques .

Parmi les phénomènes assignés par M. le, professeur Corrigan à la maladie prétendue.nowxlle,c{ui\a.àécv\\.e sous le nom à’ ouverture permanente de Vorifice de l’aorte, produite par Vinsu^sance des valvules aortiques , figure en première ligne un brait de soujfflet dans l'aorte ascendante , les caj'otides et les sous-clavières. Voici comment M. Corrigan explique ce phénomène : quand d’insuffisantes valvules laissent une portion de sang l’entrer dans le cœur , après chaque contraction ventriculaire , alors, dit cet auteur, l’aorte et les Uouçs qui en dérivent,

BllUITS ANORMAUX DES ARTERES.

deviennent flasques en partie, et le saug, en se mouvant, y fait naître une vibration et un bruit de soujflet syn- ii clij'onique avec la diastole artérielle. ;

Nous avons rapporté précédemment l’expérience sur , laquelle se fonde M. Corrigan pour admettre que le bruit i de soufflet est le résultat de la flaccidité des artères, et nous avons vu qu’elle est en contradiction avec les expériences de tous les autres observateurs , et particulièrement ave« celle qui consiste à produire à volonté le bruit i de soufflet artériel, en comprimant une artère. Ce n’est i pas assurément traiter trop sévèrement l’expérience de l M. Corrigan que de la considérer comme non avenue. D’où I il suit que la théorie de notre savant confrère d’outre-mer, par cela même qu’elle repose uniquement sur cette ex- | périence , ne repose réellement sur rien. Tout porte à croire, d’ailleurs, que dans les cas cités par M. Corrigan, le bruit dé soufflet s’opérait sous l’influence de quelqu’une des conditions que nous avons indiquées plus | haut.

M. le docteur Guyot , de la Guercbe, partisan de la i doctrine de M. Corrigan, n’a pas réfléchi qu’il lui portait j un coup fatal en établissant que le bruit de soufflet de i l’aorte, des carotides et des sous-clavières, dans Vinsuffi- | sance des valvules aortiques, était non pas synchronique n avec la diastole de ces vaisseaux , comme M. Corrigan le i pose eü fait, mais isoch?vne , au contraire, à la diastole i ventriculaire, et partant à la systole artérielle. Quelle que H soit la cause de ce tte écla tante con tradic tion entre MM . Cor- i rlgan et Guyot, dans une question de fait, si facile a véri- i fier, voyons l’explication que le médecin français a substl- i tuée à celle du médecin anglais. Il lui semble que la ; cause 'efficiente lapins rationnelle du bruit de soufflet est le frottement qu exerce le sang, dans sa voie rétrogradé, | contre les bords des valvules sigmoïdes plus ou moins < altérées, contre les parois de V aorte ascendante, ainsi que f

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contre celles des grosses branches qui naissent de sa crosse. Ainsi , la théorie de M. le docteur Guyot , sous le rapport du mécanisme de la production drt. bruit de soufflet dans le cas qui uous occupe , rentre dans la théorie générale du frottement que nous professons depuis long-temps. Nous ferons cependant remarquer ici que ce n’est pas seulement pendant la systole artérielle qu’on entend le bruit de soufflet dans l’espèce de cas dont il s’agit, mais aussi et principalement pendant la diastole artérielle, c’est-à-dire au moment de la éontraction ventriculaire.

Au mois de mai i834j nous avions dans le service de la Clinique, un malade qui présentait, à un très haut degré , le triple signe caractéristique de la maladie prétendue nouvelle décrite par M. Corrigan. Ayant connaissance des recherches de notre honorable confrère M. le docteur Rayer, et de M. Guyot , interne attaché à son service, sur le sujet qui nous occupe, je les fis prier de visiter ce malade , et ils reconnui’eut chez lui la maladie dite de M. Corrigan. Or, voici ce que plus de cent personnes ont constaté avec moi chez notre malade : double bruit de râpe ou de scie, plutôt que véritable bruit de soufflet, dans la région des cavités gauches du cœur principalement ; gros bruit de soufflet dans les artères carotides, sous-clavières et axillaires, accompagnant la systole j ventriculaire eo-c/uiiVement , et coexistant avec un fré- ! missement vibratoire des plus prononcés que j’aie jamais ! rencontrés ; les pulsations des artères indiquées sont i tellement fortes qu’elles soulèvent très 'visiblement les I parties qui les recouvrent. Il y a bien chez ce malade ‘ une des valvules sigmoïdes de l’aorte; mais ■ ce n’est là qu’une des circonstances , qu’un des caractères anatomiques de l’induration de ces valvules, laquelle est , d’ailleurs , accompagnée d’une énorme hypectro-

phie (lu ventricule gauche , et très probablement d’un état crétacé et cartilagineux de l’aorte et des grosses artères qui eu naissent. Quoi qu’il en soit, chez ce malade, considéré par MM. Rayer et Guyot comme atteint delà maladie dite de M. Gorrigan , le bruit de soufflet est exactement soumis, dans sa production ou son mécanisme, aux lois que nous avons longuement exposées dans ces prolégomènes.

M. Laënnec a soutenu ^ à l’occasion du bruit de soufflet, intermittent des artères, le système anti-physique dont nous avons parlé, en traitant du bruit de soufflet du cœur, et il l’a défendu avec un dévouement tout paternel, avec une opiniâtreté vraiment inébranlable.

Mais comme M. Laennec a fait l’application de ce même système au bruit de soufflet continu àes artères, nous ne l’examinerons qu’après avoir présenté quelques considérations sur le mécanisme de cette seconde espèce de bruits anormaux des artères.

La détermination précise des conditions sous l’influence desquelles s’opèrent les diflerentes nuances du bruit de soufflet continu , constitue un des problèmes les plus curieux à la fois et les plus difficiles de l’acowjti^ue vivante. Il Serait bien à désirer que quelqu’un de nos Savart s’appliquât à la solution d’une question qui n’est assurément pas indigne de toute l’allention des plus habiles physiciens. En attendant cet heureux moment , qu’il nous soit permis de revenir sur les circonstances les plus saillantes et si l’on X)eut ainsi dire, les plus grossières, qui concourent à la production des phénomènes précités.

Comme condition première, nous retrouvons ici le frottement qui s’exerce à la surlace interne des artères pendant lesmouvementsqui les animent et les agitent. Mais quelles sont ensuite les autres conditions sans le concours desquelles celle-ci resterait impuissanle?Si l’on se rappellebien j l’étai des individus chez lesquels nous avons rencontré les |

différentes nuances du phénomène dont nous recherchons les causes, il est impossible de ne pas reconnaître au premier rang de ces dernières , les notables modifications survenues dans la tension , le volume des artères , dans l’épaisseur de leurs parois, ainsi que dans les qualités du sang qui parcourt leur cavité. Les traités de physique nous apprennent jusqu’à quel point dans des cordes inertes vibrantes

ou dans divers instruments sonores, de telles modifications

font varier les sons. Dans les cas que nous examinons, les artères représentent réellement des espèces de canaux élastiques mis en vibration parle sang qui s’y meut sous la double puissance de la contraction ventriculaire et de la systole artérielle elle-même. Lorsque toutes ces conditions se trouvent à l’état normal , de Içür concours résulte ce bruit sourd , obscur , que nous ayons in diqné précédemment. Mais que les artères , c’est-à-dire l’instrument vibrant, soient plus minces ou plus épaisses, plus tendues ou plus flasques, que leur canal soit plus grand ou plus petit qu’à l’état normal, que le sang, sorte à’ archet , qui , par son frottement, fait fibrer les artères , soit plus ou moins épais, en quantité plus ou moins grande, n’est-il pas évident que, dans ce cas, les puissances motrices restant les mêmes ou bien variant d’intensité, le bruit normal des artères devra nécessairement être modifié ? Ce ne sont là, j'en conviens, que des données fort générales, et qui ne pourront acquérir plus de précision que par le secours de nouvelles et nombreuses expériences.

Outre ces conditions qui sont à peu près les mêmes pour toutes les artères , il en est de particulières à telle ou telle artère. Ainsi , par exemple , d’où vient que le bruij de diable est infiniment plus commun dans les artères carotides et sous-clavières, que dans toutesles autres? Est-ce en raison combinée de leur voisinage du cœur dont elles reçoivent l’impulsion dans toute son intensité, et de lapré-

sence Je certaines parties qui, comme la trachée artère et le laiynï , représenteraient ces caisses de quelques instruments de musique , destinées à en renforcer les sons? Dans ce jouet appelé diable, au ronflement duquel nous avons comparé celui des artères, et dans quelques autres où l’on produit des ronflements analogues, n’existe-t-il pas, par exemple , des caisses propres à augmenter la force du bruit? Telle est, au reste , l’influence du contact du lai*ynx et de la trachée artère sur la production du bruit de diable dans les carotides, que, comme nous l’avons dit, il suffit souvent d’éloigner cette sorte de caisse de renforcement, pour diminuer ou même faire disparaître le bruit de diable. 11 y a plus : c’est que l’air a besoin de pouvoir se mouvoir librement dans le larynx ou la trachée artère , pour que le ronflement des artères carotides s’opère, puisque, chez la plupart des sujets, on suspend, comme par enchantement, ce phénomène, en faisantfaire un eflbrt au sujet chez lequel on l’observe. Peut-être aussi que la compression légère exercée sur les artères carotides par les muscles des parties latérales du cou pendant la durée de l’effort, n’est pas tout-à-falt étrangère à la brusque cessation du bruit de diable.

Pourquoi le sifflement musical ou modulé existe-t-il souvent dans les artères d’un côté du corps et non dans celles du côté opposé? Pourquoi dlsparaît-il et revient-il tour-à-tour dans un très court espace de temps, etc., etc.? je l’ignore. Les conditions physiques, non moins que les conditions vitales elles-mêmes, sont tellement variables dans la machine humaine, que tout inexplicables qu’ils soient à notre ignorance actuelle, ces phénomènes n’ont pas Heu de nous surprendre.

En dernière analyse, on peut assigner dès aujourd’hui aubrult de soufflet continu et musical des artères, des causes physiques très multipliées; mais il est difficile, dans l’état actuel de la science, de déterminer précisément

BRUITS ANORMAUX DES ARTÈRES. iSSg

la valeur de chacune de celles que nous avons pu saisir. De plus, nous le répétons, il en existe vraisemblablement qu’il ne nous a pas été donné de pénétrer , et dont nous abandonnons la recherche à des observateurs plus habiles et plus versés que nous ne le sommes dans les diverses matières qui sont du ressort spécial de V acoustique.

Comme s’il eût été déconcerté par les nombreuses difficultés dont se trouve environnée la solution physique du problème qui vient de nous occuper, M. Laënnec a trouvé plus commode , sinon plus clair’ et plus philosophique, de décliner la compétence des lois de la physique dans une question de ce genre. Ayant fait, en un mot, de vains efforts pour dénouer cette sorte de noeud gordien, comme un autre Alexandi'e il l’a coupé. En vingt endroits de son ouvrage , on le voit répéter la même profession de foi : là, il dit que les diverses espèces de bruits de soufflet des artères sont dus à un état vital particulier des artères ( t. II, p. 429) ; ici , qu’ils sont dus à un spasme des altères (p. 44* "443); ailleurs, qu’ils dépendent d'une simple modification de V innervation , d’une anomalie de Vin flux nerveux (p. '^63). M. Laënnec, en un mot, paraît s’être appliqué à varier, autant que la langue du vitalisme le lui a permis, les expressions propres à démontrer (si les mots seuls pouvaient démontrer quelque chose) que de tels phénomènes n’étaient point sous l’empire des causes physiques.

Une chose qu’on aura peine à croire , c’est .que M. Laënnec, après avoir rapporté ses expériences précédemment citées, sur les tuyaux de pompe à incendie , et avoir positivement dit que le cours de l’eau dans les points de ces tuyaux que l’on soumettait à une compression intermittente, était accompagné d’un bruit de soufflet, conclut en déclarant que le bruit de soufflet des artères, qu’on produit également à volonté par W pression intermittente,

est ENTIÈREMENT DU A UNE ALTÉRATION DES ACTIONS VITALES.

Quoi ! il n'y aurait rien de physique dans un hrüit de souffle produit ainsi qu’il vient d’être dit ! Quoi î ce serait à un injlux nerveux , à une altération des actions xitales , qu’il faudrait attribuer le bruit de soufflet qü’on produit en comprimant une artère ! Autant vaudrait affirmer que c’est également à une altération des actions vitales, à Une anomalie de l’influx nerveux , qu’il faut rapporter le bruit de soufflet auquel on donne lieu en comprimant des tuyaux inertes à travers lesquels on fait couler un liquide; car dans les deux cas le phénomène s’opère absolument de la même manière.

Mais c’en est assez, et trop, je le crains , sur un article que nous avions déjà été forcé de discuf.èr à l’occàsîon des bruits anormaux du cœur. CessOûs, dans Fintétêt même des lois vitales proprement dites, de les invoquer là où elles nè soüt pas applicables, et n’allons pas, par un système de vitalisme mal entendu, ravir à là saine médecine l’un de ses plus beaux privilèges, celui de levèr, pour ainsi dire , unè ample contribution de lumières sur les sciences physiques, et de s’enrichir de leurs conquêtes. Sans doute, il faut procéder avec sagesse, aux applications des connaissances physiques aux phénomènes de l’écoùomie vivante; sans doute aussi, il est des phénomènes de cette économie vivante, qui, tout physiques qu’ils sont , n^ sauraient encore être pleinement expliqués par les lois ou les principes de la physique actuelle. Mais qu’est ce à «üre, sinon que cette science elle-même, particulièrement dans son application aux phénomènes physiques des corps vivants , est encore bien loin d’avoir atteint son dernier degré de perfection?

Il ne nous reste plus, pour terminer ce sujet, qu’à rapporter les cas de bruit de diable, de ronflement et de chant des artères , que nous avons promis.

BRUITS AWORMAUX DES ÀRTÈuES.

30 Observations de bruits musicaux des artères.

Parmi les observations que je vais rapporter, trois ont été recueillies sur des sujets du sexe masculin, et c’est par elles que je commencerai. Les divei's sifflements modulés des artères sont, au reste , beaucoup moins communs chez les hommes que chez les femmes.

Première observation. Un jeune homme de 16 à 17 ans, pâle, jaune, chétif, était entré à la Clinique (n« i5 , salle Saint-Jean-de-Dieu ) , pour des coliques nerveuses, accompagnées de crampes. Chez lui , les artères carotides et les sous-clavières nous présentèrent le rudiment du bruit de diable. Si l’on exerçait sur elles une compression graduée, pas* trop forte cependant , le bruit montait, parcourait une sorte àe gamme y et se transformait en une espèce de grondement très fort.

Deuxième et troisième observations. Un jeune tomme, pâle, d’une constitution nervéüse , trun , fut admis dans le service de la Clinique ( n» 12 , sallé Saint- Jéârlde-Dieu) pour un rhumatisme articulaire aigu dès piüs violents, qui ne céda qu’à des saignées répétées. L’ëtjl; anémique et presque chlorotique avait été hécessairèmèrit rendu plus évident encore par l’effet dei émissions sanguines. il me vint â l’idée , pendant la convalescèribé , d’examiner si , comme j’étais porté a le croire, lès arlèrè'^ ne donneraient pas le bruit de diable. Dr, jé constatai à diverses reprises, ainsi que j^lusieurs dès asMstknts , un bruit de diable dans les deux carotides et sur-tout dans la droite. Ce bruit imitait celui d’un soufflet à double courant, mais était plus ron^amf. Dans l’artère crurale, on entendait un léger murmure qui semblait sur-ajoulé au bruit ordinaire. Les bruits du cœur étaient clairs , mais sans souffle. Le pouls n’oflrail pas de fréquence

BRUITS ANORMÂUX DES ARTERES.

notable; il était Jlasque , comme si l’artère n’eût été qu’incomplètement pleine de san^.

Il existe actuellement (26 octobre i834), au no i5 de la salle Saint-Jean-de-Dieu, un jeune bomm^e assez fortement constitué , mais habituellement pale, chez lequel on entend dans la carotide droite, un assez beau bruit de diable, presque roucoulant, s’arrêtant brusquement si le malade fait un eifort. Comme ce jeune homme a été plusieurs fois saigné pour une pneumonie, il est probable que ce cas rentre dans la même catégorie que le précédent (i).

Quatrième observation. Une jeune femme, d’une constitution un peu lymphatique, fut reçue h la Clinique, (no 1 1 , salle Sainte-Madeleine) , pour tine violente péripneumonie. Elle était à peine convalescente , qu’elle fut prise d’une péritonite, qui se prolongea pendant plusieurs semaines. Nous eûmes le bonheur de guérir ces deux graves maladies, mais ce ne fut pas sans de fortes et nombreuses saignées , secondées par une diète absolue d’abord, puis un régime très sévère. La malade étant ainsi tombée dans une sorte d’état d’anémie et de chlorose, nous fûmes curieux d’ausculter ses artères. Les carotides et les sous-clavièi’es battaient largement dans l’espace sus-claviculaire amaigri , ce qui contrastait avec la faiblesse des battements du cœur et la petitesse du pouls radial. Nous entendîmes un très beau bruit de diable dans les artères carotide et sous-clavière iu côté droit. En palpant légèrement ces artères , on sentait un fré-

J’ai répélC' celle expérience chez d’autres sujets places dans des circonstances semblables, et j’en ai obtenu le même résultat. Je n’ai pas, sans doute, entendu le bruit, de diable chez tous les sujets qui ont été copieusement saignes, mais d’aprè.s les faits que j’ai observés , je suis porte à croire (ju’il manque rarement chez ceux f|ui, avant les saignées, avaient la constitution qm firc^Jisposo a ce bruit.

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missement vibratoire ou cataire , comme si on eût touché une lame de verre en vibration. Il semblait que ces artères ne fussent pas assez pleines et que les molécules du î sang se choquassent dans leur intérieur. Il n’existait pas > de souffle notable au cœur.

Cinquième observation. Une jeune fille, non réglée (depuis quelques mois, légèrement chlorotique, d’une ] moyenne maigreur , sujette à des palpitations , à des imaux de cœur, etc., fut couchée au u» 12 de la salle ‘Sainte-Madeleine, n’offrant alors qu’un bruit de diable 1 médiocre dans les carotides, Plus tard (le 6 janvier i834), j je constatai l’existence du bruit de diable dans l’artère ' crurale gauche; dans l’artère crurale droite existait un ! sifflement musical qui se rapprochait du roucoulement, imais ayant un timbre si désagréable, que M. Jules Pel- ] letan le compara au coassement de la grenouille. — Le lendemain ( 7 janvier ) j’entendis dans la carotide droite 1 un bruit qui me parut imiter une espèce de bruit de : grelot.

Sixième observation. Une jeune fille d’environ 20 ans, ] blonde, lymphatique, d’un embonpoint assez considé- : rable, mais ayant les chairs molles et flasques, fut amenée à la Clinique pour y être traitée d’un très violent rhu- ■ matisme articulaire aigu ( n» 3, salle sainte-Madeleine ). La maladie ne céda qu’avec une certaine lenteur à l’emploi des émissions sanguines.

Pendant la convalescence , nous fûmes curieux de constater si l’anémie accidentelle de cette jeune femme : serait, comme l’état chlorotique et anémique proprement dit, accompagnée du bruit de diable. Nous le rencontrâmes, eu effet, d’une manière très marquée, dans la carotide gauche (i).

fi) Ce fait a e'ie consigné dans la dissertation inaugurale de M. Édoujt, de Limoges , sur la cWprose. ( Paris , août i83/j.)

2^4 BliuiTS ANORMAUX DES ATRfeRES.

CoŒnme cette malade était naturellement un peu pâlé et disposée réellement à Telat chlorotique , je regretté de n’avoir pas constaté chez elle quels étaient les battements artériels avant les saignées.

Septième observation. Une jeune fille de 2 1 ans , très nerveuse, très impressionahte , comme elle ledit, mal réglée , sur-tout depuis deux mois, sujette à des épistaxis, à des palpitations, à des maux de tête, etc., ayant le teint ctlorotique , fut reçue à. la Clinique, le 19 juillet 1884.

Pouls assez fort et plein, à 92; battements dü coeur assez forts pour soulever roreille pendant l’auscultation avec le cylindre, accompagnés de bruits un peu clairs. On entend dans les carotides et sur-tout dans la droite, un léger bruit de diable ( sous-carb. de fer ; infus. d’éîtrait de quinq. ).

28 et ^o. Renflement de diable très tort, se transformant en roucoulement sous une légère prèssion , I mêlé par intervalles d’une sorte de chant un peu aigre, H comparable au bourdonnement de certains insectes ; celui de la mouche, par exemple.

Huitième observation. Une femme pâle , aflectéé dë leucorrhée , ofi’rant le premier degré de la chlorose, fut couchée au n» i®'^de la salle sainte-Madeleine. Chez elle , . on entendait un bruit de diable dans la carotide gauche ainsi que dans l’artère crurale gauche ; dans celle-ci lé bruit est accompagné d’un sifflettiènt en quelque sorléi modulé, analogue au roucoulement de la tourterelle. Unei autre fois, lè même chant, ou, si l’on veut, le même air,ji se fit entendre dans l’artèré crurale droite. Le bruit dè diable persistait dans la carotide gauche. La carolidèl droite ne nous l’offrit jamais. j

Neuvième et dixième observations. Le 2 4 novembre,!' j’examinai au bureau central , une jeune chlorotique de I ; 18 an.s, ayant un embonpoint assez prononcé. .Te trouvai i un très fort bruit de diable dans la carotide gauche.

BRUITS ANOUMAUX DES ARTÈRES a35

Le lendpmaia, 25 novembre, une jeune cMorotique de 1 6 ans, assez grasse, non réglée, m’offrit un bruit de diatle avec roucoulement ou sifflement musical, occupant la carotide gaucbe.

Onzième observation. Dans le courant de l’année i834 ,

1 on m’amena une jeune fille de 9 ans 1/2, grande pour ‘son âge, maigre, ayant les yeux îtattus , ie teint d’iin. j jaune verdâtre, sujétté depuis un an â des palpitations, qu’on avait prises pour un indice de lésion organique du cœur (1). Je reconnus â la prémièrè vue un état cblb- 1 rotique qui me parut lié à de mauvaises habitudes. Je saisis avec empressement l’occasion de vérifier si le iniit ( de diable existerait chez une chlorotique d’un âge aussi I tendre. Je constatai ce bruit, à un haut degré , dans fa (cairotide gauche. Il existait un bruit de soufflet iien I marqué dans la région du cœur , sans qu’on pût , d’alL leurs , soupçonner la moindre tracé| d’un rétrécissement organique des orifices.

Douzième observation. Une femme de 44 avait été admise à la Clinique (n« , salle sainte-Madeleine),

:pour une leucorrhée très ancienne (il existait un polype' dans l’utérusy ; elle était' alors parvenue à un degré dè marasme fort avancé et présentait un aspect chlorotique ou anémique. Les veines sous-cutanées paraissaient contenir un sang peu coloré et ténu ; elle éprouvait des battements de cœur et des étouflements au moindre exercice; mouvements du cœur faibles, sans choc bien appréciable contre la poitrine; léger bruit de souffle accompagnant le premier bruit du cœur. Les battements

(0 Rien n’est plus commun que de voir ainsi confondre l’état chlorotifjue, anémique, nerveux, avec une lésion organique du cœur et agi> en conscqueiicc. C’est là une grave erreur, puisque le traitement de l’un est diamétralement opposé, presque sous tous les rapports, à celui' de l’autre.

des artères carotides sont très visibles, ce qui lient moins à leur force qu’au peu d’épaisseur de la peau qui les recouvre. Sur le trajet de l’artère carotide gauche , on entend un bruit de diable très distinct, qui n’exisle point dans la carotide droite ; il disparaît par intervalles, et à sa place on entend alors le bruit de souffle intermittent ou bien une sorte de bruit de flot un peu clair. Lorsque le bruit de diable a lieu, si la malade fait un effort et suspend ainsi sa respiration , il dispai’aît tout-à-coup et laisse à sa place le bruit de souffle intermittent. Les battements de l’aorte ne sont point accompagnés du bruit de diable ou de soufflet. Dans l’artère crurale gauche existe un souffle continu, analogue au brait de diable de la carotide du même côté. Dans l’artère crurale droite, on n’entend qu’un bruit de souffle intermittent qui se renforce considérablement sous une compression modérée.

Vers les derniers jours de février i834 j il survint une métrorrhagie foudroyante : le sang recueilli dans un vase ne fournit que des caillots peu abondants, mous et peu colorés. Cependant, la pâleur devient cadavérique, le pouls misérable ; les battements du cœur s’affaiblissent à tel point, que l’on ne distingue plus le second bruit qui les accompagne normalement , et la malade succombe, ayant conservé jusqu’au dernier moment toute sa connaissance (i).

A l’ouverture du cadavre, qu’on peut lire en détail dans la note ci-dessous, nous ne rencontrâmes aucune

(i) Pour ne pas tourmenter cette mallieurcuse à l’agonie, je n’auscultai point les artères. Il est probable que le bruit de diable , loin d’avoir cesse', était encore plus prononcd , vu le rapport qui existe entre lui et les pertes de sang. Je tiens de M. le professeur Andral , que le bruit de diable qn il | avait constate chez une femme andmique par suite d une affection cliro- !■ nique de l’utcrus, augmentait a cbçtq'’e he'morrbagie qu’elle éprouvait, .-vi' des intervalles assez rapproebds.

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lésion organique ou de structure interne dans les artères qui naissent de l’aorte ; celle-ci ne contenait presque point de sang , et le peu qu’elle en contenait ressemblait à de l’eau à peine rougie (i).

(i) La peau est décolorée; les organes intérieurs sont également pâles et comme exsangsuës. Il existe cependant une assez grande quantité de graisse dans le tissu cellulaire sous-cutané et dans l’épiploon.

Le cœur est d’un grand tiers plus gros que le poing du sujet. Ses cavités droites sont seules à nu ; les gauches sont recouvertes par la partie inférieure du poumon gauche. Le péricarde est sain et ne conlient pas de sérosité.. Le cœur est recouvert de graisse : il pèse 4^5 grammes , après avoir été lavé et vidé du sang qu’il contenait ( ce sang était coagulé en partie et en partie liquide : les caillots étaient mous , d'un rouge très faible, et comme lavés ).

Le volume du cœur tient sur-tout au ventricule gauche, quia une forme arrondie et s’élève un demi-pouce au-dessus de l’autre.La circonférence du cœur a g pouces 5 lignes; le diamètre vertical du cœur est de 4 pouces 3 lignes Le ventricule droit, ayant un peu plus de capacité qu’à l’état normal, a 3 lignes d’épaisseur à la partie moyenne de ses parois. L’orifice de l'artère pulmonaire a 3 pouces i ligne de circonférence. Les valvules semilunaires sont bien conformées , minces , et paraissent être un peu plus grandes que normalement; l’orifice auriculo-ventriculaire droit est également un peu plus large qu’à l’état normal : il a 4 pouces a lignes. La valvule iricuspide , un peu plus ample qu’à l’état normal , ne présente point d’épaississement. L’oreillette droite est dilatée et pâle; ses colonnes charnues sont plus développées qu’à l’état normal.

Lorsqu’on verse de l’eau dans l’aorte, les valvules aortiques. s’abaissent et bouchent complètement l’orifice ventriculo-aorlique. Le ventricule gauche a sa cavité moitié moindre que celle du droit : il ne peut guèrcVcontenir que le doigt indicateur. L’épaisseur de ses parois, assez uniforme de la base jusqu’à la pointe , a lo à ii lignes. Les colonnes qui s’insèrent à la valvule bicuspide sont très développées. Les valvules aortiques sont épaissies et présentent quelques lames cartilagineuses à leur base. Des taches jaunâtres très multipliées parsèment lejcommencement de l’aorte. La circonférence de l’orifice aortique a 2 pouces 8 lignes. L’oreillette gauche a environ le tiers de moins de capacité que la droite ; et elle communique librement avec le ventricule correspondant. La valvule bicuspide a ses deux lames très développées , un peu hypertrophiées ; elle peut fermer hermétiquement l’orifice auquel elle est adaptée ; le bord adhérent de cette valvule présente

?38 BnUlTS AKORMAUJf DES ARTERES.

Lçs cinq observations suivantes sont e:^traites 4^ Tou- t| vrage de M. ^aënnec. Dans les quatre premières, le qbant |, artét*ml a été nçté.

Treizième observation. Chant açsez monotone, mais |i fort distinct , et s,e passant dans l’artère carotide droite, ! chez une dame nerveuse et phthisique : il roule sur trois i

quelques le'gères taches jaunes , analogues à celles de l’aorte. La circonfé- 1 rence de l’orifice auriculo-ventriculaire gauche a 4 pouces a lignes. L’intérieur de la cavité ventriculaire gauche est pâle. Les parois de l’oreillette gauche sont un peu plus épaisses qu’à l’état normal ; sa membrane interne se sépare facilement en deux lames , dont l’une est accidentelle. L’aorte pectorale et abdominale est dans l’état normal ainsi que les artères qui en naissent. Elle ne contient presque point de sang, et ce qu’elle en contient ressemble à de l’eau à peine rougie.

L’utérus, un peu plus volumineux qu’à l’état normal , contient on polype qui s’insère an fond de l’organe au moyen d’un pédicule du volume (Eune grosse plume d’autruche. Il est pyriforme , sa surfece est bosselée par des excroissances polypeuses parasites. De semblables excroissances eâslent dans les différents points de la matrice. La base du polype estlibre d'adhérence, flottante et touche le col de l’utérus qui est entr’ouvert. Le gros polype présente quelques stries rouges qui paraissent être formées par de la fibrine concrète (il existait un caillot de sang dans la cavité de l’utérus). La substance do polype est d’un gris blanchâtre , analogue à la couleur du pancréas. Sa consistance esf très grande et l’inslr ornent ne le divise qu’en criant. Le tissu du polype ne paraît pas contenir de vaisseaux sanguins, et en le déchirant on ne fait sortir aucune goutte de sang.

Membrane muqueuse gastrique d’une pâleur générale, mamelonnée. Pâleur semblable de le muqueuse des intestins grêles ; teinte ardoisée de celle do gros intestin.

Les poumons sont pâles.

BRUITS ATS'ORMÀUX DBS 4RTERBS 2^9

moles formant à peu près uu inlervaUe 4’uue tierce majeure (i). '

Le son était faible et comme éloigné , un peu aigre et fort analogue à celui d’une guimbarde. Le passage d’une note à une autre était évidemment déterminé par la diastole artérielle, qui, dans les tenues mêmes , rendait parfaitement la légère saccade que les musiciens expriment par un coulé-pointé .

Le son était lié à un léger frémissement de l’artère, qui , dans ses 4iastoles, semblait venir frotter en vibrant l’extrémité du ^étlioscope. De|tempsen .temps, d’ailleurs, la mélodie cessait tout-à-coup et faisait place à un bruit •de râpe très fort. «Cette alternative, dit M. Laënnec, w faisait un effet dont je ne puis donner l’idée, au risque » d’employer une comparaison bizarre, qu’en le com- » parant à une marche militaire , dans laquelle les sons » des instruments guerriers sont de tenaps en temps, in- » lerrompus par le bruit rauque du tambour. »

Au bout de quelques minutes, il n’existait plus dans la carotide di’oite qu’un bruit de soufflet , médiocre quant à l’intensité, mais extrêmement diffus et presque continu. La carotide et la sous-clavière gauches étaient dans l’état naturel ainsi que le cœur. Le pouls donnait 84 pulsations par minute.

(i) Ajoutons avec M. Laënnec pour le lecteur musicien , que la note la plus aiguë e'tait fausse et un peu trop basse , mais pas assez pour pouvoir ^tre marquée cTun bémol', que, sous le rapport de la valeur oa durée, ces notes étaient assez égales entre elles ; la tonique seule était de temps en temps prolongée, et formait une tenue dont la valeur variait.

24o bruits anormaux des artères.

Quatorzième et quinzième observations. Chaut reucoutré chez deux sujets dont les carotides sifflaient sur deux notes à un intervalle d’un ton :

Seizième observation. Chez le sujet qui 'offrait le troisième air, noté ci-dessous, le sifflement prolongé jusqu’à la diastole suivante, montait alors d’un demiton :

Enfin , chez une dame , « dont le 'ventricule gauche donnait un bruit de soufflet très marqué, la carotide droite donnait un souffle sibilant analogue au son d un diapason. Ce sifflement était par moments isochrone à la pulsation artérielle ^ d’autres Jbis il se prolongeait et rejoignait la pulsation suivante , de manièj'e qu on ne pouvait plus distinguer V isochronisme , et que I eÿet de ce sifjlemejit ressemblait à la 'voioc d un 'ventriloque ou à celle dj un ramoneur entendue de loin et sans qu on puisse distinguer les mots , à raison de l éloignement et de V étroitesse du tuyau de la cheminee. Le lendemain ce phénomène n existait plus. »|

liUlUtS DU COEUR DU FOETUS ET SOUFFLE FfiAdîNT. Oti l

ARTICLE QUATRIÈME

DES BRTJITS DD COEDR DD FOETDS ET DD SOÜFFLE DIT PtACEN’fAlRE,

C’est a M. le docteur Le Jumeau de Kergaradec qu’appartient l’honneur d’avoir découvert les phénomènes acoustiques qui sont l’objet de cet article (i). Les bruits dont il s’agit ne commencent guère a se faire entendre, d’une manière distincte, que du quatrième au cinquième mois de la grossesse. Depuis la publication du beau mémoire de M. Kergaradec sur V auscultation appliquée à V étude de la grossesse , j’ai eu occasion de constater sur une cinquantaine de femmes au moins, les phénomènes qu’il avait observés le premier. Un très grand nombre d’autres médecins ont également étudié cet intéressant sujet, et il est juste de placer au premier rang des travaux qu’il a fait surgir, celui que M. le professeur Paul Dubois a lu dernièrement à l'Académie (2).

Si l’on applique l’oi'eille sur le ventre d’une femme déjà parvenue à la moitié du terme ordinaire de la gestation, on ne tarde pas à entendre deux bruits, dont l’un double et l’autre simple. Le premier est évidemment dû. au tic-tac du coeur du foetus, et est d’autant plus fort et

(1) M. Mayor, de Genève , plusieurs années avant la’’ de'couverte de M. le docteur Kergaradec, avait annonce' qu’en appliquant l’oreille sur le ventre d’une femme grosse .d’un certain nombre de mois., on entendait fort bien les battements du cœur du foetus. Mais cette remarque , d’ailleurs si digne d’être lepandue dans le monde savant et d’être féconde'e, e'tait ignore'e en France, à l’epoque où M. Kergaradec fit ses recherches sur l' auscultation appliquée à l'étude de la grossesse. (Paris, 1822 .)

(2) De t application de l' auscultation à La pratique des accouchements.

Rapport Jait à V Académie de Médecine \ par M. Padl Dubois. (Ce travail a cte' publié dans le tome XXVUI des Archives générales de médecine - Paris, i832.) ’

24? BRUITS DU COriTî DT.' rOnTUSRTSOUFFLEPLACKNT. plus (iistiiirt , toules choses égales d’ailleurs, que le fœtus est plus avaiîcé en âge. On peut le comparer au bruit du cœur d’un animal d’uu petit volume, tel qu’un chat ou un jeune lapin., par exemple. Le nombre des doubles battements du cœur chez le fœtus m’a paru en raison inverse de son âge : j’en ai compté jusqu’à 170 par minute. M. Paul Dubois n’est pas d’accord avec nous sur ce point. Les doubles battements du cœur lui ont paru , dans la très grande majorité des fœtus qu’il a examinés, se reproduire de i4o à i5o fois par minute , et ce nombre a ihé retrouvé le même aux diverses époques de la vie fœtale. Je regrette beaucoup de me trouver ici en contradiction avec un observateur aussi distingué ; mais je ne puis cependant i-eniev des assertions qui reposent sur les expériences les plus incontestables. M. le docteur Gaultier de Claubry m’a dit aussi avoir compté chez une femme parvenue au 7* mois de sa grossesse, i63 , '164 , i65 doubles battements par minute. M. Paul Dubois déclare, d’ailleurs, que ses explorations chez des femmes enceintes de moins de six mois , n’ayant pas été très I nombreuses^ il serait possible que les cas qui lui sont échus dussent être regardés comme des exceptions.

J’ai quelquefois entendu les doubles battements du cœur du fœtus dans tous les points de l’abdomen correspondants au produit de la conception ; mais en général , ils s’entendent mieux d’un côté que de l’autre, et c’est dans les environs de l’ombilic que se trouve leur maximum d’intensité. Assez souvent, on les entend seulement ou du moins beaucoup plus distinctement du côté opposé à celui où existe le souffle placentaire. Passé le cinquième mois de la grossesse, je ne me rappelle pas avoir vu manquer le double bruit ducœur | chez aucune des femmes que j’ai auscultées.

Je désirais vivement trouver des occasions d’ausculter I. le cœur du fœtus à l’étal morbide (outre les vices de con- l

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