‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource]Chapitre 44 sur 88 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Le travail de la généralisation supposant la connaissance la plus approfondie d.es faits particuliers, il semblerait, au premier coup d’œil , qu’on ne doit l’abordei’ qu’après avoir complètement exposé ces derniers. Mais en y réfléchissant avec plus d’attention , on ne larde pas à s’apercevoir que pour la composition d’un ouvrage tel que celui-ci, il est impossible de ne pas commencer par quelques vues générales ou abstraites , par quelques notions fondamentales sur les maladies qui en sont l’objet. On ne peut, en effet, ni classer ces maladies, ni même leur donner un nom, sans en connaître, jusqu’à un certain point, la nature. Or, pour connaître la nature des maladies du cœur, il faut savoir quelles sont leurs ressemblances et leurs différences , et pour savoir quelles sont ces différences et ces ressemblances, il est indispensable de comparer les maladies du cœur sous tous leurs rapports. En les étudiant ainsi , on apprend en même temps en quoi elles ressemblent aux maladies des autres organes en général, et en quoi elles en diffèrent.

L’œuvre de la généralisation , sans lequel aucune science ne saurait exister, réclame une grande attention sur-tout lorsque les objets que l’œil de la pensée parcourt successivement et passe pour ainsi dire en revue, sont très nombreux, complexes et mal éclaire's, toutes circonstances qui ne se rencontrent que trop souvent dans le sujet

que uous avons à traiter. Ne oous étonnons donc pas si parmi les auteurs qui se sont appliqués à cette tâche éminemment philosophique, la plupart n’ont pu se préserver d’assez graves erreurs. Ne nous flattons pas nousmême de pouvoir éviter tous les écueils dont un semblable travail est environné, et dont l’immortel auteur de l’Anatomie générale a signalé les deux principaux.

« Pour peu que vous examiniez les maladies sous plutc sieurs jours différents, a dit Bichat, vous verrez que « ce qui est vrai pour une classe, peut ne point l’être te pour une auti’e... Je crois que nous avons deux écueils « également à craindre : celui de trop particulariser, et « celui de trop généraliser. Le second mène autant que « le premier à de faux résultats. »

Dans les considérations préliminaires que nous allons présenter sur les principaux points de vue sous lesquels les maladies du cœur doivent êti’e examinées, nous ferons tous nos efforts pour éviter ce double écueil. Nous n’insisterons que sur les aperçus dont la connaissance nous a paru indispensable pour l’intelligence claire et complète de toutes les questions qui se rattachent à notre sujet, et qu’il n’eût pas été rationnel de discuter dans l’histoire spéciale des diverses maladies du cœur.

Nos considérations rouleront successivement : i” sur le siège précis et sur les caractères anatomiques des maladies qui sont l’objet de cet ouvrage; 20 sur les signes et le diagnostic de ces mêmes maladies ; 3« sur leurs causes; 4° sur leur nature et leur classification; 5® sur leur marche, leur durée et leurs terminaisons; 6° sur leur pronostic; 7® sur leur traitement; et 8» sur leur complication, soit entre elles, soit avec les maladies des autres organes.

SllÊGE ET CARACTÈRES ANATOMTQlHiS.

ARTICLE PREMIER

CONSIDERATIONS GÉnÉRAXES SUR LE SIEGE ET LES CARACTÈRES ANATOMIQUES DES MALADIES DU COEUR.

§ I. Siège des maladies du cœur.

Rien n’est plus rare qu’une maladie affeclanl le cœur tout entier (i). Le plus ordinairement, elle n’occupe qu’une cavité de cet organe , qu’une portion de cette cavité, ou même qu’un des tissus constituants de celle-ci. Tantôt les parois d’une ou de plusieurs cavités du coeur sont amincies ou hypertropRiées , avec ou sans dilatation deces cavités, ramolliesou indurées, etc; tantôt, au contraire, ce sont les valvules elles orifices qui se trouvent primitivement et spécialement altérés. Dans certains cas, la maladie porte exclusivement ou du moins principalement, soit sur la membrane interne soit Sur l’externe, soit sur la substance cbarnue, etc, etc.

Enfin, il ne faut* pas oublier que le cœur, comme tous les autres organes, reçoit les éléments de sa vie nutritive on organique, d’un système circulatoire qui lui est propre, et le principe de ses mouvements ou de vie dynamique, d’un système nerveux qui lui est également propre. Or, ilfest des cas où l’on doit cbercber, non. plus dans le cœur lui-même, mais dans l’un des deux systèmes indiqués, ou dans tous les deux à la fois, la cause de certaines lésions fonctionnelles du centre circulatoire.

La détermination du siège des maladies du cœur, dans les limites que nous venons d’indiquer , n’est pas une

(i) On fait abstraction ici de ces le'sions purement topographiques dans lesquelles le cœur est déplace' en masse , et de quelques autres lésions analogues.

256 MALADIES DU COEUR EN C/iNÉRAL.

chose tle pure curiosilé, comme nous aurons de fréquentes occasions de nous en convaincre plus loin. Et pour cilCi ici meme un exemple à l’appui de notx’e assertion , il n est pas indifïérent de savoir, en matière de pronostic sur-tout, si une inflammation donnée du cœur réside dans le péricarde, ou dans la substance musculaire de cet organe, ou dans son enveloppe interne (endocarde), ou bien enfin dans ce triple tissu à la fois.

Mais ce n’est pas encore assez pour l’anatomie pathologique complète que de pouvoir déterminer si le mal siège dans telle ou telle partie, dans tel ou tel tissu du cœur; il lui reste encore une dernière tâche à remplir , et ce n’est pas la plus facile. A défaut de son scalpel , par un emploi bien entendu des instruments de la physique et des l’éactifs de la chimie, l’anatomie pathologique doit pénétrer jusque, dans la profondeur même des tissus, dans Vintimité capillaire de l’organisation, et en étudier, autant que possible, les conditions anormales. Il va sans dire que les altérations seront explorées à la fois et dans les solides et dans les liquides'. C'est cette anatomie en quelque sorte transcendante, que M. Cruveilhier désigne sous l’heureuse expression à' anatomie moléculaire. Cette branche terminale ou complémentaire de l’anatomie n’est malheureusement encore qu’à son berceau, et si elle n’est pas cultivée autant quelle devrait l’être, il ne faut pas s’en prendre uniquement aux nombreuses difficultés dont elle est environnée,- mais aussi au peu d’encouragement qu’elle a jusqu’ici reçu. Espérons que cette anatomie physico-chimique à laquelle les beaux travaux de M. Raspail promettent un brillant avenir, ne lardera pas à faire partie de l’enseignement public (i).

(i) La création d’une chaire spéciale A’ anatomie pathologique , dans les faculés de lue'deciuc et dans celle de Paris en particulier, serait le plus

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