‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource]Chapitre 49 sur 88 · CAUSES DES MALADIES DU COEUR · texte numérisé non relu

CAUSES DES MALADIES DU COEUR

2° les causes physico-chimiques] 3" les causes morales. Chacune de ces classes comprend d’ailleurs un très grand nombre d’espèces.

Ce n’est pas le lieu de parcourir ici , avec tous les détails que le sujet pourrait comporter , la longue série des dijfTérenles espèces de causes déterminantes des nombreuses maladies du coeur, mais il nous paraît utile de consacrer quelques lignes à l’examen des influences morales et des conditions atmosphériques.

On a fait jouer aux affections morales nn rôle immense dans la production des maladies du coeur en général , et Tauteur italien d’un ouvrage assez récent sur ces maladies, M. Scbina, n’a pas craint de consacrer près d’un demivolume au dévéloppement de cette thèse (i). La question dont il s’agit a été discutée par Corvisart ayec cette supériorité de talent que personne ne lui contestera. Il nous semble seulement que ce t illustre observateur aurait encore mieux mérité delà science, s’il eût spécifié, plus amplement qu’il ne l’a fait, les maladies du cœur à la production desquelles les passions contribuaient principalement. « Si quelqu’un pouvait nier de bonne foi , dit-il, » ou -douter seulement des fatales influences physiques M des passions sur le cœur, qu’il lui suffise de savoir » qu’il se déchii-e dans un accès de colère, et cause la M mort subite ; et je ne suis pas le seul médecin qui ait }> pensé que ses lésions organiques ont été plus fréquen- » tes dans les horribles temps de la révolution que dans » le calme ordinaire de l’ordre social, m On conviendra que la maladie mentionnée par le célèbxe archiâtre de

(ï) Notez que les considérations de M. Scliina roulent presque exclusivement sur l’amour-propre • on pourrait, sans diminuer en rien la valeur de l’estimable ouvrage de notre confrère à! au-delà les monts, en retrancher presque entièrement, comme une sorte de hors-d’œut>re, cette oiseuse et énorme dissertation.

lNapoléou,est un accident lieureusement trèsxare, et que si les passions se bornaient à ce genre d’influence, la grande révolution française n’aurait. pas de bien graves reproches à craindre de la part des médecins sous le rapport qui nous occupe. Nous n’ayons pas les documents statistiques nécessaires pour la vérification-dû fait signalé ; par Corvisart; mais, tout en reconnaissant combien est puissante l’influence des passions sur la production des maladies du cœur en général , il me semble néanmoins que c’est encore plus" par le développement des affections nerveuses du cœur que par celui de ses lésions or^ani- /ywei proprement dites, etsur-tout de celles qui sont aiguës, qu’elle se révèle à notre observation (i). î

Si Corvisart a , peut-être, sensiblement exagéré la part 1 des affections morales dans la production des raaladiesorganiques du Cœur, nous oserons lui reprocher , au contraire, d’avoir méconnu un fait d’étiologie ne d’une

très haute importance , dans le passage suivant de son admirable ouvrage : « le cœur, dans la région qu’il ocw cupe, est a 1 abri de toute impression et de toute modification immédiate de la part de l’air et de ses iu- M tempéries variables, brusques et multipliées; on peut . » affirmer, en général , qu’il n’eu est point sensiblement i fj) modifié, et qu’il n’en contracte point de maladies (Onv. cit.;\disc. prél., pug. XXV). En effet , il m’est ij aujourd’hui démontré , par un grand nombre d’observations , que le cœur n’est pas à Vabri des intempéries variables, brusques et multipliées de Vair, quil en est sensi- > blement modifié, et quil en contracte[des maladies. Quoi de plus commun, par exemple , qu’une péricardite, sous i

(i ) Corvisart ne se home pointa dire que de toutes les causes capables de produire les maladies organiques du cœur , les plus puissantes , sans contredit, sont les affections morales. Il applique cette assertion à toutes les maladies organiques en géue'ral. ( P. 383, )

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les mêmes conditions atmosphériques qui donnent naissance à une pleurésie ou à un rhumatisme articulaii’e aigu, lequel n’est essentiellement lui-même qu’une inflammation des tissus séro-fibreux des articulations et pour ainsi dire qu’une pénca/’c?ite articulaire ! La péricardite rhumatismale est assez généralement connue, et nous en rapporterons plus loin de nombreux exemples. Mais il est une autre inflammation du cœur , qui ne se développe guère moins fréquemment que la précédente, et sur laquelle je crois avoir le premier appelé l’attention des observateurs. Cette inflammation , que je décrirai sous le nom à! endocardite, parce qu’elle siège sur-tout dans la membrane interne du cœur, celte véritable péricardite interne, à peu près entièrement méconnue jusqu’à nous, complique souvent la péricardite rhumatismale, et son histoire complète, c’est-à-dire la connaissance de ses suites à l’état aigu et à l’état chronique, est destinée, si je ne m’abuse, à changer, sous plusieurs rapports, la face de la pathologie du cœur.

Plusieurs des causes que nous venons de parcourir, peuvent exercer leur action sur le fœtus aux différentes périodes de la vie intra-utérine, et de là un grand nombre de ces maladies du cœur que l’on a décrites sous le nom fort peu philosophique de monstruosité s. C’est sur cette considération que Gorvisart a fondé sa catégorie des causes innées. Sans se dissimuler tout ce qu’il y a de merueilleux dans ce que le vulgaire a di t de l’influence de l’imagination de la mère sur le fœtus, Coryisart place à la tête des causes innées, susceptibles de produire actuellement et dans le sein même de la mere , ou de jeter les semences de maladies organiques quelconques et du cœur en particulier, les injluences internes, immédiates , dont l empire et l’étendue sont d’ ailleurs encore peu connus, de l’imagination de la mère sur le fœtus. {Ouv. cit., pag.

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Les importantes reclierclies qui, depuis la publication de l’ouvrage de Corvisart, ont été laites sur les maladies que le fœtus contracte dans le sein maternel , prouvent que ces maladies ne reconnaissent pas pour cause principale l’influence de l’imagination de la mère sur le produit de la conception.'

L’empire de \a pi édisposition et de Vhérédité n’est pas moins évident dans le développement de certaines maladies du cœur, que dans celui d’une foule de maladies des autres organes. C’est là un de ces li eux communs de pathologie générale que je me conleulerai d’ihdiquer, en lei’minant cet article fi).

( i) Dans ses corollaires sur les maladies du cœur , CorVisart a distingué les causes de ces maladies en he'rédiUzires , innées ou accidentelles. Il a insisté d’une manière toute spéciale sur les causes héréditaires, a Des faits nom- « breux, dit-il, ne mo permettent pa's de douter que ces maladies ne soient « ou ne paissent devenir héréditaires. Combien de faits cités par Sénac , « Morgagni , etc., ne pourrais-je pas transcrire ici! J’en pourrais rap- « porter beaucoup ici qui me sont propres. »

Lancisi, dans son ouvrage sur les anévrismes , s’est appliqué aussi à démontrer l’hérédité des maladies ^di^ cœar. Il raconte que dans une même famille, l’aïeul , le graud-père, le père et le Gis, ont été successivement affectés d’anévrismes du cœur.

Albertini parle d’une femme déjà fort âgée , qui avait eu cinq frères morts à la fleur de l’âge de maladies da cœur, et qui elle-même luttait, depuis plus de 3o ans, contre une affection semblable. ( Mém. de V Institut de Bologne. )

L’hérédité, dans les maladies du cœur , comme daus tant d’autres, ne saurait donc être mise eu doute, et chaque jour j’ai pour ma part de nouvelles occasions de me convaincre de cette vérité. Mais il reste à délet miner, d’une manière plus précise qu’on ne l’a fait jusqu’ici, quelles sont, parmi ces maladies, ccllci dans le déveIoi)pcmcnl desquelles influe sur-tout l’hérédité, quelles sont les limites de èelte iiillucuce, cljus({u’à quel point elle peut être neu'ralisée par une sage observation des lois de l’hjgiènc.

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ARTICLE QUATRIÈME

CO:fSlUliRiTJOî(S GÛNÉRAÎ.ES SUR Là NATURE DES MALADIES DU COEUR • ET SUR LEUR CLASSIFICATION.

Cet article se lie de la manière la plus étroite à ceux qui le précèdent. En cITet, sans la connaissance prélimi. naire des caractères anatomiques, des phénomènes physiologiques et des causes des maladies du cœur, comment serait-il possible de résoudre le problème de la nature et de la classification méthodique ou philosophique des ces maladies ?

Dans quelques cas, le traitement des maladies luimerae peut, je le sais, constituer une donnée indispensable à la solution d’un tel problème- Cette vérité n’avait point échappé au génie du divin vieillard, comme le prouve celte sentence : Naluram morboriim ostendit euratio. Mais, sans méconnaître la valeur considérable de cet élément, je pense que la riature des maladies, en général , doit être déduite de la connaissance plus ou moins précise des altérations anatomiques , des lésions fonctionnelles etdescnwje^ pathogéniques. Le traitement, au contraire , doit être , en général aussi , un corollaire , soitrationnel, soit expérimental (empirique), des connaissances ou des données que nous possédons sur la nature de la maladie.

Cela posé, voyons jusqu’où nous pouvons remonter dans la détermination de la nature des maladies, et comment on peut jeter ensuite les fondements d’une classification vraiment scientifique.

Commençons d’abord par reconnaître que tel est le rapport nécessaire qui existe entre les divers élémens dont se compose rhisloire de quelques maladies, que les uns étant donnés, on connaît par cela même les autres, comme de la connaissance de certaines |j9rtieg d’un triangle,

sé déduit la connaissance des autres. C'est ainsi, par exemple , qu’élant donné, avec tous ses éléments anatomiques, un rétrécissement de quelqu’un des orifices du cœur, on peut dire quelles ont été les modifications fondamentales et constantes des fonctions circulatoires qui ont accompagné ce rétrécissement; et réciproquement, c’est ainsi qu’étant donnés le bruit de soufflet ou de râpe, le frémissement cataire dans la région précordiale, des irrégularités dans les mouvements du cœur, la petitesse et l’irrégularité du pouls, des congestions veineuses et séreuses passives générales, de la dyspnée qui augmente au moindre exercice, au moindre ejïort, etc., on peut en induire^ de la manière la plus formelle, et pour ainsi dire mathématiquement, Pexistence d’un obstacle au cours du sang a travers les orifices du cœur. Ce que nous disons du rapport nécessaire et réciproque qui existe entre les altérations anatomiques et les lésions fonctionnelles, s’applique rigoureusement aux rapports entre les lésions anatomico - physiologiques et les divers modes de lésion que Faction organique et vitale a subis , lesquels constituent évidemment la véritable nature des maladies en général et de celles du cœur eu particulier. Par conséquent, on peut, au moyen des lésions anatomico-physiologiques , remonter , autant que le comporte l’état présent de la science, à la nature de la maladie, c’est-à-dire à la détermination du mode de lésion de l’action organique.

Si , dans toute maladie , il y avait des lésions anatomiques appréciables, on pourrait fonder sur cet élément , sur ces caractères y la théorie de la nature des maladies. Mais il n’en est pas ainsi : dans un certain nombre de maladies, en eflct, les organes qui en sont le siège ne nous offrent aucune lésion sensible à laquelle on puisse rattacher les modifications fonctionnelles de ces organes. Par conséquent , ce n’est pas uniquement , exclusivement dans les faits positifs de l’analomic pathologique qu’il

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