‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource]Chapitre 52 sur 88 · PRONOSTIC DES MALADIES DU COEUR · texte numérisé non relu

PRONOSTIC DES MALADIES DU COEUR

l’admission d’une telle possibilité (1). J’aime mieux croire qu’elles peuvent, dans certains cas, coexister avec une névrose intermittente du cœur, et présenter ainsi, • à la faveur de cette maladie sur-ajoulée , la fausse apparence d’une périodicité, d’une intermittence qui leur soit propre. Mais si l’intermittence réelle est incompatible avec les véritables maladies organiques du cœur, dégagées de toute complication purement nerveuse, il n’en est pas de même de la rémittence, souS cette condition toutefois que la rémittence elle-même n’est point alors soumise à cette loi de régularité qui la distingue dans les fièvres, assez rares d’ailleurs,, dont elle constitue le caracr 1ère typique. Il n’est aucun observateur , un peu versé •dans l’étude clinique des maladies organiques du cœur , qui ne sache combien il est fréquent de’voir les symptômes de ces maladies présenter des paroxysmes plus ou moins violents, soit sans cause connue et appréciable, soit à la suite d’un excès de régime, d’un exercice forcé, d’une vive affection morale, de certaines constitutions atmosphériques, etc., etc. , r.

ARTICLE SIXIÈME ... !

• eOMSmÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LE PRONOSTIC DES MALADIES DU COEUR.

Hceret lateri lethalis aruhdo : telle est l’épigraphe qui se trouve en tête de l’Essai sur les maladies du cœur.

(1) Je dis que ce serait une contradiction dans les termes , car, d’après la déGnition de Corvisart , une maladie organique est , comme nous l’avons vu , une dcgënération de la condition naturelle d'un organe ou d’une de ses parties , sujfisante pour que l'action facile , régulière et constante de cet organe, en sou lésée ou dérangée dPune manière sensible et permanente , c’est-à-dire par conséquent cowTiNUE et non intermittente.

3oo MALADIES DU COEUR EN GÉNÉRAL.

Corvisart en qui l’amour de la vérité faisait taire tout autre sentiment , s’est appliqué à justifier pour ainsi dire cette fatale et cruelle sentence , qui se trouve portée dans divers endroits de son ouvrage. Là, il nous dit ; ainsi donc, et contre V attente peut-être de quelques-uns de ceux qui liront cet ouvrage , on trouve presque partout le fatal pronostic de la mort ; n’en doutez jamais Lorsque la maladie sera confirmée. A peine cet adage, principiis obsta, peut-il s’ appliquer ici. Il est possible de prévenir quelquefois la maladie , je le pense ; de la guérir f jamais (i). » Ailleurs, et c’est là sa conclusion définitive, ce grand praticien déclare que: « le pronostic , dans le mal confirmé , «r est d'une certitude malheureusement trop grande , et « que c’est alors que la vérité de l’épigraphe du livre trouai vé son application aussi rig^oureuse que lamentable (2). >•

Avant Corvisart, Sénac s’était déjà prononcé , d’une manière non moins précise, sur la gravité des principales maladies du cœur alors connues : « après avoir approfondi « de telles maladies , dit il , on n’a , ce me semble , que « l’inutile satisfaction de mieux connaître l’impossibilité « de les guérir. [Traité du cœur ix.)

Divers auteurs qui , depuis Sénac et Corvisart, ont publié des traités sur les maladies du cœur , ne se sont appliqués qu’avec trop de soin à confirmer la décourageante et vraiment lamentable 'àocVv'ine. que^^ous venons de faire connaître. Un tel arrêt de mort serail-il doncirévocable? Ne peut-on point en. appeler au tribunal de l’expérience d’une condamnation si terrible? et le progrès qui

(i) a Je sais, ajoule en note Corvisart, qu’il y a des médecins qui M croient. avoir guéri des maladies du cœur : Si elles n’étaient point en- « core organiques, je le crois; il s’en trouve des exemples dans cet ou- « vragc ; Si elles l’éiaicnt dcvcmies , j’cn doute fort , et la preuve princie pale manquera toujours. » (Disc, prélim. ; p. xxxiii et xxxiv.)

(’j) Ouvrage cité, page qSS.

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perfeclionne tout, même la thérapeutique, devait- il respectei’ à jamais les bornes que semblait lui avoir ipiposées un homme d’un génie supérieur? Certes, il ne faut pas légèrement contredire l’oracle de Vhospiçe de clinique interne : toutefois , quelque respect que m’inspire son immense autorité, j’oserai dire que Corvisarl s’est montré un peu trop sévère dansje jugement ci-dessus indiqué. Il n’est , hélas ! que trop vrai que, parvenues à un degré donné, certaines maladies du cœur sont inévitablement mortelles. Mais il n’est pas heureusement moins vrai qu’il est des degrés de ces maladies , où les moyens de l’art , dirigés par une main ferme et sagement hardie, peuvent être couronnés d’un succèa complet ; et si Corvisart vivait encore , il reconnaîtrait le premier que ces guérisons ne manquent d’aucune des preuves qu’il est permis à l’observateur le plus difficile de demander.

On objectera, peut-être , que les maladies dont nous avons obtenu la guérison, n’appartenaient p'asà la catégorie de celles dont Corvisart a proclamé la léthalité: hœretlateri leihalis arundo. A cela nous répliquerons que la sentence de Corvisart s’applique à toutes les majadies organiques du cœur en général , et qu’il établit quc,celles-ci existent quand un organe ou un solide 'vivant 'quelconque est , dans son tout ou dans une de ses parties , assez dégénéré de sa condition naturelle , pour que son action , facile^ régulière et constante, en soit lésée ou dérangée d'une manière sensible et permanente (i).Or, les maladies de la gué-

(t) Pour définir plus explicitement, encore les maladies organiques, Corvisart ajoute en note : « J’entends par organe ou solide vivant , dégé- « néré Je sa condition naturelle, tonte espèce d’alte'ration dans sa contex- « lure, dans sa symc'trie, enfin dans sa manière d’êlre physique ou cliin mique, qui donne lieu à un de'rangement de son action. J’ai pense' que I » «• ces mots dégénéré de sa condition naturelle emportaient de, droit [’ide'e « de toute espèce d’aliératlon, soit physique, soit élémentaire et chimique K d’un solide vivant quelconque. » ( Ouv. cit., p. 366-67.)

3o2 maladies du coeur en général.

rison radicale desquelles nous rapporlerons des exemples rentraient naturellement dans celle classe.

Il est vrai que Corvisart, en cela pas assez fidèle peutêtre à sa définition, déclare que « les maladies aiguës du cœur ne peuvent pas être rigoureusement placées dans le rang des maladies organiques » , et par maladies aiguës p du cœur il entend seulement ici lapértcarJi7e aiguë et la i. cardite, ou l’inflammation de 1% substance même du cœur k (Ouv. cit., pag. 417-18). On pourait croire qu’en retran- I cbantainsi les maladies aiguës du cœur de la catégorie des | maladies organiques , c’est à-dire mortelles , Corvisart a j singulièrement adouci le jugement qu’il avait porté sur I les dangers des maladies du cœur en général. Mais mal- | heureusement le passage que je vais rapporter disipera eu très grande partie une illusion si consolante : « il n’est pas « ti’ès extraordinaire , mais il est bien rare pourtant ,

» devoir Xa péricardite, qui, d’ailleurs, est une aflection « des plus graves , parvenir , par les eflbrts de la nature » et les secours de l’art réunis, à une terminaison

« heureuse Il arrive rarement que cette Inflammation

cc se trouve isolée de celle des plèvres costales, diapbrag- *c matiques, médiastînes, pulmonaires , delà même aflec- « tion d’une portion plus ou moins conside'rable de la « substance du poumon et de la superficie ducœurlui- « même , qui dans tous les cas, se trouve plus ou moins « enflammé ; alors, ou la maladie se termine parla mort,

« ou elle se transforme on une de ces altérations que « j’ai désignées sous le nom de chroniques organiques, I » comme la purùlence du péricarde, l’adhérence de cette » membrane au cœur, ses inflammations chroniques « ou autres (1). ^

« Je ne sais si on a jamais vu la cardite parvenir |

(i) Corvisart., U ne faut pas Touhlier, regarde comme incurable unr termin.Vison de ce genre.

PRONOSTIC DES MALADIES DU COEUR. 3o3

« à une solution parfaite ; je ne le pense pas ; et quand « on citerait des observations, tous les doutes ne seraient (t pas levés ; il pourrait en rester de bien légitimes sur le « véritable siège de l’inflammation, qu’il est impossible de et bien constater autrement que par l’ouverture , c’est-

ff à-dire quand le malade a succombé Mais la mort

« que cause ordinairement cette maladie peut arriver « avec rapidité ou avec lenteur. Ainsi on a vu des cardites « devenir funestes en très peu de jours ; tandis que dans « d’autres cas, lorsque la maladie est parvenue à son « plus haut degré, on voit les accidents les plus effrayants « dispai’aître en partie , une sorte de convalescence « s’établir ; quelquefois même le malade est rendu à f< un état de santé apparente. Il se flatte.alors d’une pro«* « cbaine et prompte guérison; mais le médecin plusclair- « voyant n’apercoit qu’une transformation, qu’une dégéu nérescence de la maladie en une autre aflection plus « lente, mais non moins grave, puisqu’il s’établit alors une » maladie chronique organique , mortelle dans tous les cc cas. » ( Ouv. cit. , pag. 418-420. )

Toutefois, si l’on veut bien admettre avec nous comme un fait d’expérience et d’observation, que les maladies organiques du cœur , telles que Gorvisart les a définies (et la péricardite et la cardite elles-mêmes en font partie, suivant Gorvisart, quand elles sont devenues chroniques), n’entraînent pas toutes indistinctement les mêmes dangers , il resterait maintenant à préciser quelles sont celles qui se trouvent soumises à la déplorable loi d’une, terminaison inévitablement mortelle, et quelles sont celles qui, par une heureuse exception , ne rentrent pas dans le cercle fatal tracé par Gorvisart (1). Or, voici ce que l’on peut dire de plus général à ce- sujet.

(1) Je demande pardon aux lecteurs de la franche liberté avec laquelle je me permets de corabattrtfquelquefois un aussi grand maître que Gorvisart.

3o4 MA.LADIKS DU COEUR EN GÉNÉRAL.

Les maladies organiques essenliellement et immédiatement mortelles, sont les ruptures des parois du cœur, la brusque coagulaliou du sangqui circule dans ses cavités, et quelquefois la syncope. Parmi celles qui sont essentiellement mais non immédiatement mortelles , on doit ranger les indurations des valvules avec rétrécissement assez considérable des orifices auxquels elles sont 'adaptées , certaines péricardites et cardites chroniques.

Les maladies graves, mais bien moins communément mortelles que ne l’a pensé Corvisart, lorsqu’elles sont bien traitées, sont la péricardite et la cardite aiguës, auxquelles j’ajouterai l’endocardite aiguë dont cet Hlustre observateur ne paraît pas avoir même soupçonné l’existence.

Enfin, riiypeftropliie sans dilatation ni rétrécissement très considérable des cavités du ccéur, sans complication de gi’ave lésion des valvules , la simple hypertrophie de ces dernières sans obstacle notable au cours du sang, les adhérences , les plaques fibreuses ou cartilagineuses du péricai’de , n’apparlienueat point à la catégorie «des maladies nécessairement mortelles : je dirai plus, c’est qu’elles ne sont qu’accid.en tellement funestes ; de telle sorte qu’avec des soins hygiéniques plus ou moins faciles à se procurer , on peut , malgré leur présence , pousser très loin sa carrière.

' Quels que soient les efforts qu’on ait faits depuis Cor-

Ils ne se*méprendront point, je l’espère , sur la nature des sentiments qui m’inspirent en celte occasion. Je n’ai d’autre motif, d’autre intention que de prouver que la suprême loi du progrès se fait partout sentir, même dans les choses qui semblent, au premier abord , devoir s’y dérober pour toujours. Mais bien qu’il se soit trop défié de l’avenir et de la puissance progressive de l’esprit humain, dans ce quïl a écrit sur le pronostic des maladies du cœur, Corvisart n’en sera pas moins élernellemepi la gloire et l’ornement de la médecine française. Nous pouvons le placer avec orgueil à côté de tout ce que la Science possède de plus illustres observateurs , sans en excepter les Sydenham , les Stoll et les Morgagni.

PRONOSTIC DES MALADIES DU COEUR. 3o5

visart , quels que soient ceux qui seront encore tentés pour diminuer le nombre des victimes des maladies du cœur, s’il reste toujours proportionnellement plus considérable que celui des individusqui succombent aux maladies de plusieurs autres organes, il faut s’en prendre sur-tout, d’une part, h l’importance des fonctions de l’organe , et d’autre part , à ce que l’une des principales indications dans le traitement des maladies aiguës et chroniques ne peut être observée ici, savoir le repos suffisant de l’organe malade.

On ne saurait trop, le redire, c’est bien moins à la gravité intrinsèque d’une foule de' lésions organiques qu’à leur siège danstelou tel organe, qu’il faut rapporter les accidents qui peuvent les accompagner. Ainsi, par exemple, telle tumeur de la peàu et du tissu cellulaire qui ne porte aucune atteinte à la santé générale, deviendi-ait une maladie mortelle si elle siégeait à l’inlérleur des cavités du cœur. Il y a plus : c’est que telle lésion qui affecte impunément une partie du cœur, serait plus ou moins prochainement mortelle si elle siégeait dans une autre partie de cet organe. C’est ainsi, par exemple , que les mêmes productions accidentelles qui se développent dans le péricarde sans porter une atteinte notable à la santé de l’individu qui en est affecté, ne tardent pas à devenir funestes loi’squ’elles occupent les valvules, et qu’elles donnent lieu à un rétrécissement des orifices.

Nous ne terminerons pas cet article sans exprimer le bonheur que nous éprouvons en apprenant qu’en Angleterre comme en France, on commence à revenir du 'vieux et populaire préjugé de V incurabilité des' maladies du cœur ( ce sont les expressions de M. Hope). « Nous pouvons affirmer, dit ce médecin distingué, en nous appuyant sur une expérience incontestable , qu'à Véîat commençant , les maladies du cœur sont , dans la plupart des cas , susceptibles de guérison parjaite , et que lorsque l> ao

3ol> VIALADIES Dü COEUK EJN GÉNÉRAL.

ceUe guérison est impossible , on possède au moins les moyens d' entraxe r leur marche ^ de manière a ce que la vie des malades en soit très peu abrégée , et même quelquefois ne le soit pas. » ‘

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