TRAITEMENT DES MALADIES DU COEUR
organique (lu cœur, soit aiguë, soit sur-loul chronique(ï).
Les instruments et les méthodes de la thérapeutique doivent donc différer essentiellement selon la nature ou l’espèce dé maladie du cœur qu’il s’agit de combattre. Assurément, celui-là n’aurait pas une heureuseetbrillante pratique, qui appliquerait indifféremment le même système de traitement à chacune des classes que nous avons établies précédemment. Laissant ici de côté les maladies purement physiques ou mécaniques, ainsi que les névroses proprement dites du cœur, nous allons consacrer quelques moments à la question du traitemeüt de celles que nous avons appelées physico-chimiques, et qui consistent en un trouble quelconque de la vie intérieure ou nutritive du cœur : telles sont, comme on sait, l’hypertrophie et l’atrophie, Vhypercrinie simple du système sécréteur du cœur, l’inflammation aiguë et chronique avec ses divers produits, etc.
(i) Dans rtntroduclion de son onyrage , M. Hope ncms accuse d’avoir posé des principes de traitement qui ne sont pas toujours très sûrs, et^il trouve la raison de cela dans noire habitude de ne reconnaître dans toutes les circonstances qu’une seule cause {un obstacle mécanique ) aux embarras de la circulation. Nous avons déjà fait justice de cette accusation. Par conséquent, si, comme le veut M. Hope, nos principes de traitement sont peu sûrs , c’est ailleurs qu’il en faut chercher la cause.
Un autre reproche que nous adresse cet auteur, n’est guère mieux fondé. Comme il est , jusqu’à un certain point, contradictoire à l’autre, M. Hope , avec un peu plus de charité , nous eût épargné l’un des deux. Il prétend que nous rattachons à l’inflammation presque toutes les lésions organiques du cœur et des groi vaisseaux, et que cette doctrine est pleine de dangers pour le praticien inexpérimenté. Nous pouvons rassurer à cet égard le praticien inexpérimenté , car nous ne rapportons à l’inflammation que les lésions organiques qui s’y rattachent clairement, naturellement, et que M. Hope y a rattachées lui-même.
Au reste, nous ne saurions trop remercier notre savant confrère d’outremer , des éloges dont il veut bien accoinpagner ses reproches. Certes, rien ne peut être pour nous plus flatteur que cette déclaration de M. Hope , savoir que le Traité des maladies du cœur de 1824 , ne lui a pas été inutile pour l’exécution de celui qu’il vient de publier.
3o8 MAT-ADIRS DU COEUR EN GÉNÉRAL.
Sans cloute , le traitement de ces diverses maladies doit être basé sur les mêmes principes que celui des maladies similaires occupant desorganes autresquele cœur. Toutefois, ces principes doivent nécessairement subir des modifications plus ou moins considérables selon la disposition et les fonctions dechaque organe en particulier; et une hypertrophie du cœur, par exemple, ne saurait être combattue absolument de la même manière qu’une hypertrophie du sein ou des amygdales.
Le traitement des grandes inllammations aiguës du cœur (péricardite, cardite et endocardite) réclame impérieusement la prompte application de cette méthode des émissions sanguines à haute dose, dont nous avons obtenu de si admirables succès , depuis quelques années , dans le traitement de toutes les inflammations aiguës en général. Une pratique vigoureuse et jugulante est d’autant plus indispensable ici , que l’organe malade étant, comme on l’a dit, une des branches du trépied vital , le grand ressort de la machine vivante, ses fonctions, ne peuvent êti’C long-temps profondément troublées sans qu’il eu résulte des'accidents mortels. Ajoutez quelei’epos de l’organe malade, condition si favorable à la guérison d’une inflammation , quand il ne suffit pas à lui seul pour l’amener , ne peut pas être obtenu dans les phlegmasies du cœur, et qu’il faut en quelque sorte compenser la perte de ce puissant auxiliaire, en augmentant l’énergie de la méthode principale. Et , d’ailleurs , s’il est quelque moyen de procurer au cœur , je ne dis pas un repos absolu , mais du moins quelque relâche , c’est principalement dans la saignée qu’il convient de le chercher.
Je ne paflerai point des autres moyens par le concours desquels on doit seconder les émissions sanguines tant générales que locales, dans la crainte bien légitime , d’être accusé d’exposer ici des détails que revendique exclusivement la pathologie spéciale desraaladies ducœur.
traitement des maladies DD COEUR. 809
On trouvera dans cet ouvi'age de beaux exemples de guérisons dues au système de traitement dont nous ne pouvons offrir pour le moment qu’un aperçu.
C’est pour avoir méconnu presque constamment , jusqu’ici, la plupart des inflammations aiguës du cœur, que leur traitement a été si précaire et si malheui’eux. Mais on doit reconnaître aussi que dans le* cas rares où elles ont été diagnostiquées , si l’on compte trop peu de guérisons radicales et complètes, il est juste d’en faire peser la responsabilité presque tout entière sur la timidité avec laquelle les moyens convenables ont été mis en oeuvre. C’est eu procédant avec cette timidité , générale ment décorée aujourd’hui du faux nom de prudence, que l’on fabrique de toutes pièces tant de maladies chro niques organiques, suivant l’expression de Corvisart, affections dans lesquelles la débile vue des praticiens vulgaires ne reconnaît plus, comme le faisait le coup d’œil perçant de ce profond génie , les caractères d’une inflammation aiguë passée h l’état chronique. Il n’est pas de jour où je n’aie la triste occasion de constater de nouveaux effets de cette déplorable prudence , qui conduit lentement au tombeau une bonne partie du genre humain. Oui , j’en conviens , les demi-moyens en médecine suffisent assez souvent pour empêcher la mort dans la première période des inflammations aiguës j mais des milliers de faits recueillis principalement dans les hôpitaux et au bureau central , ce grand foyer d’instruction en ce genre, m’autorisent à poser en loi de l’expérience : que la plupart de ces inflammations , en passant à l’état chronique , entraînent ces fatales lésions organiques dont les nombreuses et pâles victimes se rencontrent à chaque pas dans la carrière de la pratique. Trois ans passés d’une médecine hardie, c’est-à-dire véritablement prudente, m’ont appris, ainsi qu’à un bon nombre d’élèves et à quelques confrères éclairés et de bonne foi qui ont assisté â lacli-
3 10 MALADIES DU COEUR EJS G^JNÉRAL.
nique donl je suis chargé, le ])récieux secret de préserver de cette funeste terminaison la presque totalité des individus affectés d’une inflammation aiguë non encore trop avancée.
S’il irnporte t^nt de prévenir la fondation de produits acpidenteJs , fels que des adhérences , des plaques fihrocartilagineuses, f^ps végétations diverses, etc., lorsque les inflammations siègent dans les principa^x viscères en général, c’est sur-tout quand il s’agit du cœur et de son tissu séro-fibreux intérieur, que ce pi’écepte trouve une application rigoureuse. En effet , telle production accidentelle qui, développée daps la plèvre] ou le péricarde, n'est la cause d’aucun trouble sérieux de la santé ,d’aucpn accident notable , devient le principe d’une mort certaine , inévitable , quand elle siège dans les valvules du cœur et qu’elle oppose un grand et perpétuel obstacle à la circulation.
C’est par ce mécanisme, si l’on peut ainsi dire , qqe spcconabent tant d’infortunés qui n’ont eu qu’une endocardite méconnue , et à la suite de laquelle les valvules se sont épaissies, indurées, et sont deyenues inhabiles à remplir leurs fonctions, en même temps que les orifices dp cœur se sont rétrécis au point de ne permettre le passage que d’une très mince colonne de sang. Et voilà comment une maladie primitivement 'vitale, qui portait sur la chimie vivante, se transforme en une lésion mécanique fatalement mortelle, uniquement en raison de son siège. Transportez, en effet , par la pensée , cette lésion dans un organe moins essentiel à la vie , et sa présence ne sera plus dangereuse , ou du moins ne menacera pas directement l’existence. Faites plus : concevez que cette lésion affecte un organe extérieur accessible aux moyens chirurgicaux, et vous lui enleverez en quelque sorte toute sa gravité, car il vons sera possil)le ou de la guérir par quelque procédé mécanique ou chimique , ou du moins de frajer une
traitement des maladies du coeur. 3l 1 nouvelle voie au liquide, dont elle ne pennetlait pas le libre cours (i).
(i) Quoi! dira-t-on , toujours du méçanisme, jusque dans la the'orie du traitement des'maladies du ccpur! eh pourquoi pas, s’il est vrai que ces maladies frappent cet organe dans ses conditions me'caniques ? Ce n’est pas , au reste, par ma faible autorité', mais par celle du grand représentant de la clinique française, qu’il est bon de répondre aux vitalistes exclusifs,, s’il en existe encore. « Dire que nos organes doivent s’user ou s’alte'rer , selon (t la durée, l’intensité ou l’irrégularité de leur action, c’est , selon eux, « s’arrêter à des considérations triviales; c’est comparer le corps humain « à une machine,- c’estïe confondre avec le produit des arts mécaniques... « Eh bien ! je compare le corps humain à une machine , quel que soit le « principe de la vie, sa nécessité, sa puissance ; et l’adoptant tonte « r extension de sa plénitude inconnue., je l’isole ici de mes recherches; «.et, pour mieux me faire entendre, ne considérant que le matériel du « corps , je cherche les dérangements des parties qui le constituent; car « enfin , le corps seul tombe sous nos sens ; presque tout le reste est cx- « clusivement du ressort de la métaphysique...
« Le physicien voit les altérations des parties de sa machine ; U en « modère, il en suspend l’action partielle ou totale , ou il substitue une « partie nouvelle à une défectueuse. En médecine, l’art peut apercevoir œ quelques altérations des parties; parfois i! peut en modérer l’action , « très, rarement la suspendre; mais rien ne lui est possible quant à la « substitution d’une bonne partie à une mauvaise*^.
« Ce que fait le physicien, le principe vital le fait, il est vrai, mais mé- « diatemenl , c’est-à-dire à la faveur des éléments dont il s’empare et qu’il ' « élabore
« Mais quels que soient les efforts du mécanicien , (|uelle que soit « la puissance des facultés occultes du principe de la vie , les rouages « de la machine et les organes du corps n’en sont pas moins perpétuelle- « ment exposés , soit à l’altération résultante de leur action propre , soit à
* Les procédésdelü rhinoplastie* si pei-feciionnûs de no8)ouis, prouveni néanmoins que rasseriion .de Corvisart es.t trop absolue. Mais, comme je Tai dit plus haut, l’art pi'esque divin de la restauration des parties s’arrête en quelque sorte à la surface de la machine vivante , et les grands viscères, ceux qu’il imporleraitfprécisémcnt le plus de pouvoir réparer ^ ne participent pas aux bienfaits de l’art ^ont nous parlons.
Sans doute ! mais c’est précisément en élaborant et en organisant certains produits d’une inflani' mation , que le principe vital engendre quelquefois des étais morbides plus ou mqiQS graves. Lace ne sont que des. cicatrices vicieuses, ailleurs', ce sont des tumeurs, des indurations qui jouent le rôle de corps étrangers, etc.
3i2 maladies du coeur en général.
Mais, hélas! lorsque le trait fatal d’une lésion organique est fixé dans le cœur {hœret lateri lethalis arundo), il n’est plus donnéau médecin, rival heureux du physicien et du mécanicien dans le cas]précédent, de porter jusques là le secours opérateur du fer et du feu. Il ne lui reste plus que la précaix’e et triste ressource des palliatifs, et la douleur de contempler chaque jour les progrès d’un mal qui n’est sans remède qu’en raison de sa position dans un organe impénétrable à la main de l’art et à ses instruments. La triste certitude de l’incurabilité des maladies dites oi’ganiques du cœur, et de la mort que quelques-unes d’entre elles entraînent inévitablement à leur suite, est un puissant et nouveau motif de combattre vigoureusement à leur début , et de juguler pour ainsi dire les affections aiguës auxquelles elles succèdent si fréquemment. Ce n’est réellement que par cette méthode qu’on peut diminuer le nombre des victimes des maladies organiques du cœur.
3e n’ai presque rien à dire ici sur le traitement des autres maladies de la classe qui nous occupe. J’y insisterai, avec tous les détails convenables, lorsqu’il sera question de les décrire chacune en particulier. Nous discuterons alors la fameuse méthode de alsalva el Albertini, dans l’emploi de laquelle Corvisart recommande, avec beaucoup de raison , d’apporter la plus grande réserve. Là, nous pi’éclserons les cli’coustances qui réclament le secours de la digitale, ce grand modérateur, cette sorte d’opium du cœur.
L’éloignement des causes sous l’influence desquelles la
« raclion d’une foule d’agcnls extérieurs qui, l’emportant 'sur les rcsis- « tances de ces principes , établissent dans leurs parties cousliluaules des « dcrantjcnients , lesquels , dans une machine comme dans le corps buff main, sont de véritables maladies organiques. » ( Ouv. eit.j dise. prél. p. xix-xx. )
complication des maladies du coeur. 3i3
rmaladie s’esl manifestée, oü qui en aggravent les syraptlômes et les accidents divers , est un principe trop évident par lui-même pour avoir besoin de longs commenlltaires.
Les cas dans lesquels il conviendrait de recourir à (quelque traitement spécifique , me paraissent infiniment irares. Je serais même fort disposé à déclarer que ces cas m'existent pas , si je n’étais retenu par un respect trop (grand, peut-être , pour l’autorité des Lancisi , des Mor- [gagni, des Matani et des Corvisart, qui enseignent que (certaines lésions organiques, les végétations des valvules, ]par exemple, peuvent reconnaître pour cause divers ’ virus, et spécialement le virus syphilitique, dont l’exis- I tence est elle-même fort contestée par plusieurs observateurs modernes.
Une foule d’accidents variés, produits réactionnellement par les maladies du cœur , réclament des moyens spéciaux qui seront indiqués en temps et lieu.
ARTICLE HUITIÈME
I QDEÏ.QDES REMARQUES SUR LA COMPLICATION DES MALADII^ DU COEUR , SOIT ENTRE ELLES , SOIT AVEC LES MALADIES DES AUTRES ORGANES.
Il est extrêmement rare de rencontrer les principales maladies du cœur à l’état de simplicité. Nous avons déjà vu comment certaines de ces maladies en déterminaient , en commandaient, pour ainsi dire, quelques autres. Nous ne reviendi’ons pas sur ce point.
Nous nous bornerons , pour le moment, à signaler très brièvement les faits les plus saillants.
L’inflammation, soit aiguë, soit chronique, del’euveloppe externe du cœur est très souvent compliquée de celle de l’enveloppe interne; la réciproque ne me parait
3i4 maladies du coeur en général»
pas aussi commune. La connaissance de cette vérité ne nous est positivement acquise que depuis environ deux i ans. Les faits que nous rapporterons plus loin ne permettent réellement aucune espèce de doute à cet égard.
La complication dont il s’agit est facile a concevoir, quand ! on réfléchit à 1 identité de nature qui existe entre les deux [ enveloppes du cœur (elles sont l’une et l’aufre de nature j séro-fibreuse) et à leur proximité, laquelle est si grande en 3 certains points , qu’elles se touchent par leur face externe (interstices des faisceaux charnus des oreillettes et réglons ji des orifices auriculo-ventrlculaires). Les tissus cellulaire fi et musculaire du cœur participent souvent aussi plus ou m moins aux inflammations de la double enveloppe séro-fi- k breuse du cœur. |
20 L’inflammation des membranes interne et externe du fl cœur est, dans ur> tyès grand nombre de cas, compliquée h d’une inflammation de la plèvre et des poumons, ou te d’une inflammation du tissu séro-fibreux des articulations p (rhumatisme articulaire aigu). Les faits que j’ai recueillis >i ne sont, peut-être, pas encore suffisamment nombreux, j pour que j’ose préciser ou formuler ici le rapport qui vient n d’être indiqué. Ce que je puis' affirmer , c’est que depuis ii deux ans que j’ai saisi toutes les occasions de constater la ' eornplicallou dozit II s’agit, je l’ai rencontrée dans la moitié i ’ des cas environ. La fréquence de cette complication est un i point d’une grande Importance et sur lequel nous revien- f: drons aux articles péricat'dLte et endocardite (1).
( I ) Dans tout état fébrile continu , comme j’ai tâché de le démontrer ailleurs {Trçiité clinique et expérimental des fièvres dites essentielles, et article Fièvres du Dictionnaire de méd. et de cliir. j)rat.),il existe un état d’excitation anormale d» cenur. Mais c» degré d’cxcilation ne constitue point toujours une inflammation proprement dite; il ne passe au degré intlammaloir ffue dan.s certaines cirionslances cpi’il ii’esl pas de notre objet actuel tic développer.
C0MPLICA.TI0?Î DES MALADIES DU COEUR. 3l5
30 Les aflectioas pifrfjmènl nerveuses du cœur, les palpita lions sur- tout, sont ordinairement compliquées de maladies de même nature dans plusieurs autres organes, tels que l’estomac, les intestins, les organes delà respiration, les sens externes, le cerveau lui-même. Cette coïncidence est même une donnée précieuse pour le diagnostic différentiel des palpitations nerveuses et de celles qui tiennent à une maladie dite organique. Une autre espèce de complication qui se 'lie assez étroitement à la précédente, c’est la coexistence de palpitations avec l’anémie et la chlorose. Cés palpitations que j’appelle chlorotiques , sont, plus constamment encolle que les précédentes, accompagnées du hruit de diable ou d’un sifflement musical des artères cai’otides et sous-clavières; et de là aussi l’épithète de chlorotiques que je donne souvent à ces bruits. ,
La complication des maladies des principaux vaisseaux, et de celles de l’aorte en particulier, avec les affections du cœur, est une chose tellement connue, si vulgaire, qu’il me suffira, jé pense, de la noter en passant.
Je crois devoir me borner ici à ces courtes remarques sur la complication des maladies du cœur / complication que les observations contenues dans cet ouvrage feront connaître sous toutes ses formes. Jé me réserve , au reste, d’offrir de plus amples détails sur ce sujet, quand il sera question de l’histoire spéciale de chacune des maladies du cœur.