Râle trachéal extrêmement bruyant. — Mort vers midi
Autopsie cadavérique 21 heures après la mort.
( La température de l’air a été médiocrement élevée depuis le décès du malade. ) ,
lo Habit, ext. — Traces de décomposition commençante sur l’abdomen et le thorax ( taches d’un vert assez foncé). Un peu de rigidité. — Embonpoint médiocre; pas d’infiltration ; écume à la bouche ; pupilles’ égales.
2° Org. cire, et respir. — La portion du péricarde et du cœur non recouverte par les poumons, a 3 pouces 6 lignes d’étendue verticalement , et 4 pouces 4 lignes transversalement (1). A gauche , le péricarde adhère à la plèvre voisine. Il présente partout une injection ai’borisée et une rougeur assez vive, et contient environ deux cuillerées de sérosité d’un jaune rougeâtre, légèrement trouble, mais sans véritables flocons. Son épaisseur et sa
(i) La percussion pratiquée le i6 avait donne 3 p. 6 lig. de malitc' vcrlicalcment, et 4 p* 8 lig. transversalement.
TROIS. CATÉG. d’obSERVATIONS DE PÉRICARDITE. 4o9
transparence sont à peu près normales sur le sac fibreux qu'il revêt j mais le feuillet qui tapisse le cœur est doublé , dans plusieurs points , de taches blanchâtres , laiteuses, qui ne sont évidemment que des fausses membranes anciennes, passées à l’état fibreux oufibro-celluleux.
Le cœur est énorme'ment distendu'par du sang coagulé. Il pèse avec le sang qu’il contient et l’origine des gros vaisseaux. 75a gmes.
Son diamètre transversal est de . 5 pouc. 3 1.
— vertical, de ^ 5 p.
Sa circonférence, de , ' 1 2 p.
Le sang que contient le ventricule droit est spumeux ,
' vésiculeux , aéré , noir , caillebotté. L’oreillette droite (Contient des caillots d'un noir d'ébène, mous comme du : résiné. Le ventricule gauche contient également des ( caillots de^sang, mais on n’y trouve pas d'air. A. la surface (d’un caillot, gros comme un œuf d’autruche , qui existe (dans l’oreillette gauche, paraît une couenne molle, adhé- ! rente.
1 Poids du cœur vidé et lavé. . ' 49*
Les cavités droites et leurs orifices sont dilatés. La •membrane interne des cavités droites et de l’origine de 1 l’artère pulmonaire présente une rougeur fonce'e , anallogue à celle qui a lieu par l'imbibition cadavérique à la suite de la putréfaction. Elle est à son maximum sur la valvule tricuspide, qui est épaissie, hypertrophiée, fongi- 1 forme dans toute son étendue (cette valvule crie sous l’inistrument qui l’incise).
I Circonférence de l’orifice auriculo-ventriculaire droit, 5 p. a 1.
1 Hauteur delà valvule tricuspide 4 à 6 1.
Le ventricule dilaté est en même temps hypertrophié, ( il offre 4 à 5 lig. d’épaisseur). L’épaisseur des parois du
4io maladies du coeur en particulier;
ventricule gauclie est de à 8 lignes à la base. La substance du cœur est d'une assez bonne consistance, mais elle est un peu jaune.
Les cavités gauches offren t une rougeur moins foncée que celle des cavités droites. Elle est simplement rosée sur les valvules et se confond, par une sorte de dégradation, avec la teinte jaune de l’aorte.
Les valvules sigmoïdes de l'aiTère pulmonaire sont minces , mais celles de l’aorte , surtout vers leur bord libre, sont épaisses comme la dure-mère, et leurs tubercules sont convertis en tissu fibro-cartilagineus. ï^lles peuvent toutefois exactement fermer l’orifice auquel elles sont adaptées.
La valvule mitrale , ses tendons et la portion des colonnes ebarnues la plus rapprochée des tendons sont transformés , soit eu tissu fibro-cartilagineux , soit en matière ca.lcaire. Une concrétion de cette dernière nature , de 6 lig. de largeur , de 4 üg* d’épaisseur , s’est développée dans la lame valvulaire qui regarde l’orifice aortique, La dégénérescence des colonnes n’occupe que leur surface: plus profondément, elles conservent leur aspect ordinaire. Il résulte delà dégénérescence valvulaire un médiocre rétrécissement de l’orifice auriculo-ventriculaire , lequel représente une fente d’environ i o à 1 2 lignes de largeur. Les lames de la valvule sont encore mobiles, mais ne pouvaient fermer qu’incomplélement l’orifice, surtout vers les extrémités. Leur tissu crie sous l’instrument, et est beaucoup plus épais vers le bord adhérent. On voit une érosion de la membrane interne, à l’endroit qu’occupe la concrétion calcaire. La cii’conférence de là valvule est plissée et froncée comme l’orifice de l’anus. La membrane interne de roreillelte gauche conserve sa couleur à peu près normale ; elle a perdu de sa transparence, et s’enlève par lambeaux de plusieurs lignes de longueur, laissant au-
TROIS. CATÉG. d'OBSERVATïOKS DE PÉRIO ARDITÉ . 4» »
dessous d’elle un tissu musculaire dense, plus épais qu’à l’état normal.
L’aorte contient une grande quantité de sang liquide. La membrane interne , en général lisse et polie , offre seulement quelques taches rouges tranchant sur son fond jaune. Toutes les grosses veines sont distendues par du sang à demi-coagulé.
Le poumon droit crépite légèrement à la pression ; il est assez mou, sans adhérence, et présente un léger engorgement à la partie postérieure; a l’incision , il en ruissèle un liquide séreux , mêlé de sang. Son tissu est d’un rouge assez foncé. Les bronches présentent une teinte violette. Le poumon gauche offre des adhérences au’ sommet et en dehors. Plus engorgé que le droit, splénisé en dehors jusque vers son sommet, il s’en écoule, quand on le coupe et qu’on le presse., une sérosité spumeuse mêlée de sang. Son tissu se déchire facilement. Il surnage quand on le plonge dans l’eau.
3“ Orgàn. digest. et annex. — • Le foie est gorgé d’un sang aéré , spumeux-, sa substance est d’un rouge cerise , comme dans un commencement de décomposition. — L’estomac a sa membrane muqueuse d’un l’ouge pointillé; vers la région du gi’and' cul-de-sac, cette mémbi’ane est soulevée par des bulles d’air.
4® OrgaUo de V innervât. — La sui'face du cerveau est humide de sérosité. Il s’en est écoulé une certaine quantité à l’ouverture des méninges. Les fosses occipitales inférieures contiennent chacune une bonne cuillerée d’une sérosité rouge. Le cerveau se soutient assez bien en masse. Les sections pratiquées dans sa substance se couvrent de nombreuses et grosses gouttes de sang. Le ventricule latéral gauche contient une certaine quantité de sérosité vers le pied d’hyppocampe ; le ventricule latéral droit contient aussi de la sérosité non colorée. Les plexus choroïdes sont injectés.
4i2 maladies du coeur en particulier.
La surface et 1 intérieur des couches optiques et des corps striés est injectée et ne présente pas de lésion notable, ni ramollissement, ni IVdiCQ à’ apoplexie .
Le cervelet , coupé par tranches comme le cerveau , n’a présenté rien de particulier. Point de ramollissement, point de foyer sanguin dans la protubérance , ni dans la moelle alongée. L’arlère basilaire et ses ramifications sont exactement remplies par un caillot de sang, décoloré seulement dans quelques points.
Femme de’ 47 aas. — Inflammation de poitrine, à diverses reprises, puis palpitations , bruit de soufflet et craquement pendant les mouvements du cœur. — Voussure de la re'gion précordiale ; matité très étendue dans la
même région; intermittences, irrégularités du pouls, etc Mort plusieurs
années après la première inflammation de poitrine , à la suite d’une récrudescence ne datant que de deux mois. — Adhérence du péricarde qui est épaissi , recouvert d’une plaque calcaire. — Epaississement de la membrane interne du cœur et des valvules. Rétrécissement de l’orifice auriculoventriculaire gauche. — Hypertrophie avec dilatation du cœur.
Gibert (Virginie), âgée de 47 ans, domestique, se livrant habituellement à des travaux pénibles , d’une forte constitution , mère de 9 enfants , dont le dernier n’a que deux mois, futadmiseàlaClinique, le 24 novembre i833. Cette femme a été atteinte, à diflerenles reprises, d’inflammation de poitrine, accompagnée de douleurs dans les côtés; depuis, elle éprouva habituellement quelque gêne dans la respiration. A une époque qu’elle ne précise pas, les membres inférieurs s’infiltrèrent: il lui fut pratiqué des saignées, et cette maladie se dissipa. Elle ne fait remonter la maladie pour laquelle elle entre à l’hopltal , qu’à la date de ses dernières couches. Les j'ambes se sont infiltrées encore une fois, le ventre s’est énormément gonflé, et la dyspnée est devenue extrême. La malade a contracté un nouveau rhume , et dit avoir craché de temps
TROIS. CATÉG. d’observations DE PÉRICARDITE. 4l3
en temps du saug. Le traitement a été à peu près nul.
Voici quel était l’état de la malade au moment de l’entrée. .
Visage livide , plombé ; lèvres gonflées , violettes ; yeux ternes; mains un peu violettes; gonflement des veines extérieures en générai : les veines jugulaires .en particulier sont très dilatées-, noueuses, se gonflent et s’aflaissent pendant les mouvements respiratoires, et présentent, en outre, une pulsation en rapport avec les battements du coeur (pouls veineux); l’înfilti’ation des membres inférieurs eu a presque doublé le volume; cette infiltration a envahi les grandes lèvres. Le ventre est énorme : on y distingue facilement la fluctuation, et la percussion rend un son mat, si ce n’est à la partie supérieure de la cavité où elle fournit un son clair dû. à la présence des intestins. Les hypochondres sont dëjetés en dehors, ce qui dépend de la pression exercée intérieurement contre eux par le liquide épanché dans le péritoine. Les parois^ pectorales et les membres supérieurs sont exempts d’infiltration.
La peau est plutôt froide que chaude; la malade dit même éprouver du froid aux extrémités et de temps en temps des frissons.
Le pouls est petit, irrégulier, inégal, intermittent, assez résistant toutefois, et un peu vibrant: on compte 128 pulsations par minute.
Oppression extrême ; orthopnée; parole entrecoupée (48 à 52 inspirations par minute ). Crachats séro-muqueux, mousseux.
L’application de la main sur la région précordiale fait sentir un mouvement vibratoire ( frémissement cataire) très prononcé: ib semble que la main soit appliquée sur une corde de violon mise en vibration ; en même temps , la main est frappée par une grosse masse dont l’étendue est au moins égale à la sienne; les batte-
meiils du cœur, très forts et très étendus, sont en ne peut plus irréguliers, inégaux, intermittents; ils soulèvent et ébranlent fortement la région précordiale et les endroits les plus voisins ; ils repoussent vivement le stéthoscope appliqué sur la région précordiale. La pointe du cœur répond au espace intercostal ; et de la pointe du cœur a l’extrémité inférieure du sternum il y a une distance de 5 pouces. Verticalement, les battements du cœursefontsentirdansuneétenduede3à4pouces (7“, 6e, 5® , et 4* espaces intercostaux]. La percussion rend un son mat dans une étendue double de l’état normal; cependant il y a un peu de résonnance dans l’endroit qui répond à la moitié gauche des cavités gauches , ce qui lient à ce que cette moitié est recouverte par une lame du poumon.
On entend dans la région précordiale un bruit de soufflet , de scie ou de râpe qui masque et absorbe complètement le double bruit du cœur. Ce bruit de soufflet qui paraît continu au premier abord , se décompose néanmoins en deux autres qui se succèdent presque sans intervalle, mais dont le second est moins fort que le premier. lie maximum .d’intensité du bruit de soufflet ou derâpe répond aux orifices auriculo-venlriculaire gauche et aortique, et à la partie inférieure du sternum. D’ailleurs, on distingue ce bruit, en auscultant les divers points de la cavité thoracique, à un degré en général d’autant plus faible qu’on s’éloigne davantage de la région pi’écordialc. Il est très fort sous les clavicules et sur les parties latérales du cou.
La percussion de la partie antérieure de la poitrine fournit un sou clair: on y entend par intervalles, un ronflement sec. En arrière (1), la résonnance est j^arlout
(i) La région dorsolç du rachis offre une gibbosité assez saillaiile.
TROIS. CATÉG. d’OBSRRVATIONS DE PÉRTCARDTTE. 4>5
généralement assez bonne, mais on y entend un râle muqueux à bulles plus ou moins grosses.
La malade est dans un état d’anxiété et de jactitation continuel; elle ne goûte pas un instant de sommeil complet , ce qui tient à la fols et à l’étouffement et à la fréquence des quintes de toux.
Langue nette , un peu rouge, humide; appétit bien conservé, quoique la malade mange très peu, sous peine d’augmenter l’anxiété et l’étouffement ; point de dévoiement.— ^^Les urines coulent normalement.
■' Diagnostic. Induration valvulaire avec j'étrécissement de V.un des orifices gauches; hypertrophie énorme du cœur avec dilatation, surtout dans les cavités gauches', congestion séro-sanguine de la partie déclive des poumons ; bronchite.
Pronostic. La maladie est évidemment au-dessus de toutes les ressources de la médecine , on ne peut qu’espérer de pallier les symptômes; toutefois , l’état actuel est tellement grave que la mort peut arriver très prochainement. I
Prescription. — Till, orang. , sir. de gomme. ; pot. gomm. avec sir. point, d' asperg. et digit. en poud. gr. viij; 2 pii, debell. d’ un quart de gr. chacune; 2 bouilli ; 2 pot.
a5 et 26. Peu de changement : la malade restant inclinée sur le côté droit, les parois pectorales et le membre supérieur correspondant deviennent le siège d’une infiltration énorme , tandis que les parties correspondantes sont comme desséchées par le marasme dans lequel la malade est tombée. On remarque une teinte fortement roulllée dans la matière de l’expectoration; les grosses veines qui sillonnent les parois abdominales et pectorales se gonflent extraordinairement pendant les efforts de toux. [On augmente graduellement la dose de la digitale, et Ion ajoute quelques tasses de lait aux bouill. et aux polag. )
4x6 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
Sous l’influence de ces moyens et du repos , nous vîmes s’améliorer chaque jour Tétât de la malade. Sarespiration devint plus facile; elle put rester couchée dans son lit et dormir une grande partie de la nuit ; la toux et l’expectoration cessèrent presque entièrement; une abondante diurèse et une diarrhée séreuse furent suivies de la disparition complète de Tanasarque et de l’ascite. Le pouls se ralentit , devint beaucoup moins irrégulier et intermittent , en même temps qu’il doubla de volume ; cependant le bruit de soufîlet ou de râpe resta [le même, les battements du cœur conservèrent leur force et leur étendue , el la région précordiale nous offrit une voussure notable. Les cartilages des 3% 4* et 5® côtes gauches, par exemple', dépassaient d’une ligne à une ligne et demie le niveau des cartilages correspondants du côté opposé. La main appliquée sur la région précordiale était fortement repoussée par une grosse masse, dure et frappant un coup sec; le frémissement cataire était moins prononcé, et le maximum d’intensité du souffle indiqué existait dans la moitié gauche de le région précordiale (chaque jour, le cœur fut exploré avec la plus grande attention). A travers les parois aflTaissées de Tabdomen , on distinguait très aisément le foie , qui dépassait de 4 à 5 pouces le rebord cartilagineux des côtes ( la percussion rendait un son mat dans tout l’espace où la main circonscrivait la portion du foie saillante au-dessous du rebord cartilagineux des côtes). Les veines des parois abdominales, plus saillantes que pendant la distension de ces parois par l’épanchement, étaient devenues flexueuses.
Le pouls était descendu à 6o pulsations par minute , et le nombre des inspirations, pendant le même espace de temps , n’était que de a4 à 28.
Celte femme était en quelque sorte ravie d’un soulagement aussi inespéré, etsurvenu dans l’espace de trois semaines: toutefois, elle était un peu tourmentée par
TROIS. CATÈG. d’observations DE PÉRICARDITE. 4 17
un sentiment de ténesme et d’ardeur pendant l’émission des urines et des raatièi'es fécales.
On suspendit L'emploi de la digitale dont la dose avait été portée à dix-huit grains. Des bains de siège et même quelques bains entiers y des lavements émollients avec addition de laudanum et d'amidon, des cataplasmes narcotiques, des boissons gommeuses et un régime sévère {bouill., pot., lait), calmèrent les symptômes d’irritatiqn qu’offraient la vessie et le gros intestin.
La malade ne tarda pas à pouvoir manger le quart.
Les 25 , 26 et 27, on s’aperçut que le ventre se gonflaitde nouveau, et eneiaminant les membres inférieurs, nous trouvâmes un état œdémateux des pieds. La malade toussait aussi plus qua l’ordinaire, pouvait à peine se remuer dans son lit ,'etse plaignait de souffrir dans la région dusacrum et des parties voisines sur lesquelles portait surtout le poids ducorps. Il existait un peu de dévoiement avec quelques épreinles; l’écoulement des urines n’était I plus douloureux. — Persistance du bruit de soufflet, i On continua les moyens indiqués plus haut, et les aliments furent diminués. .
Les jours suivants, les douleurs s’apaisent; diminution de la fréquence du pouls ( 20 gr\ de pond, digit.).
3i. Retour à l’état ordinaire sous le rapport général. Pouls à 56-6o , avec quelques intermittences : grâce au ralentissement du pouls, on distingue très bien un quadruple mouvement et un quadruple bruit du cœur^ ce qui n’avait été que confusément observé pendant la durée deTaccélération des battements ducœur. Les deux bruits intermédiaires se succèdent coup sur coup et ressemblent à un craquement un peu sec; le dernier est un souffle très pur et le premier un mélange du bruit normal et d’un léger souffle : cest après le dernier bruit tel que nous l’avons Indiqué, que les intermittences ont lieu.
I , 2 et 3 janvier 1834» L’enflure et l’ascite font des J.
4l8 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
progrès; les écorchures de la partie postérieure inférieure du tronc augmentent ; pouls à 1^6 , composé de pulsations, les unes assez développées, les autres petites; persistance du bruit de souffle ; ce bruit se partage toujours en deux: le plus fort, plus prolongé, est isochrone au pouls; le second, plus court, plus faible , plus étouffé, correspond à la dilatation du ventricule et à la contraction de l’oreillette.
Les veines jugulaires, toujours gonflées, offrent très distinctement le phénomène du pouls veineux; la pulsation est plus marquée à la veine jugulaire gauche où vient se rendre une grosse veine , qui part de la région axillaire et monte obliquement vers l’extrémité sternale de la clavicule.
L’oppression augmente graduellement. L’appétit est bien conservé, et la malade se plaint de n’avoir pas assez du quart. Elle va, dit-elle, toujours diflBcilement à la garde-robe.
Les jours suivants , augmentation des congestions séreuses ; attitude des derniers progrès de la maladie : assise sur le bord de son lit , les pieds appuyés sur une chaise, cette malheureuse, dont le ventre et les membres sont énormes , étouffe et ne goûte aucun sommeil ; le râle humide qu’on entend h la partie postérieure de la poitrine (deux tiers . inférieurs ) nous fait soupçonner qu’un œdème du poumon s’est joint au catarrhe. Bruit de scie ou de lime comme à l’ordinaire.
Dans la journée, probablement à, la suite du refroidissement auquel son attitude l’a exposée, elle est prise d’une douleur du côté droit avec augmentation de la toux et de l’oppression , qui devient extrême.
17. La malade est couchée, pousse des cris plaintifs , étouffe et n’a plus la force de se remuer : elle cherche le frais, et se sent soulagée quand on la découvre ; le pouls, redevenu inégal, irrégulier, petit, bat 128 par minute;
TROIS. CATÉG. d’OBSERVATIONS DE PÉRICARDITE. 4l9
les baltements du cœur sout encore assez forts et accompagnés du bruit de scie ou de râpe, tant de fois indiqué. — Tout semble annoncer une fin prochaine.
Scarification aux membres inférieurs.
19 et 20. Une énorme quantité de sérosité s’écoule par les scarifications. La malade se sent soulagée, respire beaucoup moins diflScilement, mais tousse toujours. — Le j)OuLs veineux des jugulaires est plus marqué que jamais; il est isochrone au pouls artériel. La compression de la veine vers la partie moyenne du cou, n’empêche pas complètement la pulsation dans la partie de la veine inférieure au point comprimé (1).
28 janvier. L’infil tràtioii est énorme, ainsi que l’ascite. La malade, complètement privée de sommeil, ne sachant quelle position garder, écorchée dans les endroits qui supportent le poids du corps, tourmentée pai' un étouffement continuel, voit approcher ses derniers moments et ne répond à nos questions qu’en disant qu’elle aura bientôt cessé de soufirir. Le pouls est imperceptible ; les battements du cœur sont irréguliers, inégaux, tumultueux , mais plus faibles que les jours précédents. Le bruit de souffle qui les accompagne a beaucoup perdu de son intensité. — Tout fait présager que ce jour sera le dernier de cette malheureuse...,
Elle expire en effet dans la journée.
Autopsie cadavérique i8 à 20 h. après la mort, i” Habit, extér. — Le visage présente une teinte violacée, à peu près comme si la malade était morte asphyxiée.
Le ventre est énormément distendu; les membres sont infiltrés, flasques , sans rigidité.
2“ Org. circul. et respir. — Le péricarde est épaissi, fibro-cartilagineux. En quelques points il a contracté de
(i) Tout ceci prouve bien que le pou/s veineux est dû au reflux du sajig 1 pendapt la contraction du ventricule droit.
très fortes adhérences avec la surface du cœur. — A runion du ventricule droit avec le gauche, existe une plaque calcaire, large, épaisse, faisant un relief assez prononcé à la surface du cœur (i).
Le tissu cellulaire qui entoure le péricarde est légèrement infiltré.
Le cœur sl 5 pouces de largeur et 3 pouces 1/2 de hauteur (dans l’étendue de sa. surface qui n’est pas recouverte par les poumons). Sa pointe répond au sixième espace intercostal. Les deux poumons adhèrent au péricarde par du tissu cellulaire fibreux, ancien et bien organisé.
L’étendue transversale du cœur, encore contenu dans le péricarde, mais complètement dégagé de ses rapports avec les poumons, est de 6 pouces.
Les cavités du cœur (les droites principalement) sont distendues par une grande quantité de sang.
Vidé du sang qu’il contient, le cœur conserve un volume au moins double de celui du poing du sujet.
Il pèse 5 00 gram. (une livre).
L’om7/e//e droite est assez vaste pour contenir le poing, et ses parois ne sont pas amincies. Sa rnefnbrane interne , épaissie dans plusieurs points , présente une teinte plus opaline qu’à l’ordmaire, une consistance presque tendineuse j et une épaisseur d’une demi-ligne. L’oreillette communique largement avec le ventricule coi’respondaiit.
he 'ventricule droit est d’un bon tiers plus grand qu’à l’état normal; ses parois ont 4 lignes d’épaisseur à leur partie moyenne. (Du sang noir, malgré le lavage, est resté comme emprisonné dans les mailles fermées par les colonnes charnues.)
La circonférence de l’orifice auriculo-ventrlculaire droit estde 4 poucesblig.; la 'valvule tricuspide , étroite en rai-
(1) C’éiaii-là probahlenicnl la cause du crafjueraeiU sec indique préce demmcul (pag. 4’ 9)-
TROIS. CATÉG. d’OBSERVATIONS DE PÉRICARDITE. [\1X
son de Tétendue de sa circonférence, est incapable de fermer complètement l’orifice qu’elle box’de (i). Généralement un peu épaissie , elle lest surtout à son bord adhérent et vers les pointes de sa triple division.
La circonférence de Vorifice vcntriculo-pidmonaire est de 2 pouces ^8 lig. Les valvules pulmonaires sont mobiles, mais épaissies à leur bord adhéi’en t , qui est véritablement tendineux et crie sous le scalpel. L’artère pulmonaire elle-même est sensiblement à l’état normal.
Le ventricule 'gauche a une capacité moindre que celle du droit*, ses parois, à leur partie la plus épaisse, ont de lo à 11 lignes d’épaisseur.
Circonférence .de Vorifice aortique , 2 pouces 5 lig.
Les valvules aortiques sont très épaissies, transformées en tissu fibro-cartiJagineux : elles ont une demi-ligne d’épaisseur , et -peuvent fermer complètement l’orifice ventriculo-aortique.
JJ oreillette gauche a une capacité d’un tiers moindre que celle de la droite : sa membrane interne présente une teinte opaline et quelques rides; en la séparant du tissu cellulaire sous-jacent , elle ojffre une texture fibreuse et ressemble a la dure-mère, La substance musculaire sous-jacente est légèrement hypertrophiée.
L’orifice auriculo-ventriculaire gauche , vu du coté de l’oreillette, est iufundibuliforme. Il représente une fente dontle grand diamètre est de 8 lignes, et le petit de 8 lig. 1/2 (af.’ De ce même côté, toute la circonférence de l’orifice est plisséeet froncée comme une boiu’se fermée. La'valvule bicuspide , complètement déforme'e, inhabile à exécuter ses mouvements ordinaires, est transformée en un anneau de tissu fibro-cartilagineux. (La circonférence de labase de cette valvule est de 2 pouces 7 lig.)jE'//e est chagrinée à sa
(i) Ceci rend raison (lu pouls veineux (pag. 4’9). (■;>) Cet orifice admet ii.peinc l’extrenaité cIc V index ,
surface, comme si elle avait été le siège (ï une cicatrisation.
La substance musculaire du cœur est un peu brune et d une consistance moyenne.
La membrane interne de l’aorte ascendante est polie : quelques taches jaunes vers l’insertion des valvules semilunaires.
L rtorfe abdominale et thoracique, souple, élastique , un peu jaune, a perdu un peu de son calibre.
Les grosses veines sont distendues par du sang noir en abondance.
Les poumons adhèrent à la plèvre par du tissu cellulaire ancien ; le droit a un volume presque double du gauche(i). Le premier, dont les adhérences sont infiltrées comme le tissu cellulaire extérieur, est gorgé de sérosité; le gauche en contient moins, quoiqu’il soit aussi œdémateux. La membrane queuse des bronches est d’une couleur rouge-viol ett e
3“ Organ. digest. etannex. — Le péritoine contient une énorme quantité d’une sérosité d’un jaune doré, qui, en lavant et macérant la surface des viscères abdominaux, leur a donné une teinte d’un blanc opalin.
Foie ratatiné, inégal, rugueux à sa surface (le péritoine qui le recouvre est épaissi); il offre un volume énorme et dépasse de 3 pouces le rebord cartilagineux des côtes : il s’étend jusque dans l’hypochondre gauche et a refoulé en haut le poumon droit et le cœur lui-même. Vers la partie qui correspondà la veine cave supérieure, existe un kyste qui,api’ès avoir été vidé de la matière albumineuse qui le remplissait, aurait pu contenir le poing. Il est inégal, rugueux à sa paroi interne , qui offre une consistance fibro-cartilagineiisc. Le tissu du foie, gorgé d’une énorme quantité de sang, est plus dense qu’à l’e'tat normal.
(i) Celle différence lieiu snrioul à l’an{;monl<TÜon du volume du cœur, el par suite à (a ccniprc^sion e.sereife sur le poumon {raucltc.
TROIS, catég. d’observations de péricardite. 4^3
U estomax: présente une injection disséminée ; la consistance et l’épaisseur de la membrane muqueuse sont normales.
Les reins et la rate sont légèrement atrophiés, sans doute à la suite de la pression exercée sur eux par la sérosité.
Homme de 4o ans. — Ancienne inflammation de poitrine, à la suite de laquellesnrviennent'les symptômes d’une maladie dite organique du cœur; palpitations; bruitde soufflet; étouffement; infiltration, etc. — Mort trois ans environ après le début de l’inflammation de poitrine. — Adhérences organisées du péricarde; plaques laiteuses; sérosité dans la portion de la cavité non adhérente. — Induration des valvules droites et gauches avec rétrécissement des orifices gauches. — Hypertrophie et dilatation du cœur.
Henry Piran, âgé de 4o ans, journalier, assez fortement constitué, était malade depuis trois ans , lorsqu’il fut admis dans le service de la Clinique (n® 36, salle St.- Jean-de-Dieu) , le 2 juillet 1 834» La maladie à laquelle il fait remonter les accidents qu’il présente, se manifesta à la suite d’un refroidissement succédant à une abondante transpiration: il donne le nom de courbature à cette maladie qui paraît avoir consisté en une violente inflammation de poitrine. Il l’eprit ses travaux fatigants, avant d’être complètement rélabli, et les continua six semaines, bien qu’il se sentît chaque jour plus faible et plus souffrant. tË’est alors qu'’il éprouva des palpitations de cœur qui ne l’ont pas quitté depuis deux ans et demi, qui l’ont, à plusieurs reprises , obligé de cesser toute espèce d’occupation pénible , et pour lesquelles il est entré successivement à l’hôpital de la Charité d’abord (service de M. Lerminier), puis à l’hôpital Beaujon. Depuis deux mois environ qu’il est sorti de ce dernier hôpital , il est resté chez lui sans rien faire. L’enflure des membres inférieurs, 'qui existe flepuls très long-temps , a fait des progrès , mais il
n’a pas craché le sang , comme cela lui arriva pendant son séjour à rhôpital Beaujon.
Dans le cours de sa maladie, il a souvent éprouvé des tintemenfs d’oreille, des étourdissements ; iV a vu des Muettes, mais il n’a jamais perdu connaissance. Exploration du 3 juillet, le lendemain de lentrée : Infiltration énorme des membres inferieurs et du scrotum (i); ascite très considérable; visage gonflé , livide; lèvres violettes, grosses; physionomie portant l’empreinte de l’anxiété; yeux fatigués; dilatation des ailes du nez pendant l’inspiration ; attitude demi-assise dans son lit; insomnie.
Pouls à io4 y inégal , intermittent, petit, presque insensible; veines jugulaires gonflées; battements des carotides assez forts , sans frémissement vibratoire ni bruit de soufflet.
La région précordiale offre une voussure très prononcée ( une corde menée de la partie moyenne du sternum jusqu’au mamelon gauche a 4 pouces 6 lignes d’étendue, tandis qu’une autre corde menée de cette même partie moyenne du sternum jusqu’à ir^amelon droit, n’a que 4 pouces 1 ligne de longueur).
La percussion de la région précordiale donne de la matité dans l’étendue de 3 pouces 3 lig. de haut en bas, et de 4 pouces 1/2 transversalement.
Les battements du cœur soulèvent médiocrement la main et sont accompagnés d’un frémissement vftratolre obscur : ils sont confus , tumultueux.
En appliquant l’oreille sur la région précordiale, on entend, pendant la contraction ventriculaire, un tintement métallique produit par le choc delà pointe du cœur et un bruit de soufflet qui remplace le premier bruit de
(i)La circonlcrcucc du ventre, au niveau de rombilic, est de 35 pour. 4 Ii{i.
TROIS. CA.TÉG. d’OBSERVATIONS DE PÉRICARDITE. ^2^
cet organe; le second bruit est également accompagné d’ua bruit de souffle , mais plus court et moins fort que celui dont il vient d’être question. Ce double bruit de soufflet existe dans toute la région précordiale , et même dans toute l’étendue de la poitrine; mais son maximum d’inr tensité occupe le point correspondant aux orifices gauches.
Toux par quintes assez violentes; crachats mousseux; bonne résonnance dans les deux côtés de la poitrine ; respiration saccadée, incomplète , rude et légèrement soufflante à gauche.
Le malade dit avoir conservé l’appétit, mais il digère péniblement et a du dévoiement depuis trois semaines.
Diagnostic. Ancienne péricardite ? hypertrophie géné~ raie et dilatation du cœur ; induration des 'valvules gauches avec rétrécissement de l'un des orifices, peut-être des deux.
Deux saignées de trois palettes, des ventouses scarifiées sur la région du cœur (a à 3 pal. ), l’administration de la poudre de digitale dans une potion (6 à 12 grains), secondées par le repos, le régime et les boissons adoucissantes, amenèrent un sensible soulagement. Le pouls tomba à 44 puis., se régularisa et devint plus volumineux; l’infiltration et l’anxiété diminuèrent (la circonférence du ventre perdit unpouce de son étendue) , ainsi que la dyspnée; d’ailleurs le bruit de soufflet persista toujours (1) : on entendait les bruits du eœur à quelque distance de la poitrine. Le frémissement vibratoire de la région précordiale se fit sentir aussi dans les carotides et les sous,-clavières.
L’amélioration ne se soutint pas long-temps. L’application d’un vésicatoire sur la région précordiale, les diurétiques, plus tard une nouvelle saignée, furent vainement employés. Le pouls était vibrant^ mais contrastait
(1) Celui qui remplaçait le premier bruit du Cœur e'tait proloagé conjme file , et se terminait par un le'ger sifllemenl musical,
4a6 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
par sa petitesse avec l’étendue des battements du cœur; les urines devinrent brunâtres, bourbeuses; l’étouffement, l’anxiété et l’insomnie ne laissaient à ce malheureux aucun instant de relâche ; l’infiltration gagna les téguments du ventre et de la poitrine; les mains et les avant-bras s’enflèrent à leur tour ; le visage se décomposa ; les extrémités se refroidirent, et la mort arriva le 28 août à 3 heures et demie, environ deux mois après l’entrée.
Le jour même de la mort, lorsque le pouls était devenu insensible , les battements du cœur étaient encore assez forts. Chaque jour , l’exploration du cœur fut faite avec soin par un grand nombre de personnes, et constamment on trouva les signes indiqués plus haut ( voussure de la région précordiale, matité, double bruit de soufflet, frémissement cataire , etc. ).
Autopsie cadai^. 17 heures après la mort.
1° Habit, extér. — • Infiltration considérable des membres inférieurs et des parois abdominales. (Il s’est écoulé, à la section de l’abdomen, une grande quantité de sérosité citrine claire. )
2° Org, resp. et circul. — Le poumon droit adhère, par son côté externe et postérieur aux parois costales, par un tissu cellulaire infiltré de sérosité.
Le poumon gauche présente aussi quelques adhérences fibro - cellulaires . Du reste , ce côté contient un demiverre de sérosité citrine. Le poumon gauche recouvre les trois quarts environ des cavités gauches du cœur.
La portion dn cœur non recouverte par les poumons a 5 pouces 3 lignes de haut en bas , et 4 pouces et demi transversalement , c’est-à-dire exactement la meme etendue j que la matité précordiale. i
Le péricarde couliout environ 3 cuillerées de sérosité ^ d’une teinte acajou. 11 est dislcudu en proportion du volume énorme du cœur, mais ses parois sont plutôt épaissic.s qu'amincies, et le Jcuillet (jui fccouvrc le cœw'
TROIS. CATÉG. d’OBSERVATIONS DE PERICARDITE. 427
sente des plaques laiteuses à la pointe de cet organe, mais particulièrement à l’origine de V artère pulmonaire et de l'aorte , ainsi que sur l'oreillette droite , à sa partie antérieure. Ces plaques sont unies au péricarde par un tissu cellulaire assez serré, mais se détachent en lames en les tirant avec la pince. Toute la surface extérieure du cœur est le siège d'une rougeur pointillée , 'vive , distribuée en quelques endroits par taches sanglantes .
Vide et lavé, le cœur pèse 628 grammes (1).
Il offre à peu près le volume d’un cœur de veau.
Le sang contenu dans les cavités droites est en partie liquide , en partie coagulé; il est d'un rouge foncé.
Le ventricule di’oit a une cavité d’un bon tiers plus considérable qu’à l’état normal : ses colonnes charnues sont très multipliées, très épaisses, depuis la pointe jusqu’à la base : il communique largement avec l’oreillette. La valvule tricuspide, épaissie dans toute son éteudue, est transformée en un tissu fibro-cartilagineux , criant sous le scalpel , mais d’ailleurs mobile , et pouvant fermer bien exactement l’orifice : l’épaisseur d’une des lames de la valvule est d’environ une demi-ligne. L’oreillette est dilatée en proportion d u ventricule, et ses parois sont sensiblement épaissies. Vers le point où la membrane interne se réfléchit autour de la valvule tricuspide , cette membrane est convertie elle-même en tissu fibrocartilagineux trèsrésistant, et elle est tellement adhérente au tissu sous-jacent, qu’on ne peut l’en détacher. La surface interne des deux cavités droites présente une teinte d’un rouge assez foncé. Les valvules de l’artère pulmonaire , rougeâti’es , sont bien conformées et sans altération de texture ; l’origine de l’artère pulmonaire offre une teinte d’un rouge orangé , distribuée par rubans.
(1) Avant d’avoir été vide, le cœur, y compris l’origine des gros vaisseaux, pesait 71^8 grammes.
4a8 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
Circonférence de l’orifice aurlculo-ventriculaire droit', 5 pouces 4 lignes.
De l’eau versée dans l’origine de l’aorte , pénètre en partie dans la cavité du ventricule gauche, au moyen d’une ouverture arrondie que laissent à leur centre les valvules sigmoïdes de l’aorte, réunies en une espèce d’anneau qui sera décrit yjlus bas. Le ventricule gauche pouvait contenir un gros œuf d’autruche. Les parois ont , à leur base, 1 3 lignes d’épaisseur.
L’orifice de l’aorte, considérablement rétréci, a 2 pouces I lig. de circonférence. Les valvules sigmoïdes indurées, épaissies dusommetà la base, crient fortement sousle scalpel , comme un fibro-cartilage, dont elles présentent l’aspect. La surface des section s qu’on y px’atique a plus d’une ligne de hauteur. L’orifice qu’elles circonscrivent, constitue une espèce de trou, du diamètre de 4 lignes. Ces valvules* ainsi indurées, hypertrophiées, réunies de manière à ne former qu’un anneau, ne pouvaient pas jouer librement. Elles sont d’un rouge ponceau à leur surface, ainsi que le commencement de l’aorte.
L’orifice par lequel le ventricule gauche communique avec l’oreillette, est rétréci au point de ne permettre que l’entrée du bout du doigt. Du côté de l’oreillette , il se présente sous la forme d’un entonnoir à circonférence plissée, ridée comme l’orifice de l’anus. Les deux, lames de la valvule mitrale, réunies Tune à 1 autre, forment une espèce d’anneau ou de cercle , où viennent s insérer des colonnes charnues très vigoureuses ayant leurs tendons confondus avec l’anneau fibreux. Le tissu de celui-ci crie fortement sous le scalpel, et dans plusieurs points de son étendue on trouve du tissu fibro-carlllagineux , ou même des plaques calcaires qui se brisent comme une épaisse coquille d’œuf. La surface des fractures est granulée et comme sablonneuse; ce qui tient. à la piéseucc d’une matière crétacée , comparée assez justement par
TROIS. CA.TÉG. d’observations DE PÉRICARDITE. 4^9
quelques assistants h des pépins de poire. La valvule offre une épaisseur de plusieurs lignes (3 ou 4)* Vers son bord adhérent, existent quelques masses de tibrine analogue à de la chair hachée : elles sont entortillées autour de la valvule.
L’oreillette gauche est proportionnellement moins dilatée que la droite. La membrane interne est d’un rouge foncé , ainsi que celle des ventricules. Elle se détache facilement de la couche musculaire,' et n’est pas notablement épaissie.
La substance musculaire du cœur , un peu brune, se déchire avec facilité et pai’aît un peu sèche.
Le système des grosses veines est générâlement gorgé d’un sang noir, dont une grande partie s’est échappée à l’ouverture de la poitrine.
L’aorte pectorale et abdominale présente la rougeur foncée Indiquée précédemment : on n’y trouve aucune tache, aucune incrustation , soit fibro-carlllagineuse , soit calcaire. La rougeur de l’aorte se continue dans les artères auxquelles elle donne naissance.
Les deuxpoumôns sont volumineux, assez pesants, gorgés de sang et de sérosité à la partie supérieure et postérieure. Dans ces endroits, leur tissu se déchire avec facilité , comme dans le deuxième degré delà péripneumonie. Le liquide qui découle des Incisions , plus séreux que sanguin, est d’une teinte orangée. Les bronches et leui's ramifications sont engouées d’un liquide spumeux , et offrent une couleur d’un rouge-violet foncé.
Vers le bord antérieur de l’un des poumons, existe une petite tumeur contenant un pus blanc, crémeux, homogène , enveloppé dans une espèce de kyste à parois inégales et sans lésion du tissu pulmonaire.
3o Organ. digest. et annex. — La rate adhère de toutes parts avec le péritoine , et présente des plaques blanches, fibreuses , en divers endroits de sa surface
43o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
On trouve dans sou intérieur une tumeur d’une matière jaunâtre ressemblant à la substance d’un champignon , se déchirant avec facilité ,et ayant la forme et le volume d’une olive, enchatonnée dans la substance de la rate, mais non enkystée.
Les reins, volumineux, ont leur substance mamelonnée et tubulaire d’un rouge-violet ; la substance corticale est d’un rouge plus faible : par la pression ou en fait sourdre une urine un peu laiteuse. Le rein gauche est d’un bon tiers plus volumineux que le droit.
Le foie est ratatiné. Cet organe est gorgé de sang très liquide 5 la membrane interne de ses veines offre une rougeur à’imbihition ; la vésicule a ses parois très notablement épaissies. >
La vessie, contractée sur elle-même, ressemble eu quelque sorte à un utérus ; elle pouvait à peine contenir une noix ; mais sa membrane interne, d’un blanc grisâtre, est tout-à-fait saine.
RÉFLEXIONS
Ce malade, comme la plupartdes sujets des observations de cette catégorie, nous offre un déplorable exemple des suites funestes des inflammations aiguës mal traitées et mal guéries. Toutes ces graves lésions que nous avons rencontrées dans les différents tissus du coeur, ont, eu eÜet , pour origine commune l’inflammation de poitrine qu’il avait éprouvée trois ans avant sou entrée dans noU*e service. A cette époque, la plèvre et les ])0u nions , la membrane externe et la membrane interne du cœur furent probablement frappés tous à la lois d’une inflammation qui ne céda qu’incomplétement aux moyens employés pour la combattre. Le malade reprend ses occupations avant son entier rétablissement , et attise ainsi en quelque sorte le feu mal éteint de l’inflammation des tissus du cœur. Cependant, celle-ci ne s’élève point de nouveau
TROIS. CATÉG. d’observations DE PÉRICARDITE. 43l
jusqu’à l’état aigu ; mais peu à peu les tissus dans lesquels s’opère une nutrition et une sécrétion exubérantes à la fois et vicieuses, s’épaississent, s’hÿperti’opbient , se dou- Lient de productions accidentelles; et comme de telles lésions, lorsqu’elles affectent les valvules du cœui’, ne lardent pas à constituer un obstacle mécanique invincible à la circulation, l’individu est voué désormais à une mort inévitable.
Nous n’avons fait que soupçonner ici la péricardite, attendu que les suites de cette maladie n’apportaient par elles-mêmes aucune modification notable dans les fonctions du centre circulatoire. Mais nous avons reconnu , de la manière la plus positive, la lésion des valvules, des orifices et delà substance musculaire du cœur, lesquelles ne peuvent jamais exister à un haut degré sans se révéler par des symptômes locaux et généraux de la dernière évidence.
Le cas suivant nous offrira' un nouvel exemple de l’inflammation combinée du péricarde, de la plèvre et du péritoine, avec ossification partielle du péricarde (r).
observation 25*.
Kemme de 5â ans. — Symptômes ordinaires d’unemaladle organicjut du cœui (oppression, bruissement dans la re'gion du cœür, infiltration, etc.).-- Mort plusieurs anne'es après le début de ces symptômes. — Adhérences intimes de la plèvre de la base du poumon gauche avec la surface externe du l'éricarde. — Adhérences entre les faces opposées de la surface interne de ce dernier j nombreuses ossifications siégeant, les unes entre la membrane séreuse et le tissu fibreux du péricarde, lés autres entre le tissu musculaire et le feuillet séreux du eœur. — Perforation du péricarde par l’une de ces ossifications. vers la pointe du cœur , et par suite foyer purulent sur la face supérieure du diaphragme. «
Ua commissionnaire , âgé de 58 ans, était affecté, de-
(i) Cette observation et la suivante font partie de celles qui me furent remises par M. Bcrtiu , pour la rédaction du Traité des maladies du cœur.
43a .MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
puis huit ans, d’une dyspnée continuelle; et quand il montait un escaliei’, ou qu’il exécutait quelque mouvement considérable, il était pris d'un étoufl’ement qui le forçait à s’arrêter.
La face était bouffie, livide; les lèvres violettes; le pouls petit, fréquent, irrégulier, quelquefois intermittent. On sentait un bruissement particulier dans la région du cœur.
Ces symptômes ne s’étant développés que lentement, ils inquiétèrent peu le malade, qui ne leur opposa aucun traitement, et ne se décida à venir à l’hôpital qu’au moment où les jambes commencèrent à s’infiltrer.
Aux phénomènes indiqués se joignait alors un son mat dans tout le côté gauche de la poitrine, et de temps en temps il survenait des paroxysmes durant lesquels la suffocation était imminente.
Ou se borna à l’emploi des diurétiques pour remédier à l’œdématie et à l’épanchement séreux que le son mat semblait indiquer.
L’infiltration s’étant dissipée, et le son étant devenu assez clair à la partie supérieure de la poitrine , le malade crut pouvoir sortir de l’hôpital ; mais les mêmes symptômes ne tardèrent pas à l’y ramener : ils cédèrent encore une fois aux apéritifs. Deux ans se passèrent dans cet état douteux, et le malade restait rarement trois mois sans venir chercher du secours à l’hôpital. Outre les symptômes indiqués, il y apportait quelquefois un catarrhe pulmonaire. Cependant, sa constitution s’affaiblissait chaque jour, et le i8 août 1809, il entra, pour la dernière fois, à notre hôpital. L’appareil des symjrtômcs n’élait plus le même; la figure avait perdu sa bouffissure et sa lividité, pour revêtir le caractère qui aunonce les ^ affections chroniques douloureuses de l’abdomen; le teint était jaune et plombé, les joues creuses, les yeux ternes, les traits grippés, le pouls conservait de la petitesse et de
TROIS. CATÉG. d’oBSERVATJONS DE PÉRICARDITE. 4S3
rirrégularité , mais il était plus' faible et plus mou; la dyspnée était moins violente; le tborax rendait un son clair dans toute son étendue; on sentait à peine les battements du cœur; l’abdomen était tendu et partout douloureux ; on y sentait le flot d’un liquide assez'abondant; il existait de la constipation. — Les toniques unis aux apéritifs firent la base du traitement, mais il n’en résulta aucune amélioration. Quelques jours ayant la mort, qui aiTÎva le 2 septembre, il se manifesta du délire et du dévoiement , avec décomposition totale des traits de la face.
Autopsie cadavérique.
En dehors, le péricarde avait contracté des adhérences intimes avec le poumon gauche , et en dedans avec la surface du cœur ; il présentait de nombreuses ossifications qui avaient leur siège entre la membrane séreuse et fibreuse d'une part, entre La séreuse et le cœur d'autre part. L'une de ces ossifications , plus considérable , terminée 'en pointe vers le sommet du cœur, avait perforé le péricarde, et donné lieu à la formation d'un foyer purulent assez étendu sur la face supérieure du diaphragme. On observait une autre ossification circulaire qui figurait une sorte de couronne autour de l'oreillette droite , et qui était aussi placée entre son tissu et le feuillet séreux qui se déploié sur lui.
Le péritoine offrait des traces très évidentes de plilegmasie ; des masses de fausses membranes réunissaient entre eux tous les viscères de l’abdomen , le diaphragme et les parois abdominales. Ce n’était qu’après avoir enlevé avec peine ces nombreuses adhérences , que l’on l’econnaissaitles circonvolutions intestinales, réunies auparavant en une sorte de globe : on. apercevait ça et là d’énormes foyers purulents qui ne communiquaient point entre eux , et dont chacun contenait un liquide grisâtre.
Pour terminer cet article , je vais rapporter une obser-
valiou dans laquelle üne péricardite coïncidait avec une tumeur sie'geant sous le sternum , tumeur que l’auteur de l’observatiou a considérée comme étant de nature carcinomateuse.’
Le péricarde, confondu avec la tumeur, était singulièrement épaissi. Outre l’intérêt que présente ce fait sous le point de vue anatomique , il mérite aussi de fixer l’attention en ce que la maladie du médiastin et du péricarde paraît s’être développée sous l’influence d’une cause externe.
observation 26®.
Homme de 33 nns. — Symptômes vagues d’une péricardite.— Plus tard, tumeur sous le sternum. — Mort six ou sept ans après les premiers accidents , à la suite d’une pleurésie aiguë. — Tumeür lardacée, carcinomateuse, entre les lames du médiastin. — Péricarde adhérent an cœur, singulièrement épaissi et comme confondu , ainsi que la portion voisine du poumon , avec la tumeur indiquée. — Épanchement purulent dans la plèvre.
Un cordonnier, âgé de 33 ans, ayant eu autrefois une maladie vénérienne pour laquelle il fit un traitement mercuriel, fut admis, lé 25 décembre 1820, dans les salles de l’hôpital Cochin, portant derrière le slernum une tumeur dont il attribuait la formation à là nature de ses travaux qui le forçaient à des efforts presque continuels, et pendant lesquels la région sternale appuyait fortement contre des corps durs, tels que des embouchoirs de botte , etc.
C’est en 18 1 4 que celte tumeur commença à se développer, ou plutôt que le malade éprouva des douleurs si violentes sous le slernum, qu’il fut obligé d abandonner sa profession : sa respiration devint très gênée , et au moindre eflbrt il éloulïait et tombait en défaillance. Un médecin qu’il consulta l’année dernière fit appliquer des sangsues, un sinapisme derrière les épaules, et conseilla
TROTS. CATÉG. d’OBSERVATIONS DE PÉRICARDITE. 435
de fréquentes saignées : ces moyens le soulagèrent. Cependant, vers la fin du mois d’octobre de celte année, il s’aperçut qu’il portait une tumeur pulsatile dans la région du sternum.
Voici quel était son état lors de l’entrée à l’hopilal ; face pale; lèvres d’un rouge violacé; yeux ternes et abattus; dyspnée; pouls petit, assez régulier; sommeil très court , agité par des rêves effrayants. — Les battements de la tumeur sous-sternale, isochrones a ceux du pouls, tumultùeux, semblaient s’étendre sous presque toute la paroi antérieure delà poitrine; la pression était douloureuse, et faisait céder le sternum; la peau qui recouvrait la tumeur n’avait point changé de couleur , mais elle était plus chaude que celle des autres parties.
Le lendemain de son arrivée, il se plaignit d’un point de côté qu’il éprouvait pour la première fois : une saignée le calma momentanément; mais il reparut bientôt, et augmenta même les jours suivants. Il y avait près de vingt jours que le malade était dans l’hôpital, lorsqu’il lui survint tout-à-coup, dans la nuit du i3 au î4 janvier i8ai, un tremblement qui dura environ une heure, avec sueurs froides , oppression défaillances , et toux douloureuse ; le pouls était devenu petit , fréquent, irrégulier; les batte„ raents de la tumeur, bien moins sensibles, semblaient avoir augmenté d’étendue; la face était terne, cadavéreuse; les lèvres bleuâtres; la soif intense.
Le lendemain, la respiration était moins gênée, mais le malade se plaignait toujours de son point de côté qui l’obligeait de garder continuellement la même position. [Onjit appliquer des sangsues sur V endroit douloureuse.)
Cependant les symptômes devenant de jour en jour plus alarmants, le malade , conservant toute sa connaissance, rendit le dernier soupir le 22 janvier, vers midi.
Kutopsie cadavérique.
Le slernum , les caiiilages des vraies côtes, altérés,
ramollis, faisaient partie d’une tumeur lardacée, car<^ cinomateuse , développée entre les lames du médiastin quelle avait' envahi tout entier, de manière qu’on n’en distinguait plus de trace. Le péricarde lui-même , confondu dans la tumeur, singulièrement épaissi , adhérait au cœur dans toute son étendue', la partie inférieure de laplèvre gauche était recouverte d’une couche blanchâtre séro-purulente ; la portion d^ poumon en contact avec le péricarde, altérée dans sa texture, semblait participer à la maladie du médiastin', le tissu cellulaù'e qui unissait la surface du cœur au péricarde , était infiltré.
Le cœur avait augmenté de volume; ses cavités droites étaient dilatées ; le ventricule gauche, dont la cavité était rétrécie, avait des parois épaisses d’un pouce; les valvules et les piliers n’ont offert rien de particulier.
L’aorte était, à l’extérieur, parfaitement saine ; mais sa membrane interne offx’ait dans plusieurs points une rougeur assez prononcée qui se prolongeait jusqu’aux iliaques , d’une part, et d’autre part, jusqu’aux axillaires et aux carotides externe et interne de chaque côté; en même temps la membrane paraissait épaissie, et se séparait avec facilité de la membrane moyenne.
La membrane interne de l’artère pulmonaire était sans rougeur.
La cavité gauche de la poitrine inférieurement était le siège d’un épanchement purulent.
TllOIS. CATÉG. d’observations DE rÉRICAPxDITE. 4^7
quelques réflexions générales •
SUR LES PRÉCÉDENTES OBSERVATIONS DE PERICARDITE CHRONIQUE (l).
Une première circonstance frappe l’attention dans la plupart des observations de péricardite chronique qui viennent d’être ^rapportées , savoir, la coïncidence presque constante des lésions du péricarde avec celles de la substance musculaire du cœur , et surtout avec celles de la membrane interne et des valvules de cet organe.
Ce fait est pour nous d’une immense importance : il constitue eflectivement un des arguments les plus victorieux quenous opposerons, dansle chapitre suivant, à ceux qui n’ont point encore adopté la doctrine que nous professons sur l’origine de certaines maladies dites organiques de la membrane interne du cœur et des valvules. J’aurais pu ajouter ici plusieui’s autres observations à celles qui constatent la simultanéité des lésions du péricarde et de l’endocarde ; mais j’ai cru pouvoir m’en tenir aux précédentes, d’autant plus que les observations que renfermera le chapitre suivant seront elles-mêmes , pour la plupart, de nouveaux exemples du fait que nous signalons ici. '
Si l’on nous objectait que lerapport dont nous signalons la fréquence est un pur accident qui ne se rencontre pas dans les observations recueillies par d’autres, nous répondrions que nous y trouvons, au contraire ,1a confirmation
^i) Je prie le lecteur de ne pas se méprendre sur la valeur que j^attache à cette dénomination. Je m’en sers ici pour désigner les suites d’une péricardite , Lien plus que la péricardite elle - même. Cette explication donnée , je continuerai à me servir du mot péricardite chronique pour éviter de longues circonloculions.
(les nôtres. Oitous-en au hasard quelques-unes de M. Hope, en conservant les litres de l’auteur.
12“ Observ. — Grande hypertrophie avec dilatatioji du ventricule gauche ; ossification des valvules aortiques ; péricardite chronique. — Apoplexie.
Observ. — HyperU'ophie avec dilatation; adhésion du péricarde ; rétrécissement des valvules mitrale et aortiques.— Hémiplégie. '
26“^ Observ. — Adhésion du péricarde; hypertrophie et dilatation; maladie des valvules aortiques et mitrale; rétrécissement de l’aorte.
La sixième observation de Corvisart , pour ne parler que de celle-là , mérite aussi d’être citée: dans ce cas, le feuillet cardiaque du péricarde était grisâtre, parsemé de granulations; de plus, il existait de petits tubercules endurcis dans l’épaisseur de la valvule mitrale, et les valvules tricuspldes étaient un peu épaissies et de consistance presque cartilagineuse (i).
Une autre circonstance fort remarquable de nos observations sur \di péricardite chronique , c’est que les principaux symptômes , tant locaux que généi’aux,, sont précisément ceux par lesquels se traduisent en quelque sorte '1 notre investigation les graves lésions organiques de la membrane interne du cœur, et spécialement de la portion qui se déploie autour des valvules. Au reste , cette clr-
(i) Je n’en finirais pas, si je voulais rapporter ici tons les cas confirmatifs de ceux qui nous sont propres. Je terminerai en mentionnant celui que M. Totnmasini a public; dans sa Clinique medicale de Bologne ( pag. i65), sous le titre Ac Péricardite et Diaphragmite (^Péricardite e Diafframmile ). Le sujet de celte observation était un jeune homme de dix-huit ans, adonne' outre mesure au vin et aux liqueurs spiritueuses. Des adlicrences unissaient le feuillet viscéral du cœur au feuillet pariétal, et les valvules artérielles étaient ossifiéçs.
M. Tommasinia le soüi de nol'T qu’il n’est pas ordinaire de rencontrer des ossifications des valvules chez des sujets d’un âge si tendre.
TROIS. CATÉG. d’observations DE p/iRICARDlTE.
constance esl, pour ainsi dire, corrélative à la précédente : il est tout simple, en effet , d’observer les symptômes dont il s’agit, puisque la péricardite chronique s’associe si fréquemment aux lésions de l’endocarde, et qu’on me permette de le dire d’avance, à l’endocardite également chronique.
Mais enfin, dira-t-on, il est pourtant des cas où la péricardite chronique existant indépendamment de toute lésion de la membrane Interne du cœur ou des valvules, on a observé lessymptômes que vous rapportez auxlésious organiques de ces valvules. Je n’ignore pas qu’il a été publié et qu’il se publie encore chaque jour des observations de ce genre. Mais j’oserai affirmer que les faits dont il s’agit ont été pour la plupart mal observés, et que jusqu’ici, peu de D-iédecins examinent le cœur avec tout le soin que nous y apportons nous-méme. On insiste et l’on dit: n’y eùt-il qu’un seul fait do péricardite chronique avec symptômes d’obstacle mécanique à la circulation , il faudrait convenir que cette maladie peut, en l’absence de toute lésion organique des valvulq^ et de leurs orifices , donner lieu à des phénomènes que vous rapportez spécialement à cette dernière. J’en conviens très volontiers; mais je déclare eu même temps qu’on ne trouve encore aucun fait dans la science, qui établisse incontestablement qu’une péricardite chronique a été accompagnée des princij)aux symptômes locaux et généraux que nous attribuons aux grandes .lésions des valvules, sans la -coexistence de quelqu’une de ces dernières.
J’espère que le lecteur n’ira pas conclure de ce qui vient d’être dit, que la péricardite chronique, à mon avis, ne donne jamais lieu à quelques accidents d’obstacle a la circulation. Non; je pose seulement en fait que, par elles-mêmes , les lésions exclusivement propres à la péricardite, n’enlraînent pas toujours de trouble notable dans les actes de la circulation et de la respiration, et que dans
44o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
les cas où elles en déterminent, il est porté à un moindre degré que dans les grandes lésions oi’ganiques des valvules. J’ajoute que ces dernières lésions, pour quiconque s’est familiarisé avec leur étude, sont, en général, aussi faciles à diagnostiquer qu’une maladie chirurgicale des plus vulgaires, un rétrécissement de l’urètre , par exemple; tandis que, dans l’immense majorité des cas, plusieurs des lésions organiques du péricarde échappent à tout diagnostic positif , et peuvent seulement être présumées , si l’on possède , pour éclairer son jugement , une connaissance détaillée des antécédents (i).
Nous pourrions traiter actuellement des rapports qui existent entre les maladies de la substance musculaire du cœur elle-même et la péricardite chronique. Mais il nous paraît plus convenable de réserver cette question, ainsi que celle de Vcvoiution de l’exsudation péricarditique ou du mécanisme des transformations de la matière organisahle et plastique, pour l’histoire ' générale de la péricardite, dont il est temps que nous nous occu-
(i) Je n'ai pas besoin de faire observer ici que , dans lont ce passage, nous avons fait abstraction de V épanchement liquide qui accompagne certaines pe'ricardites clironiques. Il est clair que , dans un cas d’e'norme épanchement , et par suite, de compression du cœur , des poumons et des gros vaisseaux, on peut observer les symptômes d’obstacle à la circulation et à la respiration qui signalent. les grandes lésions valvulaires. Mais c'est dans ce cas surtout que les signes locaux ne permettent pas de confondre la péricardite chronique avec ces dernières.