I. — Symptômes vasculaires ou vaso-moteurs
Ils sont le plus souvent le résultat du spasme artério-capillaire, et pour cette raison, les malades présentent les symptômes suivants :
Algidités locales (refroidissements limités aux membres inférieurs, à un segment de membre, aux genoux, quelquefois aux membres supérieurs, plus rarement dans la moitié du corps); accidents ressemblant à la syncope locale des extrémités (phénomène du doigt mort, avec fourmillements et légère diminution de la sensibilité dans l'un des bras, surtout dans le bras gauche); douleurs rhumatoïdes et crampes dans la continuité des membres, avec sensation de fatigue locale, de lourdeur comme parétique, douleurs vagues qui sont encore le résultat du spasme artério-capillaire et qu'il ne faut pas confondre avec des névralgies ni attribuer au rhumatisme ; vertiges survenant surtout le matin, ou état vertigineux habituel ; céphalée sourde avec lourdeur de tête, bourdonnements d'oreilles; quelques troubles visuels pouvant prendre parfois les caractères de la migraine ophtalmique ; pâleur des téguments et surtout de la face pouvant survenir d'une façon paroxystique. Ce dernier symptôme, constitué par des accès de pâleur du visage, doit être recherché : rapide-
HYPERTENSION ARTERIELLE
ment et d'une façon spontanée, la face devient pâle, d'un teint anémique ; puis, au bout de quelques minutes ou de quelques heures, elle reprend sa coloration normale et peut même être envahie par quelques bouffées de rougeur avec sensation de chaleur à la tête.
Tous ces accidents sont imputables à des troubles vaso-moteurs résultant du spasme artériel des membres, de la face et du cerveau.
Plus rarement, lorsque l'hypertension artérielle est due à l'excitation des vaso-dilatateurs, ou encore à l'augmentation de la masse sanguine (sorte de pléthore des anciens), les phénomènes congestifs prennent la place des symptômes d'ischémie locale. Alors, la face est rouge, animée ; il y a des bourdonnements d'oreilles, des vertiges congestifs, un peu de paresse de la mémoire et de lenteur intellectuelle pouvant alterner avec une légère excitation psychique, ou une tendance au sommeil. Parfois, la céphalalgie et les douleurs névralgiformes prennent des caractères particuliers ; la céphalalgie est pulsatile, caractérisée surtout par de violents battements dans les tempes, les oreilles, au cou et à la tête. Un malade que mon regretté ami, Hallez (de Lille), me fit voir, ne pouvait faire quelques pas ou un simple effort sans éprouver immédiatement des battements très pénibles dans toute la tête, battements ayant pour caractère de cesser rapidement par le repos ; ils se produisaient aussi parfois d'une façon spontanée. La médication antinévralgique par la quinine, l'antipyrine ou l'aconitine ne produisit aucun résultat thérapeutique, et en nous appuyant sur les principaux symptômes accusateurs de l'hypertension artérielle, nous avons prescrit des médicaments dépresseurs de cette hypertension. La médication suivie pendant quelques mois, fit disparaître assez rapidement cette affection douloureuse qui avait été rebelle à tous les traitements depuis plus de deux ans.
Le pouls présente des caractères plus importants. Lorsque l'hypertension artérielle est le résultat de la vaso-dilatation active, il est plein, fort, presque vibrant, et toujours très résistant au doigt qui le comprime. Lorsqu'elle est consécutive à la vaso-constriction (ce qui est le cas le plus fréquent), le pouls est serré, concentré, cordé (suivant l'expression des anciens), tendu comme un fil de fer. Parfois, il est comme rétracté et difficile à sentir; alors, il a l'apparence de la petitesse, il est « fort et petit » en même temps, comme disait Sénac, et l'on est souvent étonné de constater au sphygmomanomètre une force et une résistance que la simple palpation du doigt ne faisait pas soupçonner. A ce sujet, voici un passage de Sénac écrit dès 1749 : « Le pouls peut être très fort et très petit en même temps ; il sera tel lorsque l'action du cœur sera vive, et que les artères seront resserrées ;
MALADIES DU COEUR ET DE I,' AORTE
alors, la forme de ce pouls pourra être variable; l'artère peut être dure et tendue comme une corde, c'est ce qu'on appelle pulsùs tensivus ; le sang peut frapper comme un dard les parois artérielles, c'est ce qui forme le pouls qu'on a nommé vibrativus, pouls dardant, il est l'effet d'une grande irritation inflammatoire... Le pouls dur est une espèce de pouls fort; en certains cas, il peut dépendre de la sécheresse des artères qui, étant durcies et tendues, ressemblent à des cordes ; la contraction des parois artérielles peut leur donner aussi de la dureté ; quelquefois les artères dures sont fort dilatées; en divers cas, elles sont concentrées; or, dans ces deux états, elles ressemblent à des cylindres durs qui présentent une grande résistance au doigt qui les comprime ; l'excès de cette raideur forme le pouls qu'on appelle serra tus... Le pouls dur marque donc, ou la sécheresse des artères, ou le resserrement de leurs parois exposées à quelque irritation violente, ou la difficulté que trouve le sang en passant par les filières des artères. »
Au milieu du siècle dernier, Sénac avait donc décrit en termes précis les caractères de la dureté du pouls due à la « contraction des parois artérielles ».
Plus tard (1777), Robert Whytt décrit incidemment le pouls dur par contraction exagérée des artérioles périphériques : « La dureté du pouls est produite, soit par la trop grande densité ou épaisseur du sang, soit par des obstructions, souvent aussi par une contraction spasmodiqiie du système vasculaire, mais particulièrement des artères capillaires. En pareil cas, le sang parvenant avec difficulté dans les veines, on doit sentir les artères tendues et dures. »
Quand l'hypertension est extrême, le pouls radial peut être à peine perceptible, et c'est ainsi que certains saturnins présentent une contracture vasculaire telle qu'on peut à peine sentir les pulsations dans toutes les artères; et cependant le cœur se contracte énergiquement, sans doute pour lutter contre les obstacles périphériques. Les téguments de toute la surface du corps sont alors d'une grande pâleur, et chez un de ces malades qui présentait tous ces symptômes réunis, la mort survint après quelques jours. A l'autopsie, nous n'avons trouvé qu'un petit anévrisme situé au niveau de la première portion de l'aorte descendante, maladie qui, à ce degré, et sans aucune rupture de la poche anévrismale n'avait pas été capable de provoquer une terminaison fatale. Chez cet homme déjà en état d'hypertension permanente par le fait d'une artério-sclérose généralisée, la contraction de Lout le système vasculaire par suite de l'intoxication saturnine, a été l'une des principales causes, sinon la seule cause de la mort.