‹ Traité clinique des maladies du cœur et de l'aorte [electronic resource] (volume 2)Chapitre 13 sur 61 · HYPE UT ENSI 0 N ART É RIE L LE · texte numérisé non relu

HYPE UT ENSI 0 N ART É RIE L LE

Le pouls peut donc avoir l'apparence de la petitesse lorsqu'il est profondément rétracté ; mais, quand il est en même temps résistant au doigt qui le comprime, il est l'indice d'une grande hypertension. Lorsqu'il est à la fois petit et facilement dépressible, il est au contraire un signe d'hypotension. On ne confondra donc pas le pouls petit, serré et résistant (signe d'hypertension) avec le pouls petit, mou et dépressible (signe d'hypotension). Nous avons dit qu'un pouls ample et dépressible (pouls post-hémorrhagique) n'est pas synonyme de pouls fort ou plein, et qu'il est souvent symptomatique d'un abaissement rapide et considérable de la tension artérielle.

L'hypertension artérielle, due à la vaso-constriction, est le résultat des obstacles existant à la périphérie du système circulatoire. On a la démonstration de ce fait par l'expérience suivante : lorsque vous prenez le tracé sphygmographique du pouls, comprimez de façon à effacer complètement l'artère radiale au-dessous de l'instrument, et vous verrez immédiatement le tracé changer de caractère.

Le pouls de l'hypertension artérielle est le plus ordinairement régulier, sans inégalités, sans intermittences. Parfois cependant, on observe une inégalité de force des deux pouls, et c'est presque toujours celui de gauche qui est moins développé que celui de droite. Nous retrouverons ce caractère dans l'artério-sclérose confirmée.

Il présente souvent une fréquence anormale. Parfois il est lent, ou plutôt traînant et prolongé, se rapprochant du pouls du rétrécissement aortique, avec une ligne d'ascension inclinée et oblique au sphygmographe, ce qui indique la lenteur relative de pénétration de la masse sanguine dans l'arbre artériel. Le tracé cardiographique du rétrécissement aortique avec hypertension, et celui de la néphrite interstitielle traduisent bien ces caractères : le premier est « en plateau » ; le second, en « dos de chameau », bien différent de celui de l'insuffisance mitrale qui est en « pain de sucre » (hypotension artérielle). D'autres fois, le pouls est plus fréquent qu'à l'état normal, soit d'une façon permanente, soit d'une façon paroxystique. Mais il s'agit là d'une tachycardie modérée, caractérisée parle chiffre de 90 à 100 ou 120 pulsations au plus, et provoquée par la lutte que le cœur doit soutenir contre les obstacles créés à la périphérie du système vasculaire parle fait de son état spasmodique.

L'existence de cette tachycardie montre qu'il ne faut pas prendre à la lettre la loi suivante de Marey à laquelle la clinique donne quelques démentis : « La fréquence du pouls est en raison inverse de la tension artérielle. » Du reste, cet expérimentateur a corrigé ce que celte loi pouvait avoir d'excessif, en ajoutant que la faible tension artérielle n'est pas la seule cause capable d'augmenter la fréquence des battements du

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cœur. Car dans certains cas, celui-ci paraît directement stimulé. La preuve, c'est ce qu'on observe après les repas : une accélération cardiaque avec élévation de la pression vasculaire. Le plus souvent, le pouls de l'hypertension est stable, sans accélération notable dans la station verticale.

D'autre part, la loi de Marey, vraie au point de vue de la mécanique pure, place trop le cœur sous la dépendance de la contractilité artérielle. Supposons, dit Vulpian, que sous l'influence d'une vive douleur il se produise un resserrement de la plupart des artérioles du corps; alors, il y aura augmentation de la tension artérielle, et le cœur ayant à lutter contre elle, renforcera et précipitera ses battements, ce qui prouve que cette réaction du cœur n'est pas un pur effet mécanique. « Le cœur et les vaisseaux ne sont pas seulement en communication par la continuité de leurs cavités, mais ils sont mis aussi en relation par l'intermédiaire du système nerveux. » Voilà ce qu'il importe de ne pas oublier, et nous retrouverons encore la preuve de ce fait au sujet de la « tachycardie paradoxale » de l'hypertension artérielle dans la néphro-sclérose.

Les mensurations sphygmomanomé triques permettent de constater l'hypertension artérielle, et c'est ainsi qu'on peut voir l'aiguille du sphygmomanomètre atteindre 20, 25 et jusqu'à 30 divisions, au lieu de 16 ou 18, chiffre normal.

Les tracés sphygmographiques peuvent aussi dans certains cas, quoique d'une façon incomplète, nous renseigner sur l'état exagéré de la tension artérielle. Ainsi, la ligne d'ascension est ordinairement lente, oblique; le sommet est un peu arrondi- et le dicrotisme de la ligne de descente tend à diminuer et même à disparaître. Lorsque l'hypertension artérielle est due à la vaso-dilatation, la ligne d'ascension est plus haute, se rapprochant davantage de la verticale, et il existe un léger rebondissement de la ligne de descente, ébauchant une sorte de dicrotisme. Parfois, celui-ci existe sur la ligne ascendante, au lieu d'être sur la ligne descendante ; ce dicrotisme ascendant (anacrotisme) traduit l'effort de la systole, laquelle semble se faire en deux temps pour vaincre les obstacles périphériques.

Les quatre tracés sphygmographiques suivants (fig. 25, 26, 27 et 28) montrent ces principaux caractères assez nettement inscrits.

Nous reproduisons plus loin (p. 92, fig. 29, 30, 31, 32 et 33) cinq autres tracés d'hypertension artérielle. : l'un chez un homme de 31 ans, non artério-scléreux encore, mais saturnin et atteint de coliques de

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plomb (fig. 29) ; les deux autres (fig. 30 et 31) atteints de cardiopathie artérielle arythmique, et au moment d'un accès de dyspnée toxi-alimentaire qui a pour effet d'augmenter encore la tension sanguine. La figure 29 représente le tracé d'une néphrite interstitielle après l'administration de la digitale ; la figure 30 représente également le tracé d'une néphrite

Fig. 25. — Hypertension modérée. (Conservation du dicrotisnie sur quelques pulsations.)

Fig. 26. — Hypertension modérée. (Diminution du dicrotisnie descendant.)

Fig. 27. — Hypertension plus accusée. (Disparition presque complète du dicrotisnie.)

Fig. 28. — Hypertension. (Disparition du dicrotisnie.)

interstitielle avec tachycardie, et arrivée à la période d'hyposystolie et d'hypotension artérielle.

Nous avons dit plus haut que dans certains cas d'hypertension artérielle, le dicrotisme, au lieu d'être descendant comme dans l'hypotension, est au contraire ascendant. La pulsation radiale semble se faire en deux temps, par saccades, comme si la systole ventriculaire était redoublée, et ce caractère est inscrit sur la ligne d'ascension du tracé sphygmographique qui, au lieu d'être oblique et continue, présente avant d'atteindre son sommet, une sorte d'encoche assez semblable à celle qui correspond au dicrotisnie de la ligne de descente. Ce pouls à rebondissement systolique (Marey) comparé au pouls dicrote (à rebondissement diastolique) est encore désigné sous le nom à,anac?,ote. Il est

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rarement permanent, quoique j'aie observé un cas où pendant plus de

Fig. 29. — Hypertension artérielle. (Saturnisme, coliques de plomb.)

Fig. 30. — Cardiopathie artérielle arythmique. (Accès d'hypertension par dyspnée toxi-alimentaire.)

Fig. 31. — Cardiopathie artérielle arythmique. (Accès d'hypertension par dyspnée toxi-alimentaii e.)

Fig. 32. — Néphrite interstitielle. (Bradycardie et forte hypertension après administration de la digitale.)

Fig. 33. — Néphrite interstitielle à la période d'hyposystolie et d'hypotension artérielle.

deux ans il avait conservé le même caractère ; il est le plus souvent transitoire et en rapport avec une brusque augmentation de la tension

HYPERTENSION ARTÉRIELLE

sanguine, surtout chez les individus atteints déjà d'hypertension ; on l'observe encore dans quelques cas de sclérose artérielle, dans les paralysies des membres accompagnés de parésie vaso-motrice, dans les compressions vasculaires, à la suite de la compression prolongée de l'aorte, dans les anévrysmes aortiques, enfin dans la sténose de l'aorte, et surtout dans la sténose très serrée de l'orifice aortique coïncidant avec une intégrité presque absolue du système artériel ', deux conditions rarement réunies dans une maladie déjà rare par elle-même, surtout chez les jeunes gens. Par suite de cette sténose très accusée, la systole ventriculaire, comme saccadée, se ferait pour ainsi dire en deux temps, ce qui donnerait lieu à un double soulèvement vasculaire, seulement perceptible chez les enfants et les jeunes gens en raison de la conservation presque complète de l'élasticité et de la contractilité artérielles. Or, dans l'hypertension permanente et sans lésions vasculaires, la sténose existe sur tout l'arbre aortique par suite de l'état de contracture artérielle, et dans ces conditions un nouvel accès transitoire d'hypertension donne lieu au phénomène également transitoire du pouls anacrote. On peut même dire que ce pouls, qu'on ne cherche pas assez souvent ou qui passe inaperçu, est l'indice d'une hypertension sans lésions artérielles. Mais, si un accès d'hypertension peut le produire, un accès de tachycardie peut le faire presque disparaître (fig. 36). Nous reproduisons (p. 94) plusieurs tracés sphygmographiques de pouls anacrote dont les trois premiers ont été pris sur un de nos jeunes malades, âgé de 26 ans.

L'hypertension artérielle étant momentanément modifiée par les circonstances qui l'élèvent (efforts, exercice musculaire modéré, émotions, coliques saturnines, accès de dyspnée toxi-alimentaire, etc.), il en résulte que le pouls peut ainsi subir des changements assez fréquents. D'autres fois, c'est dans le sens de l'hypotension artérielle que ces changements se produisent. Ainsi l'état fébrile, et surtout la dothiénenlérie, diminue la tension artérielle; c'est pourquoi, chez les individus présentant d'ordinaire une hypertension artérielle permanente, on voit sous l'influence des états fébriles les caractères sphygmographiques du pouls se modifier, et le dicrotisme apparaître sur la ligne de descente. Dans les hémiplégies récentes survenant à la suite des hémorrhagies cérébrales

' 11. Huchard . Le pouls anacrote dans le rétrécissement aortique [Soc. me'd. des hop. 17 avril 1896). Un de mes élèves, Mërcereau a consacre (1896) sa thèse inaugurale à l'étude de cette question. Après Marey et Lorain qui (1863 et 1870) ont décrit le pouls anacrote sans le designer sous ce nom. il convient de citer les auteurs suivants qui l'ouï étudié : Keyt (The Cincinnati lancet and clinic, avril 1879); Eichiiorst, Traité de diagnostic médical (édit. française, 1890) ; Landois, Traité de physiologie, 7° édition 1893 ; Graham Steel. The puise in aortic stenosis (The Lancet, 1894); M. Mourant Baker et Former Marris, Hand-book of physiology. Philadelphie, 18'J6.

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par exemple, on peut voir apparaître, du côté de l'hémiplégie, des phénomènes de parésie vaso-motrice (chaleur de la peau, hémi-œdème, etc.). Dans ces cas, le pouls du côté sain conserve ses caractères : il peut rester fort, vibrant, tendu et toujours résistant, tandis que, du côté opposé, il est ample et dépressible avec un tracé sphygmographique tout

Fig. 34. — Pouls anacrote du rétrécissement aortique sans lésions artérielles (avril 1894).

Fig. 35. — Pouls du même malade (avril 181)6).

Fig. 36. — Modification et atténuation de l'anacrotisme par l'accélération du pouls et la diminution de la tension artérielle (palpitations) (avril 1890).

Fig. 37. — Pouls anacrote produit par la compression de l'aorte chez un homme indemme de toute lésion artérielle.

à fait différent et caractérisé par la tendance au dicrolisme. Voilà encore un exemple destiné à montrer que l'état de la tension des artères est subordonné à leur contractilité et à leur élasticité, puisque du côté opposé à l'hémiplégie le pouls peut présenter les caractères de l'hypertension (hémi-hypertension artérielle), tandis que, du côté paralysé, il offre ceux de l'hypotension (hémi-hypotension).

Enfin, on constate souvent des battements exagérés et visibles des artères du cou.

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