H Y P E UT EN S 1 0 N ART É R [ELLE
soit, je tiens à dire qu'à cette période d'hypertension artérielle, on abuse des médicaments et surtout de la médication iodurée. Le régime alimentaire, le simple traitement hygiénique suffisent le plus souvent, et je souligne tous ces mots, parce qu'il importe, au point de vue pratique, de dénoncer cet abus.
La médication iodurée contre l'hypertension artérielle ne présente qu'une efficacité douteuse ; longtemps prolongée, elle peut même aboutir à des troubles gastriques que l'on doit toujours éviter; quand elle n'est pas nuisible, elle est pour le moins inutile, et il faut surtout la réserver pour le traitement de la sclérose artérielle.
11 n'en est pas de même d'autres médicaments vaso-dilatateurs, d'abord plus actifs contre l'hypertension et dont l'utilité est ensuite mieux démontrée ; nous voulons parler du nitrite d'amyle, de la trinitrine, du nitrate d'érythrite (tétranitrate d'érythrol auquel nous donnons le nom de tétranitrol). Ces médicaments seront étudiés plus complètement au sujet de l'angine de poitrine, et il nous suffira d'en dire quelques mots à cette place.
L'action du nitrite d'amyle est rapide et fugace, ce qui le rend précieux pour le traitement de la sténocardie. La trinitrine agit déjà plus lentement et plus longuement au bout d'une demi-heure à une heure, pendant une heure au plus. On la prescrit sous forme de solution alcoolique au centième pendant vingt jours par mois par exemple, aux doses croissantes de 4 à 10 et même 20 gouttes par jour, mais en ayant soin de diminuer la dose ou de supprimer le médicament pendant quelque temps dès l'apparition d'une céphalalgie frontale à forme pulsatile, quelquefois intolérable. On peut encore la prescrire sous forme de « comprimés », chacun d'eux renfermant deux ou trois gouttes de la solution au 100°. Le tétranitrate d'érythrol (ou tétranitrol), expérimenté dans ces dernières années, surtout en Angleterre, agit encore plus lentement et plus longuement que la trinitrine, après et pendant deux heures environ. Il est prescrit à la dose de 6 milligrammes à 2 ou 3 centigrammes par jour en trois ou six fois. Un bon dosage est celui-ci : une solution alcoolique titrée représentant 1 milligramme pour dix gouttes, ou des comprimés renfermant 1 à ij milligrammes de substance active.
b). Massage et gymnastique musculaire. — Un excellent moyen de combattre l'hypertension artérielle et ses conséquences est réalisé par le massage. A ce sujet, sur nos indications, Cautru a poursuivi des expériences très intéressantes dans notre service de l'hôpital Necker1. Nous
1 Cautru. Action diurétique du massage abdominal dans les affections du cœur. {Académie de médecine, 10 mai 1898). — IL Huchard. Rapport sur ce travail (Acad. de inéd., 12 juillet 1898).
MALADIES DU COEUR ET DE l'aORÏE
avons mis en œuvre le massage de la peau et des muscles, surtout le massage abdominal. Celui-ci répond à deux indications principales : réduire la stase circulatoire des veines mésaraïques, activer la diurèse, La « pléthore abdominale » des anciens mérite d'être réhabilitée, parce que chez certains sujets à nutrition retardante (arthritiques, uricémiques, goutteux, obèses, diabétiques gras) cette stase circulatoire est une cause puissante d'hypertension artérielle passagère ou permanente, parce que les « maladies par ralentissement de la nutrition » commencent par le ralentissement de cette circulation, parce que celui-ci retient et emmagasine des toxines vaso-constrictives, ayant pour effet d'augmenter la pression sanguine. Donc, s'impose le massage abdominal, suivant des règles précises qui seront étudiées plus tard ; l'important est de savoir qu'il abaisse la tension artérielle, qu'il active la circulation et qu'il augmente la diurèse.
Le massage abdominal semble agir sur la diurèse par le même mécanisme que la digitale, puisque l'augmentation des urines coïncide, par l'emploi de ces deux moyens, avec la vaso-dilatation et la diminution de la tension artérielle succédant promplement à un état de vaso-constriction et d'hypertension artérielle. Donc, l'augmentation de la diurèse est liée surtout à l'accroissement de la vitesse du sang dans les vaisseaux du rein en raison delà vaso-constriction préalable de ces mêmes vaisseaux, et non à l'élévation seule de la pression vasculaire, comme on le croit généralement. 11 s'agit là d'une véritable poussée sanguine, analogue à la brusque poussée de l'eau à travers une digue rompue. Dans ces cas, le liquide prend une vitesse d'autant plus grande, que la résistance qui l'a contenu et qu'il a dû vaincre a été plus considérable.
Non seulement les urines augmentent de quantité, mais elles sont encore heureusement modifiées dans leur composition chimique, ce qui est comme la signature de la désintoxication de l'organisme ; et c'est ainsi que l'on peut noter parfois, après plusieurs massages abdominaux, l'augmentation de l'acide phosphorique, des chlorures et de l'urée, avec la diminuLion consécutive de l'acide urique. On peut se demander alors si « des produits de décheL, véritables poisons dans un organisme en souffrance et dont les émonctoires sont plus ou moins encombrés, si ces produits tels que la créatine, la créatinine ne seraient pas capables d'élever la tension artérielle. Si oui, comme ces produits de désassimilation des matières azotées s'oxydent mieux sous l'influence du massage, — ainsi que le montrent les examens d'urines, — leur transformation en urée aurait pour résultat de diminuer la vaso-constriction due aux poisons 1 ».
(I) A. Piatot. Traitement des maladies du cœur par l'hygiène et les agents physiques.
Thèse inauçj. de Paris, lt>9$.