I. — Forme douloureuse (ou sténocardique
Cette variété est fréquente dans l'artério-sclérose dystrophique. très rare dans la sclérose inflammatoire du myocarde (myocardite interstitielle) pour cette simple raison : la lésion intéresse primitivement le tissu conjonctif du myocarde et secondairement son système artériel.
Cette forme douloureuse sera étudiée avec tous les développements qu'elle comporte dans les chapitres sur l'angine de poitrine.
Il suffit de savoir, pour le moment, que la douleur peut affecter tous les degrés, depuis l'attaque d'angine la plus sévère jusqu'aux accès de pseudo-gastralgie angineuse, jusqu'à l'existence d'une barre ou d'un poids sous-sternal , d'une angoisse épigaslrique survenant par accès. Ces sensations douloureuses, variables d'intensité, ont un caractère commun qui les rapproche de la dyspnée d'effort : elles sont ordinairement provoquées ou exaspérées par la marche, le mouvement, un effort, etc.
La provocation des douleurs cardiaques par les mouvements et les efforts constitue un signe de diagnostic important avec les douleurs précordiales augmentées ou provoquées par la pression sur divers espaces intercostaux et nullement par le phénomène de l'effort. Ce n'est pas le cœur qui est douloureux, c'est la région précordiale, d'où le nom d précordialgies, sous lequel on doit désigner ces douleurs thoraciques nom préférable à celui de cardiodynie ou de « cardiacalgie », propos par G. Sée. Cette dernière dénomination est défectueuse, elle induit e erreur, parce qu'elle englobe dans la même description les douleur ayant pour siège la paroi précordiale et le cœur.
Les précordialgies dues à des névralgies intercostales ou phréniques son fréquentes chez les anémiques, les chlorotiques, les hystériques, les neuro arthritiques ; elles se traduisent souvent par l'existence « de points au cœur dont se plaignent les malades, et lorsque ceux-ci siègent au niveau du cho précordial, il en résulte, à chaque fois que celui-ci se produit, une sensalio de souffrance et de palpitation le plus souvent subjective, chaque révolu tion cardiaque étant ressentie douloureusement sur une paroi hyperesthé siée. 11 s'agit alors de fausses maladies du cœur pour lesquelles on est chaque instant consulté. Mais, il ne faut pas confondre, comme on l'a fait ces douleurs précordialgiqucs des hystériques et des neurasthéniques ave les douleurs cardiaques se présentant sous l'aspect de pseudo-angine d poitrine et dont nous présenterons plus tard les caractères cliniques.
Dans les péricardites primitives, et surtout dans les péricardites secondaires aux aortites subaiguës ou chroniques, la précordialgie résulte parfois de la névralgie ou de la névrite du nerf phrénique, et aussi de la propagation inflammatoire aux plexus cardiaques. Dans certains cas, assez rares en vérité, il existe des douleurs provoquées par la pression au niveau de la région aortique, à la partie interne des espaces intercostaux ; mais elles siègent sur les parois thoraciques, sur le trajet des nerfs phréniques, et par conséquent en dehors du cœur qui reste insensible à l'état normal comme à l'état pathologique.
ARTÉRIO-SCLÉROSE DU COEUR
En conséquence, lorsque l'on constate dans le cours de la cardiosclérose, des points douloureux thoraciques, provoqués ou augmentés par la pression du doigt, on doit toujours se demander deux choses ?
1° S'il ne s'agit pas de simple névralgie intercostale ;
2" S'il ne s'agit pas d'une complication de péricardite souvent latente et développée sous l'influence d'une aortite chronique concomitante.
Ces distinctions cliniques sont importantes à établir pour ceux qui vont jusqu'à regarder ces points douloureux comme la « révélation » du diagnostic de myocardite chronique. C'est là une grosse erreur ; car, la précordialgie est un fait banal que l'on observe tous les jours, même chez les malades indemnes de toute affection cardiaque. Lui attribuer une valeur qu'elle n'a pas, c'est s'exposer à commettre de nombreuses et graves fautes de diagnostic.