‹ Traité clinique des maladies du cœur et de l'aorte [electronic resource] (volume 2)Chapitre 49 sur 61 · I. — Traitement de la première période (artérielle · texte numérisé non relu

I. — Traitement de la première période (artérielle

Le traitement hygiénique et alimentaire ayant été déjà indiqué au sujet de l'hypertension artérielle, sera simplement résumé.

Il faut éviter : le surmenage sous toutes les formes, les excès de toutes sortes et surtout les excès de table, l'abus de la viande et surtout de la viande peu cuite et faisandée, du gibier, les boissons alcooliques, les bières fortes, les vins de Bourgogne ; les bouillons et les potages gras qui sont des solutions de poison ou de véritables décoctions de ptomaïnes1, les poissons, les fromages faits, les salaisons, la charcuterie, les conserves alimentaires.

1 Au milieu du siècle dernier, Sénac avait déjà insisté sur les mauvais effets d'une nourriture excitante et des bouillons gras qu'il regardait, dans ces cas particuliers, comme des « poisons ». Voici à ce sujet un passage bien instructif qui a passé jusqu'à ce jour complètement inaperçu : « Les aliments qui portent une matière grossière ou trop nourrissante dans des corps malades, sont des aliments pernicieux ; ils agitent les corps qui jouissent d'une santé parfaite ; ils mettront donc en feu les corps qui souffrent ; les bouillons trop forts, ou les consommés sont donc des poisons ; les bouillons légers sont, il est vrai, moins pernicieux; mais, outre qu'ils s'altèrent dans les premières voies, qu'ils y prennent une disposition à la pourriture, qu'ils y contractent une âcreté rongeante, ils surchargent les vaisseaux d'une manière dont la densité donne au cœur plus d'action. »

Comme on le voit, Sénac a soin de distinguer pour cette proscription d'une nourriture excitante, de bouillons et de potages gras, entre l'état de santé et celui de maladie. Cette distinction est, en effet, importante; car on commettrait une grave erreur en nous faisant dire que nous défendons toujours cette alimentation. Il faut seulement la défendre chez les individus prédisposés à l'artério-sclérose, et à plus forte raison, chez ceux qui sont atteints de cette maladie arrivée à la période viscérale.

ARTÉRI0-SCLÉR0SE DU COEUR

Il faut donner la préférence à une alimentation composée de beaucoup de laitage sous toutes les formes, de légumes, de quelques œufs, et en dernier lieu, de viandes très cuites et fraîches. Lorsque la plénitude vasculaire est considérable, il peut y avoir indication de prescrire un régime sec mitigé.

L'alimentation doit donc être soumise à certaines règles fort importantes chez les prédisposés à l'artério-sclérose ou aux maladies du cœur d'origine artérielle, et c'est ainsi qu'est démontrée la vériLé de cet adage dans lequel il ne faut pas voir seulement un simple jeu de mots : modicus cibi, medicus sibi.

Il faut encore de bonne heure favoriser les fonctions de la peau par des bains répétés, des lotions froides, et surtout par du massage et des frictions excitantes pratiquées régulièrement tous les matins sur les membres, ces différents moyens ayant pour but et pour résultat de favoriser la circulation sanguine à la périphérie, et de combattre chez les malades menacés d'arlério-sclérose la tendance à la vaso-conslriction. Cette médication sera étudiée plus loin.

Dès cette période, il faut déjà insister sur la prescription d'un médicament dont l'influence dépressive sur la tension artérielle et l'action vaso-dilatatrice sont connues : la nitro-glycérine, que j'ai désignée d'après Berthelot, sous le nom de trinitrine (pour ne pas effrayer les malades). Ce médicament est si peu dangereux qu'en 1N.j9, Vulpian en contestait l'influence thérapeutique, ce qui est une exagération en sens contraire de ceux qui en redoutent l'emploi.

La trinitrine est un vaso-dilatateur ; elle abaisse la tension artérielle, et en diminuant les résistances périphériques, elle augmente l'énergie de l'organe central de la circulation. Je l'ai souvent employée dans les néphrites où elle produit de bons effets ; mais, elle est sans influence sur le symptôme albuminurie, sans action sur la néphrite parenchymateuse, elle n'agit réellement d'une façon efficace que sur la néphrite interstitielle pour une raison facile à comprendre. En effet, la néphrite interstitielle, avant d'être une maladie des reins, est une affection de tout le système cardio-artériel, c'est le plus souvent une « néphrite artérielle », c'est-à-dire une des nombreuses manifestations locales de l'artério-sclérose sur le rein. C'est donc comme médicament vasculaire que la trinitrine agit indirectement sur le rein, c'est en vertu de son influence dépressive sur la tension artérielle, toujours exagérée dans ces néphrites

1 Propriétés physiologiques et thérapeutiques de la trinitrine {Soc de thér., 1883).

artérielles, qu'elle produit d'excellents effets. A ce titre seulement, il faut l'employer de bonne heure dans la première période de l'artério-sclérose.

Il suffit de prescrire trois à quatre fois par jour, pendant deux ou trois semaines chaque mois, deux à trois gouttes de la solution alcoolique de trinitrine au centième (dose qui peut être portée progressivement, suivant les différentes susceptibilités des malades, à 16 et même 20 gouttes par jour, en cinq ou six fois) 1. L'action de ce médicament n'ayant qu'une durée de trente à quarante-cinq minutes au plus, il est indiqué de le prescrire souvent et à doses réfractées, si l'on veut maintenir la tension artérielle à son degré presque normal. De cette ïaçon, on évite encore la céphalalgie pulsatile et frontale qui survient chez certains sujets, même avec de faibles doses de nitroglycérine.

Le tétranitrate d'érythrol (auquel je donne, par abréviation, le nom de télranitrol) a une action plus lente et plus prolongée que l'on peut évaluer à une heure et demie environ. 11 peut remplacer avantageusement la trinitrine, aux doses de 1 à S milligrammes, répétées quatre à six fois par jour, en solution concentrée (six gouttes représentant 1 milligramme) ou en comprimés de 5 milligrammes ou 1 centigramme. La dose quotidienne peut être élevée à 3 et même 6 centigrammes, en ayant soin de la diminuer dès que survient une céphalalgie intolérable.

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