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II. Huchard. — Maladies du cœur, 3e édition

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rique, et c'est là une grosse faute, puisque ces maladies ont le cœur pour siège et les artères pour origine. C'est donc du côté du système vasculaire qu'il faut agir de bonne heure, et cela par l'intermédiaire des contractions musculaires.

Celles-ci augmentent les combustions respiratoires, elles s'accompagnent d'un dégagement considérable d'acide carbonique, et Cl. Bernard a démontré par ses expériences, que le sang veineux d'un muscle en état de paralysie renferme 7,20 p. 100 d'oxygène, tandis qu'en état de repos, il n'en contient plus que 5, et à l'état de contraction 4,28 seulement. 11 a prouvé ainsi 'qu'en traversant les tissus, le sang artériel subit des modifications en sens contraire de celles qui se produisent dans le poumon, puisqu'il cède de l'oxygène et se charge d'acide carbonique, et cela avec une intensité d'autant plus grande que le fonctionnement du muscle est plus intense et prolongé. De tous les organes, après le poumon, c'est le tissu musculaire qui présente une combustion et une respiration plus actives, et Paul Bert a vu qu'en plaçant dans un milieu oxygéné des fragments de même poids, de muscle, de foie ou de graisse, 100 grammes de tissu musculaire absorbent 50 parties d'oxygène au lieu de 17 parties pour la graisse par exemple.

La physiologie d'un muscle en action nous montre, avec l'augmentation des combustions respiratoires, l'activité plus grande de la circulation, d'où un effet dérivatif au profit du cœur, la dilatation des vaisseaux, d'où la diminution de la tension artérielle, comme Chauveau l'a démontré (1857). L'accélération du pouls qui survient sous l'influence de l'exercice musculaire est un phénomène physiologique et non simplement un fait mécanique, comme on est disposé à le croire. « Ce n'est pas la pression des muscles gonflés par la contraction qui active la circulation dans les artères; c'est plutôt une sorte d'aspiration exercée par les muscles devenus plus avides de liquide sanguin. Ubi stimulus, ibi ftuxus1. » Il résulte de ces données, que l'exercice musculaire, en favorisant la circulation sanguine vers la périphérie, soulage le cœur, facilite son travail et produit ainsi les effets d'une saignée déplétive sans en avoir les inconvénients.

A cette gymnastique musculaire par les mouvements actifs ou passifs, par le massage, il faut joindre encore la gymnastique cutanée par les bains répétés, quelques affusions froides générales ou locales, par les frictions qui stimulent les extrémités nerveuses et excitent la circulation capillaire.

La méthode suédoise consiste « à utiliser les muscles comme agents de circulation locale, en partant de cette notion physiologique indiscutée que tout muscle entrant en contraction attire à lui un courant sanguin

1 Fernand Laghange, Physiologie des exercices du corps. 5° édition, Paris, 1891. — De l'exercice chez les adultes ; 2° édition 1892.

plus considérable et plus rapide qu'à l'état de repos ». À l'aide de leurs mouvements dits de « circulation », les gymnastes suédois cherchent à désobstruer les capillaires sanguins, non en augmentant La violence du coup de piston qui s'appelle le battement du cœur, mais en agissant sur les points périphériques où s'est produite l'obstruction, et en accélérant la marche du sang dans les régions où son cours tend à se ralentir.

Celte méthode n'exclut pas complètement l'effort de ses divers exercices qu'elle dose, comme je l'ai dit, à la manière d'un médicament. Si le malade lève un membre, le médecin gymnaste oppose par exemple à ce mouvement une résistance proportionnelle à la force des sujets et à leur état de maladie. A une période plus avancée, quand, par le fait de la dyspnée d'effort qui les immobilise et les condamne plus ou moins au repos, les malades ont une tendance à l'obésité, on fait exécuter aux muscles des mouvements passifs ou communiqués.

Quel est le résultat de cette méthode thérapeutique?

Nous allons l'apprendre par Fernand Lagrange dont nous résumons les idées :

« Nous avons pu voir, dit-il, dans les instituts de gymnastique « manuelle » ou « mécanique », des malades perdre de jour en jour leur aspect cyanose, leur dyspnée, leur œdème des jambes, pendant que le pouls gagnait de la régularité et de la force, et que les urines, rares et chargées avant le traitement, reprenaient, au bout de dix à douze jours, leur abondance normale et leur limpidité. »

Sans doute, il n'est ici probablement question que des cardiopathies valvulaires. Mais, à plus forte raison, cette méthode de traitement est-elle applicable aux cardiopathies artérielles, puisque celles-ci sont caractérisées par la lésion primordiale des vaisseaux et l'hypertension que le massage et les exercices passifs des muscles sont capables de diminuer. On ne saurait donc trop, à ce titre, en recommander l'emploi, d'autant plus que les résultats déjà obtenus par nous sont très encourageants. Cette médication qui peut associer ainsi le repos avec l'exercice musculaire, est bien plus rationnelle que les « cures de terrain » susceptibles de produire le surmenage du cœur. Cette question et celle du massage abdominal ont, du reste, déjà été étudiées au sujet du traitement de l'hypertension artérielle (page 117). Quant au massage de la région précordiale pratiqué par Lewin, (de Suède) et consistant en hàchement, tapotement à main plate, vibrations et eflleurages, il ne produit pas de meilleurs effets que celui des membres et des autres parties du corps. Cependant, d'après Arvid Kellgren, le massage vibratoire sur le ca-ur rend ses pulsations « plus fortes, plus tranquilles et meilleures », et il agit favorablement contre les syncopes et les palpitations.

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Traitement h y d r o m i n é r a l

On croit généralement que les eaux minérales sont toujours contreindiquées dans toutes les maladies du cœur. C'est là une erreur importante à dissiper, le traitement hydrominéral trouvant assez souvent ses indications clans les cardiopathies artérielles.

1° Eaux sulfureuses. — A leur sujet, pour le traitement des cardiopathies artérielles, et même pour celui des cardiopathies valvulaires, rappelons les deux règles suivantes :

a. Les stations hydrominérales placées à une haute altitude, au-dessus de 500 à 600 mètres, sont dangereuses, parce que l'abaissement de la pression atmosphérique augmente la tension artérielle et favorise ainsi la production de congestions et d'hémorrhagies.

b. Les stations d'eaux sulfureuses fortes, même placées à une altitude peu élevée, sont encore dangereuses, parce qu'elles déterminent fréquemment par leur minéralisation une excitation de l'appareil cardiovasculaire.

A ce dernier point de vue, Bordeu a mis autrefois sur le compte de l'eau de Barèges prise en boisson la mort de trois cardiopathes, et beaucoup de médecins ont vu l'augmentation des palpitations et des phénomènes d'excitation cardiaque après l'emploi de ces eaux.

Cependant, plusieurs stations à minéralisation sulfureuse ont été recommandées dans les maladies du cœur.

Parmi elles, on peut d'abord citer celle do Barpiols-les-Bains , eau sulfurée sodique dans la Lozère. Mais, Dufraisse de Chassaigne, comme tous les auteurs qui l'ont suivi (Raynal de Tissonnière, Hermantier, Coulomb l, etc.), n'ont parlé que de la curation de l'endocardite chronique, « lorsque cette lésion est un des effets de l'endocardite rhumatismale ». Mais, ces eaux, administrées avec prudence, ne pourraient-elles pas produire de bons effets au début des cardiopathies artérielles?

On a raconté qu'elles avaient fait disparaître des accès angineux et des crises dyspnéiques chez un malade atteint de rétrécissement et d'insuffisance aortique (Coulomb). Il ne s'agit ici que d'une seule observation, peu concluante, et l'on reproche à ces eaux leur altitude trop élevée (860 mètres au-dessus du niveau de la mer). Il est possible

1 Dufraisse de Chassaigne (Acad. de méd., 1831. Angoulême. 1857). Raynal de Tissonnière (Acad. de méd., 1874). Hermantier (Thèse de Paris, 1879). Coulomb (Soc. de méd. de Lyon, 1883 et 1885).

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qu'elles agissent favorablement dans les endocardites chroniques d'origine rhumatismale. Mais elles sont contre-incliquées dans le traitement de l'angine de poitrine, des cardiopathies artérielles et des affections aortiques caractérisées par un état plus ou moins permanent d'hypertension artérielle.

Les eaux à' Aix-l es-Bains (en Savoie), situées à une altitude peu élevée (242 mètres au-dessus du niveau de la mer) ont été encore recommandées dès 1867 par Vidal sous forme de douches générales, surtout dans les affections rhumatismales du cœur. Diane, qui arrive aux mêmes conclusions, pense que ces eaux sont contre-indiquées dans les maladies du cœur d'origine endartérique et après l'âge de 60 ans. Cependant, leur faible minéralisation, leur altitude peu élevée, le climat sédatif de la station préservée des vents froids par les hautes montagnes, les effets de la douche sur la circulation périphérique, paraissent autant de conditions favorables pour le traitement des cardiopathies artérielles. Sur nos conseils, des expériences ont été entreprises, tendant à démontrer l'action dépressive de la douche d'Aix sur la tension artérielle, et il est probable que c'est encore là un moyen de soulager le cœur. Du reste, il ne faut jamais oublier que la médication doit viser surtout la circulation périphérique, et que le problème consiste à exciter cette dernière tout en exerçant une action sédative sur le cœur.

A ce point de vue, les boues de Dax (40 mètres, eau sulfatée mixte) pourraient être utilisées.

On doit encore une mention aux eaux de Bagnoles de l'Orne (eau thermale chlorurée sodique sulfureuse à 163 mètres), que l'on pourrait utiliser en raison de leur influence légèrement excitante sur la circulation et dont l'action favorable sur les varices est suffisamment éprouvée1.

2° Eaux bicarbonatée*. — Au sujet de Vichy (240 mètres), Nicolas, qui écrivait à une époque où l'on croyait à l'action dissolvante du bicarbonate de soude et du nitrate de potasse sur les produits inflammatoires, n'hésitait pas à proclamer leur efficacité, non seulement à la seconde période des affections valvulaires et dans les endocardites rhumatismales, mais aussi « dans les affections organiques du cœur qui intéressent le tissu musculaire de cet organe ». Aujourd'hui, personne n'oserait soutenir une semblable opinion, et la lecture de quelques observations de morts survenues à la suite de l'emploi immodéré de ces eaux est bien propre à commander la plus grande réserve2. Cependant, les eaux bicarbonatées

' Blanc. Des affections cardiaques aux eaux d'Aix-Ies-Bains (Soc. méd. pratique, 1886). Forestier. Action de la douche sur la tension artérielle (Journ. dos Prat , IS'.ii). Censieh. Cœur, vaisseaux ; pathor/enie, pathologie, thérapeutique hydro-minérale (Paris, 1895).

! V. Nicolas. Aperçu clinique et utilité des alcalins et surtout des eaux minérales de Vichy contre certaines affections organiques du cœur (Vichy, 1801). Cornu. lon. Les ner-

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et celles de Vichy en particulier, administrées avec prudence, peuvent produire de bons effets chez les cardio-hépatiques, en raison de leur action favorable sur les congestions du foie.

Mêmes objections pour les eaux de Carhbad (384 mètres).

Quant aux eaux de Marienbad, malgré leur action admise par quelques auteurs sur la nutrition et la circulation, malgré leur action laxative capable d'abaisser la tension artérielle, elles sont souvent contre-indiquéesen raison de leur altitude un peu élevée (644 mètres). On peut les prescrire avec avantage dans tous les cas d'adipose cardiaque.

En France, elles peuvent être remplacées par les eaux de Brides, en Savoie (eau sulfatée mixte et chlorurée sodique, 570 mètres), ou encore par celles de Châtel-Gmjon (chlorurée- sodique bicarbonatée).

Les eaux de Chaudesaignes, du Cantal (bicarbonatées sodiques), de Saint-Nectaire, en Auvergne (chlorurées sodiques bicarbonatées), recommandées autrefois par Dufraisse de Chassaigne dans les maladies du cœur, sont à une altitude trop élevée (650 et 784 mètres). Ces dernières conviennent à certains albuminuriques.

Les eaux de Néris (bicarbonatées mixtes et thermales, à 260 mètres), par leurs propriétés sédatives, peuvent agir favorablement sur la circulation centrale en déterminant la dilatation des vaisseaux périphériques. Elles sont plutôt applicables au traitement des névroses cardiaques, des pseudo-angines de poitrine nerveuses (de Ranse).

Les eaux bicarbonatées sulfatées calciques de Vittel (336 mètres), celles de Martigny et Contrexeville (350 mètres) pourraient convenir en raison de leurs propriétés diurétiques et de la nécessité d'agir sur les fonctions rénales si souvent compromises dans la cardio-sclérose. Ces eaux favorisent les circulations viscérales et la déplétion du système vasculaire de l'abdomen ; mais il s'agirait de démontrer encore qu'elles ne contribuent pas à augmenter la tension artérielle par suite de la pléthore vasculaire pouvant résulter de l'ingestion trop abondante de liquide. D'après quelques auteurs, les eaux de Vittel aggraveraient les hypertrophies cardiaques symptomatiques de l'alhérome, et cependant il paraît démontré qu'elles augmentent considérablement les mutations nutritives1. Lorsqu'il s'agit de goutteux présentant des signes d'hypertension artérielle, d'artério-sclérose ou de néphrite interstitielle avec des urines rares, concentrées, uratiques, l'eau de Vittel et ses similaires peuvent

veux et les cardiaques aux thermes de Vichy (^4/!?!. de mécl. thérap., 1887). Dobieszewsei. Recherches sur l'influence des eaux de Marienbad sur la nutrition, la digestion et la circulation (Bull, de thérap., 1889). H. Kisch. Zur Balneothérapie der Herzkrankheiten [Thérap. monatshefte, 1891).

' Bouloumiiî (Congrès international d'hydrologie et de climatologie), Paris, 1889.

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agir favorablement sur l'état du cœur en même temps que sur les manifestations arthritiques.

Quant aux eaux d'Eoian (bicarbonatées mixtes, 378 mètres), elles paraissent également indiquées chez les arlério-scléreux, et je sais par expérience, qu'elles sont capables de produire de bons effets en raison de la rapidité de leur absorption et de leur élimination '.

Toutes ces eaux diurétiques obéissent à la principale indication de combattre l'imperméabilité rénale, phénomène précoce et presque constant de l'artério-sclérose .

3°Eatcx iodo-bromurées. — Parmi elles, il convient de signaler d'abord celle de Bondonneau (eau bicarbonatée calcique, dans la Drôme), qui, très légèrement sulfurée, est Tune des plus iodurées de France. II y a encore clans cette station (140 mètres) douée d'un climat tempéré, une source ferrugineuse et une source sulfuro-alcaline. Les eaux de Balaruc et de Sierk doivent être aussi mentionnées.

Liégeois recommande beaucoup l'emploi à domicile de l'eau de Saxon (eau bicarbonatée iodurée et bromurée sodique, calcique et magnésienne, dans le Valais, à 479 mètres), et il les prescrit de la façon suivante : on fait boire ces eaux aux arlério-scléreux myocarditiques qui ont été soumis déjà pendant de longs mois aux préparations iodurées et chez qui, tout en leur accordant un petit repos, on veut maintenir l'action résolutive et dépresso-artérielle des iodures. Ces eaux, probablement à cause de la présence des bromures, n'excitent pas le cœur. Mis au régime sec, les malades ne doivent ingérer qu'un litre et demi de cette eau par jour et par gorgées, afin de ne point augmenter leur excès habituel de pression vasculaire qu'on cherche à combattre 2.

Les eaux iodo-bromurées répondent à l'indication d'agir par l'iode sur le processus scléreux, et par les sels bromurés sur le cœur dont elles calment l'action.

4° Eaux diverses. — Quant aux eaux du Monl-Dore (bicarbonatées mixtes arsenicales) que Michel Bertrand 1 recommandait dès 1823 pour le traitement des maladies du cœur et de l'endocardite chronique, elles sont absolument contre-indiquées, surtout en raison de leur altitude élevée (1 046 mètres), et cela malgré leurs propriétés calmantes et anlicongestives bien connues. Que de fois n'ai-je pas vu de faux emphysémateux

1 Chiais. Troubles nutritifs chez les arlério-scléreux; leur traitement par Evian (Congrès de Marseille, 1SU1). Taberlet. Etude sur l'eau d'Evian. 1897.

2 LIÉGEOIS. Bulletin médirai des Vosges, 1889.

3 Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicales du Mont-Dore, 1823.

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atteints d'artério-sclérose cardiaque trop souvent méconnue, et qui reviennent de ces stations minérales dans un état d'aggravation lamentable !

Ce que je dis des eaux du Mont-Dore, on pourrait encore le répéter pour celles de la Bourboule, pour les eaux sulfureuses à" Eaux-Bonnes, de Barèges, d'Uriage, etc.

5° Eaux chlorurées sodigues. — Elles sont également indiquées dans le traitement des cardiopathies artérielles.

Les eaux de Nauheim, en Allemagne, dont Schott 1 célèbre les trop merveilleuses cures, appartiennent à la classe des chlorurées sodiques et des bromo-iodurées. Quelques-unes de ses sources sont hypothermales (alkalischer Saùerling à 19°, S, et Kurbrunnen à 21°) ; d'autres ont une température plus élevée (Friedrich-Wilhelm à 39°, Grosser Spriidel à 35°, et Kleiner Sprûdel à 27, 5). Mais, il ne faut pas partager l'enthousiasme un peu intéressé de ce praticien qui prétend obtenir la guérison de l'angine de poitrine vraie et organique à l'aide de ces eaux. J'ai vu, en effet, quelques malades réellement guéris, mais il s'agissait de pseudo-angines dont le diagnostic exact n'avait pas été établi et qui auraient guéri par toute autre médication. J'ai vu encore un angineux vrai qui a singulièrement résisté à une sorte de- suggestion thérapeutique exercée sur lui, et qui est revenu dans un état d'aggravation considérable. Ce pseudo-succès ne fait pas honneur aux eaux de Nauheim, et les médecins anglais sont arrivés à cette conclusion judicieuse et vraie : « Une bonne part des succès obtenus dans cette station balnéaire, s'explique par ce fait qu'il s'agit de faux cardiaques ». Si l'on analyse les observations du médecin de Nauheim, on constate des choses surprenantes : des guérisons d'insuffisances mitrales, avec disparition du souffle valvulaire ; des modifications considérables dans le volume du cœur, après vingt minutes de gymnastique, (de 21, S à 14 centimètres ; de 27,5 à 19,5!) « Nous n'avons pas besoin d'insister, dit Piatot2, pour démontrer combien ces affirmations sont fantaisistes et antiscientifiques. La préoccupation constante de Schott est d'établir qu'un cœur est dilaté et qu'il se rétracte par le traitement; à en juger par la lecture de ses observations, il se préoccupe peu de l'étude du malade, de son affection, du genre de cette affection, de la période, des accidents, etc., pourvu qu'il fournisse, même au moyen de la radiographie, le témoignage de la guérison de ses malades. Nous avons lu tous ses travaux, et nulle part, nous n'avons rencontré d'observation précise ; toujours des affirmations, jamais de faits ».

1 Berl. Klin. Woch., 1880. — Deutsch. Med. Zeitung, 1888.

2 Traitement des maladies du cœur par l'hygiène et les agents physiques [Thèse de Paris, 212 pages, 1898).

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Quant aux bains gazeux dont SchoLl fait grand bruit, et qu'il croit spéciaux à Nauheim, n'en trouve-t-on pas en France, et de meilleurs, comme à Chdtel-Giiyon, Salins-Moutiers, Chdteawieuf, Saint-Nectaire, Saint-Alban, Royal ? Ne peut-on pas en créer d'artificiels (et c'est luimême qui les indique) ? On ajoute à de l'eau ordinaire 1 à I 1/2 p. 100 de chlorure de sodium, et pour rendre ce bain gazeux, on dissout dans un bain de 2S0 litres, 100 grammes de bicarbonate de soude et 100 grammes d'une dissolution à 42 p. 100 d'acide clilorhydrique. On augmente peu à peu ces proportions pour arriver à la fin à 1 000 ou même à 1 500 grammes de chaque ingrédient (Mœller). A la suite des bains gazeux de Royat, Laussedat, en 1803, a dit que ses effets consistent dans une égalité plus parfaite de la systole, dans le renforcement des contractions ventriculaires, dans le ralentissement du pouls « par suite de la dérivation du sang dans tout le système capillaire de la périphérie », ce que démontre suffisamment la rubéfaction de la surface cutanée. Nos confrères étrangers y ajoutent, sans preuves du reste, une excitation de la périphérie nerveuse qui se transmet très intelligemment et très opportunément aux nerfs vagues. Cette explication n'a d'autre valeur que celle d'une hypothèse.

Les bains carbo-gazeux ont une action très douteuse sur les fonctions circulatoires, sur « la résorption des exsudats valvulaires » et sur la réduction de la cardiectasie. Ils peuvent être dangereux dans certains cas, et Laache (de ChrisLiania) s'exprime ainsi : « 11 est important, spécialement au point de vue pratique, de noter la recommandation faite par Frantzel, de ne pas trop employer les eaux minérales riches en acide carbonique ; il rappelle qu'on a vu fréquemment la mort survenir par apoplexie pendant une saison passée à ces établissements1 ». D'autre part, dernièrement en Angleterre, Albutt, Hyde, Samson ont sévèrement critiqué la prétention de prouver la réduction du volume du cœur par les données de la percussion. Quant à la radiographie destinée à démontrer encore cette réduction de volume, L. Williams et Herrengham lui dénient la valeur qu'on serait tenté de lui accorder, parce que la plus légère variation de position du sujet modifie la portée de l'ombre. Enfin, il peut être posé en principe que la prétendue spécialisation de Nauheim n'est pas soulenable, attendu que la gymnastique joue un rôle probablement plus important que l'eau elle-même, d'où la conclusion que le traitement peut être institué partout où on le voudra et que « toute eau Lhermale peut agir aussi bien que l'eau saline et gazeuse »

1 Recherches cliniques sur quelques affections cardiaques non valvulaires (Christiania, 1895).

* Le traitement des maladies du cœur par la méthode de la balnéothérapic et de la gymnastique combinées (Soc. brit. de balnéologie. Londres, 1 .

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Cela dit, voyons quelles conditions doit remplir une station hydrominérale pour le traitement des cardiopathies. 1° Les eaux doivent être faiblement minéralisées. Si elles l'étaient fortement, elles agiraient défavorablement comme les eaux sulfureuses fortes par exemple, elles détermineraient sur tout l'arbre circulatoire une excitation exagérée que le cœur ne pourrait pas supporter et qui serait capable d'asystoliser promptement les malades. Les médecins de Nauheim l'ont bien compris, et en cela, ils se sont montrés de prudents thérapeutes : ils craignent les effets de leurs eaux trop riches en chlorure de sodium (15 à 29 grammes par litre), et c'est pour cette raison qu'ils eh usent à peine en s'adressant à la médication adjuvante et autrement puissante du massage et de la gymnastique suédoise.

2° Pour la même raison, la station ne doit pas être située à une trop haute altitude (pas plus de 500 mètres).

3° La thermalité des eaux est importante, puisqu'elle s'adresse à la fois à la cause (rhumatisme) et à l'effet (maladie du coeur).

4° Les eaux doivent avoir une action décongestive et diurétique, parce que dans les cardiopathies et surtout dans les cardiopathies artérielles, le rein est souvent l'organe compensateur du cœur.

5° Le climat doit être tempéré, modérément chaud, à l'abri du vent (l'un des grands ennemis du cardiopathe), avec tendance à la stabilité barométrique, thermique et hygrométrique .

6° Le sol doit être suffisamment perméable, pour ne pas permettre à l'humidité de s'y conserver longtemps.

7° La station doit être peu éloignée, au centre de la France, parce qu'il est démontré que pour les cardiopathies valvulaires mal compensées et surtout pour les cardiopathies artérielles, les longs voyages en chemin de fer et en voiture sont capables de déterminer des accidents graves et promptement mortels, comme j'en ai cité des exemples1.

8° Pour les partisans de la méthode d'OErtel, les terrains en pente peuvent être recherchés.

Il est possible maintenant de dire où l'on trouve complètement réunies toutes ces conditions. Ce n'est pas à Nauheim, dont les eaux sont trop fortement minéralisées, dont le climat est loin d'offrir la stabilité nécessaire et même indispensable, dont l'action diurétique est à peu près nulle, dont l'éloignement est trop grand, dont le sol presque imperméable laisse après les moindres pluies une grande quantité d'eau stagnante qui entretient l'humidité et favorise les poussées rhumatismales.

' Journal des Praticiens, 1896.

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Toutes les conditions réclamées pour la cure hydro-minérale des maladies du cœur se trouvent réunies dans une station thermale du centre de la France, je veux parler de Bourbon-Lancy , située sur le versant occidental de la petite chaîne du Morvan, dans le département de Saône-et- Loire : Minéralisation convenable et faible (à peine 1 gr. 30 de chlorure de sodium) ; altitude modérée (250 mètres), thermalilé haute et variée (55° à 48°), action diurétique et décongestive de la source de la Reine que l'on peut prendre en boisson ; climat tempéré et à l'abri du vent dans une vallée largement ouverte au midi ; perméabilité du sol, proximité de la station pour nos compatriotes et pour les étrangers ; stabilité thermique, barométrique et hygrométrique ; débit suffisant des eaux (plus de 400.000 litres en 24 heures).

Leur action est à la fois tonique, sédative, résolutive et décongestive. Elles sont bien digérées, stimulent les fonctions rénales et possèdent une réelle action diurétique (par la source de la Heine qui est à 49'\ 3) ; elles ont encore pour propriété d'éliminer l'acide urique et l'urate de soude chez les rhumatisants et les goutteux. De celle triple action (diurétique, éliminatrice, anti-diathésique) résultent les bons effets de ces eaux, dans le traitement des cardiopathies valvulaires et artérielles, bons effels qui ont été signalés par Bosia, puis confirmes par Piatot et Toussaint.

On ne saurait trop répéter que toutes les observations des auteurs annonçant des « guérisons par les eaux minérales » de cardiopathies confirmées depuis longtemps, sont des erreurs d'interprélation ou de diagnostic. Ce que l'on peut obtenir, ce sont, non pas des guérisons anatomiques, mais des guérisons fonctionnelles, et celles-ci sont dues à l'action combinée des eaux minérales en boisson ou en bains avec l'emploi de la médication adjuvante (régime alimentaire, gymnastique, massage, climat, repos). La durée de la cure doit être d'au moins trente jours et môme plus, parce que les malades doivent se reposer de tout traitement tous les cinq ou sept jours.

Le traitement est contre-indiquè :

A la phase aiguë des endocardites, des péricardites et des myocardites ; à la période d'asystolie confirmée avec œdème considérable des membres inférieurs et congestions viscérales multiples; pour l'angine de poitrine coronarienne, les anévrysmes de l'aorte et des gros troncs artériels.

Le traitement est indiqué :

Dans les affections valvulaires rhumatismales au début, mais au moins dans les six mois qui suivent l'apparition de l'endocardite ; dans les insuffisances fonctionnelles ; dans les cardiopathies bien compensées, dans les cardiopathies avec légère asystolie ; dans les cardiopathies artérielles à ses deux premières phases, les cardiopathies artérielles avec bruit de

galop et dyspnée toxi-alimentaire ; dans tous les troubles fonctionnels du cœur (palpitations, arythmie, cardiopathies réflexes, pseudo-hypertrophies de croissance, pseudo-angines de poitrine) \

En résumé, ce qu'il faut chercher dans le traitement des cardiopathies artérielles par les eaux minérales, ce sont les effets suivants : par leur composition chimique, une action résolutive, diurétique et parfois laxative; par leur thermalilé, une action révulsive qui, sagement et prudemment dirigée, a pour effet de favoriser la circulation périphérique au profit de la circulation centrale.

Ce qu'il faut chercher, dans une station hydro-minérale appliquée au traitement des cardiopathies, c'est le repos du corps et de l'esprit, parce que « le cœur physique est doublé d'un cœur moral » ; et ce n'est pas dans les villes d'eaux à casinos, trop souvent villes de jeux, à bruyants plaisirs, à promenades fatigantes et à lointaines excursions, que le cardiopalhe trouve le calme et la quiétude si nécessaires au rétablissement de sa santé.

Ce qu'il faut, éviter, c'est l'excitation d'eaux trop fortement minéralisées, des eaux sulfureuses, des eaux chlorurées sodiques trop fortes, des hautes altitudes.

Ce qu'il faut craindre, c'est le danger d'un traitement hydro-minéral intensif appliqué à des cardiaques trop excitables, arrivés à la période d'asystolie définitive (celle d'hyposystolie n'étant pas une contre-indication), et surtout à des malades dont l'affection du cœur était ignorée.

Hydrothérapie

L'hydrothérapie peut rendre des services, mais à la condition d'en user avec grands ménagements et avec prudence. Sans doute, l'action de l'eau froide sur les vaisseaux est très nette : vaso-constriction d'abord, suivie assez rapidement de vaso-dilatation, à la période dite de « réaction ». 11 y a encore une action nerveuse qui se traduit par l'excitation des nerfs sensitifs périphériques, excitation transmise aux centres vaso-moteurs. La physiologie est très séduisante, mais la clinique doit tenir compte des contre-indications thérapeutiques, et si Priessnitz, ce « paysan de

1 Aubéry. Traité des bains de Bourbon-Lancy, Paris, 1604. Pinot. Lettres sur les eaux minérales de Bourbon-Lancy, 1743. Bosia. L'arthritisme aux eaux thermales de Bourbon-Lancy. Mâcon, 1891. Toussaint. Ce qu'on doit entendre par une station hydro-minérale pour les cardiaques (Journal des Praticiens, 1899). A. Piatot. Traitement des maladies du cœur par l'hygiène et les agents physiques. Thèse de Paris, 1898. A. Piatot et Toussaint. Les cardiaques aux eaux minérales et en particulier à Bourbon-Lancy (Congrès international d'hydrologie à Liège, octobre, 1898.)

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génie » a pu rendre presque ù la santé, par des pratiques hydrothérapiques, un malade atteint d'une lésion grave du cœur, si Fleury dans son Traité d'hydrothérapie (1866), cite plusieurs améliorations, presque inespérées, survenues par ce traitement chez des malades arrivés à une période avancée de l'asystolie, la relation d'une « vive suffocation » pendant une douche en pluie et d'une mort subite sous la douche, donnent à réfléchir. L'hydrothérapie, surtout sous forme de douches froides, est contre-indiquée : dans les maladies valvulaires à la période d'asystolie confirmée; dans l'insuffisance aortique, môme bien compensée; dans les cardiopathies artérielles, avec symptômes angineux et dyspnée toxialimentaire.

En dehors de ces cas, l'hydrothérapie sous forme de lotions froides ou fraîches, en exciLant l'innervation de la peau et en activant sa circulation, peut agir favorablement sur la contractilité vasculaire et sur la force du myocarde. Nous nous rallions aux règles formulées autrefois par Peter pour les pratiques hydrothérapiques dans les cardiopathies : commencer par des lotions presque froides, ensuite avec une éponge imbibée et non ruisselante, d'abord sur les parties antérieures du corps et non sur les parties postérieures dorsales toujours plus vivement impressionnées; après quelques jours, lotions générales sur tout le corps ; enfin, quand l'accoutumance est établie, faire usage de l'éponge ruisselante. On peut encore employer les frictions au drap mouillé. L'eau dont on fait usage peut être additionnée d'eau de Cologne, d'alcool, de Uniment de Rosen, d'un mélange à parties égales d'alcoolat de genièvre, de lavande et d'essence de térébenthine, dans le but d'augmenter encore l'excitation cutanée. On arrivera ensuite progressivement à la douche, en se rappelant cependant que, lorsque celle-ci est trop froide, elle peut augmenter d'une façon inquiétante la dyspnée des cardio-artériels, ou provoquer encore une syncope. Le mieux, selon nous, est de se borner, dans ces cas, à une douche en jet sur les membres inférieurs.

Les bains froids (bains de rivière ou de mer) doivent être défendus; les derniers, parce qu'ils sont trop excitants, même étant d'une durée d'une à deux minutes ; les premiers parce que, surtout à l'approche de la phase hyposystolique, ils peuvent précipiter les accidents en augmentant le travail du cœur par le refoulement du sang de la périphérie au centre circulatoire. Ainsi, on a pu citer les exemples de cardiaques qui. à la suite d'un bain froid, sont pris d'une angoisse subite, de violentes palpitations, de douleurs précordiales, de sensation intense d'étouffement, de menace de mort. Mais les bains chauds, de 34 à 36°, sont permis, à la condition de ne pas dépasser la durée de quinze à vingt minutes.

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Influence du climat

L'influence du climat est importante à connaître, parce qu'on est souvent consulté à ce sujet. D'une façon générale, il faut défendre le séjour à des altitudes supérieures à 400 ou 500 mètres, ainsi que le séjour sur le bord de la mer. On doit choisir des climats sédatifs, calmants, à l'abri du vent et des variations trop grandes et trop brusques de température. Les climats d'altitude ne sont pas contre-indiqués dans les fausses cardiopathies provoquées par des accidents digestifs, par l'anémie ou la neurasthénie. Mais, dans ces cas, ce que le climat d'altitude guérit, ce n'est pas le trouble cardiaque, c'est la maladie qui lui a donné naissance. Cependant, dans les cardiopathies valvulaires d'origine endocardique, dans les insuffisances mitrales arrivées à une période où l'hypertrophie compensatrice est insuffisante, on a été jusqu'à dire1 que Saint-Moritz (dans l'Engadine), situé à une hauteur de plus de 'J ,800 mètres, pouvait produire de bons résultats. Je me garderai bien d'assumer la responsabilité de cette affirmation imprudente.

Quant aux cardiopathies artérielles dont un des dangers principaux consiste dans l'hypertension vasculaire, on ne saurait trop répéter qu'elles sont toujours aggravées par les climats de haute altitude, puisqu a de grandes hauteurs l'abaissement de la pression atmosphérique a toujours une tendance à augmenter la tension artérielle.

Le séjour au bord de la mer produit parfois chez certains cardiopathesartériels une excitation circulatoire qui peut leur être très défavorable. Je me rappelle à ce sujet un malade atteint d'une artério-sclérose cardiorénale avec accès de dyspnée de Cheyne-Stokes et d'angor pectoris, et qui voulut, malgré ma défense absolue, aller passer quelques mois à Nice, sur le bord de la mer. Quelques jours après son arrivée dans cette localité, les phénomènes asystoliques les plus graves éclatèrent et il revint mourir à Paris. J'ai vu d'autres faits semblables, et quoique le littoral de la Méditerranée soit moins excitable que celui de la Manche ou de l'Océan, je le défends aux artério-scléreux et aux angineux, aux cardiaques excitables, aux cardio-artériels avec forte hypertension, aux cardiaques arrivés a la dernière période de l'asystolie. Lorsque la lésion orificielle est absolument latente, ne se manifestant que par l'existence d'un souffle, le séjour au bord de la mer ne produit souvent aucun effet favorable ou

' C. Veraguth. De l'influence et de la valeur thérapeutique du climat d'altitude sur les maladies du cœur [Internationale Klinische Rundschau, 1892).

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fâcheux ; la contre-indication de ce séjour commence à la période d'hypersystolie, ou au contraire à celle d'asyslolie.

Cependant, pendant l'hiver, les cardiopathes artériels retirent souvent de bons résultats d'un séjour dans une localité du midi, située même sur le bord de la mer, à la condition expresse qu'ils choisissent une habitation un peu éloignée de celle-ci.

Mais, encore une fois, le cardiaque est un malade qui a besoin d'une cure de repos, et au risque de prétendre aux affirmations paradoxales, je pense que les stations d'hiver ou d'été pour cardiaques doivent être des « endroits où l'on ne s'amuse guère », où l'on puisse, sans trop d'ennui, se reposer en silence. Repos du corps., repos île l'esprit, repos de la pharmacie, telle est la triple alliance qui, elle, peut donner beaucoup de paix au cœur. « Les ressources de l'art, a dit Sénac, sont plutôt entre les mains des malades, que dans les pharmacies. » J'ajoute que, par la pratique de l'hygiène et du régime alimentaire, on résout en grande partie le problème de la cardiothérapie que nous allons rapidement étudier : Y adaplali on (bien différente de la compensation) du cœur périphérique au cœur central, et réciproquement.

Conclusions générales. — L'adaptation en cardiothérapie

Nous avons affirmé que Yadaplation de l'organisme à la lésion cardiaque est le but que la thérapeutique doit constamment viser dans les affections du cœur, de quelque nature qu'elles soient. C'est là le principe qui nous a toujours guidés et qui va servir de conclusion générale à nos études. Ce que nous avons dit des cardiopathies valvulaires ', est applicable aux cardiopathies artérielles, comme on va le voir.

Après un rhumatisme articulaire aigu, par exemple, lorsqu'une affection valvulaire est constituée, il y a bien une lésion d'orifice, mais il n'y a pas encore, à proprement parler , une maladie du cœur. La lésion étant <( bien compensée », comme on le dit dans le langage courant, la symptomatologie est réduite à la constatation d'un bruit de souffle ; l'œdème, les congestions viscérales font défaut, et la cardiopathie reste à l'état laLent. A celte période où la lésion , cependant réelle et devenue indélébile, ne produit aucune perturbation circulatoire, la thérapeutique n'a pas à intervenir, surtout avec les médicaments, et seule l'hygiène et le régime alimentaire doivent faire les frais du Iraitement. L'affection est alors à la période fteasystolie. Mais celte phase n'est pas contenue tout

(I) Indications thérapeutiques basées sur l'évolution des cardiopathies valvulaires (Thérapeutique appliquée, fascicule X. p. 8%, p. 29).

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entière dans la notion d'une systole bonne, régulière et normale ; l'intégrité du myocarde n'est pas seule, comme Stokes l'a prétendu, la clef du pronostic des cardiopathies, et leur compensation ne se fait pas uniquement du côté du cœur; elle se fait, surtout pour les cardiopathies infantiles, dans tous les organes, au moyen du phénomène important de l'adaptation.

Les organes s'adaptent à la lésion cardiaque, et la meilleure explication qu'on puisse donner de ce fait est de montrer ce qui se passe dans le rétrécissement mitral pur, affection probablement congénitale, restant latente jusqu'à lapuberté, époque à laquelle l'adaptation vient à se rompre. Dans celte maladie, « le cœur étant réglé pour un faible travail », le système artériel tout entier finit par s'adapter à un petit cœur, parce que la fonction fait l'organe. A la faveur de la sténose auriculo-ventriculaire, il passe peu de sang dans le ventricule qui se rétracte et s'atrophie, par conséquent peu de sang dans l'arbre aortique dont le calibre diminue et s'adapte à la faible quantité de sang qui le traverse : véritable état d'infantilisme mitral avec développement incomplet des organes, des muscles , de la taille, souvent avec aspect chlorotique dans le jeune âge. Le retentissement de la lésion sur le poumon et les cavités droites du cœur est ainsi pendant longtemps ajourné , ce qui explique la période plus ou moins longue de latence observée parfois dans certaines sténoses mitrales.

Dans le rétrécissement aortique juvénile, dont les cas sont rares à la vérité , le ventricule gauche peut ne pas s'hypertrophier d'abord, et la compensation , ou plutôt l'adaptation, se fait autre part, dans tout le système artériel qui revient sur lui-môme , pour ainsi dire , afin de s'adapter à la moindre quantité de sang qui le parcourt. Et ainsi de la plupart des affections valvulaires , surtout lorsqu'elles sont constituées par des rétrécissements orificiels.

Dans les insuffisances valvulaires, dans l'insuffisance mitrale en particulier, les organes eux-mêmes sont doués d'une certaine tolérance, d'une sorte d'adaptation qui leur permet dé résister, pendant un temps plus ou moins long, aux poussées congestives qui les menacent. Un foie normal, exempt de toute tare organique et en possession de toute sa puissance fonctionnelle, résistera mieux et plus longtemps chez un cardiaque, que le foie d'un alcoolique déjà touché par la stéatose ou la sclérose. De même le rein d'un graveleux, le foie d'un diabétique, l'estomac d'un dyspeptique, le poumon d'un bronchitique, seront de moindre résistance, et ouvriront plus rapidement la porte à l'asystolie viscérale.

Le myocarde n'est pas tout, et dans les cardiopathies chroniques, l'intégrité des divers organes est au moins aussi utile. Il y a là, au point de

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vue prophylactique, des indications que le thérapeute ne doit jamais perdre de vue.

Pour les affections valvulaires de l'aorte, l'adaptation se fait dans le système de la grande circulation, dans tout l'arbre artériel dont l'intégrité joue un rôle important. Pour les affections mitrales, l'adaptation a son siège dans la petite circulation, et c'est la résistance pulmonaire qui est la grande régulatrice. Dans les premières, l'effort compensateur est supporté par le ventricule gauche ; dans les secondes, par l'oreillette gauche d'abord, le ventricule droit ensuite.

L'adaptation est un phénomène différent de celui de la compensation ; celle-ci se produit, par exemple dans le rétrécissement mitral, au ventricule droit qui se dilate et s'hypertrophie pour résister à l'énorme tension de la petite circulation, ou môme à l'orifice tricuspidien dont la dilatation et l'insuffisance préviennent les ruptures vasculaires du poumon. Par conséquent, dans la sténose mitrale, l'adaptation se fait dans le ventricule gauche qui se rétracte et s'atrophie, et la compensation par le ventricule droit qui se dilate et s'hypertrophie.

En un mot, X adaptation de l'organisme à une lésion tend, d'une façon presque passive et par le mécanisme de la diminution fonctionnelle de tous les organes, à annihiler les effets de cette lésion; la compensation se fait par l'exaltation fonctionnelle de l'organe atteint: elle indique déjà un effort actif puisqu'elle veut combattre la lésion et qu'elle lutte contre elle, d'où il résulte que les cardiopathies compensées ne sont jamais latentes, au vrai sens du mot. Donc, l'hypertrophie du cœur n'est pas toujours « providentielle », et toujours chercher à la provoquer par des systèmes thérapeutiques, un peu trop vantés dans ces derniers temps, ce n'est pas faire œuvre physiologique, d'autant plus qu'il s'agit déjà d'un phénomène pathologique. Le cœur ne s'hypertrophie pas « pour lutter, mais parce qu'il lutte » ; nouvelle condamnation du traitement systématique d'QErtel. D'autre part, un cœur peut paraître hypertrophié anatomiquement, alors qu'il est atrophié au point de vue fonctionnel. Par exemple, il faut faire une distinction entre l'hypertrophie simple du myocarde, la />///f>-hypertrophie et l'augmentation de volume produite par l'hyperplasie conjonctive, la .sxAvvj-hypertrophie qui a une tendance si naturelle à la cardiectasie. L'une retarde l'asystolie, l'autre la prépare. Pour l'application de sa méthode, OErtel a-t-il toujours fait une distinction entre ces deux cas, et n'a-t-il pas souvent aggravé la maladie, surtout en demandant à un cœur atteint de scléro-hypertrophie un excès de fonctionnement qu'il était incapable de donner, en raison de son état de méiopragie ?

Ce qui vient d'être dit trouve son application pour le traitement des cardiopathies artérielles dans lesquelles le pouvoir fonctionnel de tous II. IIuchard. — Maladies du cœur, 3e édition. 3ô

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les organes est toujours réduit par suite de l'état de contraction et de sclérose du système vasculaire. Alors, vouloir agir directement sur le cœur central déjà profondément atteint, chercher à exciter un cœur affaibli et à doubler son fonctionnement quand il est diminué de moitié par la maladie, vouloir augmenter son travail quand il s'agit de le faciliter, c'est faire de la thérapeutique irrationnelle. Encore une fois, un des grands principes de la cardiothérapie est celui-ci : soulager le cœur pour le fortifier, et on le soulage en atténuant les résistances périphériques, en ouvrant toutes larges les voies d'écoulement sanguin, en adaptant tous les organes et le cœur lui-même à leur puissance fonctionnelle amoindrie. Par là, on réalise ainsi une grande loi de thérapeutique : l'art d'adapter les moyens médicamenteux à la puissance fonctionnelle des organes et de l'organisme. Par là encore, on arrive à suivre, à imiter la nature dans les méthodes curatives qu'elle emploie.

La confirmation de ce fait se trouve dans tous les développements que nous avons donnés au traitement de l'hypotention et de l'hypertension artérielle, des cardiopathies artérielles, et pour le démontrer mieux encore, nous allons citer un exemple.

On connaît cette maladie si intéressante, bien étudiée par Lancereaux, sous le nom d'aplatie artérielle généralisée, caractérisée par un rétrécissement congénital de l'aorte et du système artériel se traduisant d'abord par quelques signes de chlorose (période presque latente d'une durée de quinze à trente ans) et beaucoup plus tard par une albuminurie avec néphrite scléreuse atrophique. Nous en avons eu un bel exemple dans notre service chez un homme de 40 ans, resté infantile, et dont le rétrécissement artériel était si accentué qu'il se manifestait par l'absence du pouls dans tous les vaisseaux, sauf dans les carotides où on le sentait à peine. L'adaptation a été longue chez lui, la période latente s'est prolongée jusqu'à l'âge de 38 ans, époque à laquelle sont survenus les signes d'une lésion rénale devenue irrémédiable. Pourquoi cette période de latence, et pourquoi ensuite cette période d'insuffisance urinaire ? La maladie est restée latente, parce que la nature a su adapter le contenant au contenu, le travail des organes au fonctionnement dont ils étaient capables. Mais, si l'on avait de bonne heure institué la médication préventive, si l'on avait réduit le fonctionnement du rein par le régime lacté, par une alimentation spéciale et pauvre en toxines alimentaires dont l'élimination incessante irrite et finit par altérer cet organe, si, en un mot, on avait fait la thérapeutique de l'adaptation, on eût sans aucun doute prolongé la période latente de la maladie.

D'autre part, au lieu de chercher la compensation dans l'organe malade

et, par ce fait, incapable d'un excès de fonctionnement, il faut la poursuivre dans les organes sains et chargés, en quelque sorte, de les suppléer.

Je m'explique. Vous êtes en présence d'un ictère grave, les accidents deviennent de plus en plus sérieux, l'adynamie est profonde, les hémorrhagies menaçantes, le péril imminent, quand se produit une forte crise urinaire qui sauve le patient. Que nous enseigne la clinique dans ce cas ? Elle nous montre que ce n'est pas du côté du foie, c'est-à-dire d'un organe malade et désormais impuissant, que l'on peut et que l'on doit agir, mais surtout du côté de son organe réellement compensateur, du filtre rénal qui sert à éliminer toutes les toxines que la cellule hépatique profondément altérée ne peut plus ni neutraliser ni détruire.

Pour un cœur atteint dans sa force contractile, où chercherez-vous la compensation ? Ce n'est pas au myocarde puisqu'il a subi des altérations plus ou moins profondes ; c'est dans tout le système artériel dont vous devrez sans cesse combattre l'état de contraction, pour faciliter le travail du cœur central, c'est dans l'hypertension qu'il faut vaincre, et ainsi nous revenons à notre point de départ, la thérapeutique de la compensation, ainsi comprise, devenant la thérapeutique de l'adaptation.

Ce sont là des règles importantes de thérapeutique générale que j'ai naguère exposées1. Dans une maladie d'organe plus ou moins altéré, il faut pour la médication, songer à son organe compensateur : au rein et au système artériel pour le cœur ; au rein pour le foie ; quelquefois au cœur pour les maladies du poumon.

Tels doivent être les principes de la cardiothérapie ; telles sont les différentes médications que l'on doit mettre en usage dans le traitement de toutes les cardiopathies en général et des cardiopathies artérielles en particulier. Elles répondent ainsi aux indications thérapeutiques principales qui doivent s'adresser d'abord aux trois ordres de symptômes du début ou du cours de ces maladies : symptômes d'hypertension artérielle, symptômes méiopragiques, symptômes toxiques.

Combattre l'hypertension artérielle par l'hygiène et le régime alimentaire, par les exercices musculaires actifs ou passifs, par les moyens médicamenteux dont j'ai donné l'énumération ; éviter le surmenage dans une maladie où tous les organes sont en état de méiopragie ; activer le fonctionnement des émonctoires dont l'insuffisance est une cause incessante d'intoxication pour l'organisme : tel est encore le problème thérapeutique à résoudre pour obtenir l'adaptation plus ou moins complète de l'organisme au système cardio-vasculaire profondément atteint.

1 La méthode en thérapeutique. (Gazelle hebdomadaire, 1894.)

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Il n'y a pas de maladie chronique où, grâce à l'intervention de l'hygiène basée sur la pathogénie, grâce à l'efficacité grande d'agents médicamenteux, la médecine soit moins désarmée et plus apte à retarder pendant de longues années l'échéance fatale. Corvisart a donc commis une erreur en reproduisant cette citation de désespérance en tête de son livre : hœret latori letkalis arundo. Le plus grand clinicien du siècle, Laennec, qui s'est rarement trompé, a dit avec plus de raison et de vérité :

« On réussit à faire vivre pendant de longues années, certains malades avec des affections du cœur plus ou moins graves. »

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