‹ Traité clinique des maladies du cœur et de l'aorte [electronic resource] (volume 3)Chapitre 18 sur 62 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Symptomatologie .

Période latente, — Lorsque l'on conslate chez une jeune fille de lî) à 20 ans des signes physiques de rélrécisseraenl mitral, on peut et on doit reconstituer l'évolution clinique de la maladie qui s'est souvent traduite pendant l'enfance ou avant la puberté par des signes purement fonctionnels. 11 s'agit là, dans le rétrécissement mitral pur ou congénital, d'une période latente au point de vue des signes physiques, mais non absolument latente pour les troubles fonctionnels.

Ces malades, lorsqu'ils étaient enfants avaient V essoufflement facile, sous l'influence de la moindre course ou marche précipitée. A cette anhélation se sont jointes des palpitations, des épistaxis fréquentes et parfois abondantes ; plus rarement des lipothymies, même des syncopes. Puis, à l'époque de la puberté, comme pendant toute la période génitale de la femme, l'existence des troubles menstruels a une grande importance. L'établissement de la menstruation est difficile, pénible, douloureux, les menstrues restent irrégulières dans leur époque d'apparition, dans leur abondance et leur durée ; elles peuvent apparaître d'une façon incomplète deux ou trois fois par mois, manquer pendant une période plus ou moins longue ou encore se manifester sous forme d'une véritable ménorragie.

Plus tard, la grossesse peut s'accomplir normalement et se terminer ■ favorablement ; mais d'autres fois, elle se termine par un accouchement prématuré ou encore elle est traversée du 5" au 6" mois par des accidents de congestion pulmonaire de haute gravité signalés pour la première fois par Pulégnat (de Lunéville) et auxquels Peter a donné le nom à^accidenis gravido-cardiaques. Quand la malade accouche à terme, elle peut présenter des accidents à la suite de la délivrance parmi lesquels des raétror-

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ragies abondantes ; enfin l'accouchement se termine parfois par l'expulsion d'un fœtus mort depuis plusieurs semaines. La stérilité n'est pas rare. L'influence réciproque du rétrécissement mitral et de la grossesse a donné lieu à beaucoup de discussions; elle sera plus lard Tobjel de quelques considérations importantes au point de vue pratique.

Les accidents hémorragiques consistant en épistaxis et hémoptysies ont été parfois observés, et à ce sujet il est utile de distinguer les hémoptysies dues aux troubles et à l'hypertension de la petite circulation, de celles qui sont dues à une tuberculose concomitante Gomme chez ces malades les bronchites sont faciles, fréquentes et tenaces, comme elles s'accompagnent de toux sèche avec léger état d'hypersécrélion bronchique, d'oppression et d'anhélation continuelles, on comprend que dans certains cas le diagnostic puisse être hésitant. C'est là le type pscudo-lubcrculeiix du rétrécissement mitral.

D'autres fois, la maladie prend le masque de la chlorose, et chez ces malades à la figure pâle et anémiée, à l'aspect languissant, avec des troubles menstruels très fréquents et même habituels, avec de la dysménorrhée ou de l'aménorrhée, avec un degré d'irritabilité nerveuse et des symptômes dyspeptiques, le diagnostic de chlorose peut s'imposer surtout lorsque l'on trouve en même temps des souffles vasculaires au cou et des palpitations, et la constatation des signes physiques du rétrécissement mitral n'est souvent qu'une surprise de l'auscullalion. Cette constatation avec l'existence d'un œdème des memhres inférieurs permet d'établir le diagnostic de chlorose cardiaque dont le premier fait a été signalé par Stokes et dont fai observé un grand nombre de cas.

Une jeune fille observée par ce dernier auteur, âgée de dix-huit ans, présentait tous les symptômes de l'anémie et de la chlorose. Les signes d'une affection organique de la valvule mitrale existaientchez elle, mais en raison de l'âge et des conditions de santé, le diagnostic fut tenu en suspens, et la thérapeutique fut dirigée vers l'élat général. La malade succomba à des accidents de congestion pulmonaire avec anasarque. A l'autopsie, on trouva l'orifice auriculo-venlriculaire en forme d'entonnoir et tellement rétréci qu'on y pouvait à peine passer une plume d'oie. L'aorte était saine ainsi que ses valvules. L'oreillette gauche distendue était épaissie dans ses parois ^

Toutes les malades atteintes de rétrécissement mitral n'ont pas le

' RicHARDiÈRE. Palhogéinc de quelques hémorragies bronchiques et gastriques dans le rétrécissement mitral, Méd. mod., 1891. — * Stokes, loc. cil. Fabrk. Les anémies par alfectioas cardiaques. Gaz. des hôp., 1881. Ricardo Bonet (de Cuba). Recherches cliniques sur la chlorose cardiaque, Thèse de Paris, 1887. J. Sapir. Le rétrécissement mitral pur et sa forme chlorotique, Thèse de Montpellier, 1895.

RÉTRÉCISSEMENT MITRAL

faciès chlorotique. On en rencontre au contraire un grand nombre qui présentent une coloration rouge sombre des joues, un aspect violacé des lèvres et des ongles, augmentant manifestement sous l'influence de la marche ou des efforts.

Nous allons maintenant étudier les troubles fonctionnels et les signes physiques du rétrécissement mitral dans ses deux formes, congénitale ou acquise.

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