HABITATION
Quand les malades ne peuvent pas quitter leur pays, il faut leur créer en quelque sorte un climat par Thabitalion et les mesures hygiéniques. D'une façon générale, au séjour de la ville il faut préférer celui de la campagne où l'on trouve surtout le repos du corps et de l'esprit, des promenades au grand air et au soleil.
S'il s'agit d'un cardiopathe valvulaire d'origine rhumatismale, surtout d'un jeune homme ou d'un enfant chez lesquels les attaques ultérieures de rhumatisme sont beaucoup à craindre parce qu'alors le cœur se prend toujours et se comporte comme une articulation, il convient d'insister beaucoup sur l'hygiène du rhumatisant : éviter les habitations trop fraîches ou proches de l'eau, dans les rues étroites, mal ensoleillées et insuffisamment aérées, dans les appartements oii l'air circule mal, oîi les rayons du soleil pénètrent à peine, dans une chambre située au nord. A la ville surtout, il faut défendre les entresols un peu bas, insuffisamment éclairés ou mal aérés et donnant sur de petites cours, à plus forte raison le rezde-chaussée, même bâti sur cave. A la campagne, la maison doit être bien ensoleillée, placée à mi-côte, à l'abri des grands vents, de ceux du nord et de l'est, des brouillards, au milieu d'un jardin ou au voisinage d'une promenade ou d'une place plantée d'arbres. Pour la môme raison, on doit proscrire toutes les professions exposant aux intempéries de l'air et aux refroidissements.
La chaleur excessive, les grandes variations de température, le brusque passage d'une atmosphère très chaude à une atmosphère froide, l'air confiné ou vicié par la respiration d'un grand nombre d'individus, voilà des conditions défavorables pour les cardiopathes, surtout pour tous ceux qui commencent à soutïrir de leur lésion et chez lesquels se sont déjà montrés quelques troubles de compensation. Aussi, doit-on leur permettre modérément le séjour dans les salles de spectacle et dans les bals souvent surchauffés, dans les réunions publiques et les cercles oii la tabagie peut, par elle-même, exercer une influence néfaste sur le cœur.
La chambre à coucher sera exposée au midi, surtout en hiver. Le lit doit être peu entouré de rideaux, ou ceux-ci seront assez écartés pour permettre largement le renouvellement de l'air; il doit être placé au miUeu de la chambre, sans être appuyé immédiatement contre un mur, surtout s'il est humide et s'il s'agit d'une cardiopathie rhumatismale. Pas
MALAI)[F.S 1)F. L F-NDOCAROK
de coucher trop chaud ou trop moelleux, pas de lit de plume, mais des matelas de laine et des oreillers de crin ; pas trop de couvertures exposant aux sudations et aux refroidissements ; pas de ces gros édredons qui, trop rapproclirs de la tête, empêchent la libre circulation de l'air et réduisent sa (iiiaiililc icspirable. Quanta l'attitude que les cardiaques doivent prendre dans leur lit, elle dépend le plus souvent de la nature de la maladie. 11 y a les « cardiaques assis » et les « cardiaques couchés « ; les premiers sont les mitraux parce qu'ils respirent mal ; les seconds, les aortiques parce qu'ils s'opposent ainsi instinctivement par la déclivité de la tête, aux troubles de l'ischémie cérébrale. Mais, il y a aussi les aortiques assis ; ce sont les cardio-artériels qui en raison de leur état dyspnéique, passent les nuits sur leur séant ou dans un fauteuil. A ce point de vue, il n'y a donc pas de conseils à donner aux malades , ils prennent naturellement l'atlilude qui leur convient le mieux.
VKTf:MENTS
Les malades doivent porter de la flanelle, avoir des chaussures sufflsamment épaisses pour préserver de l'humidité les extrémités inférieures. Les femmes atteintes de lésions valvulaires renonceront à se découvrir les bras et la poitrine, c'est-cà-dire à se décolleter. Les vêtements seront suffisamment larges, les corsets peu serrés de manière à n'exercer aucune conslriclion capable d'entraver la circulation veineuse ou de comprimer des organes importants'. On sait que chez les soldats, l'usage de ceinturons trop serrés, d'uniformes trop étroits peut eni{)ôc]ier l'ampliation de la poitrine, gêner le libre exercice de la res[)iralion, entraver la circulation en retour, d'oîi la production d'accidenls cardiaques divers et de palpilalions. Cependant, dans certains cas où des palpitations, voire même des lipolhymies ou des syncopes sont dues à un certain état de ptoso cardiaque (cardioptose, cœur mobile) qui se manifeste surtout lorsque les malades passent brusquement de la position assise ou couchée à la station debout, l'usage d'une large ceinture légèrement compressive de la région thoraco-cardiaque ou d'un appareil de soutien (ceinture cardiaque de Deschamps) est souvent indiqué pour faire disparaître ces accidents.
l'IiOF ESSIONS : VIE SOCIALE
Nous avons déjà dit quelques mots des professions. D'une façon générale, elles seront choisies parmi celles qui n'exposent pas aux intem-
' A. Baudin. De l'hj-giène dans les lésions organiques du cœur compensées. Thèse de Pari.t, 1876.
péries de l'air, aux changements brusques de température, au séjour dans un air confiné, aux efforts, aux marches prolongées, aux montées d'étages, aux émotions vives. Le repos du corps et de l'esprit est nécessaire, et Peter a exprimé judicieusement cette pensée, que « le cœur physique est doublé d'un cœur moral. » Il faut donc éviter le surmenage de l'un et de l'autre, et si l'on ne doit pas admettre avec Corvisart l'origine trop souvent émotive des lésions organiques du cœur dont il aurait remarqué la grande fréquence « dans les temps horribles de la révolution », il n'en est pas moins vrai que les émotions répétées peuvent créer de toutes pièces une cardiopathie artérielle, comme nous l'avons déjà dit et prouvé par quelques exemples (tome I, page 187), qu'elles sont même capables de provoquer des attaques asystoliques, comme je l'ai vu plusieurs fois et comme plusieurs cliniciens en ont donné de bonnes observations \
L'effort répété peut déterminer des dilatations cardiaques, non seulement transitoires, mais encore permanentes (mineurs de Cornouailles d'après Peacock, habitants des montagnes portant de lourds fardeaux près de Tubingen d'après Munlzinger), et dans une statistique portant sur 282 cardiaques reçus à l'Hôtel-Dieu de Paris en quatre années, on voit par les chiffres suivants, la différence des décès pour les professions de force et pour les professions sédentaires. Pour les premières, il y a eu 62 décès pour 192 cas, soit 32 p. 100 ; pour les secondes, 16 décès pour 90, soit 18 p. 100 -.
Non seulement les fortes émotions morales doivent être évitées aux cardiopathes et surtout aux angineux (plusieurs cas de mort subite par syncope angineuseàla suite d'une émotion violente), non seulement les professions qui exposent à ces émotions (hommes politiques, financiers, etc.) doivent être modérément conseillées aux malades atteints d'affections diverses du cœur; il faut encore écarter d'eux toutes les intoxications portant leur action sur le système vasculaire ou artériel : plomb, tabac, alcool, phosphore. L'intoxication saturnine, par l'atteinte qu'elle porte aux vaisseaux, au rein et au cœur, même au foie souvent atrophié, devient une complication très grave et toujours menaçante de toutes les cardiopathies et surtout des cardiopathies artérielles ; il en résulte dès lors la prohibition absolue des professions exposant à cette intoxication.
De la connaissance de ce? faits découle la conclusion suivante : les professions sédentaires, celles qui demandent un travail intellectuel modéré, conviennent particulièrement aux cardiaques, et ce sont ces professions
' Beau. Traité d'auscultation. Paris, 18b6. Rigal. Exemple d'asystolie par influence nerveuse, Arch. de méd., iSH'S. Meuklen. Rôle de l'émotion dans l'asystolie. 5e?n. tnéd., 1899. — - Vaquez. Hygiène des maladies du cœur. Paris, 1899.
H. HucHAHD. — Maladies du cœur, 3° édition. — m.
MALADIICS DE I, ENOOCARDK
qu'il faut choisir ou préparer de préférence pour les jeunes gens ou enfants atteints de bonne heure d'endocardite rhumatismale passée à l'état chronique. Encore cette sédentarité qui expose à certains inconvénients (ralentissement de la circulation, tendance à l'adipose) ne doitelle être jamais complète. Il y a là une mesure que tout médecin doit comprendre et appliquer.
Le repos absolu dans les maladies du cœur est presque aussi nuisible que les exercices musculaires prolongés ou exagérés. 11 faut donc recommander quelques promenades, des marches peu rapides sur des terrains plats ou en pente légère. A la période de compensation, la chasse (mais jamais la chasse à courre), l'équitation peuvent être permises, à la condition expresse de s'arrêter à la fatigue ou à l'effort. On permettra encore les promenades en voiture et les voyages en chemin de fer, k la condition encore de ne pas trop les prolonger ou les répéter, celle recommandation s'appliquant surtout aux cardiopathies artérielles le plus souvent compliquées de néphrite scléreuse ; car dans ces cas, la trépidation incessante du chemin de fer est capable de produire des phénomènes d'excitation génito-urinaire avec congestion rénale, suivis parfois d'accidents redoutables d'urémie, comme j'en ai signalé quelques exemples \ Enfin, d'une façon générale, il faut défendre tout acte nécessitant un effort : danse, escrime, natation, courses, marches forcées, gymnastique de force, instruments musicaux à vent.
Peut-on permettre l'usage de la bicrjcUtlc aux cardiaques ? Cette question serait facilement résolue dans le sens de la négative, si l'on s'en tenait à la relation d'accidents graves survenus chez ces malades : morts subites signalées par L. H. Petit, dilatation du cœur (Elerchell), insuffisance auriculo-ventriculaire (Getchell), accès angineux chez un aortique latent (H. Huchard), dilatation de l'aorte (Rendu), insuffisance aortique (Launois), myocardite aiguë et dissociation segmentaire du myocarde par intoxication de surmenage (Ramond). Mais dans beaucoup de ces cas, des excès avaient été commis ; tel le malade de Launois qui fit un trajet de 1.4S2 kilomètres en sept jours de Paris à Madrid et qui, indemne de toute affection cardiaque ou aortique, présenta tout à coup les signes d'une insuffisance aortique aiguë par rupture valvulaire
Si l'on peut autoriser l'usage de la bicyclette à certains cardiaques jeunes dont le myocarde et les artères ont gardé leur intégrité, chez
' H. HccHARD. Journal des Praticiens. Consultations médicales. 1900-1903. — ' L. H. Petit. Acnd. de méd. Paris. 1894. Herchell. T/ie Lancet, 1895. Get-chell. Trans of the am. clin, ass., 1899. Rendu. Soc. méd. des hop.. 1897. L.wnois. Soc. mèd. des hôp.. 1896. Ramo.nd. Oissp-. cialioii segmentaire du myocarde dans un cas de cœur forcé. Soc. med. des hôp., 1895.
TRAITEiMENT DES CARDIOPATHIES VALVULAIRES ; HYGIÈNE
les mitraux atteints plutôt d'une simple lésion que d'une maladie de cœur, il est nécessaire de doser cet exercice comme un médicament, de l'arrêter toujours à la fatigue, de défendre les vitesses trop grandes (pas plus de 10 à lîj kilomètres par heure), les montées sur de trop fortes pentes, les courses trop prolongées. On a même été plus loin, et quelques auteurs ont pensé que cet exercice arrivant à déterminer dans le poumon une plus grande capacité respiratoire, pouvait devenir un instrument de thérapeutique destiné à remplacer la cure de terrain'. De nouvelles observations sont nécessaires pour nous faire sortir d'une très prudente réserve à ce sujet. Voici les conclusions auxquelles je suis arrivé :
1° La bicyclette doit être proscrite, même avec modération : dans toutes les cardiopathies artérielles et l'aortite, la dilatation ou l'anéyrysme de l'aorte ; chez les malades atteints de dyspnée toxi-alimentaire, d'angine de poitrine coronarienne ou simplement nerveuse, de cardio-sclérose ou de néphro-sclérose même au début, de maladie de Stokes-Adams, de tachycardie paroxystique, de cardiopathie valvulaire ayant franchi la période d'hyposystolie, de dilatation du cœur, dans l'âge sénile. •
2° Elle peut être permise, à la condition d'être surveillée : dans les affections valvulaires bien compensées. Mais, parmi elles, le rétrécissement mitral, affection dyspnéisante par excellence, offre presque toujours, même à sa période de compensation, une contre-indication absolue. Les intermittences et les faux-pas du cœur ne sont pas des contre-indications, parce que souvent ces altérations du rythme cardiaque sont indépendantes d'une lésion quelconque de l'organe ; il faut faire une exception pour la forme arythmique de la cardio-sclérose