‹ Traité clinique des maladies du cœur et de l'aorte [electronic resource] (volume 3)Chapitre 39 sur 62 · POISONS CARDIAQUES NON OU PEU USITÉS · texte numérisé non relu

POISONS CARDIAQUES NON OU PEU USITÉS

Nous ne ferons qu'en mentionner quelques-uns, renvoyant à l'étude des médicaments cardiaques que nous avons faite en 1896''.

Le prunus virginiana, de la famille des rosacées, se trouve surtout aux États-Unis ; il est cultivé dans quelques jardins de l'Europe (padus-oblonga) et se rapproche beaucoup par l'aspect et les propriétés du laurier-cerise (padus lauro-cerasus) . Les parties actives se trouvent surtout dans l'écorce et dans la racine employée en Amérique comme tonique du système nerveux, et recommandée par Cliffort Albutt dans les affections du cœur dont elle ralentirait les battements, ce qui n'est pas démontré (2 à 3 grammes de poudre ; 2 à 3 grammes d'extrait fluide).

L'anagyris fœlida, de la famille des légumineuses, a été étudiée par Arnoux, Gallois et Hardy qui ont isolé un principe actif, Vanagyrine, par Reale, Gley, Gautrest. Les quelques essais thérapeutiques que j'ai faits sur ce poison n'encouragent pas son emploi thérapeutique qui expose à de sérieux accidents*'.

L' érythrophlœum gumeence (ou mancône), de la famille des légumineuses, se trouve en Guinée et en Afrique orientale. Son principe actif, Véryihrophléine a été isolé par Gallois et Hardy. Agent très toxique, emplo} î par Dujardin-Beaumetz à la dose de 30 à 40 gouttes de teinture de mancône, et expérimenté par Lauder-Brunton et Walter Pye, Bochefontaine et G. Sée. D'après Lauder-Brunton, l'érythrophlœum paraît agir plus sur les vaisseaux que sur le cœur. Je n'ai aucune expérience sur ce médicament dont il faut craindre l'action toxique ^

Le chlorure de baryum employé autrefois par Lisfranc contre la scrofule, a été utilisé comme médicament cardiaque par Bary (de Dorpat) Hare (de New-York) à la dose de 0,05 à 0,10 centigrammes par jour ou à la dose de 2 à 6 grammes d'une

' Ducrest. Abeille méd., 1863. — * Huchard. Journal des Praticiens, 1903. — ' IIuchard. Thérapeutique appliquée, Paris, 1896. — ■'Arnoux. Thèse de Montpellier, 1870. Gallois et Hardy. Soc. de biol.. 188.Ï et Acad. des se., 1888. N. Reale Gazetla chivi. ital., 1887. Gley. Soc. de 6ioL, 1889 et 1892. Gautrest, Thèse de Paris, 1892. — « Lauder-Brunton et Walter Pye. Philosophical Trans. of. tlie royal, soc. 1876. Lauder-Bhunton. Action des médicaments {Trad. française, 1901).

MAKADIRS DE I.'rNDOCARDE

solution au centième. D'après Bôhm et Mickwitz, Sydney Ringer et Sainsbury, ce médicament ralentit le pouls, renforce la systole et augmente considérablement la tension artérielle. J"ai expérimenté ce médicament avec des succès très douteux'.

L'action cardiaque des sels de rubiilium signalée en 1885 par Cli. Hichet, a été utilisée à ce titre par Botkin et Sydney-Ringer. Les résultats sont plus que douteux. Le prix élevé du médicament et la difficulté de l'obtenir à l'état de pureté s'opposent encore à son emploi ^.

Action cardiaque de quelques médicaments.

IvxciT.VNTS c.\Ri)iAouES. — Nous allons aborder maintenant l'étude de quelques médicaments capables d'exercer une action cardiaque, en plus de leurs propriétés habituelles. Nous ne citerons d'une façon sommaire, que les principaux, en commençant par les excitants ou stimulants cardiaques.

1'' Comme je le disais il y a huit ans (Thérapeutique appliquée 1896), dans certains cas, quand on se trouve en présence d'accidents graves caractérisant le collapsus cardiaque ou les tendances syncopales dans les fièvres et les cardiopathies chroniques, quand la défaillance du cœur est imminente, il y a lieu d'agir énergiquement et rapidement pour réveiller en quelque sorte la contractilité ventriculaire endormie, ou sur le point de s'éteindre. Donc, action rapide et énergique, telles sont les deux conditions que doivent remplir les médicaments de celte classe parmi lesquels Vélher, le camphre, la caféine, la chaleur et les agents thermiques, les excitations cutanées, le massage en tapotage, application du marteau de Mayor, pulvérisation de cidorure de méthi/le, stypage sur la région précordiale pour réveiller le réllexe cardiaque d'Abrams-'. D'autres fois, l'urgence de la médication est moins grande et c'est alors que la strychnine, Valcool, le café, le tli,ê et même la morphine à petites doses hypodermiques sont indiqués.

"l" Inutile d'insister sur les injections hypodermiques d'éther et de caféine bien connues. Les injections sous-cutanés de camphre que j'ai contribué à introduire en 1890 dans la thérapeutique cardiaque S ont pour avantage de n'être pas aussi douloureuses que celles de caféine et surtout d'éther, tout en produisant sur l'adynamie cardiaque les mêmes effets. On injecte une seringue de Pravaz, deux ou quatre fois par jour, d'une solution renfermant 10 grammes de camphre pour 40 grammes d'huile d'olive stérilisée. On peut encore associer l'éther au camphre (20 grammes d'huile pour 2 grammes d'éther et 4 grammes de camphre) .

' MiCkWiT/, tÎAiiv. In/iiif/. I)i\.srr//i/ii)ii. DorpatlSTi ft ISS.S. Il i\r;i:ii pt Sainskuisy. Itril. iiieil. .lutin, . m:i. I5|.\KK.' l'mrlilium;: ISSi. IIahi,. M,;I „i;>::, 1X89 et IN'.»',). IKhink. Joiirii. of //////.V.. ISi». II. S-:iiKi)Ki.. lîcilv:i,i;r ziir KiMinliiiss iln- wirkiiii- .1rs .•tiloriKiriiiiiis bcstuiilers al s lli'iziniltfl. Stult-nrd, VMv:,. — '■ Cii, liniii.i, .1. . ,/r.v v, , i.s.s:;. — -• AiiHVM.s. The lieart rellcx. Ifisifusi's ofllii- hPitrI. Clnc-iun, l'jiiO; — ' II. Ili .-.11x111. rt l-' u'iiK-.Mii.i.Kii. Coiuii-'ex jjuur la liihrn-iilusr. l'aiis. l.S'.Ml, ]-i i;sm m , . Le.s i iij 1 1. , lis i\\'[\\v\- el (riiiiik- .•aiiiphref. .loiirn. (les l'i-dltcicns, 11)04. Voici eiicon.i deux iiutrcs lonmiles : camphre. 1 ii i ^r. •'.0 ; huile d'olives stérilisée et éther sulfuriqiie. ù graniuies : — camphre. 1 à 2 gr. oO ; éther siillunque, 10 grammes (cette dernière injection est plus douloureuse).

3° La strychnine élève la tension artérielle par suite de son action secondaire sur les centres vaso-moteurs, sur la contractilité des vaisseaux et peutêtre sur celle du myocarde, elle accélère les battements du cœur par une action réflexe (Vulpian). Nous en avons montré l'emploi en injections souscutanées dans les grippes infectieuses caractérisées par l'hypotension artérielle et par les symptômes de cardioplégie ou de bronchoplégie (paralysie pulmonaire de Graves) ' . La strychnine est encore indiquée dans les dilatations cardiaques où son action peut être augmentée par l'association de la spartéine. (Deux ou trois seringues de Pravaz, d'une solution renfermant pour 10 centimètres cubes d'eau distillée, 0,50 cent, de sulfate de spartéine, et 0,01 cent, de sulfate de strychnine).

4° En outre des propriétés narcotiques et antalgiques, Yopium et surtout la worp/ime possèdent des propriétés stimulantes sur la circulation, bien connues des auteurs anciens, de Sydenham, Bordeu, Cullen et Ilufeland. L'opium est un « excellent cordial, disait Sydenham, et presque l'unique qu'on ait découvert jusqu'ici. » Porté dans la circulation, « l'opium détermine une excitation particulière, il donne de la plénitude au pouls, élève la température, augmente l'injection des téguments » (Gubler). La morphine est encore le meilleur médicament eupnéique que nous possédions, comme j'ai contribué à le démontrer. Les recherches expérimentales de Laborde et Picard (de Lyon) ont démontré que la morphine produit sur la circulation trois phénomènes importants : l'excitation des battements cardiaques, la dilatation artérielle, l'abaissement de la pression sanguine, ce dernier effet contribuant à fortifier le cœur en facilitant son travail. Mais, si l'on veut obtenir l'action cardio-stimulante de la morphine, il faut toujours employer de petites doses assez fréquemment répétées. C'est ainsi que les injections morphinées agissent non seulement dans les affections aortiques où elles peuvent combattre les accidents d'anémie cérébrale, mais dans les affections mitrales où elles agissent à titre de régulateur de la circulation, comme Gliffort Albutt le croit avec juste raison^

5" L'emploi thérapeutique de Vextrait surrénal et de Vadrénaline n"a pas encore fait suffisamment ses preuves. Cependant, les expériences ont démontré que l'injection intra-veineuse d'extrait aqueux de capsule surrénale détermine rapidement une élévation de pression sanguine par vaso-

' H. HucHABD. Jouni. des Praticiens et Soc. meil. des liôp.. 1891. — - Gubler. Soc. méd. des liûp., 18.58. Louis Re.\ault. L'opium dans la médication tonique. Thèse de Paris. 1876. Cmfkirt-Albutt. On the hypodermic use of morphia in diseases of the heart and great vessels. Praciitioner, t. III. H. Huchard. Delà médication opiacée dans l'anémie cérébrale due aux ailections du cœur. Jotirn. de thèrap., 1876. Action eupnéique de la morphine. Union méd., 1878. Laborde. Soc. de biol., 1877. Rebatel et Picard. Soc. de Inol.. 1878. Pécholier. Quelle est la vertu de l'opium ? Montpellier, 1880. P. R. Hervouet. De l'emploi de la morphine dans les maladies du cœur. Thèse de Paris. 1891. Rosenbach. Thérapie der Ger/einrart . 1901. — Les injections d'étiier rnorpliiné sont très efficaces contre l'adynamie cardiaque, d'après cette formule (Aubert. de Lyon) :

Chlorhydrate de morphine 10 centigrammes.

Eau distillée et alcool à 90° 4 centimètres cubes.

Faire dissoudre et ajouter : Ether sulfurique : 4 grammes.

MALADIES DE i/eNDOCARDE

constriction, un ralentissement avec stimulation réelle des contractions cardiaques. Sans doute, l'hypertension est un phénomène fugace ; mais les propriétés stimulantes de l'extrait surrénal et de l'adrénaline sur le cœur sont telles que, d'après Gottlieb et Mankowsky, l'injection intra-veineuse de cet extrait serait capable de solliciter les contractions du cœur les plus défaillantes. Il y a là une série de recherches à poursuivre au point de vue thérapeutique, d'autant plus que l'action physiologique sur le cœur n'est pas encore complètement élucidée par les auteurs, les uns admettant que l'extrait capsulaire porte directement son action sur le myocarde (Oliver et Schaefer), sur les ganglions nerveux intra-cardiaques et les nerfs vaso-constricteurs (Gottlieb), ou encore sur les centres vaso-moteurs bulbo-médullaires (Cybulski et Sczmonowicz) Il ne faut pas oublier qu'un des premiers effets de l'extrait capsulaire sur la diurèse est sa diminution suivie bientôt de son augmentation par vaso-dilatation -.

6° En regard de ces médicaments à action rapide, nous en plaçons encore deux autres, Vergot de seigle et Vhydrastis canadensis dont l'action est plus lente et moins sûre, moins cardiaque, puisqu'elle ne se manifeste que par des phénomènes de vaso-constriction. Soit qu'on admette avec Holmes, que l'ergot de seigle et l'ergotine exercent leur action vaso-constrictive directement sur les fibres musculaires de la tunique moyenne des artères, ou indirectement sur le centre vaso-moteur (Vogt), il s'agit toujours là d'une influence secondaire sur le cœur

Vhydrastia canadensis et son principe actif V hydraslinine étudiés par Schatz, Fellner (de Vienne), puis par nous, produisent les effets de l'ergot (élévation de la tension artérielle par vaso-constriction, faible stimulation cardiaque). Le chlorhydrate d'hydrastinine se prescrit à la dose de 5 centigrammes en injections sous-cutanées\

Sédatifs cardiaques.

Ce sont des médicaments destinés à diminuer la force et la fréquence des systoles ventriculaires, à modérer l'état d'éréthisme cardiaque avec ou sans lésions valvulaires.

\° Nous savons [déjà qu'à doses moyennes et répétées, la digitaline (5 à 10 gouttes de la solution au millième tous les jours pendant 5 jours) est réellement un « sédatif » et « l'opium » du cœur. Il en est de même de la

' Oi.ivER et Schaefer. Jauni, of. phys., 1895. Gottlieb. Arch. /'. exp. path. n. p/iys., 1896. CvHi'i.sKi et Sczmonowicz. (iazeta lekdnika. 189o. Livo.x. Action des sécrétions internes sur la tension sanguine (Conr/vès de Montpellier, 1898. 11. Hl'ch vrd. La médication hypotensive. Acad. de médecine, 1903. — "BARDiERet P'renkei.. Journ. de phys. el de pal/i. r/énémle, 1899. — ' Holmes. Thè.se de Paris. 1870. P. Vor.T. Berl. Klin. Woch., 1872. Vcli-ian. Leçons sur l'appareil raso-moleur. 1875. — ■* Schatz. Conr/rès des naturalistes allemands, 1883. Berl. Kl. Wucli., 1887. Fellner. Cent. f. die med . \\'issrit.,rl,,iflen, 1884. 11. IIcchard. Journal de 'incd. (te l'tiris, 1884. Gadanès. Tlièse de l'a n^. I ss'i. T MtonETTA. Le chlorhydrate d'hydrastinine. Journ. des Praiiciens. 1904.

morphine qui peut être un excitant ou un calmant suivant la dose employée, ce qui prouve que dans un médicament il y a plusieurs médicaments.

2° Vaconit et surtout Vaconitine ne produit qu'une action secondaire sur le système circulatoire : élévation, puis abaissement de la tension artérielle, léger ralentissement du cœur, pas d'action sur le myocarde. D'après Lauder- Brunton, l'aconit présente une particularité très curieuse : les petites doses ralentissent davantage le cœur que les doses plus fortes; ainsi, une goutte de teinture de racine d'aconit répétée à peu près toutes les heures, détermine un ralentissement plus accentué que 10 gouttes prises en une seule fois. Quoiqu'il en soit, efficacité très douteuse dans les cardiopathies.

3° La vératrine extraite de plusieurs végétaux de la famille des renonculacées et des colchicacées, est un poison musculaire très actif qui agit directement sur le myocarde, ralentit le cœur et abaisse la tension artérielle (à la dose d'un milligramme). Un muscle vératrinisé est en état de contraction prolongée, et c'est ainsi que, sous l'influence du médicament, comme sous celle de sels de calcium, la systole est plus longue, la fréquence des battements du cœur notablement amoindrie, la pression sanguine abaissée. La vératrine trouve rarement son indicationdans le traitement des maladies du cœur. — D'après G. Sée, l'action du veratrum viride se soutiendrait plus longtemps que celle de la vératrine, elle se rapprocherait de celle de la digitale (ce qui est une erreur) sans avoir l'inconvénient d'augmenter la pression vasculaire'. A la dose de 10, 12 et jusqu'à 20 gouttes par jour de teinture en fractionnant la dose en 3 ou 4 fois, et cela pendant plusieurs semaines ou mois, il aurait guéri définitivement trois malades atteints de goitre exophtalmique, ce qui est encore à démontrer.

4° U atropine et la belladone ont pour propriété de diminuer la sensibilité de l'appareil nerveux intra-cardiaque, ce qui explique leur action sédative et calmante sur les palpitations douloureuses produites souvent par l'hypertension artérielle d'origine vaso-constrictive. Mais, pour arriver à ce résultat, I il faut prescrire d'assez fortes doses du médicament, ce qui constitue un î danger et contribue alors à abaisser la tension artérielle par vaso-dilatation, et à accélérer le cœur, d'où la possibilité de l'utiliser dans le pouls lent permanent, lorsqu'il est consécutif à une maladie du bulbe ou de la moelle cervicale -. Mais alors, on côtoie trop les doses toxiques. C'est donc là une médication à employer avec grande prudence. S° La quinine produit sur le système circulatoire des effets différents, suivant I qu'on l'emploie à haute ou faible dose. Dans ce dernier cas, elle détermine 1 une augmentation de l'impulsion et de l'amplitude des contractions car- ! diaques, un léger état de vaso-constriction ; dans le premier (1 à 2 grammes), ralentissement du cœur suivi bientôt de son accélération, léger état de vaso-

' G. Sér. Diagnostic et traitement des mal., du cœur. Paris, 1889. - - Liégeois. Soc. de méd. pratique, 1881-1882. Belladone, jusquiame, médicaments cardiaques et artériels. Rev. méd. de l'Est, 1889-1890. Rummo. Action physiologique et thérapeutique de l'atropine dans I les maladies cardio-vasculaires. Congrès de méd. ital. de Borne, 1889. K. Dehio. Ueber den Einfluss des atropins auf die arhytmische iïerzfahigkeit. {Deutcli. arch. f. Kl. méd., LU).

MALADIES DK L ENDOCAEtDK

dilatation et abaissement de la pression vasculaire. D'après G. Sée, on ne doit pas associer la digitale et la quinine qui sont antagonistes, mais on peut les faire succéder l'une à l'autre. Cependant, j'ai remarqué que cette association (0,30 à 0,50 cent, de bromhydrate de quinine avec 0,05 cent, de poudre de digitale) détermine presque toujours des effets modérateurs sur les phénomènes d'éréthisme cardiaque. La quinine, comme agent sédatif du cœur, devrait être plus souvent prescrite.

6" Les bromures sont de bons sédatifs du cœur, et ils trouvent leur emploi à la période hypersystolique des cardiopathies, dans l'éréthisme cardiovasculaire, dans les arythmies nerveuses, dans quelques insomnies des cardiaques. Le bromure de potassium est presque toujours préférable au bromure de sodium parce que pour le premier, l'action nerveuse dépend du brome et l'action cardiaque du potassium. Mais, on abuse des bromures, surtout à la période asystolique des cardiopathies, dans le traitement de l'angine de poitrine coronarienne où il est inutile et même nuisible, comme je l'ai déjji dit, et comme Liégeois l'a encore démontré^ On abuse aussi beaucoup du bromure dans le traitement de l'hystérie, de la neurasthénie ou d'autres états nerveux où il est sans action, et il en résulte que ce médicament est encore inutile dans le traitement des pseudo-angines de poitrine d'origine hystérique ou nerveuse.

1" A haute dose et par une administration prolongée, le chloral à une action dépressive sur le cœur. Mais à dose modérée, il peut devenir un agent sédatif et régularisateur de la circulation, utile en cas d'hyperexcitabilité cardiaque.

8° Les Éels de potasse (nitrate et acétate de soude) outre leurs propriétés diurétiques, exercent sur le cœur une action sédatiye qu'ils doivent à la potasse, et Gendrin avait judicieusement fait remarquer que « le nitrate de potasse, dans beaucoup de cas, diminue incontestablement la fréquence et surtout la force des battements de cœur. »

9° Les nilriles (trinitrine, tétranitrol, nitrite de soude) agissent surtout par leur action vaso-dilatatrice et hypotensive. Le nitrite de soude, très soluble, est d'un emploi facile, n'exposant pas aux accidents que je craignais tout d'abord. Les doses de 0,10 à 0,20 centigrammes sont suffisantes. Il faut se rappeler qu'il y a des palpitations cardiaques d'origine vaso-constrictive surtout chez les uricémiques, les névropathes, les goutteux, et que le meilleur moyen de les faire disparaître, c'est non pas de s'adresser au cœur, mais aux vaisseaux, par l'emploi de la trinitrine ou du nitrite de soude à dose suffisante. Ces médicaments sont alors de puissants sédatifs du cœur-.

' LiKr.F.ois. Les liromiires nlrnlins il.iiis les rnrJio[>atliie? Hulf. mrij. des Vosges, 1890. — - Matthew Hav. The /.rfirl}/;..,,.;: iss.; II. Hit.iiaimi. Itull. .'<• Ih< ,:>,,.. 1883, et Acad. de mi'd. Lai deh-Bhi ntox. lirit. ,in-<i^ n^^jr. Maucliesler. lOUi'. \ nin mir roniiule de sirop de nitrile de soude :

Une à quatre cuillerées à rafé, chaque cuillerée représentant .ï centigrammes de nitrite.

Nitrite de soude. . .

Eau distillée ....

Alcoolature de citron Sirop simple ....

gramme.

iO° L'électricité sous forme de courants continus possède assez souvent une action sédative sur le cœur dans les affections aortiques, les angines de poitrine de nature névralgique, le goitre exophtalmique, la tachycardie paroxystique dont il sera question plus loin. D'après Moutier, les courants de haute fréquence possèdent une action hypotensive manifeste.

11° L'action hypotensive et sédative peut encore être obtenue par l'application de topiques froids (vessie remplie de glace, etc.) sur la région précordiale, comme Gendrin a été le premier à le proposer. Sous cette influence, les battements du cœur deviennent moins fréquents et moins forts. Le stypage sur la paroi précordiale, les pulvérisations légères de chlorure de méthyle à la nuque parviennent encore à calmer les palpitations, les battements tumultueux et l'éréthisme du cœur.

12° Les émissions sanguines, locales ou générales, exercent le plus souvent une action sédative sur le cœur et sur tout l'appareil circulatoire. Mais l'action de la saignée est complexe : tantôt, elle agit à litre de médication antiphlogistique pour modérer l'éréthisme cardiaque dans les affections aiguës du cœur; tantôt, elle est anti-toxique, puisqu'elle joue un rôle favorable dans toutes les toxémies; le plus souvent elle est déplétivj puisqu'elle

minue momentanément la masse sanguine avec la tension veineuse. A ce titre, les émissions sanguines peuvent produire des effets très remarquables dans l'œdème aigu du poumon, la tachycardie paroxystique, les accidents gravido-cardiaques, l'asystolie, la thrombose cardiaque, l'asphyxie des gibbeux, la surcharge graisseuse du cœur.

13° Il est une autre médication importante par V organothérapie (appelée improprement opothérapie). Elle s'appuie sur l'action physiologique des glandes dont les unes seraient hypertensives (capsules surrénales, corps ituitaire, rate, parotides, rein) et les autres hypotensives (corps thyroïde, ie, thymus, pancréas, ovaire, testicule).

Parmi les glandes hypotensives que l'on peut utiliser dans le traitement e l'hypertension artérielle, se placent le foie, le thymus, le pancréas, le testicule, l'ovaire et le corps thyroïde. Ce dernier organe a été rangé par Livon parmi les glandes à action vaso-corstrictive ; mais son action vasodilatatrice et hypotensive a été au contraire démontrée par les expériences de Haskovec, Cunningham, Gley et Langlois, Guinard et 3Iartin ^ On comprend ainsi comment et pourquoi les extraits thyroïdiens et principalement Viodothyrine (celle-ci à la dose de 3 à 5 comprimés de 0,25 cent, par jour) ont pu améliorer d'après Lancereaux et Paulesco des malades atteints de sclérodermie, de troubles vaso-moteurs des extrémités et d'artério-sclérose ; mais, leur action hypotensive est brusque et rapide, elle peut s'accompa-

' Li\ ox. Action des sécrétions internes sur la tension sanguine (Conç/fès de MonIpeUiev, •18'JS. Haskovec. Wiener med . litalfer, 1896. Cunningham. Arch. f. die r/es. Plnjf;., 1898. Gley et Langlois. Soc. debiol.. 1898, L. Guinard et Martin. Joiirn. de plii/s. et de path. générale. Glet. Les troubles vasculaires (physiologie pathologique), Traité de pathologie générale, t. III, Paris, 1900.

MALADIES DE l'eNDOCARDE

gner d'asthénie et même de collapsus cardiaque, ce qui est un grand inconvénient, la médication hypotensive ayant toujours pour but de soulager le cœur central sans raU'aiblir. Cette médication doit donc être très surveillée, comme il résulte de nos observations et d'un rapport important de François- Franck ^

Le thymus possède des propriétés vaso-dilatatrices indiscutables, bien démontrées par Karl-Svehla qui a en même temps expliqué le fait par une paralysie des centres vaso-constricteurs -. En administrant l'extrait de thymus, presque toujours inoffensif, j'ai réussi à abaisser la tension artérielle d'une façon notable et assez durable.

Au moment de la ménopause et chez certaines femmes, on constate assez souvent l'évolution de l'aorlite chronique et subaiguë. Mais, un fait relativement fréquent à cette période de l'existence, c'est le développement de l'artério-sclérose après une phase plus ou moins prolongée d hypertension artérielle. On le comprend aisément, puisqu'alors la femme, privée d'un de ses freins hypotenseurs, l'ovaire, a d'autant plus de chances de présenter l'hypertension qu'elle y est déjà prédisposée, soit par le régime alimentaire, soit par le diathèse arthritique ou plutôt par un état uricémique plus ou moins marqué. Alors, la médication ovarique trouve naturellement son emploi, et j'ai remarqué que, dans ces conditions spéciales, elle répond beaucoup mieux par ses succès à l'indication thérapeutique, que les nombreux et divers médicaments hypotenseurs dont j'ai donné l'énumération

14° La liste des médicaments cardio-vasculaires pourrait encore être allongée, si l'on considérait tous les remèdes ayant une actien directe ou indirecte sur le cœur. C'est ainsi que Yarsenic, Vantimoine, tous les diurétiques pourraient être passés en revue. Il suffit de connaître les médicaments ayant une action exclusive ou prépondérante sur le système circulatoire. De tous, la digitale est le meilleur et le plus actif, elle n'a pas de succédanés, surtout lorsqu'il s'agit de combattre l'asystolie, ainsi que nous allons bientôt le voir ; et sans elle, on ne saurait trop le répéter, la cardiothérapie serait considérablement réduite.

Le quebracho blanco (grand arbre de la République Argentine) dont j'ai étudié avec Eloy les propriétés physiologiques, n'a pas d'action cardiaque; il agit surtout assez favorablement sur la respiration (à la dose de 20 à 60 gouttes à'exlrait fluide). L'un de ses six glucosides, Vaspidospermine, peut être employée à la dose d'un centigramme

' l,\M,i;i;i,\rK cl T>\i i F^id, I. ,/,/.(/«■ . I s',)9. FnANçnis-FnANXK. Indications, contreiuiliraiKuis cl ii;uii;eis ili- la nicil i.a i h ,ii I liyi unlieune. Bull, de l'Académie de médecine, IS'.iy. — ' Kmil .Svi:hi.a. Mieiwj' vtfil. liUUIer. 18%. — ■■ Huchaud. La médication iiypoten-" sive. Acitil. de méderitic, 19UH. — ' lù.ov et IIucHAiin. Afc/i. de ji/ujs..

TRAITEMENT DES CARDIOPATHIES VALVULAIRES {suite)

Asystolie et son traitement.

Par l'étude de l'hygiène et des médicaments cardiaques, nous avons jeté les bases du traitement des cardiopathies valvulaires, et déjà nous avons appris à les soigner dès leurs premières périodes d'adaptation et de compensation.

' Il nous reste à étudier la thérapeutique de ces cardiopathies lorsqu'elles sont arrivées à la phase de décompensation, d'hyposystolie ou d'asystolie, phase caractérisée par l'insuffisance myocardique à laquelle s'ajoute le plus souvent un état d'asthénie vasculaire. Quoique cette définition soit exacte, il est nécessaire de bien nous entendre sur le sens du mot asystolie. Il est d'autant plus important de le savoir, de définir cliniquement et de décrire ce syndrome, que depuis longtemps on lui donne une fausse interprétation.

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