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II. — Théorie de la parésie cardiaque

Parry rangeait nosologiquement l'angor pectoris parmi les syncopes ou les parésies cardiaques. Or, cette théorie, soutenue encore par quelques auteurs contemporains, se confond par beaucoup de points avec celle de la sclérose et de l'oblitération des coronaires qui sera bientôt disculée. Il suffit de rappeler que l'auteur anglais assigne pour la production des accès de sténocardie, toutes les causes capables de déterminer dans les cavités cardiaques l'accumulation du sang.

« L'angine de poitrine résulte d'une hyperstimulation du système circulatoire en vertu de laquelle le cœur alfaibli par la viciation de sa nutrition, a une tendance naturelle à suspendre ses fonctions, alors que le

AXUINE DE POITRIXK COIIONARIENNE

sang- continue à progresser dans le système veineux. Mais le cœur peut recouvrer momentanément son excitaiîilité jusqu'au moment où la mort survient par suite d'une inexcitabililé de l'organe devenue irrémédiable. »

Considérée dans ces termes, la théorie est fausse ; la clinique elle-même proteste contre elle, puisque la parésie cardiaque des asystoliques ne se traduit jamais par des douleurs angineuses.

En un mot, la parésie du cœur, à la suite de l'oblitération ou du simple rétrécissement des artères coronaires, n'est pas la cause de la douleur, mais elle est un fait réel. Car, on n'ignore pas que les artérites localisées des membres peuvent aboutir à leur impotence, comme cela esl démontré par quelques observations, et notamment par celles de Leudet qui a signalé les symptômes suivants à la suite des rétrécissements congénitaux ou inflammatoires des artères du membre supérieur : douleurs plus ou moins vives, engourdissement, affaiblissement de la puissance motrice et de la sensibilité, œdème et cyanose, enfin troubles trophiques plus ou moins marqués '.

D'un autre côté, il est certain que la paralysie presque chronique du cœur chez les vieux asystoliques diffère essentiellement de la paralysie air/uë des angineux : la première existe sans douleur, et la seconde s'accompagne toujours d'une douleur angoissante caractéristique; enfin l'asthénie cardiaque est le j)hénomène essentiel de l'asystolie, tandis qu'elle fait souvent défaut dans les attaques d'angor non terminées par la mort. C'est ce que Beau n'avait pas compris lorsqu'il assimilait la slénocardie à une sorte d'asystolie. Du reste, Parry n'a pas élevé cette opinion au rang d'une théorie, il a simplement voulu dire que le cœur cessait de battre par paralysie et non par spasme.

Lauder-Brunton, en 1N91, a exposé une opinion mixte, en quelque sorte, puisqu'elle présente plusieurs analogies avec la théorie du spasme d'Heberden et Latham, et celle de la paralysie cardiaque de Parry.

Pour lui, la douleur angineuse est produite par le défaut de proportionnalité entre la faiblesse (relative ou absolue) du cœur et la force des résistances périphériques. 11 en résulte un état de distension du cœur qui devient la cause principale des phénomènes douloureux. En effet, ajoute-t-il, dans un viscère creux, la distension est un stimulus de contraction ; quand elle est trop grande, la douleur apparaît, et celle-ci est proportionnelle à l'état de distension de l'organe. Le système nerveux joue encore un grand rôle dans la production de ces accidents. Il en est de même de la vessie pour laquelle la douleur augmente avec sa réplétion. Pour le cœur, les grandes douleurs ne semblent dues qu'à son impossi-

' ContrilHition ù la séniéiologie du rétrécissement des artères du uieuiljre supérieur (Revue r/én. de clin, et tlu-rap., 1887).

MALADIES DU COEUR ET DE i/aORTE

bilité de se vicier de son contenu, soit par impuissance des fibres cardiaques, soit par résistance exagérée des vaisseaux périphériques, le plus souvent sous l'influence de ces deux causes réunies. Si le ventricule droit distendu donne rarement de la douleur, c'est en raison de la facilité de régurgitation sanguine dans l'oreillette. Aussi, quand, au cours de crises angineuses, une insuffisance mitrale finit par s'établir, on voit ces crises s'amoindrir et même disparaître.

A cette théorie, il convient de faire la réponse suivante : Si la douleur angineuse était déterminée par la distension du cœur en rapport avec les résistances de la périphérie circulatoire, elle devrait toujours se produire dans la néphrite interstitielle, maladie dans laquelle la tension artérielle et les résislances périphériques sont au maximum. La distension du cœur et son impuissance cà surmonter les obstacles peuvent bien ajouter quelque chose à la douleur angineuse, mais d'après l'objection qui vient d'être faite, il est impossible qu'elle soit capable de la constituer à elle seule. Quant à l'influence favorable d'une insuffisance milrale sur la diminution ou sur la disparition des accès angineux, c'est là un fait clinique réel, et qui vient à l'appui de notre remarque sur l'antagonisme paraissant exister entre l'asystolie et l'angine de poitrine.

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