I. — Traitement préventif
Pour bien comprendre ce traitement, il suffit de poser nettement les indications thi'rapeuti(iues. A ce sujet, il est seulement utile de répéter ce qui a été dit au sujet de la symptomatologie de l'angine de poitrine.
a. Presque tous les angincux ont de l'hypertension artérielle, qui précède d'abord et accompagne ensuite le développement de l'artério-sclérose. Donc, première indication thérapeutique : Combattre la tendance à riijjpertensifjn artériellr.
A ce sujet, je renvoie au\ chapitres traitant de l'hypertension artérielle.
b. L'angine de poitrine est toujours le résultat, soit d'une aortite, soit d'une sclérose primitive ou secondaire des artères coronaires. Deuxième indication : Trai tonoit de l' aortite et de r artériosclérose .
Les principes de cette médication ont été ou seront formulés dans les chapitres sur l'artério-sclérose et l'aortite.
c. En raison de l'aortite qui peut oblitérer ou rétrécir l'embouchure des coronaires, ou encore par le fait de l'altération de ces vaisseaux qui diminue leur lumière dans leur parcours, le muscle cardiaque possède
MALADIES DU COEUR ET DE i/aORTE
une nutrition incomplète, consécutive à l'insuffisance de l'irrigation sanguine. Troisième indication : Favoriser et faciliter le travail du cœur, en s' adressant, non au cœur hn-rnême, tnais surtout aux vaisseaux.
Pour remplir cette dernière indication qui vise moins l'angine de poitrine que les phénomènes d'insuffisance myocardique, il ne suffit pas de s'adresser au myocarde, et il est même parfois dangereux d'abuser des toniques du cœur. Celui-ci étant altéré déjà dans sa structure musculaire, comment pourraient-ils efficacement agir "? On n'arriverait qu'à le surmener, en lui imposant un travail qu'il ne peut plus accomplir, en cherchant à provoquer des contractions qu'il est incapable de fournir. Pour tonifier le cœur des angineux, il faut d'abord faciliter son travail, en s'adressant au coeur périphérique, représenté par les vaisseaux et les capillaires. L'angine de poitrine est d'origine coronarienne, elle ne devient cardiaque que par la suile, elle est un des meilleurs types cliniques des cardiopathies artérielles, et c'est moins du côté du cœur que des vaisseaux qu'il faut agir.
Supprimer tous les obstacles périphériques et combattre la tendance au spasme artériel ; favoriser la circulation aux confins du système circulatoire, surveiller la circulation des extrémités par des frictions répétées et parle massage ; diminuer l'hypertension artérielle par nn/giène alimentaire et la prescription de médicaments vaso-dilatateurs ; en un mot, ouvrir largement les voies circulatoires, n'est-ce pas là un moyen de diminuer d'abord, de faciliter, de fortifier ensuite le travail du cœur central ? Celui des angineux est toujours en imminence de surmenage et de fatigue ; il est placé par l'insuffisance de son irrigation sanguine, dans des conditions d'infériorité fonctionnelle dont il faut tenir le plus grand compte ; sa puissance contractile s'abaissant par exemple de 10 à 5, on ne peut pas lui demander le même fonctionnement que pour un organe absolument sain. D'où le précepte de recommander aux angineux un exercice modéré, la suppression de tous les efforts, des fortes émotions gaies ou tristes qui peuvent imposer momentanément à l'organe amoindri un travail exagéré. Donc, les « cures de terrain )> en honneur à l'étranger, sont absolument contre-indiquées dans le traitement de l'angine de poitrine coronarienne.
On peut s'étonner de ne pas nous voir présenter, parmi les premières indications thérapeutiques, l'obligation de combattre la douleur dont « l'intensité et la durée constituent le principal danger de l'angor pectoris », d'après Balfour ; la douleur qui est, selon Peter, n le fait dominateur de l'angine, quel qu'en soit le point de départ, et qu'il faut conjurer par les moyens les plus rapides ».
AN(!INF, DF, POITRINi: c.ohonaiiiknne
Depuis l'époque déjà lointaine oii celte maladie a été pour la première fois décrite, sa thérapeutique en visant toujours la douleur et rien que la douleur, a fait fausse route ; elle n'a pas été mieux inspirée, lorsqu'elle s'est adressée uniquement à la cause dialhésique qui détermine la sténocardie. Nous la voyons ainsi s'épuiser en vains efforts et préconiser les moyens les plus disparates :
Immersion du bras douloureux dans l'eau chaude avec Morgagni ; liqueurs spiritueuses, alcool, vin, cordiaux et opium avec Ileberden ; saignées et même vomitifs ou purgatifs avec Parry, Burns et Wall ; vomitifs avec Percival ; cautères à la face interne des jambes avec Wichmann ; emplâtres de tartre stibié sur le sternum avec Kriegelstein ; antiphlogisliques avec Odier (de Genève) ; gaïac et gentiane avec Bergius el Butter; antimoine, arnica, martiaux, musc, castoreum, ciguë et vésicaloires à demeure avec Elsner; médication contre l'obésité, régime végétarien et cinabre avec Fothergill; eaux de chaux et de laurier-cerise avec Schmidt et Pitschaft ; arsenic avec Alexander, Ilarless el Cahen ; sulfate de zinc associé à l'opium avec Perkins ; laitue vireuse, ventouses sèches, sinapismes, pédiluves irritants, frictions sur les membres inférieurs et « tous les moyens capables d'empêcher ou de combattre la congestion du sang vers le cœur », avec J. Franck; nitrate d'argent avec Cape, Ilarder, Zipp et Bastide ; association de la laitue vireuse et de la digitale avec Schlesinger ; sulfate de quinine, drastiques et abstinence des boissons avec Piorry ; association de l'opium au tartre émétique, camphre avec Schœffer ; teinture antimoniale de Theden ; asa fœtida, ciguë avec Johnstone ; belladone avec Batlen ; musc avec Bécamier ; soufre avec Munck ; opium, jusquiame, emjdoi d'étincelles élcctri(]ues à travers la ipoitrine, aimantation, électricité avec Reeder, Laennec, Duchenne (de iBoulogne) ; limonade phosphorique avec Baumes ; métallothérapie interne et externe avec Burq el Garel ; application de terre glaise sur la région précordiale avec Sokoloff et Maralitinoff; poudre de valériane, oxyde de zinc, cuivre ammoniacal, extrait de douce-amère, poudre de Dower, inhalations d'oxygène, avec Jurine ; médicaments anti-névralgiques avec Desportes ; cyanure de potassium el acide prussique avec EUiotson ; cataplasme très chaud sur la colonne vertébrale, avec Hannon ; aconit, colchique, gaïac, lithine dans les angines goutteuses, avec Larligue, puis Hayden; bicarbonate de soude el belladone avec Bretonneau et Trousseau ; valérianate de zinc et acide arsénieux à doses progressives avec Philipp ; administration rapide de quelques doses de 0,0(J centigrammes de musc avec 0,015 d'ipéca avec Geist ; emploi du froid à l'extérieur et à l'intérieur au moyen de l'ingestion de petits fragments de glace avec Romberg ; inhalations d'éther ou de chloroforme, injec-
MALADIES DU COEUR ET DE i/aORTE
lions hypodermiques de morphine avec Carrière et Friedreich; digitale et médicaments cardio-toniques avec Balfour ; tribromure d'allyle avec de Fleury ; révulsion locale, cautères précordiaux, ventouses scarifiées, saignées locales avec Peter ; enfin, aconitine, bromhydrate de cicutine, quinine, salicylate de soude, antipyrine, exalgine, pliénacetine, cocaïne, inhalations de chloroforme , cannabis indica, pyridine, bromures, iodures, nîtrites, tétranitrate d'érythrol, avec les contemporains.
Quelle confusion dans la thérapeutique après celle des théories, et presque toute la matière médicale y a passé !
Aucun auteur ancien n'a fait mention des iodures et de leur emploi systématique dans l'angine de poitrine ; on n'a même pas pensé à leur prescription lorsque Bouillaud a donné la première observation d'anévrysme aortique guéri par l'iodure de potassium.
Gomment expliquer ce fait ? La chose est bien simple : la thérapeutique était dévoyée. Elle ne voyait dans l'angine de poitrine que la cause (goutte, rhumatisme, obésité) ; elle ne tenait compte que de la douleur, même à une époque où s'affirmait déjà la théorie de la sténose coronaire ; elle ne considérait qu'une affection névralgique ou névritique dans une maladie artérielle, et l'erreur nosologique entraînait toujours l'erreur thérapeutique. Elle semblait ignorer que la douleur peut manquer dans les cas si nombreux terminés par la syncope ; elle ne savait pas que cette douleur est un élément secondaire de la maladie, loin d'en être le « fait dominateur » ; elle voyait bien un cœur malade, mais elle oubliait qu'il l'était devenu par l'intermédiaire de ses vaisseaux, nourriciers, et la notion des cardiopathies artérielles était inconnue , vague ou confuse ; elle n'avait pas encore appris que l'iodure est un médicament artériel.
Au milieu du siècle dernier (1740), Sénac laissait tomber ces paroles de découragement au sujet de la curabilité des affections du cœur : « Après avoir approfondi de telles maladies, on n'a, ce me semble, que l'inutile satisfaction de mieux connaître l'impossibilité de les guérir. » En 1768, Heberden, après avoir exposé les principes de son traitement de l'angine de poitrine, ajoutait mélancoliquement ces paroles : « Le temps et l'attention découvriront vraisemblablement des moyens plus efficaces contre une affection si dangereuse et si pénible. »
Plus de cent ans après, G. Sée s'exprimait encore en ces termes : « Que faire contre les altérations des artères coronaires, contre les dégé- j nérescences du muscle cardiaque, contre la dilatation cardiaque, les lésions aortiques qui, en réalité, causent plus souvent encore des accès d'angine que ne le font les lésions mitrales ? 11 n'existe pas de moyen certain de guérir ces graves lésions. »
Non, certes, lorsque par les progrès de la sclérose coronaire, les fibres
ANf;lNE DE PniTHINIC CORONAUIKNNE
(lu myocarde ont disparu, lorsque la lésion artérielle est extrême et qu'elle a converti les vaisseaux en tubes rigides et presque osseux, « il n'existe pas de moyen certain de guérir ces graves lésions » ; mais, lorsqu'elles sont à leur début, on ne voit pas pourquoi elles pourraient moins bien guérir que de gros anévrysmes de l'aorte.
Quelques années plus lard, G. Sée n'excluait plus toute pensée de curabilité de l'angine de poitrine : « Le plus souvent, il reste pour unique ressource les iodures de potassium et de sodium dont Huchard dit merveille pour fondre la sclérose artérielle en général et coronaire en particulier. C'est une question A l'étude. »
Nous espérons démontrer que l'étude est faite, que la question est close, que la médication iodurée et vaso-dilatatrice appliquée de bonne heure, avec persévérance, est capable, non pas de " fondre » des scléroses vasculaires ou cardiaques, mais d'adapter en quelque sorte, par la vaso-dilatation, la circulation artérielle à la force amoindrie du cœur, de préparer l'amélioration, parfois la guérison de l angine coronarienne.
T lî A I T i: M E N T 11 Y C. 1 É NIQUE
Ce traitement, ai-jc dit en 1883, doit être ainsi formulé : Vie calme et retirée, exempte d'ennuis, de soucis, de fortes émotions qui peuvent multiplier et augmenter les accès angineux ; autant que possible, habitation au rez-de-chaussée pour éviter la montée des escaliers, à l'abri de l'humidité et du froid, d'un air trop vif ou du vent, loin de la mer ; éviter tous les actes réclamant un efîbrt, la marche précipitée contre le vent et sur un terrain incliné, immédiatement après les repas, et combattre la constipation qui expose aux efforts de défécation ; se livrer à un exercice modéré, faire de courtes promenades à pied, combattre le refroidissement des extrémités et insister sur le massage, sur les frictions, sur les contractions passives des muscles pour prévenir la tendance à l'obésité et a la vaso-constriction périphérique ; observer la plus grande tempérance dans le manger et le boire, s'abstenir de liqueurs fortes, de boissons fermentées, de thé, d'aliments excitants et indigestes, de poissons, de salaisons, de fromages faits, de gibier, de conserves alimentaires, de viandes peu cuites et faisandées, en un mot de toute alimentation riche en toxines vaso-conslrictives ; manger avec beaucoup de modération le soir (surtout lorsque les accès angineux se produisent régulièrement après diner), et même au besoin remplacer le repas du soir par une alimentation légère et d'une facile digestion comme les œufs et le lait ; boire aux repas, soit de l'eau pure, soit de l'eau dans la
MALADIES DU COEUR ET DE l'aORTE
proportion de deux liers pour un tiers de vin, un litre à un litre et demi de lait par jour pour assurer la diurèse et abaisser la tension artérielle ; fuir la fumée du tabac, supprimer les excès vénériens, les fatigues de toutes sortes, le surmenage, qu'il soit d'origine morale, cérébrale ou physique; éviter les grands mouvements du bras gauche, ou ceux du bras droit, lorsque les douleurs irradiées atteignent ce côté.
Toutes ces prescriptions doivent être fidèlement observées. Il ne faut pas se borner à dire que les angineux doivent s'abstenir de fumer. Celte formule n'est pas suffisante, il faut leur recommander de ne jamais fréquenter les cercles ou les cafés, de ne jamais se trouver dans une chambre où une atmosphère enfumée par le tabac est plus pernicieuse qu'un ou deux cigares fumés par le malade. Quanta la proscription de tout exercice actif ou violent du bras gauche, elle serait applicable, d'après J. Franck, non seulement à l'angine de poitrine, mais encore aux autres maladies chroniques du cœur et des gros vaisseaux, ce qui nous semble une exagération.
Il faut observer, ai-je dit, la plus grande tempérance dans le manger et dans le boire. Or, dans quelques cas, les troubles dyspeptiques pouvant devenir le point de départ et la cause occasionnelle des accès angineux, il importe alors, pour diminuer l'intensité de ceux-ci, de surveiller l'état gastrique. J'ai cité plusieurs observations dans lesquelles des malades atteints d'angine de poitrine, voyaient le plus souvent leurs accès revenir sous l'influence d'une indigestion, de troubles dyspeptiques ou d'erreurs dans le régime alimentaire ; il suffisait alors de les soumettre à la diète lactée ou à un régime alimentaire spécial pendant plusieurs semaines pour les délivrer de leurs accès angineux. En 1883', j'ai rapporté plusieurs faits relatifs à de promptes améliorations obtenues par le régime alimentaire chez des malades à la fois coronariens et dyspeptiques. Ce n'était certes pas la guérison ; les accès provoqués par l'effort persistaient toujours, mais avec moins de fréquence et d'intensité.
Les angineux tournent souvent dans un cercle vicieux morbide. Le repos leur est formellement prescrit ; on leur défend l'exercice, les efforts, les marches précipitées, la gymnastique, la chasse, l'escrime, l'équitation, la bicyclette, et à la faveur de ce repos systématique, de cette immobilité prolongée, ils ont une tendance à faire du tissu adipeux, à devenir obèses ; bientôt, la circulation inlra-abdominale va se ralentir, et le cœur déjà considérablement affaibli, incapable de mouvoir celte grande masse sanguine qui, déjà à l'état normal, échappe en partie à son action, va être bientôt insuffisant à la lâche. De la sorte, il y a des angi-
' Revue de médecine, 1883.
ANGINE DE POITRINE CORONARIENNE
neux qui se trouvent, à la longue, singulièrement aggravés par cet embarras circulatoire dû au manque d'exercice, et comme le repos leur est imposé par la nécessité, comment trancher la difficulté ?
On y arrive parle inassage abdominal (\\x\ active la diurèse en régularisant la pression sanguine, en amenant la décongestion veineuse de tous les organes de l'abdomen. Le massage abdominal ne suffit pas ; il faut y joindre encore clni des nmsclrs, lu gi/mnastujup passive ou de résistance, et c'est ainsi qu'on exerce, au profit du c(rur central, une action puissante sur le cœur périphérique, puisque les contractions musculaires, même modérées, font passer dans le muscle en mouvement cinq fois plus de sang que dans les muscles au repos, puisqu'elles dilatent les vaisseaux et qu'elles diminuent la tension artérielle. Aussi, en favorisant la circulation sanguine vers la périphérie, la kinésithérapie méthodique soulage le cœur, facilite son travail sans l'augmenter, produit les effets d'une saignée déplélivc sans en avoir les inconvénients, comme s'il s'agissait d'une saignée interne. J'ai déjà dil que les vaisseaux sont les auxiliaires du cœur, et que les muscles par leurs contractions et par leur massage sont les auxiliaires des vaisseaux.
Puisque le massage abdominal a pour effet d'abaisser la tension artérielle souvent augmentée chez les coronariens et de favoriser la circulation des parois cardiaques, il était indiqué de le prescrire, d'une façon prudente, il est vrai, dans certains cas d'angine de poitrine d'origine coronarienne, et c'est ainsi que chez un de nos malades on vit, le soir même du premier massage, les urines augmenter considérablement, monter de 1 litre à 3 litres dans les vingt-quatre heures, en même temps que la pression artérielle tombait de 23 à 21, puis à 17, et que les crises angineuses devenaient plus rares et disparaissaient.
Traitement de l'aoimite et de la coronarite
Une des indications thérapeutiques les plus importantes consiste à combattre l'aortite et l'arlério-sclérose, causes analumiques les plus fréquentes de la sténocardie.
Quant aux causes palhologiqucs, c'est tout autre chose : on ne peut rien contre elles. Je m'explique : Voici un goutteux ou un diabétique atteint d'angine de poitrine. Vous aurez beau vous adresser à la cause pathologique, à la goutte ou au diabète, diriger votre thérapeutique contre l'une ou l'autre maladie, vous pourrez modérer la dialhèse goutteuse et guérir le diabète, vous ne parviendrez pas à améliorer ou à guérir la manifestation angineuse. La raison de cet insuccès est très simple :
MALADIES DU COEUR ET DE l'aOIITE
c'est parce que la goiitle et le diabète ne produisent pas par ellea-mêmes la sténocardie, ainsi que nous l'avons démontré en étudiant l'étiologie ; c'est parce que cette sténocardie chez les goutteux et les diabétiques ne survient qu'à la faveur des lésions artérielles (aortite, coronarite).
11 faut combattre l'aortite : par des révulsifs sur la paroi précordiale dont on abuse trop souvent (cautères, vésicatoires, pointes de feu, teinture d'iode), par le régime alimentaire, le laitage, par l'emploi de la médication iodurée et de la trinilrine. Ce traitement doit être suivi sans relâche ; il doit être repris de temps en temps, parce que l'aortite est une affection essentiellement récidivante, et qu'elle procède par poussées successives. Mais, l'aortite aiguë peut disparaître et devenir chronique ; elle est encore un des épisodes du développement de cette affection généralisée à tout le système artériel, de l'artério-sclérose. Celle-ci a des localisations diverses et nombreuses : le plus souvent elle atteint l'aorte, mais dans des cas rares, ce gros vaisseau peut être relativement peu altéré, et la lésion scléreuse prédominer sur les artères coronaires ; elle peut même accomplir la plus grande partie de son évolution sur ces artères. Par conséquent, la thérapeutique doit viser, non seulement la lésion de l'aorte, mais surtout l'artério-sclérose et l'hypertension artérielle qui est souvent son premier agent provocateur.
A la fin du xvui" siècle, Parry n'indique pas de moyens bien énergiques, mais il pose assez nettement l'indication thérapeutique : « Comme il semble que l'ossification des artères dépend d'une augmentation dans l'impétus du sang, surtout quand il est disposé à l'inflammation, il faut observer la tempérance dans le manger et le boire, la suppression des violents exercices du corps, faire usage de tous les moyens connus pour s'opposer à la diathèse inilammaloire, dans le but de prévenir la lésion des coronaires qui constitue la syncope angineuse. »
Pour combattre la lésion des coronaires, pour en prévenir les effets, il y a deux médicaments : les lodurea et les nitriles.
1° Médication iodurée. — Depuis l'année 1879, employant la médication iodurée dans l'angine de poitrine, je m'exprimais ainsi en 1883 :
« De tous les médicaments, celui auquel nous donnons la préférence et auquel nous ne manquons jamais d'avoir recours, quoique tous les auteurs soient muets à ce sujet pour le traitement préventif des accès d'angor pectoris, c'est l'iodure de potassium. Ce médicament, indiqué dans le traitement des anévrysmes et des dilatations de l'aorte par Bouillaud, peut bien, dans certains cas, devoir son efficacité à son action antisyphilitique ; mais lorsque la lésion artérielle ou l'artérite ne relève pas de la syphilis, on est bien obligé de recourir à une autre explication.
ANGINE DE POITrtlNE CORONARIENNE
^aul-il invoquer alors les vertus résolutives des iodures, admises par tous les auteurs? Mais cette « vertu résolutive » est un fait que l'on constate et que l'on explique difficilement. Il est probable cependant que les iodures doivent leur efficacité, dans le traitement de Taortite, des anévrysmes et de l'angine de poitrine vraie, à leur action sur la circulation. Sous leur influence, le pouls gagne en force et en fréquence, les capillaires artériels se développent et se dilatent, la chaleur périphérique augmente, la tension vasculaire diminue, et cette fièvre artificielle s'accompagne de congestion faciale et encéphalique, rappelant ainsi de loin les eflets du nitrite d'amyle. Les iodures provoquent aussi la résorption des exsudations pathologiques, accélèrent le mouvement de dénutrition en s'opposant à la stagnation globulaire et en rendant le sang plus fluide, comme l'a dit Gubler. La preuve, c'est que, si l'on fait passer de l'eau pure dans un tube capillaire, elle coulera avec une lenteur relative, tandis que, si l'eau est chargée d'iodure, elle semblera plus fluide et passera plus rapidement et plus facilement dans le tube. »
La plupart des affections de l'aorte (anévrysme, dilatation, rétrécissement et insuffisance), la sclérose artérielle et l'angine de poitrine coronarienne s'accompagnent d'une hypertension artérielle plus ou moins accusée. Or, les bons effets produits par les iodures sur les anévrysmes aortiques paraissent dus, non seulement à l'action spéciale de ces médicaments sur les parois artérielles, mais aussi à leur influence dépressive sur la tension vasculaire '. Si l'élévation de celle-ci contribue à augmenter encore ou à provoquer la sclérose vasculaire, si elle est aussi un des facteurs de l'accroissement d'une poche anévrysmale, elle exerce les mêmes effets défavorables sur l'angine de poitrine, puisqu'en augmentant le travail du cœur déjà en état d'insuffisance fonctionnelle, elle place ainsi l'organe ians un état d'imminence morbide pour la production des accès sténo- :ardiques. Comme les iodures accélèrent l'écoulement sanguin dans les
' Les expériences de IIexiîijean et E. Corin consignées dans leur travnil siir • l'action physioogique et thérapeuticiue des iodures » (Archives de pliunnacodijiinmie. Gixm\ etl'aris, lS9(i), eur ont démontré que les iodures agissent sur la circulation par leur élément iode et eur élément métallique, les elVets de l'un pouvant être masqués par l'action propre de 'autre. « Quand ou a ail'aire à des iodures dont le radical métallique est peu actif (.Nal), 'action de l'iode seul apparaît, et dans l'immense majorité des cas, elle se traduit bien, •omme Sée, Lapicque, Huchahd et Ei.ov l'ont démontré, par un abaissement de la pression u'térielle. » Mais les eNpérimentateurs belges admettent la vaso-constriction sous l'in- Uience des iodures, et ils expliijuent l'abaissement de la tension artérielle par une dimilution de la masse totale du sang. Quand la tension se relève, il y a incontestableujent ' une rentrée de liquide dans les vaisseau.x sanguins et cette rentrée peut se l'aire parles yniphatiques d'une manière assez intense pour dépasser en quelque sorte le but et proluire un léger degré d hydrémie .\insi, chez le lapin, l'examen du sang avant l'admilistration de 1 gramme d'iodure sodique, montre que char|ue millimètre cube de sang enferme 6,2."jO,000 globules, tandis que vingt-quatre heures plus tard, il n'en renferme I dus que 4,125,000. La dilution du sang par l'iodisme serait donc un phénomène important.
vaisseaux qu'ils dilatent, il doit en résulter une action dépressive sur la pression artérielle. J'ai voulu m'en assurer encore par des expériences dont les résultats thérapeutiques sont contenus dans cette conclusion : Les iodures abaissent la tension artérielle '.
Les iodures guérissent des anévrysmes aortiques non syphilitiques^ ils ont une action favorable dans le traitement de l'artério-sclérose en général et de celle du cœur en particulier, et comme la sténocardie est assez rarement d'origine syphilitique, on ne peut pas invoquer leur action spécifique.
Ceux qui font jouer un grand rôle à la douleur dans la symptomatologie de l'angor pectoris, pourraient croire à une action antinévralgique des iodures, d'autant plus qu'on a mentionné leur efficacité dans les névralgies, même non syphilitiques, dans les simples névralgies congestives a frigore. Mais alors, le médicament était associé au bromure de potassium; de plus, l'action analgésique des iodures n'est pas démontrée, et la douleur ne constitue pas l'élément capital du syndrome angineux.
Donc, au point de vue thérapeutique, la preuve est encore faite : Liodurr est un médicament artériel.
C'est en m'appuyant sur les propriétés des iodures, que je suis arrivé, depuis près de vingt ans, à formuler un traitement. Mais, une des conditions principales du succès, c'est la persévérance, c'est la constance dans la médication. Il faut soumettre, pendant plusieurs années, les malades à l'iodure, à la dose quotidienne de oO centigrammes à 1 ou 2 grammes, quand bien même tout accident angineux aurait disparu depuis plusieurs mois. Mais, comme le traitement doit être prolongé et qu'il s'agit d'une affection de l'appareil cardio-vasculaire, l'iodure de sodium est préférable pour les raisons que nous avons fait connaître. Cependant, l'iodure de potassium étant doué d'une action plus rapide et plus certaine chez quelques artério-scléreux ou angineux, je prescris ce dernier médicament pendant un mois sur trois
On peut, au sujet de cette médication iodurée, si longtemps prolongée, adresser quelques objections basées sur l'intolérance du médicament, sur ses inconvénients, sur son inefficacité dans certains cas.
L'intolérance est primitive ou secondaire. Au sujet de la première, je n'apprendrai rien en disant que certains malades, en vertu d'une idiosyncrasie particulière dont la cause réside peut-être dans un état méconnu ou latent d'insuffisance rénale, ne peuvent supporter les
' BoGOLOPOFF (Arbeif ans dem pharmak. Lahor, :u Moskuu, 1876) et Sokolowsky avaient déjà pressenti, dès 1876, l'action dépressive des iodures sur la tension artérielle.
- Dans la première édition (1889), j'ai rapporté un assez grand nombre de guérisons par l'emploi des iodures. 11 m'a semblé inutile de reproduire ces observations, parce que la médication iodurée est maintenant suivie par la plupart des praticiens.
ANf.INE DE POITRINE COROIVARIENNE
moindres comme les plus fortes doses du médicament, sans en éprouver des inconvénients : coryza plus ou moins intense, œdème de la face et de la luette, angine pharyngée, raucité de la voix, conjonctivite, dyspnée, douleur de tête, enfin tous les accidents qui constituent une sorte de grippe iodique. D'autres fois, il y a de l'intolérance gastro-intestinale avec anorexie et diarrhée, ou encore des hémorrhagies diverses, parmi lesquelles le purpura, des éruptions et des lésions cutanées qui, parfois peuvent prendre une gravité exceptionnelle'.
Cette intolérance est due à deux causes : 1" à l'impureté du médicament qui renferme des iodates, et c'est ainsi que j'ai pu expliquer ^ le fait d'un œdème laryngé considérable d'origine iodique pour lequel on fut obligé de pratiquer la trachéotomie ; 2" ù l'intolérance du malade dont la cause, souvent inconnue, est parfois due à un état d'insuffisance rénale.
Ce qui te.nd à prouver la réalité de cette insuffisance rénale, ce sont les faits d'intolérance secondaire survenant rapidement chez les malades qui jusqu'alors avaient parfaitement supporté les iodnres. Je rappelle, à ce sujet, un angineux observé pendant plusieurs années, et qui, après avoir pris pendant plus d'un an une dose quotidienne de 1 à grammes d'iodure de sodium, devint tout à coup incapable d'en supporter les moindres doses. 11 suffisait de 5 à 10 centigrammes de ce médicament pour déterminer promptement des accidents sérieux d'iodisme tels que bouffissure pseudo-érysipélateuse du visage, eczéma sec tellement prurigineux qu'il empêchait le sommeil.
On a dit que les grandes quantités d'iodures sont plus facilement supportées que les petites parce qu'alors elles sont plus diurétiques. Cela est vrai dans certains cas ; mais le plus souvent, les malades ont de l'intolérance pour les fortes comme pour les petites doses. Alors, l'embarras sera grand, la principale ressource thérapeutique nous faisant défaut. En cette occurrence, on peut avoir recours à \sl tr'niilrine, succédané imparfait de l'iodure ; car elle n'a qu'une influence très douteuse sur les parois artérielles elles-mêmes, et elle n'agit que par ses propriétés vaso-dilatatrices.
On peut encore remplacer l'iodure de sodium ou de potassium par d'autres médicaments, pur la teinture d'iode à la dose de 5 à 10 gouttes à prendre avant chaque repas dans un peu de vin de Malaga, par le sirop iodolannique à la dose de deux ou trois cuillerées par jour. Mais ces
' Hallopeau a même accusé l'iodure de potassium de produire des hémorrliagies cérébrales, ce qui est à démontrer ; car il ne faut pas prendre l'ctTet pour la cause, l'héniorrhagie cérébrale pouvant survenir par le lait de l artério-sclérose contre laquelle on avait institue une médication iodurée.
^ Soc. méd. (les hôpilaiix, I8S4. Sur quelipies formes anormales de l'iodisnie (Journal (les Praliciens. 1888).