‹ Traité clinique des maladies du cœur et de l'aorte [electronic resource]Chapitre 23 sur 57 · II. IluciiARD. — Maladies du cœur, .3' édilion. — n · texte numérisé non relu

II. IluciiARD. — Maladies du cœur, .3' édilion. — n

MALADIES DU COEUR ET DE l'aORTE

médicaments sont infidèles, et leur intolérance peut également être observée. Quant à Tiodure de fer, il n'a pas la même action.

Pour assurer la tolérance des iodures, il faut administrer le médicament au milieu du repas ; on peut l'associer à une petite dose d'extrait thébaïque, ou encore d'atropine, quoique cette dernière substance ait le grand inconvénient d'élever la tension artérielle et de déterminer promptement des accidents toxiques; on peut encore l'associer à des préparations d'arsenic'. Parmi les agents proposés pour atténuer les inconvénients de l'iodisme, il en est un sur lequel Ehrlicli a appelé l'attention : l'acide sulfanilique. D'après lui, après l'emploi de l'iodure, la mise en liberté de l'iode dans l'organisme serait effectuée par l'acide azoteux provenant de la décomposition des azotites alcalins sous l'influence de l'acide carbonique. Cette décomposition ne s'effectuerait plus en présence de l'acide sulfanilique, d'où l'efficacité préventive de cet acide contre les accidents d'iodisme. La dose à employer peut être portée sans inconvénient jusqu'à 6 grammes par jour ; on doit l'associer au bicarbonate de soude par cachets de 0,oO centigrammes de l'un et de l'autre, et l'addition de bicarbonate de soude facilite la dissolution de l'acide, puisque celui-ci est peu soluble dans l'eau (1 pour l^.j)'-. J'ai, pour ma part, expérimenté ce moyen sur un certain nombre de malades, et je n'ai pas obtenu les résultats annoncés par Ehrlich, les accidents d'iodisme n'ayant pas notablement cessé par l'emploi de l'acide sulfanilique, et ce dernier ayant déterminé des troubles gastriques.

11 y a encore d'autres inconvénients à la médication iodurce. Chez quelques malades, elle peut produire de la perte d'appétit, quelques douleurs épigastriques, de la diarrhée. On les évite en suspendant de temps en temps le médicament que l'on peut donner parfois en lavements, et du reste on doit ne le faire prendre que pendant vingt jours chaque mois, pour laisser au malade un peu de repos. Mais, pour ne pas interrompre les effets de la médication, il y a lieu, pendant cette dernière période, de prescrire la solution au centième de trinittnne à la dose de 10 à 16 gouttes par jour, en trois ou quatre fois.

On a encore objecté que parfois, le médicament détermine un amai-

' Voici deux formules :

1» Eau distillée 300 gramaies

lodure de sodium 10 à "20 grammes

Extrait tliébaïc|ue . 0,10 centigrammes

Deux à trois cuillerées à potage par jour.

2° Eau distillée 150 grammes

lodure de sodiuui 5 à 10 grammes

Arséniate de soude 0,05 centigrammes

Deux à trois cuillerées à café par jour. ■* Brissemoret {Journal des l'raticiens, 1896).

ANGINE l'OITlilNE COliONAIIIENNE

grissement plus ou moins considérable et rapide. Or, ce n'est pas là un grand inconvénient, et chez un angineux obèse dont les accès étaient aggravés par une surcharge graisseuse du cœur, l'iodure a été suivi d'excellents effets, non seulement en agissant sur la sclérose coronaire, mais aussi en activant la nutrition dont le ralentissement se manifestait par l'obésité et la production du tissu graisseux. Du reste, nous savons que, par le fait de l'iiypotrophie nutritive due à l'insuffisance de l'irrigation sanguine des organes chez les artério-scléreux, on voit survenir parfois un réel amaigrissement qu'il faut mettre sur le compte de la maladie, loin de l'attribuer au remède. On observe même des cas très contradictoires à ce sujet, et l'un de nos malades chez lequel l'iodure excitait démesurément l'appélit, engraissait rapidement lorsqu'il était soumis à son action.

En résumé , tous les inconvénients qui viennent d'être énumérés ne doivent jamais faire abandonner la médication ioduiée dans le traitement de l'angine de poitrine. Car, il s'agit d'une médication réellement efficace, difficile à remplacer par une autre.

Après s'être complus dans l'énumération des inconvénients de la médication iodurée, les détracteurs systématiques peuvent encore s'appuyer sur son inefficacité dans certains cas. Or, celle-ci est parfois réelle. Je n'annonce pas que des succès, l'infaillibilité en Ihérapeutique n'existant pas, et devant être tenue pour suspecte. Depuis la date de mon premier travail sur cette question en 1879, J'ai observé plus de quatre cents faits de fausses angines (des arthritiques, des névropathes et des gastriques) qui n'entrent pas naturellement dans la statistique des succès obtenus, parce que ces manifestations angineuses guérissent presque toujours spontanément, ou par l'intervention d'une thérapeutique toute différente. Sur un nombre de 100 angines de poitrine organiques, j'en relève 19 terminées par la guérison, 33 par une grande amélioration, 4.J par la mort, malgré la médication employée. Sur ces 4o insuccès figurent 11 cas dans lesquels on notait concurremment l'existence de lésions graves à l'orifice aortique (insuffisance ou rétrécissement).

Il existe donc des circonstances défavorables à l'action de la médication : elles résultent de son emploi tardif, à une époque oîi l'altération artérielle est arrivée à un degré où les iodures ne peuvent plus exercer aucune action utile; elles résultent encore des accidents d'insuffisance cardiaque que l'on observe à une dernière période chez les angineux et qui commandent plutôt l'indication des toniques du cœur ; elles doivent être encore attribuées à la résistance de certains organismes pour des iodures. Cette résistance à l'action médicamenteuse est un phénomène distinct de l'intolérance : dans le premier cas, l'iodure n'agit pas ; dans le second, il agit trop en déterminant des accidents d'iodisme.

MALADIES DU COEUR ET DE l'aORTE

Donc, le traitement ioduré doit être appliqué de bonne heure, dès que l'on constate déjà les signes de l'artério-sclérose et de l'aortite, même en l'absence de tout accident angineux; il a beaucoup plus de chances de succès, lorsque la maladie artérielle n'est pas arrivée à la période alhéromateuse, lorsque la dystrophie du myocarde n'est pas irrémédiable, lorsque la lésion n'est pas compliquée de rétrécissement ou d'insuffisance aortique, ou encore d'anévrysme. Dans ces cas encore, la médication iodurée longtemps poursuivie peut toujours produire de bons résultats, puisque la science possède des faits de disparition de tumeurs anévrysmales et de lésions orificielles de l'aorte.

Mais il y a des cas nombreux: oîi la médication reste impuissante ; et Ton n'a qu'à se reporter à l'étude des figures de la fin de ce volume, pour comprendre cette inefficacité des iodures lorsqu'il s'agit de plaques ossiformes obstruant plus ou moins complètement la lumière des vaisseaux coronaires; on y verra encore les causes irrémédiables de celte insuffisance cardiaque due à la disparition définitive des fibres du myocarde. L'iodure ne peut pas régénérer des fibres musculaires absentes, il est incapable de reproduire des tubes vasculaires à jamais altérés, et la curabilité de toutes les maladies, quelles qu'elles soient, trouve ses limites dans la profonde altération des organes. C'est à nous de la reconnaître et de la prévenir par l'application hulive de la médication.

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