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IV. — Médications inutiles ou dangereuses

11 y a des médications qui sont sans action sur les accès angineux et d autres qui sont capables de les aggraver. Cette étude est d'autant plus

MALADIES DU COEUR ET DE l'aORTE

importante, qu'il s'agit de médicaments encore employés journellement par quelques médecins.

1° Toniques cardiaque». — Les angineux sont souvent artério-scléreux ; à ce litre, ils sont atteints d'hypertension artérielle qui augmente encore au moment de leurs accès. Il en résulte, à ce moment, une contreindication à l'emploi des vaso-constricteurs et des excitateurs de la tension artérielle. Pour cette raison, la diç/ilale et Yergot de seigle produisent parfois de mauvais etTets dans certains cas déjà cités, auxquels on peut joindre le fait d'un malade de Stokes atteint d'une insulfisance aortique avec angine de poitrine, celle-ci « aggravée par la digitale ».

Parmi les toniques du cœur, la sparléinc, le convallaria maudis ont une action nulle sur le syndrome angineux ; ce sont donc des médicaments inutiles. La caféine et la /héohroniine dans certains cas, produisent des effets favorables, et il en serait de même du strop/ianlus, si j'en crois l'histoire d'un malade que j'ai vu, il y a trois ans. Il s'agit d'un médecin atteint d'angine de poitrine depuis quatre ans ; il présente un double bruit de souffle à la base (rétrécissement et insuffisance aortiques), un léger souffle fonctionnel de la pointe dû à la dilatation du cœur, et les signes d'une dilatation de l'aorte. Les accès d'angor présentent ce fait particulier qu'ils sont parfois suivis d'une véritable asystolie ; alors, les cavités cardiaques se dilatent, les membres inférieurs s'œdématient promptement, et le foie hypérémié augmente de volume. Soumis à la médication iodurée, à la dose de 1 à 2 grammes par jour pendant un an, il vit d'abord disparaître les accès angineux. Mais, après cette dilatation aiguë du cœur qui suivit une attaque angineuse, ce malade prit tous les jours pendant sept mois quatre pilules d'un milligramme d'extrait de strophantus. Non seulement cette administration presque ininterrompue de ce médicament ne produisit aucun accident, mais elle fut suivie, parait-il, de la disparition presque complète des accès angineux. Dans ce cas, auquel Bucquoy ' a fait allusion et qu'il a observé de son côté, l'amélioration de la sténocardie peut être tout aussi bien mise sur le compte de la médication iodurée qui a été suivie pendant une année, et il est à présumer que le strophantus a surtout agi comme « soutien » de la fibre cardiaque. Su^ deux autres observations citées par le même auteur, j'élimine la première parce qu'elle est relative à un cas de pseudo-angine chez un jeune homme « névropathe à l'excès », et je ne retiens que la seconde, concernant une angine de poitrine chez un sujet goutteux ; là encore, l'amélioration aurait été des plus manifestes.

' Le strophantus dans les maladies du cœur (Académie de médecine, 1889).

ANGINE DR POITItlNE CORONARIRNNK

J'ai prescrit le strophanlus à plus de vingt angineux, et si j'ai observé raraélioralion de l'état cardiaque, je n'ai jamais obtenu sous son influence la disparition des crises douloureuses. Comme la digitale et la caféine, le strophantus peut rendre des services chez les angineux, en agissant non sur la sténocardie elle-même, mais sur la fibre cardiaque qu'il soutient et raffermit dans tous les cas oîi celle-ci, envahie par la sclérose dystrophique. s'affaiblit et devient insuffisante. Il aurait peut-être une supériorité sur la digitale, parce qu'il n'augmente pas la tension artérielle au même degré et qu'il ne détermine pas, comme elle, la vaso-constriction.

2° Belladone. ll'icarh<>iiatc de soude — Brelonneau avait autrefois imaginé un traitement consistant dans l'association de la belladone et du bicarbonate de soude. Cette médication est non seulement inutile; elle peut être nuisible. Elle est inutile, parce que le bicarbonate de soude n'a pas plus d'action sur le processus scléro-athéromateux que l'acide phosphorique proposé autrefois par Baumes dans le même but. Elle peut être nuisible : parce que la belladone produit une excitation sur le centre cérébral du pneumogastrique et sur les appareils modérateurs intra-cardiaques, d'oii le ralentissement du cœur; enfin, parce qu'elle élève la tension artérielle en déterminant le resserrement des artérioles. A dose toxique seulement, l'atropine détermine des phénomènes opposés : accélération des battements cardiaques, abaissement de la tension artérielle, paralysie des ganglions auto-moteurs du co'ur, parésie vasculaire produisante stase sanguine dans les différents organes. Mais, à cette dose, le médicament deviendrait dangereux.

A juste titre, cette médication est abandonnée.

3° Extraits tlii/roidims , ilii/roidiur^ iodoihijr't ne . — Récemment, Lanceraux et Paulesco ' ont vanté les bons effets de l'iodotliyrine (par comprimés de 0,25 centigrammes, à la dose de quatre à huit par jour) dans le traitement de la sclérodermie, de la syncope locale des extrémités, de l'artério-sclérose, et il s'est trouvé des médecins qui n'ont pas craint de prescrire ce médicament ou divers extraits thyroïdiens dans l'angine coronarienne. Ils s'appuyaient sans doute sur les expériences d'Oliver et Schœfer (4 8*.).j) qui ont démontré la production d'une vasodilatation plus ou moins accusée sous l'influence de cette médication. Haskovec (181)G) pense qu'elle détermine d'une part à haute dose la dépression sanguine en agissant sur les centres bulbo-médullaires, et d'autre part la tachycardie en excitant les centres accélérateurs. Pour de

' Académie de médecine, 1899.

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Cyon (1898), il s'agirait d'une excitation directe des nerfs dépresseurs et d'une action puissante sur la fonction d'arrêt des centres vasculaires. Toujours est-il qu'on a signalé des accidents graves à la suite de l'emploi immodéré de ces nouveaux agents thérapeutiques : une instabilité du pouls caractérisée par l'accélération du cœur au moindre effort ou mouvement, ce qui est le prélude d'une tachycardie parfois inquiétante d'après Béclère', et une aggravation des symptômes du goitre exophtalmique; des accès sténocardiques « qui peuvent avoir occasionné la mort dans certains cas » (Ewald 189G) ; des palpitations, des syncopes, une chute énorme de Ja pression artérielle, du coUapsus cardiaque. Ces accidents apparaissent d'assez bonne heure et survivent même à la suppression de l'absorption thyroïdienne. D'autre part, François-Franck' a rappelé que la déshydratation abondante et rapide de l'organisme et la grande déperdition des phosphates produites par le thyroïdisme dans la cure de l'obésité, peuvent avoir une influence néfaste sur les éléments nerveux incapables de subir sans dommage l'appauvrissement aqueux, et que la perte des matériaux azotés n'est pas sans agir défavorablement sur la constitution anatomique du myocarde.

Pour ces raisons, j'ai fait remarquer ' et je rappelle que la médication thyroïdienne est dangereuse dans les affections cardiaques, lorsqu'on n'a pas soin de se servir de doses faibles et de surveiller attentivement l'action du médicament sur le système circulatoire. En tout cas, on ne saurait l'employer avec trop de circonspection dans le traitement de la sténocardie coronarienne, et l'un de nos collègues angineux a dû hâter sa mort par l'usage prolongé et exagéré de la thyroïdine.

4" Véleclricité a été indiquée par Laennec, puis en 1821 par Reeder qui proposait « l'emploi d'étincelles électriques à travers la poitrine ». Sous forme de faradisalion. cutanée de la région précordiale, elle aurait donné quelques succès à Duchenne (de Boulogne), à Ed. Becquerel et Aran. Sur deux faits rapportés par Duchenne, l'un concerne un malade qui, très amélioré par l'emploi de l'électricité, mourut ensuite subitement, ce qui n'est pas positivement un succès, et l'autre observé par Aran, est relatif à une hystérique, qui aurait sans doute guéri sans l'intervention des courants électriques. Par conséquent, celte méthode de traitement, infidèle ou dangereuse, est presque toujours contre-indiquée; elle doit être seulement réservée dans tous les cas oîi il y a menace de syncope, mais on ne peut recommander l'électrisation cutanée de la

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