‹ Traité clinique des maladies du cœur et de l'aorte [electronic resource]Chapitre 30 sur 57 · II. — Pseudo-angines toxiques non tabagiques · texte numérisé non relu

II. — Pseudo-angines toxiques non tabagiques

a. L'ergolisme est sans doute, par suite de l'action vaso-constrictive du seigle ergoté, capable de produire quelques manifestations angineuses, mais la question reste en suspens ; et si Nesley Mills a observé des accidents douloureux ressemblant à l'angine de poitrine après une application locale d'ergotine, ce fait unique est insuffisant pour démontrer l'existence d'une sténocardie ergoti([ue.

h. Il en est de même de V hnpaludismr ahjn qu'on pourrait bien accuser, par analogie, de produire des ischémies viscérales ou cardiaques, puisqu'il donne lieu à des troubles vaso-moteurs et à la syncope locale des extrémités. On ne trouve à ce sujet que l'observation de Moursou, dans laquelle les attaques d'angor pecloris survenaient après les frissons de l'accès de fièvre chez un paludique atteint de la maladie de Raynaud. Mais, cette observation est sujette à contestation, puisque le malade pré-

n. HuciiAiîD. — Maladies du cœur, 3» ôdilion. — ii. 13

MALADIES DU CGEVR ET DE l'aORTE

sentait « un bruit de souffle systolique assez râpeux ». Or, à ce sujet, il suffit de rappeler que Vimpalndis/nc chronique prédisposant dans une certaine mesure aux dégénérescences artérielles, peut ainsi donner lieu, quoique très rarement, à la production des lésions coronariennes. Mais alors, comme nous l'avons déjà dit, l'angine de poitrine ne procède pas directement de rimpaludisrae puisqu'elle est due à l'altération artérielle. Donc, la médication anti-paludique est sans résultat.

c. L'angine de poitrine dans l'empoisonnement par Yoxijde do carbone attend encore sa preuve, quoique J. Renaut (de Lyon) ' ait vu survenir sous cette influence des troubles passagers du muscle cardiaque (palpitations, faux-pas du cœur, tendance à l'état syncopal), et des accidents ressemblant d'assez loin à l'angor pectoris.

d. 11 n'en serait pas de même de l'influence du ihé et surtout du thé vert, et dès 1817, Pcrcival '' rapportait une observation suivie d'autres signalées ensuite par Stokes.

Un gentleman, s'étant mis en route par une chaude matinée de l'été, pour parcourir à pied les côtes du Devonshire, absorba dans la journée, à trois reprises difTéreiites, une grande quantité de forte infusion de thé vert. Peu de temps après s'être mis au lit, il commença à éprouver quelques sensations pénibles à la région précordiale. Deux heures après, « douleur aiguë et spusmodique dans la région du cœur », menaces de syncope ; pouls faible, irrégulier et intermittent, peau humide et froide, respiration difficile. Après avoir pris deux pilules d'opium, une petite quantité d'eau-de-vie et d'eau froide, il se réveilla le lendemain matin dans un état de santé parfaite. (Observation résumée de I'eucival.)

Un médecin, âgé de 30 ans, ayant bu beaucoup de thé vert dans la nuit précédente, est pris d'une grande angoisse précordiale avec pouls à peine sensible, extrêmement irrégulier. Après trois heures de sommeil, il se leva complètement débarrassé de ces accidents. (Fait de Harvev, cité par Stokes.)

Un gentleman, arrivé à l'âge moyen de la vie, maigre, et consacrant une grande partie de ses nuits à des travaux scientifiques, buvait une grande quantité de thé très fort. Bientôt, il devint sujet à des paroxysmes pendant lesquels le cœur battait rapidement et avec force, et survenait de l'oppression avec gêne douloureuse à la région précordiale, avec sensation de mort imminente. Ces accès se reproduisirent avec une telle intensité et une telle fréquence, qu'il se croyait atteint d'une affection de l'aorte ou du cœur. Bientôt, on vit survenir une série d'accidents singuliers : « Le malade éprouvait la plus grande difficulté à marcher sur un terrain uni, au point

' J.yon médical, 1880.

* Dublin Hospital Reports, 1817.

PSn:LDO-AN(;iNF.S DE POmilNE TOXIgl'F.S

que, pour traverser la ville, il était obligé de se tenir aux barreaux (jui bordent le chemin. Cette difficulté n'était pas due à un étourdissement, mais bien à une sensation invincil)le qui lui faisait craindre de glisser et de tomber; c'était la frayeur qu'on éprouve en marchant sur de la glace unie et polie. Désirant un jour rendre visite à l'un de ses amis ([iii habitait à peu de dislance, la vue d'un trottoir large et uni qu'il devait parcourir, lui inspira si vivement la crainte de tomber, que pressé par l'heure, il se décide à faire le chemin sur les pieds et les mains ». Après avoir défendu l'usage du thé, avoir prescrit une teinture ferrugineuse aromali(jue et un voyage peu prolongé en mer, Slokes vit bientôt disparaître tous les accidents cardiaques ; mais « la fraveur qu'inspirait un sol uni », nu plutôt la prt'férence nianiuéc, pour les chemins raboteux persista pendant longtemps. (Observation résumée de Stokes.)

Il est inutile de faire remarquer les différences considérables qui séparent «es crises cardiaques des accès d'angine coronarienne. Voici deux faits que j'ai observés par aiuis du thé :

M""" S. (30 ans) aurait présenté, il y a trois ans, quelques accidents thoraciques, caractérisés par des bronchites répétées et une toux fréquente. Plusieurs médecins consultés à l'étranger, en Allemagne, en Espagne, en Angleterre, où la malade s'est trouvée successivement, ont été d'un avis différent, les uns admettant une tuberculose au premier degré et adroite, les autres soutenant qu'il n'y avait aucune trace d'alTection de ce genre. Je ne constatai aucun signe permettant d'affirmer l'existence d'une tuberculose. Ce qui tourmente le jtlus la malade, c'est l'existence, depuis plus de deux ans, d'accidents très douloureux qui surviennent de la fai;on suivante : subitement, sous l'influence d'une émotion, ou encore d'une façon spontanée, pendant le jour et le plus souvent pendant la nuit, elle est prise de folles palpitations « à lui rompre la poitrine », à un tel i)oint que la paroi précordiale paraît violemment soulevée en masse, puis une douleur exlrèmement vive commence à la pointe du coiur sous le mamelon, remonte vers le sternum, irradie au cou, à la face, et de là se dirige vers le bras gauche où elle ne dépasse pas le coude ; la malade alors, en proie à une vive angoisse, se soulève, se penche en avant, et attend pendant quelques minutes que l'orage se calme. La face se couvre parfois d'une sueur froide, devient pâle, et les extrémités se refroidissent. Ces accès se sont produits un très grand nombre de fois, presque tous les jours ou tous les deux jours, depuis deux ans. L'examen du co3ur et de l'aorte est absolument négatif, et les deux [)ouls sont normaux et égaux. Cette dame n'est ni nerveuse, ni rhumatisante. Recherchant dans ses antécédents héréditaires ou personnels pour bien connaître l'origine de ces accidents cardiaques, j'apprends qu'elle faisait depuis près de deux ans et demi un abus de thé très fort qu'elle prenait à la dose de six à huit tasses par jour. Pensant que cet excès pouvait être la cause de ces attaques angineuses, j'ordonne pour seule prescription, de cesser

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l'emploi de cette boisson. Après quinze jours, les accès avaient complètement disparu, et après plusieurs mois, la malade ne conserve plus que le souvenir des attaques passées.

M'"" B... (40 ans), sans antécédents névropathique ou rhumatismal, sans aucune lésion aortique ou cardiaque, vient me consulter pour des palpitations extrêmement violentes qui surviennent dans la journée ou la nuit, le plus souvent d'une façon spontanée, avec douleur à la partie moyenne du cœur, se propageant jusqu'au cou et à l'épaule gauche. L'angoisse est peu marquée. J'apprends qu'à l'occasion des visites du jour de l'an, cette dame avait bu quotidiennement depuis quinze jours trois ou quatre lasses de thé assez fort, et qu'elle avait continué depuis cette époque jusqu'au mois d'avril à prendre quatre à cinq tasses de thé pendant ses visites, à cause de la coutume du tea fwe o'clock. Je lui lis supprimer celte habitude, et tous les accidents disparurent.

Ces observations ne sont pas absolument concluantes. Je commence par les miennes : elles sont relatives à des femmes, et l'on doit discuter l'influence d'un état névropathique primitif, ou d'une névropathie secondaire produite par le théisme, devenant ainsi la cause indirecte d'accidents pseudo-angineux.

En eiïet, dans une de ses observations, Stokes insiste sur l'existence d'accidents névropathiques rappelant ceux de l'agoraphobie : « Le malade ne pouvait marcher sur un terrain uni, au point que, pour traverser la ville, il était obligé de se tenir aux, barreaux qui bordent le chemin », et cependant il pouvait gravir ou descendre à la course les montagnes les plus accidentées.

Quant aux observations de Harvey etPercival, elles sont encore sujettes à contestation; car on y lit que les malades ont eu ces crises angineuses « après avoir absorbé plusieurs tasses de thé vert » et l'on peut dès lors incriminer l'état gastrique.

Néanmoins, l'abus du thé, plus que celui du café, est capable de déterminer des troubles cardiaques parmi lesquels des palpitations très violentes et pénibles occupent la première place. Ces palpitations théiques ne sont pas rares, et l'observation suivante en est un bel exemple :

« J'ai vu un confrère sujet à des palpitations fréquentes, énergiques, intenses, presque continues, qui avaient fait croire à une affection cardiaque. C'est à ce point que le jour où je le vis, il venait ne me demander qu'une chose : combien il lui restait de temps à vivre. Je l'auscultai. Ne trouvant pas de lésions cardiaques capables d'expliquer les symptômes dont se plaignait le malade, je songeai à des palpitations indépendantes d'une lésion organique, et je cherchai dans l'histoire du malade si je ne rencontrerais pas une circonstance capable de les expliquer. Comme il n'y avait pas

ANGINES UR POITRINE TOXIoUr.S

l'ombre d'une maladie nerveuse, je recherchai si je ne trouverais pas l'expiication désirée dans l'hygiène suivie par le malade. C'est alors que j'appris qu'il faisait habituellement un usage excessif du thé. Le thé fut supprimé et la maladie du cœur disparut. » (Potain, 1884.)

Le thé renferme près de 2 pour 100 de caféine, tandis que le café n'en contientque 0,20 ou 0,80 pour 100, 1") ])our 100 d'acide lannique, au lieu de 5 pour le café, il est proljahle que l'action physiologique du thé est due, non seulement à la caféine, mais aussi et surtout à l'essence qu'il contient. Dans tous les cas, la caféine du café est absolument analogue à la caféine ou théine du thé, et l'une n'a pas une action plus forte que l'autre, contrairement à l'opinion de quel({ues auteurs.

Chez les dégustateurs de thé en Amérique, Morton (de New-YorlO a, dès 1870, constaté les signes d'un véritable empoisonnement caractérisé par de l'excitation cérébrale, de la céi)halalgie, un sentiment d'augmentation des forces; puis bientôt, par des accidents de dépression, par de l'affaissement mental, de l'insonmie, des terreurs, des halUicinations de l'ouïe, l'augmentation de la diurèse et la dyspepsie. De son côté, William Bullard (de Boston), revenant encore sur cette question, confirmait ces dernières recherches, et signalait chez les l)uveurs de thé (par profession ou par passion i l'existence de troubles psychiques, d'altérations fonctionnelles de la sensibilité et de la molilité, de troubles gastro-intestinaux, et d'un état neurastliéni(jue des plus prononcés. Tous ces accidents, bien étudiés', ne peuvent-ils pas être invoqués pour expliquer l'éclosion des accès angineux? 11 en résulterait que ceux-ci seraient produits indireclpmfnt parle Ihé, et seulement à la faveur de la neurasthénie et des troubles dyspeptiques qu'il détermine.

Il en serait de même pour le cafr. et Gueilliot (de Iicimsi dans ses études sur le <' caféisme chronique », n'a pas noté, l'existence de crises angineuses. Mais, comme l'abus du thé, le caféisme chronique aboutit le plus souvent à des symptômes de dyspepsie, de nervosisme, à des névralgies diverses, à une excitation cardiacjne caractérisée par de violentes palpitations augmentées encore par l'état anémique des sujets, à des secousses musculaires et à du tremblement. Dans ces conditions, l'existence de crises ;.*.sv//^/f-angineuses n'est pas impossible dans le caféisme; mais alors, celles-ci ne relèveraient qu'indirectement de l'intoxication caféique à la faveur de troubles gastriques et névropathiques produits par cette dernière.

'La maladie des buveurs de ttié [Union méd..

^ Union méd. el scientifique du Nord-Est, 1885. — Journal des Pra/., 1888.

MALADIES DU CΔUR ET DE l'aORTE

J'ai observé un malade qui absorbait depuis deux ans, près d'un demilitre d'infusion de café par jour. Il en était résulté un état névropathique très accusé, et l'existence de palpitations douloureuses très intenses, s'accompagnant le plus souvent d'une sensation d'angoisse cardiaque. De son côté, Max Cohn ' a vu un cas de caféisme aigu chez un malade qui avait fait usage d'une infusion de 80 grammes de graines torréfiées de cale. Deux heures après, survinrent des vertiges, de la céphalalgie, un tremblement généralisé, des palpitations angoissantes, des nausées et des vomissements, des rougeurs de la face, une ayAyo/.s.sv précordiale sans irradiations douloureuses ; le pouls était à 100, très plein ; les battements du cœur étaient normaux.

Que conclure de ces faits? C'est qu'il s'agit le plus souvent d'accidents pseudo-angineux et que l'étude de ces pseudo-angines toxiques constitue encore un chapitre d'attente. 11 n'y a d'exception que pour les angines tabagiques, dont l'existence réelle a été démontrée, et dont les caractères cliniques bien connus reproduisent la physionomie de la slénocardie coronarienne.

• Therap. monuLshefle, 1889.

PSEUDO-ANGINES NÉVROSIQUES

[Nc'vra/g/es cardiaques, prr(or///a/t/irs, rardhd <j tes , rardiodi/iiics.)

Il y a une angine de poitrine qui se lermine presque toujours par la mort subite; il y a des pseudo-angines qui se terminent presque toujours par la guérison. La première, d'origine coronarienne, ne guérit que par l'intervention d'une médication appropriée, s'adressant à la lésion artérielle; les secondes, (jal n'ani de raïKjor prcioris que rapjiarcnce^ guérissent spontanément, malgré la médecine et les médecins, en l'absence de toute médication, ou au moyen de médications diCTérentes visant les causes nombreuses et variées qui en provoquent les accès.

Le mot « pseudo-angine « a été employé pour la première fois en 1846 par Larligue, qui avait établi une distinction importante entre la névralgie des nerfs cardiaques ou ansine de poitrine, et la névralgie du nerf pneumogastrique ou y>.se//rA>-angine différant de la première « par le caractère de la douleur, par les étouffements dont elle s'accompagne, par la persistance des accès, etc. ». Cette distinction est bien subtile, d'autant plus que l'auteur écrit ensuite : « Dans l'angine de poitrine, la névralgie ne reste pas bornée aux nerfs cardiaques ; elle ne tarde pas à s'étendre, mais sans conserver son caractère aigu, aux parties ascendantes et descendantes du pneumogastrique; de là, gêne de la respiration, malaise, engourdissement après le paroxysme; disparition lente et non plus soudaine des attaques. »

La meilleure définition à donner sur les pseudo-angines est celle-ci : Ce sont des manifestations douloureuses précordiales [précordialgics) de nature diverse, sans aucune relation avec une lésion quelconque des artères coronaires. Nous allons le démontrer en étudiant les caractères cliniques des anginoïdes nerveuses (névrosiques ou réflexes), caractères cliniques absolument différents à tous les points de vue de l'angine coronarienne, ou syndrome de Rougnon-Heberden.

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