II. — Pseudo-angines du goitre exoplitalmique
Lorsque des accidents angineux se produisent dans le goitre exophtalmique, ou maladie de Parry '. on peut poser la question suivante : Eston en présence d'une sténocardie d'origine nerveuse ou d'origine cardiaque ?
L'hésitation n'est pas légitime quand on tient compte des modalités de l'accès, des circonstances au milieu des(juelles intervient cet accident et do la nature môme de celte maladie. Celle-ci présente, il est vrai, parfois des SMiipiômes cardiaques, des phénomènes asystoliques, voire môme des lésions cardiaques et aortiques ; mais ce n'est pas une raison pour
' l'Hiiiiiii'l iiiii' injustice .1(1 prolit lie Haskdonv, eu appelant du luuu de ce dernier le i:oilie exoplitahnii(uc. C'est Paruv ((ui en a donné la première observation en 1786. Puis vieiuieiit les observations très incoui[)lètes de Fi.a.iam publiées à Uouie en 18U'.), où cet auteur noie la coïncidence du goitre avec les palpitations et la dyspnée, sans parler de I exoplitalniie. C'est en IS:!.") f[ue Ghaves a jjublié le prenuer travail complet sur ce sujet, et les reelicrclies de lîasedow ne parurent (pie cini| ans après, c'est-à-dire en 1840. Si l'on lient absolument à donricr au goitre e.\o|)litaluiique le noui de l'auteur qui l'a décrit le prender.il esl [ilus juste île l'appeler : Mitladie de l'arr;/.
MALADIES DU COEUR ET DE l'aOIITE
croire que l'angine de poitrine est toujours imputable au cœur. Car le goitre exophtalmique n'est pas seulement une névrose cardiaque, mais une névrose généralisée, proche parente de Thystérie. La preuve en est fournie par la multiplicité des accidents nerveux que l'on rencontre dans cette affection : tremblement, convulsions, paralysies et parésies diverses, dyspnée et polypnée, toux et hémoptysies névrosiques, altérations des facultés psychiques, hypocondrie , circonstances étiologiques qui lui donnent naissance (hérédité d'affections nerveuses diverses, émotions vives, colère), son association fréquente avec l'hystérie ou la neurasthénie. Voilà ce que je disais en 1883, dans le Traité des névroses, sur la maladie de Parry considérée comme névrose générale, qu'elle soit ou non d'origine thyroïdienne. Mais, admettre le siège d'une maladie dans les centres nerveux, ce n'est pas croire à l'origine toujours centrale de toutes ses manifestations, et dans le goitre exophtalmique, les symptômes angineux reconnaissent une interprétation palhogénique variée.
En effet, dans cette affection, on observe parfois des dilatations du cœur, subites et passagères, les phénomènes du cœur forcé qui peuvent conduire à l'asystolie. H y a encore des manifestations névralgiques, des troubles vaso-moteurs capables de provoquer des accidents sténocardiques ; et les troubles gastro-intestinaux si fréquents et parfois si intenses, peuvent encore donner lieu à une autre forme de pseudo-angine par suite de leur retentissement sur le cœur droit. La maladie de Parry peut encore à la longue s'accompagner de lésions permanentes des valvules auriculo-ventriculaires et des sigmoïdes de l'aorte ; on a même signalé des insuffisances aortiques consécutives, non seulement à cette ectasie artérielle généralisée quij est l'un des principaux caractères de la maladie, mais aussi à des lésions scléreuses qui peuvent s'étendre à l'ouverture des coronaires et donner lieu à tous les symptômes d'une angine coronarienne.
Dans le cours du goitre exophtalmique, il y a donc trois modalités angineuses très différentes et il est utile d'en résumer l'histoire.
Les premières observations en date sont celles de Parry. Dans un cas, il parle de douleurs violentes et fréquentes siégeant à la partie inférieure du sternum; dans un autre, de douleurs violentes et subites à la région du cœur, lesquelles se produisirent par accès pendant près de cinq ans et s'accompagnèrent ensuite de palpitations et d'oppression. Après lui, d'assez nombreux auteurs ont signalé la coïncidence de l'angine de poitrine avec le goitre exophtalmique'. Voici un fait intéressant :
' Observations de Trousseau (Zoc. cit.); Laqueur {Disserf, inatig. de Berlin. 1861); Car- DARELLi {loc. cil.) : Marie, Daurresse, Lacaux [Thèse inaug. de Paris, 188:2, 1883 et 1886).
PSKL'DO-AMr.IXKS NKVR()SIgUi:S
Une jeune fille âgée de 2G ans, alteiate d'un rliuinatisine arliculaii-e aigu généralisé, il y a sept ans, a conservé depuis celle époque une insuffisance aorlique des plus netles. Cette malade a toujours été nerveuse, émotive, irritable ; elle a éprouvé de profonds chagrins, et il n'est pas douteux que la lésion aorlique jointe à l'intervention des causes morales si haltituelles dans la palhogénie du goitre exophtalmique, n'ait joué un rôle dans lafixalion de la névrose sur l'appareil cardio-vasculaire. Quelques mois après le rhumatisme, en eiTet, on vil apparaître la triade symptomali(pie de la maladie de Parry : exophtalmie, goitre, accidents cardiaques. Les palpitations devinrent d'une violence extrême et furent accompagnées de « crises » caractérisées par des éloufTemenls très pénibles, une sensation d'angoisse précordiale avec douleur irradiant au bras gauche.
A son entrée à rin'ipilal Bichal, le "li décembre 1885, j'ai constaté encore l'existence d une induration du sommet droit, induration dont la nature tuberculeuse olail révélée non seulement parles signes slélhoscopiques, mais aussi par les hémoptysies répétées, les sueurs nocturnes, l'amaigrissement progressif, l'expectoration caractéristique. Mais, comme l'examen bacillaire n'a [)as été fait, on pourrait croire à l'existence d'une /;se«t/o-tuberculose, qui résulte, dans le goitre oxophtalmique, de l'association fortuite de quehjues symptômes, et dont j'ai déjà vu plusieurs exemples, ou encore d'un de ces œdèmes localisés au sommet du poumon dont Mollard et Segaud (de Lyon) ont donné une bonne relation {Journal des Praliciens 1898j.
Les crises d'angoisse précordiale sont survenues sous nos yeux tous les jours à la même heure, vers le soir à six heures ; elles étaient toujours spontanées et duraient un quart d'heure environ : elles étaient accompagnées d'une sensation pénible d'éloulïemeiit et de constriction laryngée. A l'époque de son entrée à l'hôpital, l'exophtalmie et l'hypertrophie du corps thyro'i'de avaient complètement disparu, de sorte qu'en l'absence de l'anamnèse, la nature des accidents cardiaques eût pu être facilement méconnue, et l'un de nos vénérés confrères (D'' Marjolin) nous l'avait adressée surtout pour les symptômes pulmonaires. Un jour, l'ayant fait asseoir sur son lit pour l'ausculter, je fus frappé de l'existence d'un tremblement généralisé si intense, que le corps tout entier paraissait entrer en vibration continuelle. C'est ce tpii put mettre sur la voie du diagnostic. Celui-ci s'appuyait, du reste, sur un certain état de fixité du regard, sur les attaques de pseudo-angor. sur les accès de palpitations violentes en désaccord avec la lésion a(irli([ue, sur les crises de tachycardie (1()0 à 180 pulsations), sur l'existence de flux diarriiéiques survenant subitement et disparaissant de même, sur les accès de lièvre rapides et fugaces, sur les modifications du caractère, et sur le tremblement vibratoire généralisé.
Ici, la slcnocardie ne dépendait en aucune façon de la lésion aorlique, elle avait les caractères des pseudo-angines, et devait être mise sur le compte de rétat nerveux du sujet.
MALADIES DU COEUR ET DE l'aORTE
Voici un autre fait qui présente un certain intérêt en raison de la prédominance d'accidents gastriques auxquels on avait attribué faussement un rôle dans la production des symptômes angineux :
Une femme de 37 ans a eu six grossesses successives ; la dernière a presque fait disparaître tous les signes du goitre exophtalmique, sauf le tremblement et les palpitations qui ont persisté, ce qui en fait un exemple de Vinfluence suspensice de l'état gravide sur le goitre exophtalmique. Il existe une dilatation stomacale des plus accentuées, laquelle est certainement un symptôme, un effet de la maladie de Parry. Mais il s'est trouvé un médecin qui a mis celle-ci sur le compte de l'ectasie gastrique. Or, rien n'était plus erroné, et les accès de sténocardie qui survenaient spontanément à heures fixes, présentaient tous les signes des pseudo-angines névrosiques.
En résumé, les caractères cliniques des phénomènes angineux que l'on rencontre dans le cours du goitre exophtalmique, reproduisent le plus souvent ceux de la pseudo-angine hystérique, ils ne méritent donc pas une description spéciale.
On ne confondra cependant pas ces accidents douloureux avec les névralgies intcrcoslalcs ou thoraco -brachiales assez fréquentes dans le goitre exophtalmique, avec les palpitalions accompagnées d'une certaine anxiété précordiale par suite de l'hypéresthésie des parois thoraciques, avec les accès de dyspnée et les accidents d''asystoHe ou de cœur forcé que l'on observe de temps en temps chez ces malades, ni avec les douleurs provocpiées par la pression sur le trajet des nerfs intercostaux ou phréniques. Ainsi, dans une des observations de Marie, chez une malade, en pressant sur le paquet vasculo-nerveux du cou, à droite, on déterminait une légère douleur irradiant du côté du sternum et produisant une certaine sensation d'oppression. Ce n'est certainement pas là de l'angine de poitrine, pas plus que dans le cas observé par Henry Marsh' et relatif à une malade souffrant de crises dyspnéiques « avec sensation de déplacement du cœur ». J'ai vu également une jeune malade qui présenta dans le cours d'un goitre exophtalmique, tous les symptômes d'une névralgie diaphragraatique confondue avec une angine de poitrine.
Il suffit d'être prévenu de ces causes d'erreur pour éviter la confusion entre les pseudo-angines névrosiques du goitre exophtalmique et les différentes manifestations douloureuses ou autres que les malades peuvent présenter.
' .Soc. patli. de Dublin, 1841.
PSiaiJO-ANGIXES NÉVROSIQUES
III. — Pseudo-angines dans la neurasthénie et le neuro-arthritisme.
« S'il est une maladie protéifornie , changeante et mobile dans ses manifestations, capricieuse dans ses allures, inconstante dans sa durée et dans son intensité, c'est bien la neurasthénie. L'étude de cette affection est d'autant plus difficile, qu'elle varie non seulement chez le même malade d'un temps à un autre, mais d'un malade à un autre. Chaque névropathe a une individualité morbide qui lui est propre : chez l'un, ce sont les troubles cérébraux et cardiaques qui prédominent, au point que Krishaber a voulu en distraire la « névropalhie cérébro-cardiaque » ; chez l'autre, ce sont les symptômes douloureux ou névralgiques, et ceux-ci ont des sièges différents, dans les muscles et dans les nerfs, à la peau et dans les viscères ; il y en a qui présentent à certains moments les signes d'une sorte de surexcitabiiité nerveuse, tandis que d'autres, au contraire, sont plongés dans un état de faiblesse et d'alanguissement continuels. Il s'agit donc d'une maladie confuse, vague et indécise, sans limites bien fi\es, remarquable par le grand nombre de ses manifestations [non morhus, scd morborum cohors), par la multiplicité de ses souffrances, des spasmes, des douleurs viscérales et des malaises sans nom qui finissent par constituer ce qu'un médecin bien connu par son état névropathique, appelait le « supplice des nerfs «i (siipplicndu nciiricum]. Chez ces malades, l'état de souffrance est général : tous leurs organes peuvent être atteints tour à tour, et cependant aucun d'eux ne subit une altération matérielle : il en résulte qu'il n'y a pas souvent de localisation possible ni pour le patient, ni pour le médecin, et qu'on peut dire de l'état nerveux ce que Mead disait de l'hypocondrie : Non unant ^icdon habft, scd i/iorbus /ulius corporis est. »
C'est en ces termes qu'en 1883, dans le « Traité de névroses », j'ai présenté la neurasthénie.
L'ne maladie semblable ne se définit pas; elle se décrit. C'est la raison pour laquelle nous avons voulu en faire un rapide tableau. Quant à la dénomination de <( neuro-arthritisme », elle trouve sa raison d'être dans les rapports de causalité et de nature qui unissent intimement l'arthrilisme non seulement avec la neurasthénie, mais aussi avec beaucoup de maladies nerveuses. C'est là un point sur lequel j'ai insisté, en rappelant non seulement les rapports si connus de la cliorée et du rhumatisme, mais aussi les origines arthritiques de l'hystérie signalées autrefois par Hufeland, Sydenham, Robert Whytl. Au sujet de la neurasthé-
MALADIES DU COEUR ET DE l'aORTE
nie et de « l'irritalion spinale », qui en est une émanation, on me permettra de reproduire le passage suivant que j'écrivais encore, il y a seize ans dans le « Traité des névroses » :
« Doit-on faire le diagnostic de la neurasthénie avec une forme de rhumatisme qu'on appelle le rhumatisme vague ou nerveux? Ce diagnostic devient plutôt un parallèle, car nous avons la conviction que ces deux maladies se confondent presque toujours et qu'elles ne forment réellement qu'un seul et même état morbide. Ce qui nous confirme encore une fois de plus dans cette idée, c'est que tous les cas d'irritation spinale ou de neurasthénie que nous avons pu observer et presque tous ceux dont nous avons vu dans les auteurs la relation complète, surtout au point de vue de l'étiologie, sont d'origine rhumatismale ou goutteuse. De là donc, à admettre la nature rhumatismale ou goutteuse de cette maladie, il n'y a qu'un pas, et nous n'hésitons pas à le franchir : Dans la plupart des cas, la neurasthénie est une névrose arthritique. »
C'est pour cette raison que, dans les observations nombreuses de neurasthénie, on trouve la mention des antécédents arthritiques ou nerveux.
M"^ L. B..., névropathe, âgée de 47 ans, est née d'un père très rhumatisant, d'une mère atteinte de gravelle ; une de ses filles a eu des coliques hépatiques après une grossesse ; une autre, âgée de 16 ans, déjà obèse. Elle a eu à plusieurs reprises de l'eczéma, quelques douleurs vagues dans les membres, des névralgies erratiques, un rhumatisme articulaire apyrétique n'ayant occupé que les articulations du coude et du poignet ; de temps en temps, douleurs vives dans la région lombaire, quelques accidents de spasme vésical, et depuis sept ans, elle se plaint d'une faiblesse singulière des membres inférieurs sans avoir jamais rien eu qui pût faire supposer l'imminence d'une vraie paraplégie. 11 s'agissait d'une simple myélasthénie sans aucun signe de paralysie des membres inférieurs.
Il y a deux ans, pendant deux jours consécutifs, elle a été réveillée tous les matins, presque à la même heure (de 4 à 5 heures), par des « accès d'oppression très douloureuse ». Tout à coup, elle se lève comme en proie à un cauchemar des plus pénibles; elle sent alors que sa respiration n'est pas en cause, puisqu'elle respire librement ; mais elle éprouve une sensation étrange, une angoisse indéfinissable avec crainte de la mort ; la poitrine semble trop étroite pour contenir le cœur qui paraît se gonfler ; la douleur parcourt ensuite l'épaule gauche, le coude, l'avant-bras et parvient aux deux derniers doigts, qui sont le siège d'un engourdissement très pénible. Cet état dure une heure et demie à deux heures, sans laisser d'autres traces qu'un certain anéantissement et de la prostration des forces. Puis, tout disparait au bout de douze jours, et depuis six ans, cette femme, qui ne présente rien d'anormal du côté du cœur ou de l'aorte, n'a plus jamais éprouvé le moindre symptôme douloureux rappelant de près ou de loin les accès pseudo-angineux qui avaient tant effrayé, elle et son entourage.
PSRUUf)- ANMilXF.S Nli VIIOSIOUKS
M""^ L. S., âgée de 55 ans (1877), très nerveuse, a des antécédents arthritiques les plus accusés : granJ-pere mort de goutte, père hémorroïdaire et migraineux, mère ayant eu des coliques hépatiques. Elle a quatre enfants : un fils de 30 ans qui a eu dans son enfance des accès fréquents de faux croup et il y a trois ans, des hémoptysies fort abondantes, non suivies de tuberculose et d'origine arthritique ; une fille hystérique (accès de pleurs, méléorisme abdominal, palpitations fréquentes, quelques phénomènes vagues d'anxiété précordiale) ; une autre fille atteinte depuis plus de trois ans d'anorexie hystérique, ayant un caractère mobile, fantasque, capricieux.
Il y a quinze ans, cette malade a déjà eu des accidents spasmodiques assez variés parmi lesquels il faut signaler : un état de contracture du sphincter anal tel que deux chirurgiens des plus éminents crurent à l'existence d'une fissure dont tous les elTets disparurent comme par enchantement au moment de pratiquer la dilatation de l'anus ; un spasme œsophagien qui nécessita l'emploi du cathétérisme oesophagien. Dans l'intervalle de plusieurs années, accidents divers : spasmes de l'intestin, pseudo-tumeurs intestinales, concrétions muqueuses membraniformes de l'intestin, herpès génital avec douleurs très vives précédant l'éruption vésiculeuse, spasme du col de la vessie ; urines claires, limpides et abondantes, et d'autres fois chargées d'acide urique et d'urates. Il y a deux ans, accès de palpitations, phénomène du doigt mort, insomnie persistante, fatigues inexplicables, symptômes d'irritation spinale.
Il y a un an, pendant trente jours consécutifs, sans cause connue, de 1 heure à 2 heures du matin, accès caractérisés par une anxiété profonde et indéfinissable, par une douleur violente vers la partie supérieure de la région précordiale, d'autres fois vers sa partie moyenne à gauche, d'autres fois encore exactement sous le sternum. Elle éprouve rarement la sensation complète de constriction de la poitrine, il s'agit plutôt de la sensation d'un «cœur énorme avec violentes palpitations »; puis, la douleur se propage au cou, aux mâchoires, à l'œsophage, où elle produit une véritable dysphagie, pour redescendre à l'épaule, au bras droit et jusqu'aux deux derniers doigts, où se produit le phénomène du doigt mort. Deux fois, les irradiations ont été bilatérales aux membres supérieurs. Cette attaque, qui dure une demiheure, mais plus souvent une et même deux heures, s'accompagne de refroidissement général, de sueurs froides, appréciables surtout k la face et à la paume des mains. Le cœur est absolument indemne de toute lésion.
La durée des accès, leur forme, leurs allures, leur répétition presque aux mêmes heures sans apparence de provocation, ituliciuenl une pseudo-angine chez une neurastliéni(iue et arthritique. Un beau jour, sans cause connue, les accès disparurent pour ne plus jamais revenir. Depuis cette époque, la malade a continué sa vie tourmentée par les névralgies ou les atTections spasmodiques les plus diverses, les plus nombreuses, et aujourd'hui (1899) âgée de 77 ans, elle n'a plus gardé que le lointain souvenir des soulTrances passées.
11 est inutile de raulliplier les observations. On voit par les précédentes, que les accidents pscudo-angineux: des malades atteints de neu-
rasthénie, de neuro-arlhritisme, avec ou sans irritation spinale, reproduisent à peu près les caractères de la pseudo-angine de poitrine hystérique. Il s'agit, ici encore, de douleurs névralgiques affectant les nerfs du plexus cardiaque, et le tableau suivant va montrer les différences profondes séparant l'angine de poitrine coronarienne de la pseudo-angine due à la névralgie, à l'hypérémie ou à l'inflammation du plexus cardiaque.
Angine artérielle.
{Par sclérose, rélrécissement ou oblitération des coronaires.)
Cause anatomique : iiîu/o-aorlite avec oblitération des coronaires ; sclérose avec rétrécissement ou oblitération des coronaires. .Vtrection artérielle.
Symptô.mes : Douleurs presque toujours paroxystiques, non permanentes, provoquées par la marche, l'effort, le mouvement.
Douleurs de courte durée, cessant avec rai-rèt de la marche ou la cessation de l'effort.
— Pas de points douloureux à la pression, ceux-ci pouvant exister quand l'angine vraie se complique, ce qui est possible, de névrite cardiaque et phrénique, par la propagation de la péri-aortite aux nerfs voisins.
— Parfois, angoisse sous-sternale sans douleur.
Pronostic : Angine de poitrine vraie presque toujours mortelle.
TRArrEMENT : médication artérielle (iodures, trinitrine, etc.). Médication révulsive peu importante.
Pseudo-angine névralgique.
{Par névralgie, hypérémie ou inflammation des nerfs cardiaques.)
Causes anatomiques : /'ert-aortite avec • névrite du plexus cardiaque ; hypérémie et névralgie du plexus cardiaque.
Affection névralgique ou névrilique.
Symptômes : Douleurs moins franchement paroxystiques, souvent périodiques ou permanentes, non provoquées parla marche ou l'effort, souvent provoquées par l'action du froid.
— Douleurs de longue durée, ne cessant pas par l'arrêt de la marche ou la cessation d'un effort.
— Existence de points douloureux à la pression, surtout à la paroi précordiale sur le trajet des nerfs intercostaux, ou des nerfs phréniques (névralgie ou névrite du plexus cardiaque et du nerf diaphragmatique).
— Angoisse moins accentuée, toujours associée à la douleur.
Pronostic : Pseudo-angine , jamais mortelle, excepté dans les cas assez fréquents où la névrite cardiaque est associée à la sclérose coronaire.
Traitement : médication anti-nerveuse, anti-névralgique, ou anti-névritique.
Bons effets de la médication révulsive.
11 est maintenant facile de faire le diagnostic de l'angine de poitrine coronarienne compUqurc de névrite cardiaque. Comme cette complication n'est pas absolument rare, en raison même de la fréquence de la ^je'/^-aortite, on s'explique la raison de l'erreur grave commise par quelques auteurs attribuant à la névrite cardiaque une importance qui doit être rattachée à la sclérose coronaire. En tout cas, lorsque l'i^/^r/o-aortite, qui détermine, par suite de l'oblitération des coronaires, la phénoménalité de l'angine vraie (accès provoqués par l'effort), se complique de
PSEL'DO-ANGINKS NliVROSIOUES
y>^v-z-aorlite, on peut alors voir évoluer en même temps tous les accidents imputables à la névrite du plexus cardiaque et du phrénique (points névralgiques douloureux à la pression, au niveau de la partie interne des premiers espaces intercostaux, sur le trajet du phrénique). Voici, à ce sujet, un fait assez rare d angine de poitrine mixte ou assovirc ;
Une femme, âgée de 40 ans, entre au mois de mars 1889 à l'hôpital pour une insuffisance aortique d'origine artérielle avec dilatation de l'aorte. Les jours suivants, elle eut quelques accès paroxystiques d'angine de poitrine survenant toujours sous l'influence de la marche ou d'un effort quelconque. A celte époque, il fut absolument impossible de constater la moindre douleur à la pression du doigt, au niveau des parties internes des espaces intercostaux et sur le trajet des nerfs phréniques.
Quelques semaines après, la malade se plaint de douleurs permanentes au-devant du cœur. Alors, on constate manifestement à la partie interne des deuxième et troisième espaces intercostaux, l'existence d'un point douloureux s'exaspérant surtout par la pression du doigt, au point de faire pousser des cris. Dès ce jour, un nouvel élément s'ajoute à la maladie : l'inllammalion endo-aortique se propageait à l'extérieur, et consécutivement à la jt)cVi-aortite, les nerfs du plexus cardiaque et les nerfs phréniques participaient à l'inflammation. En effet, les deux nerfs diaphragmatiqucs devinrent douloureux sur toute leur étendue, et principalement celui du côté droit ; au niveau des scalènes, à la partie interne de presque luus les espaces intercostaux, sur le prolongement de la dixième côte (boulon diMphragmatique), à la base, et sur les parties laléro-postérieures de la puilrine, à droite, la pression avec le doigt était très douloureuse ; en même temps, les douleurs permanenles, non seulement sur le trajet de ces nerfs, mais aussi au-devant du cœur, présentaient spontané)nent quelques paroxysmes. A ce moment, on saisissait la diflerence des douleurs permanentes à paroxysmes spo)ilanés, à caractère légèrement angoissant, dues à la névrite vago-phrénique, avec les douleurs franchement angoissantes, jwn peinnanenles, provoquées par l'effort, certainement imputables à la sclérose des coronaires. Ainsi, sur une même malade, se réalisait, de la fai/on l;i plus nette, le diagnostic si iuqiortant entre la pseudo-angine de la névrite cardiaque, et l'angine vraie de la sclérose coronaire.
Une aulre cunqdicalion venait bientôt conlinner le diagnostic : un état fébrile s ciait déclaré, entrecoupé de frissons répétés et intenses, la température axillaire s'élevait jus(iu'a 40'^ 8, et nous avons vu se développer sous nos yeux, avec des poussées successives, un zona des plus caractéristiques sur le trajet des nerfs du plexus cervical superficiel et du nerf circonflexe ; en incine temps, nous assistions à l'évolution d'une péricardite sèche périaorlique avec son bruit de va-el-vienl tout à fait caractéristique. Puis survinrent des syncopes, du délire, et après huil jours, la malade mourait subilemcntde syncope, sans aucune douleur, par sténocardie coronarienne. L'autopsie fui uialbcureusement refusée.