‹ Traité clinique des maladies du cœurChapitre 43 sur 107 · MOUVEMENTS DU CŒUR · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS DU CŒUR

isochrone à la systole ventriculaire , puisque ces faisceaux charnus se confondent avec les fibres des parois ventriculaires, et affectent seulement une direction appropriée à leurs fonctions; mais au moment où s’opère la systole ventriculaire, les valvules auriculo - ventriculaires sont dans cet état d’abaissement qu’avait exigé l’introduction du sang dans les ventricules ; donc, la contraction des colonnes charnues qui s’insèrent aux valvules a pour effet le redressement de ces soupapes. Je n’insisterai pas d’ailleurs plus long-temps sur ce mécanisme , l’ayant exposé avec détail à l’occasion de l’anatomie du tissu musculaire des parois du cœur et de celui des valvules. J’ajouterai seulement que l’abaissement des valvules est en quelque sorte passif , comme la diastole ventriculaire à laquelle il est isochrone ; tandis que leur redressement est réellement actif, comme la systole ventriculaire qu’il accompagne et dont il est, jusqu’à un certain point, un des éléments.

Quant aux mouvements d’abaissement et de redressement des valvules artérielles ou semi - lunaires , il est purement mécanique et passif, comme celui des soupapes d’une pompe ordinaire. L’abaissement a lieu lorsque les ventricules lancent la colonne sanguine à travers les orifices aortique et pulmonaire , et le redressement s’opère lorsqu’à la systole ventriculaire succède la diastole : celle-ci attire en quelque sorte du côté du cœur les valvules abaissées, en même temps que la réaction de l’artère

saurais trop recommander ce point de doctrine à l’examen des physiologistes et des médecins. Parmi les auteurs qui attribuent aux piliers charnus une action diamétralement opposée à celle que je leur ai assignée, se trouve Laënnec. Selon lui , « les piliers sont disposés de telle manière , que leur contrac- » lion doit nécessairement abaisser et non relever les valvules. » ( Ouv. cité , tom. II, p. 419. )

Plus récemment, et depuis la première édition de ce traité, notre opinion, comme nous l’avons déjà fait remarquer , a trouvé des adversaires ; mais ils n’ont point réfuté nos arguments.

J 1 0 SHTSIOtOGIÉ fitj C'OKUP*

piilinoaaire et de l’aorte , pressant de tontes parts le sang qu elles contiennent , tend en partie à le faire reeuler rers le coeur, efifort qui a pour effet de ionlfrer les valvules et de les repousser de manière à ce quelles s’adossent par leurs faces correspondantes.

De mêroe que les mouvements de systole et de diastole des ventricules et des oreillettes sont tellement ordonnés , que la systole des premiers est isochrone de la diastole des secondes et réciproquement ; ainsi le redressement des valvules auriculo-yentriçulaires coïncide avec rabaissement des valvules sigmoïdes , tandis que le redressement de ces dernières est isochrone .à rabaissement des premières,

Le jeu des valvules est accompagné d’un double bruit auquel nous consacrerons un article particulier.

Maintenant que nous ayons une idée exacte des divers mouvements extérieurs et intérieurs du coeur, rien n’est plus facile que de comprendre le jeu ou Je mécanisme de cet organe central de la circulation. Ainsi que je l’ai dit au commencement de ces prolégomènes, il sufbt d’exa^' miner ayec quelque attention la structure du cmur et les mouvements alternatifs de dilatation et de contraction qu’il exécute , pour reconnaître qu’il fonctionne réellement à la manière d’une double pompe aspirante et fom lanle. Le fluide sur lequel s’exerce l’action df cette admb rable machine vivante est le sang.

Supposons maintenant que le jeu du cœur commence par la dilatation des ventricules , voici quels en sont les effets sur le sang. Ges ventricules ne peuvent se dilater sans attirer et pour ainsi dire aspirer dans leur cavité le sang des oreillettes , lesquelles constituent réellement le réservoir de la pompe que représente le coeur (i).

(1) La systole des oreillettes favorise , sans doute , le passage du sang dans les veatf icules , maU Harvey s’est évidemment trompé xjuand il a dit ; « iV«- > qiw verum eu quod vulgo auditur, cor uUo molu stio aut diuensione sanÿuinm » in ventriculos uttrahere. a (Z7e moiu sanguitiis ; caput II. )

MOüVEMîîiîTS m nCEÎÎB.

tu

La Gontractîoii qui succède à la dilatation des ventricules en pressant de toutes parts la niasse de sang qu’ils ont aspirée , tend à l’expulser à la fois par les ouvertures auriculo - Tentriculaires et artérielles. Mais comme c’est précisément pendant ce mouvement que les valvules mitrale et tricuspide se redressent , il s’ensuit que la colonne sanguine ne peut se faire jour de ce côté, et qu’elle s’échappe tout entière par les orifices artériels en abaissant les valvules sigmoïdes. Une fois projetée dans les artères aorte et pulmonaire , comme par un coup de piston , l’onde sanguine ne peut rétrograder dans les ventricules , les valvules sigmoïdes lui opposant par leur redressement un obstacle insurmontable.

Étant donné le mécanisme des ventricules dans la circulation , nous avons peu de choses à dire de celui des oreillettes. Ainsi que cela a été indiqué plus haut, elles sont une sorte de réservoir où les ventricules puisent le sang qu’ils doivent lancer dans le système artériel. Leur mouvement de systole favorise le passage du sang dans les ventricules , et leur mouvement de diastole tend â aspirer le sang des veines qui s’y dégorgent. Mais l’énergie de ces mouvements n’est pas comparable ù celle des mouvements analogues qui se passent dans les ventricules. C’est ce qu’on aurait pu induire à priori de la disposition même des oreillettes, sans avoir égard à la différence de forme et d’épaisseur qui existe entre éües et les ventricules. En effet , il ne se rencontre point , à proprement parler, de valvules à l’embouchure des veines dans les oreillettes. Or, si la contraction énergique des oreillettes eût été nécessaire pour l’introduction du sang dans les ventricules» la présence de telles valvules eût été indispensable ; sans quelle sang , fortement et brusquement pressé par les oreillettes, aurait reflué en très grande partie dans les veines, de même que pendant la systole ventriculaire le liquide serait repoussé dans les oreillettes , si , pendant qu’elle

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s’opère, les valvules auricalo-ventriculaires ne fermaient les orifices du même nom.

§ II. Du principe des mouvements du cœur.

La cause première des battements du cœur dans l’ordre et conformément aux lois dont il a été question plus haut , est, comme toutes les autres causes premières, couverte d’un voile mystérieux qu’il n’est pas en notre pouvoir de soulever. Aussi , en traitant dans ce paragraphe du principe des mouvements du cœur , n’avons-nous d’autre intention que de rechercher sij pour cet organe comme pour les autres muscles , ce principe gît dans le système nerveux ; et , en supposant cette question résolue par l’affirmative , quelle est la portion du système nerveux où il réside (i).

Puisque le cœur reçoit une grande quantité de filets nerveux, on doit déjà regarder comme très probable que les mouvements de cet organe sont sous l’empire du système nerveux. Du reste , nous n’avons à l’appui de cette opinion que des expériences encore peu nombreuses. La solution de ce problème n’a jusqu’à présent reçu que peu de lumières des faits de la pathologie.

Bichat avait pensé que le cœur puisait dans les ganglions du grand sympathique le principe de ses mouvements. En 1809, Legallois combattit l’opinion de Bichat, dans son célèbre mémoire sur le principe de la vie , et

(1) « Les anciens disaient qu’il y avait dans le cœur une vertu pulsifique, un feu concentré , qui donnait le mouvement à cet organe. Descartes imagina qu’il se faisait dans les ventricules une explosion aussi subite que celle de la poudre à canon. Le mouvement du cœur fut ensuite attribué aux esprits animaux , au fluide nerveux, à l’âme , au président du système nerveux , à l’archée. Haller le considéra comme un effet de l’irritabilité (*). » Quoi de plus déplorable qu’une pareille physiologie '■

) ilageodie , PreViV élêoi. de pb^s., lom. II, p. 4û4. 3* édition.

MOUVEMENTS Oü CŒL’R.

conclut , des belles expériences qu’il avait faites , que le principe des mouvements du cœur siégeait dans la moelle épinière. La conclusion de Legallois pèche en ce qu’elle exagère au moins l’influence de la moelle épinière sur les contractions du cœur. Ce n’est point , en effet , dans cette portion du système nerveux que le cœur puise immédiatement le principe de son action, puisque, comme le démontrent plusieurs observations , et en particulier celle que M. le professeur Lallemand a rapportée dans sa dissertation inaugurale , le cœur ne cesse pas de battre chez les fœtus privés de moelle épinière. D’ailleurs, Ph. Wilson et MM. Clifft et Brachet ont vu , dans leurs expériences , les battements du cœur survivre à la destruction de la moelle, surtout lorsque les animaux étaient jeunes et que la moelle était détruite avec lenteur.

iiprès avoir posé en fait que « les organes qui transmet- »lent au cœur l’influence de la moelle épinière et du cer- » veau, sont des filaments nerveux provenant de la 8® paire ,

« et peut-être un grand nombre de filaments des ganglions » cervicaux du grand sympathique, » M. Magendie ajoute qu’à diverses reprises il a cherché à déterminer par l’extraction des ganglions cervicaux , et même du premier thoracique , si réellement ces organes avaient une action sut le mouvement du cœur; mais qu’il n’a rien obtenu de satisfaisant , les animaux étant presque tous morts des suites de la plaie inévitable pour une opérat'^n aussi laborieuse. Il n’a jamais remarqué aucune influence directe sur le cœur.

M. le docteur Brachet paraît avoir été sinon plus habile ( cela serait trop difficile ) du moins plus heureux que M. Magendie. Il rapporte (i) des expériences dans lesquelles , à la suite de la section du plexus ou ganglion cardia-

(1) Recherches expérimentales sur les fonctions du système nerveux ganglion-

ll4 PHYSIOLOGIE DU COEUR.

que, les battements du cœur ont cessé subitement. Il pense donc que Ton peut établir en principe que cest le système ganglionnaire qui est la cause première , là, cause vitale du mouvement du cœur , ce qui confirmerait l’opinion de Bichat, déjà émise par Willis, et qui nous paraît véi-ilablenient la plus probable (i).

Que si le cœur ne tarde pas à suspendre ses battements lorsqu’on a détruit violemment la moelle éjpinière , cela semble tenir à l’étroité liaison qui existe entre cette partie du.syslème nerveux etles ganglions du grand sympathique.

Gomme tous les mouvements qui sont évidemment sous l’influence directe et immédiate dé ce dernier système, les mouvements du.cœur se dérobent au pouvoir dé la volonté. Stahl, il est vrai, parle d’un certain capitaine Tow^sénd, qui réglait à son gré les battements de son cœur. Mais si ce fait ne doit pas être relégué, comme je suis disposé a^e croire , malgré tout mon respect pour l’autorité de Stalil , parmi les contes ou les fables de la physiologie , il faut du moins le considérer comme une étonnante et rare exception à la loi générale.

Les passions de l’âme , léS affections morâlëS exercent sur les battements du cœur le plus puissant empire. Tel est même le rapport intime qui existé entré les uns et lés autres, que plusieurs philosophes plaé'è'rént dans le cœur lé siège des passions, et que, dans toutes les langues, on'

(1) Il n’est peut-être pas inutile de rapprocher des expériences de M. Brav chet, qui , Je l’avoue, auraient grandement besoin d’être répétées, celles de M. de Humboldt , de Home et de Weinhold. Le premier de ces savants, ayant retiré le cœur de la poitrine de deux lapins et d’un renard, mit à découvert l’un dés nerfs cardiaques, le soumit à une excitation galvanique, et s’aperçût que lés contractions devenaient aussitôt et plus fortes et plus fréquentes. Horoe-eL Weinhold ont vu également les battements du cœur devenir plus forts par l’excitation du grand sympathique, et en établissant le courant galvanique au moyen d’un ganglion thoracique déraché'et renversé sur lé cœur. Ces expériences, comme celles deM. Bracbet, méritent confirmation.

BRUITS DU CœUR.

dit indifFéremment homme de cœur ou homme de courage , homme de hon cœur o\x homme doué de bonté , etc. 'Ce qu’il-y a de certain, c’est que ^ de tous nos moyens d’expression morale, le cœur est peut-être le plus. fidèle, et ce n’est pas sans raison que pour s’assü'rër si tèl individu est .dans un état de calme ou d’émoticti , nous lui posons lu înMin sur le cœur.

ARTICLE SECONb.

■DES BRUITS -Qül ACCOMPAGNENT DES -BATTEMENTS DU'iCDEÜR.

Il existe dansr les battements dn -cœuv ^qualre tions.prppres àda production de bruits , savoir *, le chpc du cœur contre la paroi pectoiale^, leTgîissemejQt ,de -pet organercontre les parois du sac dansdequel il est -contenu, le>passage du sang a-travers-'le.s -diverses eavilés^rdu . CGeür, et enfin lei mouvements alternatifs od/abaissement et, de redressement des valvules

Je vais es; ayer de déterminer quéRe est la:y,ale,ur:de5ebacune de ces conditions dans ta production du double bruit du cœur, "tel qu il- a-ete décrit pai-Laênnec," auquel appartient la précieuse découverte de ce phénomène.

CommençonApar dénriér üne'idée auési éxàcte que possible des bruits du cœur proprement. dits, ou du tic-tac qui accompagne les battements de cet organe : je dis aussi exacte que possible , car les bruits dont il s’agit ne ressemblent parfaitement qu’à eux-inêmés.' Ôh ne peut réellement bien les connaître qu’ après un long et attentif exercice de l’auscultation, soit médiate , soit immédiate (c’est cette dernière qui , à quelques exceptions près , doit être; préférée).

H6 PHYSIOLOGIE DÛ CŒUR

§ ter. Idée et analyse des bruits de tic-tac du cœur. De leur intensité, de leur durée, de leur étendue et de leur propagation (1).

Lorsque , l’oreille étant appliquée sur la région précordiale , on écoute attentivement les battements du cœur , deux bruits successifs se font distinctement entendre , imitant assez exactement le tic-tac d’une montre ou le double claquement d’une soupape.

Chez presque tous les sujets, le premier de ces bruits est un peu plus sourd et plus prolongé que l’autre : il est isochrone au choc du cœur contre la région précordiale , au pouls, et par conséquent aussi à la systole ventriculaire. Je me suis assuré de cet isochronisme un très grand nombre de fois , de la manière suivante : on compte un , deux, trois, etc., à chaque bruit de ce genre que l’on entend, pendant qu’une autre personne compte , de la même manière, les pulsations d’une artère ou les chocs successifs du cœur contre la poitrine ; or, les deux exipérimentateurs comptent dXovsisochroniquement un, deux, trois, etc. S’il existe quelque intervalle entre le pouls des artères très éloignées du cœur

(1) On peut facilement entendre sur soi-même les bruits du cœur, en prêtant une oreille attentive , lorsqu’on est couché sur l’un des côtés de la poitrine, et sur le gauche de préférence. J’ai, d’ailleurs, imaginé un moyen très commode pour pratiquer l’auscultation médiate sur soi-même. Il suffit, en effet , de se procurer un cornet acoustique ordinaire qu’on adapte à un cylindre creux de gomme élastique , d’une longueur suffisante pour que l’instrument étant appliqué sur la région précordiale, l’extrémité libre de ce cylindre puisse être portée à l’oreille. On peut ajouter à cette extrémité une plaque semblable à celle qui surmonte l’extrémité auriculaire du stéthoscope.

On peut se servir aussi de l’instrument dont je viens de parler, pour l’auscullation du bruit des artères sur soi-même. On a le soin d’adapter à l’extrémité cardiaque de cet instrument des cornets de grandeur différente selon le volume des artères qu’on veut explorer.

BRUITS DU COEDR. ll'j

et le bruit qui nous occupe , il est si court qu’on peut à peine s’en apercevoir (i).

Je ne conçois réellement pas comment M. le docteur Pigeaux , qui désigne le bruit dont il s’agit sous le nom de bruit inférieur, pourrait persister à soutenir qu’il n’est point isochrone au pouls, et qu’il correspond au contraire à la dilatation ventriculaire (2).

Le secondhvvâï ; un peu plus court, plus clair, plus éclatant que le premier , ressemble plus exactement aussi au claquement d’une soupape , au bruit que fait un chien qui lappe^ ou, ce qui revient à peu peu près au même, au bruit qu’on produit en frappant légèrement la surface d’un liquide du plat de la main. Une oreille exercée distingue aisément l’un de l’autre ces deux bruits, quelle |que soit la fréquence des battements du cœur, et quels que soient en même temps leur faiblesse et leur éloignement. C’est ainsi, par exemple, qu’on les analyse chez le fœtus, à partir du quatrième ou cinquième mois delà grossesse. Néanmoins ces deux bruits sont beaucoup plus faciles à étudier chez les individus dont les battements du cœur sont très lents , de 4o à 48 à la minute , par exemple. Alors , rien n’est plus aisé que de saisir l’intervalle qui existe entre les deux bruits.

M. Pigeaux, qui désigne le bruit clair sous le nom de bruit supérieur, a soutenu qu’il était isochrone au pouls et partant à la systole ventriculaire. Cette erreur est Finverse de celle qui lui est échappée quand il a dit que le premier bruit ou le bruit inférieur était isochrone à la contraction de l’oreillette (5).

(1) Nous admettons néanmoins, avec M. le docteur Marc d’Espine, l’existence de ce léger intervalle.

(2) Nous verrons plus loin que M. Pigeaux est, en effet, revenu de cette erreur.

(â) J*ai déjà dit qüe M. Pigéailx n’adopté plus cëttê ppinisni

PHYSIOLOGIE DU COEUR

llB

J-^ai obserité chjeZ'UD certain nombre d’individus que les deux bruits du cœur étaient à peu près complètement semblables sous le double rapport dala durée et de. l’éclat j et dans ce cas, c’est le premier bruit qui est d,eyenu plus clair,' et non te second qui/a perdri de; son éclat. G’est particulièrenient çbezr les- indwidus de cette catégorie , que le double bruit du cœur rappelle si bien celui qui accompagîîfô ledi^u- d’une maçbine à soupape.

be' double br-urè que, nous venons de décrire est suivi d’un intervalle «de repos; ou mieux de sileripe: ^ comme l’a très bien dit M. P%eaux, et eet intervalle, est d’autant plus Ipn^# que les battementa du, çeeur s’opèrent avec plus de lenteur. A ce silence; succède le bruit indicateur de la systoile ventriculaire , bientôt suivi du bruit clair, et ainsi de suite , avec une régularité vraiment admirable.

Le tic-tac du cœur, toutes cboses étant d’ailleurs égales,, s’entend beaucoup: mieux chez les individus un peu maigres, neryeux, que chez les sujets gras et pléthoriques. Il serait trop long de détailler ici toutes les modifications qu’il peut offrir selon les âges , le sexe , l’état de calnic ou d’a-, gitation de l’individu f etc. Ajoiutons que la pratique seule peut , du reste , faire apprécier une foule de modifications ou de nuances qui se refusent à une description précise..

P-eut-on distinguer nettement l’un de l’autre le bfuit qui accompagne le jeu des eavités droites et celui qui accompagne le jeu des cavités gauches? Laënueç dit bien que le, bruit entendu à la partie inférieure du sternum est celui des cavités droites, e| que le bruit entendu entre les cartilages des côtes, appartient aux cavités gauches. Mais il ajoute immédiatement après que, dans l’état naturel, le bruit des contractions du coeur est semblable et égal des deux côtés. J’ai fait, sur ce point dé l’étude des bruits du cœur, comme sur tous les autres , les recherches les plus multipliées et les plus attentives , et j’avoue qu’à l’état normal cette distinction est bien difiSçile, ^inon réellement impos-

BHUITS DU CCEUR.

slble. Il n’est pas de même à l’état anormalj au moins dans un bon nombre de cas. Alors, en effet , on peut non seulement déterminer si tel bruit anormal appartient aux cavités droites ou aux cavUés gauches , majs nncore s’il se passe dans l’orifice aui-iculo-ve.nlriculaire nu dans l’orihce artériel de l’une ou l’autre de ces cavités.

Les bruits du cœur gauche et du cœur droit s’opérant simultanément dans des points très peu éloignés les uns des autres,. et presque dans le même lieu , ils se confondent en grande partie en un seul et inême bruit. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’en général les deux bruits qu’on entend à l’extrémité inférieure du sternum son tup peuplus clairs que ceux qu’on entend dans la région des cartilages des 5® et 6® côtes. Mais celte différence tient-elle unique,ment à ce que, dans le prepaier point, les bruits enteiidus sont ceux des cavités droites, ,et , dans le second point, les bruits des cavités gauches ? je n’oserais l’assurer,

Si nous cherchons maintenant à préciser le siège respectif de chacun des deux bruits dn cœur, nous trouverons que le premier bruit a son maximum d’intensité immédiatement au-dessous du sein , dans le point correspondant à la valvule mitrale ou à rorifice^auriculo-venlriculaire gauche, et que le mçLximum d’intensité du second bruit existe immédiatement au-dessus ,et en dedans du s,ein, dans le point correspondant aux yaivulps sigmoïdes.

On peut mesurer l’étendue ou l’intensité des bruits du cœur par la distance à laquelle ils se font entendre, Pan§ l’état normal , le maximum d’intensité des bruits du Gçeur se trouve à la région précprdiale. Mais il est quelques circonstances qui , en faisant varier la faculté conductrice du son dans les divers points du thorax, déplacent en quelque sorte le point qu’opcupe ce .mammum d’jntep.sité, fei’uit des battements du cœur se fait entendre , en s’affaiblissant graduellement à mesure que l’on s’éloigne de la région précordiale , dans la totalité ou du moins dans une grande

PHYSIOLOGIE DU CŒUR

étendue des parois pectorales. Chez les sujets qui sont doués d’un grand embonpoint, les bruits du cœur, comme nous l’avons déjà noté , ont moins d’étendue que chez les sujets maigres; mais j’oserai affirmer que Laënnec s’est beaucoup écarté de la vérité en disant « que l’espace dans lequel on speut les entendre à l’aide du cylindre, est quelquefois » restreint à une surface d’environ un pouce carré. » Ce célèbre observateur, ainsi que tout le monde pourra le vérifier journellement , a commis également une erreur, en avançant que « chez les sujets maigres , chez ceux dont la poi- «trine est étroite , et même chez les enfants, on les entend «seulement dans le tiers ou même les trois quarts inférieurs » du sternum , quelquefois même sous la totalité de cet os,

» à la partie antérieure supérieure gauche de la poitrine «jusqu’à la clavicule,, et souvent, quoique moins sensible- «ment, sous la clavicule droite. » Je puis assurer que , chez les sujets appartenant à la catégorie spécifiée ici par Laënnec , j’ai, non, pas une fois, mais plusieurs milliers de fois, entendu les bruits du cœur, non seulement dans les régions indiquées par Laënnec , mais encore dans toutes les autres régions de la poitrine , sans en excepter la région postérieure droite, ainsi que sur les parties latérales du cou, endroit où bien souvent leur intensité est presque égale à celle qu’ils offrent à la région précordiale elle-même.

La transmission des bruits du cœur se fait à travers les parois pectorales en partie osseuses , et les organes qui s’y trouvent contenus , ainsi qu’à travers la colonne vertébrale qui s’articule, comme on sait, avec les côtes (i).

Certains états morbides du cœur, comme nous le ver-

(1) Lorsqu’étant couché sur l’un des côtés , ou entend sur soi-même les bruits du cœur, il est clair que cela ne peut avoir lieu qu’à la faveur de leur propagation à travers les parois pectorales et les parties sur lesquelles reposent celles-ci ainsi que l’oreille. Ces différents agents de transmission représenlenl une sorte de stétkescope.

BEÜITS DU CŒUR.

lal

rons plus loin, peuvent augmenter ou diminuer l’intensité des bruits qui accompagnent ses battements , et partant aussi augmenter ou diminuer l’étendue dans laquelle ils se font entendre. Mais , à part cette circonstance , il en est d’autres tout-à-fail étrangères au cœur, qui produisent le même effet , ainsi que Laënnec l’a parfaitement indiqué.

Il suffit, pour cela, qu’il survienne des modifications dans la propriété conductrice des parties que nous avons désignées tout-à-l’heure. C’est ainsi que plus ces parties seront maigres , denses et élastiques , plus elles propageront facilement , plus elles renforceront quelquefois les bruits du cœur; c’est ainsi que ces bruits se transmettent avec plus de force à travers un poumon hépatisé , tuberculisé, ou à travers un épanchement dans la plèvre qu’à travers un poumon sain.

Les plus vulgaires notions d’acoustique suffisent pour expliquer le phénomène dont il s’agit. Ces divers accidents de conductibilité du son , ainsi que le fait judicieusement observer Laënnec , rendent quelquefois irrégulière la propagation des bruits du cœur. Ainsi, dit-il , s’il y a des excavations tuberculeuses dans le sommet du poumon droit, ces bruits s’entendront mieux sous la clavicule et l’aisselle droites , que du côté gauche, et quelquefois même qu’à la région précordiale. Laënnec ajoute qu’il lui a paru , en général , que les excavations tuberculeuses du poumon et le pneumo-thorax transmettent plutôt le bruit que l’impulsion du cœur, et que l’endurcissement du poumon par la péripneumonie , ou sa compression par un épanchement liquide, favorisent plutôt la propagation de l’impulsion que la transmission du bruit. Il est très vrai ( et on pouvait facilement le prévoir) que le pneumo-thorax ne favorise pas la transmission de l’impulsion du cœur; mais il ne l’est pas également que cette circonstance soit plus favorable à la propagation du bruit du cœur qu’une hépatisation du poumon ; et il est très certain que celle-ci n’est pas moins pro^

phtsio,logi;e du coeur.

pre à augmeuter rintensiité du bruit du cœur gue rintensité de l’impulsion du même organe.

Je ne terminerai pas ce qui est relatif à l’étendue du b.ruit des battements du cœur , sans examiner la question de savoir si l’on peut entendre ces bruits à une certaine distance de la poitrine de l’individu chez lequel on les explore.

Corvisart dit avoir effectivement ainsi entendu les bruits du cœur, mais une seule fois et ep approchant roreille très près ,àe la poitrine du malade. Laënnec, sur plus de vingt sujets, a entendu les battements du cœur à une distance de deux puucçs à deux pieds de la poitrine. « Il y a bien des » années, dit ce célèbre obseryateur^ que quelques malades « m’ont affirmé avoir éprouvé des palpitations de cœur telles, «qu’on les entendait à la distance de plusieurs pas, et l’un » d’eux , ainsi que des personues dignes de foi qui l’avaient « vu dans cet état , m’ont attesté que chez lui les battements » du cœur étaient entepdus .dans la chambre voisine de celle » où il couchait. »

Ce ne serait pas, je crois, beaucoup se compromettre que de taxer ce récit d’un peu d’exagération ; mais ce que je puis ajffirmer, avec Laënnec , c’est que les bruits du cœur s’élèvent quelquefois à un tel degré d’mtensité , dans des cas de palpitations passagères ou de palpitations réellement morbides , qu’on peut les entendre à quelque distance des parois de la poitrine. Je n’insisterai pas davantage ici sur le phénomène en question, attendu qu’il se rattache à l’étude des bruits anormaux du coeur, plutôt qu’à celle de ses bruits ordinaires (i).

(1) Laëanec pense que « l’ossification de la pointe pu de quelque autre » partie extérieure du cœur pourrait peut-être donner lieu au phénomène » dont il s’agit. Plusieurs motifs lui font croire aussi qu’il est dû le plus sojj- » vent à une exhalation gazeuse plus ou moins abondante dans le péricarde. » Cette dernière opinion , que Laënnec appuie sur des jraisous bien plus >pér

BRUITS DU CÇEUR.

g IL Théorie on explication des bruits de tic-tac du cœur.

Le sujet que: nous ajlons Lraiteu est devenu , depuis quelques années, l’objet de controveTses nopibreuses, et l’on peut assunor qn.e.j pour riœrnenso nuejprité d,es médecins et des physin.logistes., le problènae des. bruits du cœur n’est point encore résolu : Adhîic. suh judie,e. lis. est. de n’o,se me. flatter de pouvoir juger en dernier, re^sor^ cette sorte de procès d,’aepustique vivante;, niais, je m’estiinejjai benreux sifei longue étndje que t’ai faite cette question peut fournir quelques données propres à dissiper une partie des obscurités dont elle est enynonnée. le eommeneerai par l’ex-

р. osition des diverses tbéories dont le double bruit du coeur a étérobjejt.: Je, n’exagère pas. en, disant que j’ai ausculté 1®

с. ceyr plusieurs rnilliers de fois , tant à l’état normal qn’à l’état anornaaj.

ûn ne trouve nulle pnrt , dans l’ouvrage de baëunefi » je ne. dirai pas une explication fernaelle, çaais une sinaple tentative d’explication des Ç,œnT à l’état nornial.

Au reste, cet illustre observateur a él§ tÇcttçÇftCDt nialbeerenx , qu’en nous peï'metto de le dire , dans la tbéorie qn’il a donnée de. quelques nns des bruits anormaux dn c.çeuE et des artères , que l’en doit moins uegçelter qn’d ne sè soit pas sérien^enaent occupé deeelle des bruits norniaux des mêmes organes.

ï° Laënnec se contente de dire que les bçuits dii cœur spnt le résultat des cpntraçtions alternatives des ventricules et des oreillettes; il attribue le brnit spurd à la systole des ventricules et le bruit clair à celle des oreillettes. Mais comment les brnits du coevir se produisent-ils sous l’influençe

cieases que solides, est tout-à-fait erronée. Il n’existerait point de pneumo-péricarde chez les sujets qui nops ont offert le phénomène en question , et d’ailleurs cette çlrcqas[ance serait pîqs propre à diminuer qu’à renforcer les bruits du çoeur.

PHYSIOLOGIE DU CCæüR-

des mouvements alternatifs dont il s’agit? c’est là une question dont Laënnec ne s’est point occupé. Un passage de sou ouvrage prouve seulement qu’il avait en quelque sorte prévu qu’on songerait à expliquer les bruits du cœur par la percussion de cet organe contre les parois thoraciques , et il s’est empressé de réfuter d’avance cette future doctrine.

« Le bruit produit par les battements du cœur, dit Laën- » nec , est d’autant plus fort que les parois des ventricules «sont plus minces et l’impulsion plus faible. On ne peut,

• par conséquent, l’attribuer à la percussion des parois «thoraciques. «

2° M. le docteur Pigeaux s’est efforcé de démontrer dans plusieurs travaux qu’il a successivement publiés , que les bruits du cœur étaient le résultat du frottement du sang contre les parois ventriculaires d’une part, et contre les parois des artères aorte et pulmonaire d’autre part. Au frottement du sang contre les parois ventriculaires , par l’effet de la contraction des oreillettes, correspond, selon M. Pigeaux , le bruit sourd ; tandis que le bruit clair appartient au frottement du même liquide contre les parois artérielles, pendant la systole ventriculaire. Nous avons déjà fait voir précédemment qu’en intervertissant ainsi l’ordre que tous les physiologistes et tous les médecins cliniciens ont assigné aux divers mouvements du cœur, M. Pigeaux était tombé dans une erreur grave, comme on peut s’en convaincre journellement avec la plus grande facilité. En supposant donc que le frottement de la colonne sanguine fût, ainsi que le pense M. Pigeaux , l’unique cause du double bruit du cœur, il faudrait admettre, au rebours de cet observateur, que le premier bruit, ou le bruit sourd, est produit par le frottement du sang contre les parois de l’aorte , et le second bruit ou le bruit clair, par le frottement de ce même liquide contre les parois du ventricule.

Dans un nouvel ouvrage de M. Pigeaux, publié postérieurement à la première édition de ce traité 5 voici ce

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