BRUITS DU CŒUR- I
toutes lés objections qui lai ont été faites nous semblent levées....
«Si nous trouvions un jour une causé valable pour nous rétracter et pour adopter une autre tbéorie, nous lé ferions' sans hésiter et le proclamerions avec la même franchisé.... »
Ailleurs , M. Pigeaux écrit ce qui suit : « Les liquides mis en mouvement dans notre économie, soit dans les voies respiratoires, soit dans lé canal digestif, soit enfin dans les voies circulatoires . Ont jusqu’ici joui du privilège de produire les bruits pathologiques qu’on connaît; partout où il y a frottémerit du liquide et ébranlement dès pàrois des canaux , il y a par suite formation de bruits; nous ne voyons réellement pas pourqüoi les bruits physiologiques du cœur feraient exception. Gomtaéiit età quel titre le sang , animé d’une vitesse de circulation toute spéciale par les contractions du cœur, resterait-il donc inapte à produire lés bruits de cet organe ?'»
5° Mi. le docteur Marc d’Espine, dans un naémbiré où brille d’ailleurs üri esprit de discussion peu ordinaire , soutient que les deux bruits du cœur sont lë simple et pur effet dé la systole et dë la diastole déS vehtrîcùrés'. Il conclût dès éxpériehces qu’il a pratiqüéés sur lèS aniihaüx vivants , qüè les oreillettes' né sé contractent pas' d’uhé maniéré assez forte et assez brusque pOur produire le second' bruit. Ainsi, M; Marc d’Espine pensé que, indépendamrnéht' du frottement du sang et du jêu des valvules , la coritfactiori etla dilatation dü cœur produisent les deux bruits que nous étudions;
4° Dans une excellente thèse qu’il a soutenue à l’École de médecine dè Paris, M. lè docteur Pvouanet explique par le jeU des valvules du cœur le double bruit de cet orgàrie. Le premier bruit dépend du rapprochement dés valvules auriculo-ventriculaires. pendant la systole vèntricülairë, et le bruit clair ou le second bruit est produit par lè cTioc en retour du sang contre lés valvules sigmbîdës', pendant la
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réaction de l’aorte et de l’artère pulmonaire sur la colonne sanguine qui les distend.
Cette théorie est celle que je professe moi-même, avec quelques modifications que je ne tarderai pas à faire connaître.
* Le premier bruit , dit M. Pmuanet , se fait entendre au » commencement de la contraction ventriculaire ; c’est ce » qui a fait croire que celle-ci en était la cause. Ce bruit est ifort : il est en rapport avec l’énergie des ventricules ; il » est plus sourd que le second. Les valvules qui le produi- » sent sont plus larges, les parois qui le reçoivent plus épais- » ses.
» Le second bruit est plus clair, parce que les valvules Dsont plus petites, plus minces, et fixées à des parois plus «sonores. »
M. Rouanet pense : a que le choc , dans le sens qu’on » l’entend ordinairement et qui résulte de la rencontre de «deux corps , n’est pas la seule cause du bruit des valvu- 8 les. Des expériences nombreuses lui ont appris que toute «membrane passant de la flaccidité à une distension subite,
« rend toujours un son qui varie selon les circonstances.
« Sa force est en raison de celles qui distendent la mem- « brane ; son éclat augmente avec la finesse et l’inextensibi- «lité du tissu qui la compose. La largeur, l’épaisseur, l’ex- «tensibilité de la membrane, rendent le son plus sourd. Le «corps auquel elle estattacbéé influe aussi beaucoup sur les a qualités du son , par son épaisseur, sa mollesse, son élas- » ticité. Sous le rapport de leur texture et de leur jeu, les » valvules auriculo-ventriculaires réunissent les conditions » les plus favorables à la production du bruit; elles sont «minces, résistantes, inextensibles; elles passent en un «instant de la flaccidité la plus complète à une distension » subite et violente , résultat de l’impulsion du sang et de la » traction des nonibreux tendons qui , de leur bord ou de «leur face ventriculaire, vont s’attacher au sommet de plu-
BflflTS DU COEUR-
I sieurs colonnes cliarnues. Par conséquent , soit que nous » considérions dans les valvules une surface qui va brus- • quement heurter contre une autre surface, soit que nous » y voyions une membrane éminemment sonore , soumise »à une tension forte et instantanée, nous serons forcé de s convenir que là il doit y avoir un bruit perceptible à l’o- »reille. »
Pour prouver directement que le second bruit est bien dû au choc en retour de la colonne sanguine , M. Rouanet a fait l’expérience suivante :
« J’ai lié, dit-il , la portion de l’aorte qui se trouve au- » dessous des valvules sigmoïdes, autour d’un tube de verre »de près d’un pouce de diamètre, et de deux ou trois pouj»ces de longueur, aboutissant inférieurement à une vessie «également fixée autour de lui et pleine d’eau. La portion » du tronc artériel supérieure aux valvules a été fixée à l’exstrémité inférieure d’un second tube de même diamètre et »de plus de quatre pieds de hauteur, afin de pouvoir com- » penser, par l’élévation de la colonne liquide, les forces » d’impulsion qui existent dans l’état naturel, soit de la i> part du sang , soit de la part des artères et des parties qui «les avoisinent. Alors, saisissant l’appareil au niveau des «valvules restées libres, et l’appliquant contre mes oreil- «les de manière qu’il n’en fût séparé que par les phalanges « des doigts , j’imprimais , de la main gauche, des compres- «sions subites à la vessie; j’imitais, autant qu’il m’était «possible, les battements du cœur par la quantité de liquide «que je faisais passer à chaque coup dans le tube supérieur, «et par l’intermittence d’action que j’exerçais sur la vessie;
» à l’instant où mes doigts , qui venaient d’imprimer une «compression subite à la vessie, s’écartaient pour laisser «redescendre le liquide, un choc très marqué venait frap- » per mon oreille ; il se faisait entendre aussi souvent que je «répétais la compression de la vessie. Sa force était en rap- « port avec la hauteur de la colonne liquide ; il était très I. 9
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» analogue au second bruit du cœur. Je dis analogue et non »pas semblable. Personne assurément ne comptera trouver fl ici une ressemblance parfaite, puisque les conditions sont flsi différentes. Il manque la résonnance du thorax , laré- B sistance vitale des tissus , la compression des organes voi- » sins, Aussi le bruit que j’ai obtenu différait-il principaleflment du bruit normal, en ce qu’il était moins brusque,
» moins frappé, par la raison que l’artère , facilement dis- » tendue par le liquide, diminuait l’impulsion de celui-ci » sur les valvules. Cette laxité du vaisseau , sensible aux «yeux et à la main , était encore plus apparente sur l’ar- » tère pulmonaire , qui fut soumise à la même expérience » avec les mêmes résultats. »
5° M. Hope propose la théorie suivante : %
Quand les ventricules se contraptent, une impulsion est donnée aux molécules du fluide avec lequel ils sont en contact, et cette impulsion communiquée de molécules en molécules, produit par collision un son. L’irrégularité de la surface interne, due à la présence descolonnes charnues, favorise la formation du son. Dès le commencement de la contraction , la couche la plus extérieure du liquide, engagée dans les sinuosités des colonnes charnues , est lancée en une infinité de courants opposés ; ce qui fait que la collision des molécules est plus violente que si elle était produite par une simple impulsion directe. On comprendra que ces courants opposés ne se neutralisent pas par leur réaction réciproque , parce que le sang trouvant une issue par les ouvertures artérielles , la réaction n’est plus égale. Si la contraction est graduelle, le son , par des raisonsbien évidentes , sera modéré et prolongé, et si elle est brusque, le son sera bref, fort et clair. Pendant que ceci se passe à la surface du liquide , la masse du sang tend à sortir par les ouvertures aortique et pulmonaire; et comme son courant se compose d’une multitude de courants opposés, réfléchis de tous côtés des parois ventriculai-
BRUITS DU CCEUR'.
res , et convergents vers les orifices , la collision vibratoire ainsi produite dans les molécules du liquidé, occasionne le son.
Le second bruit/celui de la diastole ventriculaire, est produit par un mécanisme plus simple. Quand la diastole a lieu , le sang sort avec une vélocité instantanée des oreillettes , et pénètre dans les ventricules^ et la réaction des parois ventriculaires sur les molécules , dont le cours est brusquement arrêté par la fin de la diastole , est la cause du bruit fort , bref et clair.
Les oreillettes ne contribuent à la production d’aucun de ces sons, car dans les expériences sur l’âne , on les entendait aussi parfaitement quand les oreillettes étaient dans pn état d’immobilité. M. Hope ajoute que , çbe? les grands animaux , du moins, la contraction 4es oreillettes eat trop faible pour produire aucun bruit, et qu’on n’^ janaajs en^ tendu le troisième bruit du cœur (i).
6“ M. le professeur Magendie , peu satisfait des dififér rents systèmes invoqués tour à tour pour l’explication des bruits du cœur, s’est aussi occupé de rechercber la véritable cause de ce pbénomène, et il croit l’avoir trouvée daps un double choc du cœur contre les parois de la poitrine.
« La contraction des ventricnles, dit ce physiplogiste çélé- »bre , et le mouvernent de transport du cœur vers la paroi » gauche du thoraix , sont accompagnés d’nn bruit sourd , «mais distinct pour une oreille appliquée sur la région car- «diaque. Ce son précède d’un naonjent très court un autre «bruit plus clair, qui accompagne nonla contraction, mais «la dilatation du ventricule droit. .Ces deux sons , qui se «succèdent rapidement , foraient ce qu’on noname aujonr-
(1) Cette dernière assertion manque d’exactitude. Je citerai pias loin des cas de maladies du coeur dans lesquelles j’ai entendu et bit entendre à un grand nombre de personnes , trois et même quatre l^aits au lieu de deux , pendant une seule révoàiüoti complète des .mouvements du cneur.
PHYSIOLOGIE DO CCÆUR.
lôÛ
J d’hui en physiologie pathologique les bruits du cœur. Tous j> deux résultent du choc du cœur sur les parois du thorax. »Le premier, ou le bruit sourd, dépend du choc de la pointe » du cœur sur l’intervalle qui sépare la sixième et la sepstième côtes (i) ; mais il peut se produire partout ailleurs,
» si par une cause quelconque le cœur est déplacé ou la pa- » roi thoracique déformée. Le caractère de ce son paraît » dépendre de la masse considérable du corps choquant et » du peu d’élasticité du corps choqué.
>Le second bruit correspond à la dilatation des ventri- BCules, et par conséquent à l’entrée rapide du sang dans »ces cavités. La formation du bruit a été d’abord attribuée » à la contraction des oreillettes (2) , puis au sang qui arri- »vait brusquement dans les ventricules en frappant leurs » parois de manière à exciter des vibrations sonores ; mais » ni l’une ni l’autre de ces explications ne sont fondées; car »un cœur mis à nu dans le moment de sa plus grande éner- » gie , ne produit plus aucun bruit si le sternum est enlevé » ou simplement écarté, à moins qu’il ne frappe sur les par- »ties environnantes; et si, comme je Fai fait, on place à «travers les parois thoraciques d’un chien une petite tige » mobile sur le ventricule droit et une autre sur la pointe du B cœur , il est facile de vérifier que chacun des bruits est ac- Bcompagné d’un choc qui se manifeste clairement au de- Bhors par un mouvement étendu des petites tiges. Si le «second bruit est plus clair, cela tient sans doute à ce que a la masse du corps choquant est peu considéiable et que B le corps choqué est le sternum , qui est beaucoup plus so-
(1) C’est dans l’intervaUe des 6® et 6® côtes, qu’à l’état normal vient frapper la pointe du cœur.
(2) M. Turner est le premier, peut-être , qui ait expressément combattu cette opinion de Laënnec. Le professeur de cMrurgie d’Edimbourg allègue, entre autres preuves contre l’opinion dont il s’agit, que la contraction des oreillettes est antérieure à celle des ventricules, tandis que le bruit clair qui lui est attribué par Laënnec est postérieur à cette contraction.
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*nore que la paroi latérale du thorax, en grande partie «musculaire (i). >
7“ En i834> M. Piorry a publié {Arch. gén. de méd.) les expériences qu’il a tentées avec un clyso-pompe , pour dissiper le doute où il était encore sur la cause des bruits du cœur. « On mit à découvert la veine- cave inférieure d’un n cadavre , on y introduisit la canule du clyso-pompe; d’un «autre côté , l’artère pulmonaire fut ouverte et le côté «gauche de la poitrine resta intact. Le sternum et le cœur » conservèrent leurs rapports ordinaires. Un courant d’eau «fut établi à travers le cœur droit, et le liquide passa large- »ment par l’artère pulmonaire. L’auscultation étant alors «pratiquée sur le sternum, on entendit très distinctement «le passage du liquide, et le son qui en résulta avait beau- » coup d’ analogie , tantôt avec le bruit généralement attribué au 'ventricule ^ tantôt avec celui de souffle^ il -variait selon V énnergie du coup de piston, et suivant des ciaeoNST anges