‹ Traité clinique des maladies du cœurChapitre 48 sur 107 · FRUITS DU COEUR · texte numérisé non relu

FRUITS DU COEUR

ralentis, je continuai Lien à voir le mouvement de soulèvement et d’impulsion pendant la contraction ventriculaire , mais l’allongement du cœur ne me parut plus jamais Lien certain. La dilatation consistait en une expansion douce et sans secousse (1).

Quand j’entrepris les expériences dont je viens de rendre compte, j’ignorais que de semLlables eussent déjà été faites en Angleterre parM. Hope. Depuis que j’en ai pris connaissance , je suis resté plus convaincu encore que les Lruits du cœur ne cessent point de se faire entendre quand il a été mis à découvert. Je ne puis me dispenser d’offrir aux lecteurs un extrait de ces Lelles expériences.

Le cœur fut largement mis à nu chez un âne dont le pouls Lattait 4^ fois par minute avant l’opération. Au moyen du stéthoscope , appliqué immédiatement sur le cœur, on reconnut que le premier bruit était isochrone à la contraction des ventricules, et que le second coïncidait avec la diastole ou dilatation ventriculaire. L’expérience répétée plus tard sur quatre nouveaux ânes , fournit les mêmes résultats. On appliqua le stéthoscope sur le 'ventricule,

DEUX CLAIREMENT INDUBITABLEMENT enten¬

dus par ceux qui avaient ühabitude de cet instrument. Pour s’assurer de l’isochronisme indiqué plus haut, la personne qui auscultait le cœur comptait un pour le premier bruit, deux pour le second , tandis qu’une autre personne qui inspectait attentivement les mouvements du cœur comptait, de son côté , un pour le mouvement de contraction , deux pour celui de dilatation. Or,constammenl ces deuxpersonnes comptaient en même temps, etpour ainsi dire à l’unisson , lesnombres un, deux. Doncle premier bruit était isochrone à la systole , donc le second l’était à la diastole.

(1) Chez les trois animaux auxquels les expériences précédentes furent pratiquées , le cœur, immédiatement après son ablation et la sortie du sang qu’il contenait, perdit tout-à-coup la moitié environ de son volume.

PHYSIOLOGIE DU CŒUR

Les expériences de M. Hope prouvent donc à la fois , et que les bruits du cœur ne sont point le résultat du choc de cet organe contre les parois de la poitrine , et que l’on s’est réellement trompé en attribuant le bruit clair à la systole ventriculaire , et le bruit sourd h. la diastole (i). Ce serait désormais comnaetlre un impardonnable contre-sens physiologique, pour parler le langage de Bichat, que de faire coïncider l’impulsion et le choc du cœur contre la poitrine avec la diastole de cet organe,

4® Discussion de la quatrième théorie ou du jeu des -valvules.

Nous sommes conduit, par l’espèce de voie d’exclusion ou d^ élimination que nous avons suivie , à la nécessité logique d’adopter rexplication des bruits du cœur par le jeu des valvules. Il nous reste à réunir ici tous les faits qui , dans l’état actuel de nos connaissances, concourent à la démonstration directe dé la théorie dont la découverte fait, à notre avis, infiniment d’honneur à l’esprit observateur et àla fois philosophique de M. Rouanet, et pour le triomphe de laquelle nous n’avons cessé de joindre nos efforts à ceux de son auteur. Nous exposerons en même temps les légères modifications que nous avons cru devoir faire subir à celte ingénieuse théorie.

Je commencerai par convenir que les preuves directes QU expérimentales de la théorie que nous discutons manquent presque complètement, et manqueront probablement toujours. Pour se procurer, en effet, le genre de preuve dont il s’agit , il faudrait enlever tour à tour les valvules et les replacer, puis examiner si les bruits dispa-

(1) Rami te nombreux faits pathologiques qui déposent contre le système ici en discussion , nous citerons la persistance des bruits du cœur dans les cas d’épanchement du péricarde assez abondants pour empêcher tout choc du cœur contre les parois pectorales.

BRtritS DU GdËTJR.

râîlràtent après la premièrè opération ét réviëndrâîént après la seconde; Les animaux chèz lesquels on sefâit assez insensé pour tenter dé telles eipérieiÎGès i auraient cêésè de vivre long-temps avant qü’êîlëS eussent été aclièvêêl;

A défaut de ces éipéfiencéS, ôn pèut , il est firâi ^ éssafet à imiter sur le cadavre lé jéti du cèéar j êt voie ^üelé sont les phénomènes àCouSUqaeS Obtenus , selon tjd’èn opère sur un coêur nittni de ses Valvuîeè , ou sur un éOèur qui en est dépourvu. Nous aitonS déjà rapporté ünê périence de M. Rouanet , qtii paraît fatoràblé S îâ thêU^ riê qui nous occupe; tnais cetlê expérience tfCSt; il est trai, rien moins que décisive , et M. PiorCy, dans dès éxpê=^ riencès du même ordrê, qu’il a rééêfifinérit pratiqùééSj a oblénu dé tels résuîfafs, qu’il a fini par eofïClUrë cUntré la théorie que nous défendons déptiiS biéritôt huit afîS. Heureusement, què lés expet leiïces déM. Piorry SôntMéÉ moins Concluantes qti’il ne le pënSe. Avant cFéti adopfêr le résultat, il sérâ très sagë et très prùdënt d’attendre (èt OH attendra longleinps) que leur autéàr ait démontre qiie les deux ventriôulés Sê contractent Fun après Fatttre , et que le bruit clair appartient au véntrîêàlë droit , le bruit sourd au gauche.

On pourrait aussi, et j’ai èoFufën't sOngé â lé- faire,- ofi. pourrait, dis-je , charger un habile incëânicien dé la côttslrocfiôrï d’trrïe machine, sUT îë plan dé Céllé que fëprésenie le cœur, et vérifier ensuitë Sur cëltë machiné ùriSé' en jeu la théorie de M. ïlouanét. Mais , ëit attendant, n’ëst-H pas une foufe dë machinés , telles què lëà^ différêntéa éSpècés de pompés aspirantés èt fôùlanleS, etnplôyé'éS daÙS lés arts ét dans les eip-ériences dé physique, dont ïë flrécanisme est au fond éssëritièllemént te rnênaë que célui dâ cceur, ét dont fa théorie petit par conséquent éclairer la sfrlutiott de notre pToM’érûé?'Or', n’éét-ce pus art jéu de lènfs sonpapes qu’est dû: lébroif dé éfacpaement qu’eHeS nOUs font enterÉdr'e lorsqu’elles fottëtîOnrfènt ? PëurqUOr donc ûné së'-

PHYSIOLOGIE DtJ CCEUR.

lions-nous pas autorisé à rapporter le double bruit de claquement, le tic-tac du cœur, au double jeu de ses valvules, lesquelles, comme je l’ai déjà dit ailleurs, ne sont, en réalité, que les soupapes de cette admirable et vivante pompe aspirante et foulante qui porte le nom de cœur? L’analogie est ici tellement pressante, que si, d’un côté, il est néanmoins nécessaire de fournir des preuves plus directes à l’appui de la théorie que nous soutenons , il est bien plus indispensable encore à ceux qui la combattent, d’exhiber les preuves positives sur lesquelles ils se fondent.

Toutefois , ce n’est pas seulement dans la physiologie expérimentale qu’il importe dé puiser la démonstration de notre théorie ; il n’est pas moins essentiel de demander en quelque sorte cette démonstration aux faits de la clinique ou de la physiologie pathologique. Or , je ne craindrai point d’affirmer ici que , considérée sous ce nouveau point de vue , soumise à ce nouveau genre d’épreuves , la théorie du claquement ■valvulaire est incomparablement plus habile à répondre à tous les faits de l’ordre pathologique , que ne l’est aucune des autres théories. En voici la preuve : tant que les valvules peuvent librement et pleinement jouer, quelles que soient les maladies du cœur , il n’en résulte pas une profonde et radicale altération dans les bruits de cet organe ; il né s’ensuit pas un changement de nature de ces bruits , mais une augmentation ou une diminution plus ou moins considérable de leur intensité , une simple modification de timbre , de durée. On trouvera surabondamment dans cet ouvrage les preuves de notre assertion. Que les altérations du cœur, au contraire , soient telles que les valvules ne puissent plus jouer normalement; que, par exemple, ces altérations atteignent, comme il est si fréquent , ces soupapes organisées elles-mêmes, aussitôt vous observerez dans les bruits du cœur de constantes et profondes modifications , et ils disparaîtront même quelquefois entièrement pour être remplacés par d’autres, tels que le

BRUITS DU CCEUR. l49

bruit de soufflet, de scie , de râpe, de sifflement, dont nous étudierons plus loin le mécanisme.

Il est bien vrai qu’il est des cas où l’on entend des bruits de souffle simple ou même sibilant du cœur chez certains individus, dont les valvules ne sont pas notablement altérées, et spécialement dans les cas de chlorose, et autres états analogues dans lesquels le sang a notablement perdu de sa densité normale. Mais alors, ce sont là, pour ainsi dire , des bruits d’un autre ordre , surajoutés en quelque sorte aux bruits proprement dits du cœur dont ils diffèrent essentiellement , et sur lesquels nous reviendrons en traitant des bruits artériels. A moins que ces bruits de souffle ne soient d’une très grande intensité, ils se mêlent au premier bruit, sans l’absorber entièrement, et jamais, ou dans l’immense majorité des cas du moins , ils ne se mêlent au second bruit , qui conserve son caractère de claquement bien frappé.

Laissant maintenant de côté les cas dont il s’agit, nous conclurons que les inductions de l’analogie d’une part, et surtout les faits pathologiques d’autre part , venant, par la plus heureuse des alliances, et comme àl’envi, témoigner en faveur de la dernière théorie que nous avons discutée , c’est à elle que nous devons réellement accorder la préférence sur toutes les autres , et c’est en elle que nous trouvons cette solution du problème des bruits du cœur vainement cherchée dans toutes les autres.

Terminons donc une discussion, déjà trop longue peutêtre , par l’exposition précise du jeu valvulaire qui nous paraît présider à la production du double bruit du cœur.

Premier bruit. Contraction des 'ventricules. Redressement brusque , instantané, des 'valvules aurieulo-'ventriculaires qui se clwquent par leurs faces opposées, en même temps qu’elles reçoivent le choc du sang que les 'ventricules lancent dans les artères aorte et pulmonaire ; 2® Abaissement soudain des valvules sigmoïdes de C aoj'te et de V ajtèi'e pulmonaire par

î50 PHYSIQLQGIE BU CŒUR.

la ÇQlçnne sqngydne que la çontvaçtion 'veutriçiilair^ lançe da^s ces artères t a travers les qr^çes 'ventrieulo -aortique et -ventrl^. çuJo~pulmoneiire.

Pquf l’explicaticjn du premier bruit, M. Rpuanet ng tient ^pcun CQpipte brusque pefoujemept (3es valvules sigmpïdes contre les parpis dpraprte et de l’artère pulmonaire, npn plus que du pbop ,4p sang contre les yalyules auriculpvenlriculaires. Il me semble que c’est là un élément, une çondition de briiit qp’il ne faut pas entièrepaept négliger, Xputefpis., je pense que la principal^, sinon l’uniqop cause 4u premier bruit, çpnsisto dans le redressement brosgue Ot énergiguo des valynles tricuspide et surtout bjcuspido, dont j’ai précédemment indiqué Ig mécanisme (i);

^fÇOKR BRUIT. Pilatatiop des pentriçul'es. i° Rçdrqssemeat ^s paloales sigmapdps aUlt;ées par Iq tendance au pidç pçn~ dapt la diastole , 0$ i^epçusisfos p^V IÇf réactiop de Vaçrtp §t de l’artère pulmonaire ; choc des faces opposées de ces 'valvules pçïfdapt leur adossement , eu même teipps que çho.ç- op retour dfi Ip colonne sanguine sur. laquelle réagit la systplç d^s aid^res indiquées,^ 2° Ahpissement sopdam df^ ^valvules, apriçulor vpptpifulqdv^s pçtfV spide de V attractdon qui acepp^pagnp l'a diastole peptriçuladKç t Pt aa^si çu ^aisop de la systole aariçuhairp qpi, de çonçert aveç Ip dilatatiçn vet]Lt^içulaire.^fait piuptyep.lesangdaps l^p peptricples à travers les opfcçs apriculo- 'V^^tpiculaires.

M. Rouanet attribue explusivemeut le second feruil au olipç de la colonne sànguino contre les valvules, aortiques et pulmonaires, et au rapprochement brusque de leurs Çaoe.s, opposées qui viennent en quelque çlaqiuer V xppQ contre Vautre. Je crois bien que c est là v4ritablement la principale cause de ce bruit- Mais, l’abaissement spudain

(1) Le bruit de froUement de la colonoe sanguine qui traverse les oriflees artériels, s’il existe réellement à l’état normal, se perd, pour ainsi dire, dans le bruit valvulaire.

BRÏJITS DU CCÈtJR. l5l

des valvules aupiculo-ventriculaîres qui s’opère en même temps que le redressement des sigmoïdes, n’esUil absolument pour rien dans la production du second bruit ? c’est ce que iê n’oserais affirmer (i).

D’un autre côté, M. Rooaoet n’a-t-il pas fait jouer un trop grand rôle au choc en retour ou à reculons de la colonne sanguine contre les valvules sigmoïdes? Je sois disposé à croire que le redressemment et l’adossement brusque de ces soupapes organisées, tient pour le moins autant à la force aspirante des ventricules qui se dilatent, qu’à la contraction élastique de l’aqrte et de l’artère pulmonaire (2) ,

(î) S’il existe un bruit de frottement p,ar suite du passage du sang à travers les orifices auriculo-ventriculaires, ce bruit se perd et s’absorbe dans le daquement valvulaire. ■

(2) L’idée du choc en retour paraît avoir été conoaé pour la première fois, comme M. Rouanet s’empresse de le déclarer lui-tiuême, par un hamm© qn» joint à un rare talent d’observation, un talent pluf rare, encore pour la peirtture des objets d’anatomie pathologique, je veux dire M. le docteur Qarsvrell, aeluellement professeur d’anatomie pathologique à Londres, et que l’auteuç de cet ouvrage a eu souvent, à Paris, l'occasion de voir et d’admirer dans lés amphithéâtres de la Charité. Voici dans quelles ctreonslancef lé professeur Carswell conçut l’idée du cboft en retour.

En cxam.inant, en 1831, dans le serviçç de M. Louis, uq malade qui portait un anéyrisnae de l’aorte, faisant saillie à droite du sternum, M. Carsweli reinarqua que le cœur ne donnait pas de choc très sensible contre le thorax, et ne faisait que faiblement entendre les bruits accoutumés. Mais à mesure qu’on s’approchait du bord droit du sternum, tes deux bruits devenaient plus éclatants, et ce n’éta.vl enfin qu’en appliquant l’oreille ^r la tumeur anèvrismale qu’on entendait au maximutn Içs dçu:t brU'ts^. En outre , en regardant attentivement la tumeur, et mieux encore en appuyant la main sur elle, on s’apercevait d’un mouvement alternatif de choc et de retrait.

On concevait assez bien que l’aprle se trouvant très près de la peau , le bruit ventriculaire se transmît plus facilement par son canal qu’à travers l’épaisseur des parois yenlriculaires, comme cela a. lieu ordlnaireme.nt lorsqu’on applique l’oreiile sur la région du cœur; mais il était diCficiie d’expliquer comment, dans l’opinion reçue, le bruit attribué aux ore.Ulettes se transmettait aussi bien par la tumeur qu’à travers les parois thoraciques , nonobstant l’éloignement et les deux séries de valvules qui en séparaient

loa

PHYSIOLOGIE DU COEÜE.

Il résulte bien clairement , ce me semble , de tout ce qui précède , que des quatre conditions que l’on peut concevoir comme cause du double bruit du cœur, trois d’entre elles , savoir le cboc du cœur contre la région précordiale , le glissement de cet organe contrôles parois de son sac fibreux, et le passage du sang à travers les cavités cardiaques , ne sauraient réellement , soit qu’on les fasse intervenir chacune en particulier, soit qu’on les fasse intervenir toutes ensemble , rendre un compte satisfaisant du phénomène dont il s’agit. Mais de ce que les conditions acoustiques ci-dessus indiquées ne produisent point le tic-tac proprement dit du cœur, il ne s’ensuit pas nécessairement qu’elles ne déterminent aucune espèce de bruit. Il se peut qu’à l’état normal, comme nous l’avons déjà noté, le bruit qui leur est propre se perde en quelque sorte dans le bruit plus clair, plus éclatant que produit le jeu des valvules. S’il en était ainsi , on comprend qu’il suffirait que ces bruits , inappréciables à l’état normal, pussent acquérir plus de force et d’intensité pour devenir sensibles, même à l’oreille la moins exercée. Or, c’est là précisément ce qui arrive dans un grand nombre de cas de maladies du cœur, comme nous le verrons dans la section suivante.

Quoi qu’il en soit, que les conditions dont nous venons de parler soient ou non capables d’engendrer quelque bruit à l’état normal , pour distinguer de toute autre espèce de bruits ceux que nous avons analysés plus haut , nous les désignerons désormais sous le nom de bruits 'uali'ulaires du cœur, tic-tac ou claquement 'valvulaire.

l’observateur. Cette diflBculté porta M. Carswell à penser que le second bruit ■pourrait bien ne devoir sa cause qu’au choc en retour du sang contre les valvules sigmoïdes, au moment où les ventricules se dilatent. L’espece de retrait qt/on observait dans la tumeur paraissait même un indice de l’existence de ce choc en retour. (Voy. le mémoire de M. Marc d’Espine sur les bruits du cœur.)

BROITS DU CŒUR.

S rv. Discussion de quelques autres systèmes postérieurs à la première édition de ce traité.

Depuis la première édition de ce traité , de nouveaux auteurs ont publié sur le sujet qui nous occupe des opinions assez étranges , et dont les principales doivent être exposées ici.

1“ Opinion de M. Burdach.

Commençons par celle de M. Burdach , dont la. volumineuse et savante physiologie vient d’être traduite en français par notre savant confrère et ami M. le docteur Jourdan. Voici le texte même de cette traduction (i).

A l’occasion du mouvement aoec bruit du cœur, après avoir cité Laënnec, M. Burdach ajoute : « Ce mouvement , appréciable à l’oreille, provient incontestablement du courant du sang , car :

» a. Il ressemble au clapotement d’un liquide (2).

» è. Sa duplicité annonce qu’il se fait un écoulement dans deux espaces différents, tandis que le mouvement du cœur se décèle par un simple choc contre la paroi du thorax.

» c. Il est d’autant plus fort et plus étendu , que la substance du cœur est plus mince (5) , tandis que le choc sensible au toucher est d’autant plus faible que le cœur aVnoins d’ép aisseur.

» d. On remarque aussi qu’il dépasse le point indiqué ( espace compris entre les cartilages des 5® et 6* côtes gau-

(1) Traité de physiologie considérée comme science d’observation ; Paris, 1837, t. VI, pag. 234-35 et 255.

(2) Pour admettre cette ressemblance , il faudrait n’avoir jamais bien entendu le tic-tac du cœur.

(3) Seconde erreur de M. Burdach : il est , en effet , bien démontré que cette condition n’est pas la cause principale qui augmente la force et l’étendue des bruits du cœur.

PHYSIOLOGIE DU CŒUR

chea)j et se propage au-delà rers la droite, ou à la partie inférieure du sternum, c’est à-dire dans l’endroit où la moitié droite du cœur est située , et où le battement du cœur ne se fait point sentir.

» Comme le bruit que l’on entend à la région du cœur suit parfaitement le type de l’activité musculaire du cœur, il doit dépendre de celle-ci, mais non d’une manière immédiate, c’est-à-dire qu’il ne. peu.t point tenir à ce que la paroi frappe contre le sang pendant la systole., car la systole n’a lieu, dans chaque partie, que quand elle est entièrement pleine de sang, c’est-à-dire quand il ne reste plus de vide, qui seul rendait possible là production âhin son. Le bruit ne peut se rattacher à la systole qui autant que celte-.ei pousse le sang- dans un autre espace , en partie 'uiâe , c'est-à-dire contenant de l’air, où il frotte contre les parois. Si cette explication sê-présenie déjà d’elle-même à notre esprit, comme réelle expression des choses , elle trouve aussi sa confirmation dans 1 expérience; car lorsque de Vair,, injecté par une 'veine, s’amasse dans le cœur, le bruit acquiert une intensité extraordinaire et devient susceptible d’être entendu par les assistants. Nysten le comparait , en pareil cas , à celui qui se produit lorsqu’on bat du blanc d’œuf avec de l’eau...

» Toutes les fois que Rosa et Scarpa , après avoir fait écouler le sang contenu dans le système vasculaire , chez les animaux, ranimaient les contractions du cœur par une inî fusion de sang étranger, ils entendaient aussi unfoirt gargouillement, sans avoir besoin d’appliquer l’oreille à la poitrine, ce qui ne pouvait tenir qu’à, ce que L’ hémorrhagie avait fait acr cumuler dans le cœur une grande quantité d’air, avec lequel le septg infusé uenaii à se, ren;CQntrer (i

(1) Qui croirait, en vérité, que ces lignes ont été écrites par an aateur qui est considéré comme l’un des premiers physioiogistes de ï’AUenaagne? Quoi , confondre le tie-faa des bruits du cœur avec le bruit pcaâalt par l’ia^ jection d’un gaz dans les vaisseaux et dans le cœur !

BRUITS BU CGEUB.

» Si le bruit qui a lieu dans le cœur dépend de l’écoulement du sang dans un espace contenant de l’air, il doit avoir son siège dans les ventricules et dans les origines des troncs artériels , car ces parties du système vasculaire sont les seules qui soient alternativement vides et pleines , cest-ààire pleines d'air et de sang. En conséquence, nous devons admettre que le pi-emier bruit est oeeasionné, simultanément avec la systole des oreillettes, par ï écoulement du sang dans les axeniricules , attendu que le liquide trouve dans ees cavités de Vair, qu'il chasse , avant V occlusion des or^ees auriculo- 'ventricul aires , par les valvules triglachine et tricuspide (c’est ici bicuspide, sans doute, qu’on a voulu dire ), dans le commencement des troncs artériels.,^ 'vide lui-même par l'effet de la progression du liquide:} et que le. sec&ad bruit provient dU sang lancé par la systole des 'ventricules dans les artères , et qui , neaeoniraat de l'air, dans celles-ci , le fait refuer 'v^vs les 'ventricules , dont la diastole recommence aussitôt (i). »

2° Qpinipn dp M- le docteny Beau {^l.

Il y a un tel enç|iaînempnt entre la ^éorie de M* relativement aux mouvements du cœur et la théorie du môme aute;ur concernant les bruits de cet organe , (^Pé je n’a,i pas dû séparer ces depx théories. Il va donc être ici question non seulement des bruits du cœur, mais aussi et principaîernent de ses mouyements.

A. Expériences de M., Beau sur les grenouilles ou animaux à coeur s, impie. D’après ces expériences , i’aut^eur nie for-

(1) De pareilles assertions sont telleoient aptiphyslologiqu,es et antiphYsiques , qu’elles ne méritent aucune réfutation sérieuse. Que M. Burdach se donne la peine de consacrer quelques mois, sinon quelque années, à l’étude expérimentale, clinique , des bruits du cœur, et il renoncera sans retour à ces théories de cabinet dont il serait bien temps de ne pas appauvrir la physiologie.

(3) Mémoire déposé à V’Institat >e 9. novembre 1835, et publié pins tard dans les Archives générales de médecine.

PHTSIOLOGiE DU COEUR.

mellement la projection en avant de la pointe du cœur dans la systole , et il ajoute :

«Le seul mouvement de projection de la pointe en avant, que l’on observe , a lieu immédiatement avant la systole , dans la diastole par conséquent, et consiste en un véritable allongement des fibres ventriculaires , qui se fait non seulement en avant, mais encore en bas et sur les côtés. Quant à la cause de ce mouvement de projection ou mieux de turgescence, nous avons établi qu’il était l’effet de l’impulsion communiquée par l’oreillette contractée à l’ondée sanguine qui pénètre dans le ventricule.

» Ainsi, il est démontré que , dans la systole il y a rétrécissement du ventricule , sans projection en avant de sa pointe ; 2“ que , dans la diastole , il y a ampliation générale du ventricule, apparente surtout à la pointe qui se porte en bas et en avant. Or, nous voilà doublement en contradiction avec l’opinion généralement adoptée (1). »

B. Expériences de M. Beau sur des lapins , des chiens et des oiseaux, ou animaux à cœur double. Laissons parler l’auteur.

« Supposons, dit-il, l’oreillette contractée. La tête de la colonne veineuse, soumise à une impulsion continue, se trouve arrêtée aux embouchures des veines qui sont resserrées par la contraction de l’oreillette ; elle fait effort de toute part , et se précipite dans la cavité aussitôt que le resserrement contractile en est terminé. Le sang va choquer violemment la paroi antérieure de l’oreillette , et lui fait exécuter un mouvement antérieur énergique. Il continue ensuite de couler dans sa cavité jusqu’à ce que la réplétion soit complète , alors l’oreillette opère sa contraction qui commence par le resserrement des embouchures veineuses.

(1) Les expériences de M. Hope , consignées dans son ouvrage sur les maladies du cœur, ainsi que les nôtres , sont en effet en formelie contradiction avec celles de M. Beauè

BRtriïS DU COEUR»

Celte contraction fait cesser à l’instant la communication qui existait entre le sang arrivé dans l’oreillette et le reste de la colonne, et forme de cette manière l’ondée sanguine. Celle-ci , chassée avec force de haut en bas et d’arrière en avant, soulève les valvules auriculo-ventriculaires , débouche en masse par l’ouverture ventriculaire dans le ventricule qu’elle distend et dont le sommet éprouve alors un mouvement en has et en avant. Elle n’est pas plus tôt dans le ventricule que celui-ci se contracte ; sa pointe qui était portée en avant revient à son état naturel et se rétrécit dans tous les sens; les valvules auriculo-ventriculaires s’appliquent contre leur orifice , et l’ondée sanguine , violemment refoulée , relève les trois valvules semi-lunaires et pénètre dans l’artère, qui subit alors ce mouvement bref de dilatation qu’on nomme pouls. Ces différents mouvements par lesquels l’ondée sanguine passe de l’oreillette dans l’artère se succèdent fort rapidement, comme convulsivement, de telle sorte que leur ensemble paraît former un mouvement unique , et que la contraction de l’oreillette , qui est le premier de tous , est presque isochrone avec le pouls artériel qui en est le dernier. Gela fait que le ventricule est déjà vide avant que l’oreillette ne soit dilatée de nouveau ; et pendant que , d’un côté , les valvules semi-lunaires s’abaissent pour retenir le sang dans l’artère, de l’autre, une nouvelle ondée se forme dans l’oreillette , par suite de l’introduction dans sa cavité du sang veineux qui s’y est précipité du moment que sa contraction a eu cessé.

» Telle est la série des mouvements qui constituent un battement complet ou une révolution du cœur, et à l’aide desquels le sang passe de la veine dans l’artère. On doit, pour en avoir une juste idée , ne considérer que la contraction et la dilatation de l’oreillette : après la première , et presque en même temps, ont lieu les mouvements du ventricule et de l’artère ; pendant la seconde , le ventricule est vide et l’artère immobile.

PHTSIOLOGIE DU COEUR.

>11 suit de là, poursuit l’auteur, i" que les Talvules auriculo-ventriculaires et semi-lunaires sont soulevées presque dans le même temps par le passage du sang qui est comme instantané (i); 2“ qu’il y a toujours une ondée complète ou incomplète dans le cœur, et il n’y en a jamais plus d’une à la fois; 3“ que le ventricule est en repos et vide pendant la dilatation et laréplétion de l’oreillette; mais celle-ci ne se reposé pour ainsi dire pas, étant toujours en action de contraction ou de réplétion, chassant le sang d’un côté ou le recevant de l’autre sans interruption. L’on peut dès lors considérer l’oreillette comme l’agent central de la circulation, le cœur proprement dit, tandis que le ventricule he serait que le commencement du tube artériel qui, par la force mttseo-laire énergique, viendrait achever rapidement l’onvrage de l’oreillette , en refoulant au loin le sang quelle lui a envoyé , et en réagissant sur lui^ non pas par élasticité commé les simples parois artérielles , mais bien par une puissante contraction. »

Faisant ensuite rapplication de la théorie précédente au cœur de l’homme , en prenant pour point de départ SêS deux phénomènes extérieurs , qui sont les bruits dits normaux et le soulèvement des parois thoraciques y M. Beau continue de la manière suivante :

<( Les bruits sont au nombre de deux. L’uiï,- appelé premier ou inférieur, a son maximum d’intensité dans ks environs du cinquième espace intercostal gauche assez près du sternum. L’autre, que l’on nomme second ou supférieur; a son maximum d’intensité rrow ou quatre pouc&s au-dessus de l’autre et un peu à sa droite , par conséquent derrière le sternum , à peu près vers le milieu de sa hauteur

(1) S’il en était ainsi , le passage successif du sang à travers les oriflees ^ les cuvKés du coêur, ou là circulation du sang dans cet organe serait tout-àfait incompréhensilSie ; disoas plus, fmpoSsiP^le.'

(2) Nous sommes obligé de faire remarquer que la focalisation des bimifs établis par M. Beau est loin d’être rigoureusement exacte. Nous reviendrons plus loin sur le mécanisme qu’il leur assigne.

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