‹ Traité clinique des maladies du cœurChapitre 54 sur 107 · PHYSIOLOGIE ANORMALE DU CQEUB · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE ANORMALE DU CQEUB

2“ Remplacement des bruits valvulaires par divers bruits ou cris accidentels , tels que ceux de soufflet , de râpe , de scie, de lime, de sifflement, de roucoulement, etc., ou bruits anormaux provenant d’une augmentation du frottement du sang dans son passage à travers les orfces et les cavités du cœur.

Dans certaines maladies du cœur l’auscultation fait entendre, au lieu de l’un des bruits valvulaires ou de tous les deux, un bruit que Laënnec a désigné sous le nom générique de bruit de soufflet. Les principales espèces de ce bruit sont, selon lui, le bruit de soufflet proprement dit et le bruit de scie, de râpe ou de lime à bois. Ces espèces sont bien distinctes et vraiment naturelles; mais elles ne comprennent pas toutes les nuances du genre bruit de soufflet du cœur. 11 faut leur en ajouter une très remarquable que je çgpis^voir observée le premier, et qui diffère des précédeDtesT'eErcê'’qu*i^îSn[^*^SSsTrtue pas un simple bruit , mais un son appréciable , musical , un véritable sifflement imitant le cri ou le roucoulement de certains oiseaux , ou bien encore ce râle sibilant que l’on entend dans quelques cas de bronchite (i). M. le docteur Rouanet , après avoir cité deux cas où j’avais entendu celte espèce de bruit, ajoute qu'il a eu , pour sa part, une occasion récente de rencontrer le bruit de roucoulement du cœur [Thèse inaugurale).

Les bruits de soufflet, de scie, de râpe, de lime, n’ont pas besoin qu’on les définisse ou qu’on les décrive : leur/

(l) Laënnec a bien parlé, il est vrai, du bruit de souffle musical ou sibilant; mais ce qu’il en a dit ne regarde que les artères, et il déclare positivement que « celle variété ne se présente que dans les artères , ou qu’au moins il » ne l’a jamais observée dans le cœur. » Le sifflement ou sibilus musical du cœur diffère notablement en lui- même de celui des artères dont nous parlerons plus bas. D’un autre côté, je ne l’ai jamais rencontré sous le type continu comme ce dernier, mais bien sous le type intermittent ou successif des contractions du cœur.

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flom en est la meilleure définition , la description la plus exacte. Rien n’est plus facile que d’imiter la plupart de ces bruits en expulsant l’air avec plus ou moins de force et de rapidité à travers l’orifice de la bouche , à demi fermée. Une variété du bruit de soufflet qui me paraît digne d’être notée , au lieu de ressembler au bruit que l’on produit ainsi en expulsant l’air par la bouche , comme pour souffler une chandelle, donne, au contraire, à s’y méprendre, la sensation qui accompagne l’aspiration brusque , inslan' tanée d’une petite colonne d’air à travers les lèvres presque exactement rapprochées; et il est bien lemarquable que toutes les fois que j’ai entendu distinctement cette variété de souffle , c’était pendant un mouvement à' aspiration du sang à travers un orifice rétréci.

Le bruit de scie du cœur imité exactement lé son prolongé de la lettre S : s. s. s. s. s.

Quelquefois le bruit qu’on entend à la région précordiale est plus gras que le bruit de scie : il ressemble au bruit de rouet , et le son prolongé de la lettre R en donne la plus juste idée : r. r. r. r. r. (i).

Je cherche vainement à m’expliquer la raison pour laquelle Laënnec a pu dire que le bruit de soufflet du cœur accompagne particulièrement, pour ne pas dire exclusivement, la diastole de cet organe. Il est, en effet, d’observation journalière que le bruit de soufflet peut accompagner la systole ou la diastole seulement , ou toutes les deux àlafois, et que, loin de coïncider plus spécialement avec la diastole qu’avec la systole, c’est réellementl’inverse qui alieu.

Comme cet ouvrage fourmillera pour ainsi dire d’obser-

(1) Je ne ferai qu’indiquer, en passant, les bruits de gargouillement plus ou moins fort que l’on produit en injectant des gaz dans les cavités du cœur, et que Nysteu avait déjà bien signalés long-temps avant que Laënnec eût fait la belle découverte de V auscultation. Ou trouvera quelques détails sur ces bruits dans mon rapport à l’Académie royale de Médecine sur les expériences de M. Amussat , relativement à l’introduction de l’air dans les veines. {Bulletin de L'Académie royale de Médecine; Paris, 1838, tom. II, p. 182et suiv.)

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valions de maladies du cœur avec bruit de soufflet , de scie QU de râpe i et que, d’ailleurs, quiconque s’est un peu familiarisé avec rauscuUalion, connaît parfaitement cepliénomène , je n’en citerai point ici d’exemples. Mais le sibilus ou sifflement musical du cœur n’ayant été encore , que jq sache , indiqué par personne, je crois devoir en agir autrement à son égard. Je rapporterai donc les faits suivants.

Il y a six ou sep tans, en 1828 je crois , chez une femme âgé® d’environ trente ans, nous entendîmes, M,le docteur Mouretetmoi, en auscultant la région préçordiale, un eri ou son analogue au miaulement d’un jeune chat , isochrone aux battements du cœur. Il existait, d’ailleurs, chez celte malade , d’autres signes de maladie du cœur. Ce singulier bruit , que j’entendais alors pour la première fois, persista pendant plusieurs semaines que la malade passa à l’hôpital de la Charité. Peu de temps après , j’eus encore occasion d’entendre chez un autre malade un bruit tout-à-fait semblable , mais d’une moindre intensité. La cause d’un phénomène , qui me paraissait alors si extraordinaire , fut long temps encore pour moi un mystère impénétrable; mais lés faits nouveaux que j’ai recueillis depuis deux ou trois ans, m’ont permis de rattacher cette espèce de miaulement au bruit de soufflet musical. Nous -avons eu , il y a deux ans, au n’^ 9 delà salie Sainte-Madeleine , une jeune femme chez laquelle on entendait , en auscultant la région précordiale, un bruit de scie qui se terminait par un sifflement roucoulant, isochrone au pouls, et persistant pendant la suspension de la respiration. Celle malade ayant suceombé, nous trouvâmes, comme nous l’avions d’ailleurs diagnostiqué , un tel rétrécissement de l’orifice aurieulo-venlrieulaire gauche, qu’il ressemblait à une fente n’ayant que 5 lignes (7 miH.) d’étendue dans son plus grand diamètre. La valvule mitrale était convertie en tissu fibro-carlilagineux.

M. le docteur Sorlin m’ adressa , ij y a également environ

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éeus ans, une femme atteinte de maladie du cœur, chez laquelle existait h la région précordiale une sorte de cri de scie fort aigu, que l’on entendait même en éloignant l’oreille à la distance de 1 pied 1/2 à g pieds (4i à 54 rnill.) de la poitrine. Comme le pouls, ce hrüit se répétait 1 iGfois par minute. Je comparai d’abord ce cri au roucoulement d’une tourterelle ou d’un pigeon, puis , aveo M. Jules Pelletan , au cri de canard que l’on imite avec ces jouets d’enfant que tout le monde connaît. M. GapnrOn le compara au piaulement d’un jeune poulet. A l’ouverture du corps do la malade, nous rencontrâmes, comme nous l’avions diagnostiqué, un rétrécissement qui occupait cette fois l’orifice aortique, dont les valvules étaient épaissies et criblées d’incrustations calcaires ou fibro-cartilagineuses, qui rendaient leur surface inégale et comme raboteuse.

Chez un ancien ofBcier^ couché au n^ 6 de la salle Saint- Jean-de-Dieu, qui mourut également d’une induration valvulaire avec rétrécissement , il exista , pendant tout le temps que le malade passa dans notre service , un bruit de scie qui se terminait par une Sorte de tonflement aigu et comme métallique.

M. ***habitant de Saint-Germain, vint me consulter, dans le courant de l’année t854j pour uné maladie du cœur, qui me présenta les signés les plus prononcés d’une induration valvulaire avec rétrécissement d’un orifîéé. On entendait très distinctement un bruit de soufflet qui devenait dé plus en plus aigu et se terminait par un véritable sihilus.

Enfin, j’ai vu, en i854 encore, avèOMM. lès docteurs Gariel etPiorry, un jeune homme de douze à quatorze ans, chez lequel un rétrécissement de l’un des orifices du cœur coïncide également avec un très fort bruit de soufflet, qui se termine par un sifflement aigu , assez analogue au piaulement d’un jeune poulet (1).

(1) Depuis la première édiliou de cet ouvrage, j’ai recueilli une vingtaine de nouveaux cas au moins de sifflement musical du cœur.

IgÔ PHYSIOLOGIE ANORMALE DU COEUR.

Les faits qui viennent d’être cités prouvent de la manière la plus évidente que le sifiEtement musical du cœur n’est réellement autre chose qu’un degré plus aigu du bruit de soufflet. Il y a entre ces deux bruits la même différence qu’entre l’action de souffler et celle de siffler ^ et tout le monde sait par quel mécanisme on passe de l’une à l’autre. Or de même qu’on imite parfaitement le bruit de soufflet du cœur eh soufflant comme pour éteindre une bougie, ainsi on imite en sifflant le sibilus musical dont il est actuellement question, bien que cependant il soit plus facile encore de l’imiter.par le jeu de la glotte.

Comme j’en ai fait plus haut la remarque , le bruit de soufflet peut effacer, absorber complètement l’un des deux bruits valvulaires ou tous les deux , ou bien , au contraire, ne pas les masquer entièrement. 11 suit quelquefois immédiatement le claquement valvulaire, qu’il semble alors continuer. Nous avons observé dernièrement un bel exemple de cette particularité chez un malade couché au n° 20 des salles de la Clinique. Un très léger bruit de soufflet accompagnait la systole ventriculaire. A ce premier bruit en succédait un autre plus fort, plus clair, plus sec, plus , parcheminé, sorte de claquement d’une forte soupape ; ce dernier était suivi tout-à-coup et sans interruption d’un gros bruit de soufflet ou de fusée, de telle façon que toutes les personnes qui entendirent ce bruit mélangé de claquement et de souffle, le comparèrent à celui que produit une colonne de vapeur lorsque , après avoir soulevé avec claquement la soupape d’un corps de pompe, elle s’en échappe en soufflant.

U explication ou la théorie du bruit de souffle’t en général et de chacune de ses espèces en particulier , appelle maintenant toute notre attention. Les principales questions que nous avons à résoudre sont celles-ci :

1° Le bruit de soufflet du cœur est-il dû, constamment et dans tous les cas , à une seule et même cause ? Ne peut-il

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