BRUITS AÎÎORMA.UX DU CŒUR
pas, au contraire , s’opérer sous l’influence de plusieurs causes différentes ?
2° Quelle est la cause unique et constante, ou quelles sont les causes diverses qui produisent le bruit de soufflet?
5° Quelles sont les conditions qui déterminent telle ou telle espèce , telle ou telle nuance du bruit de soufflet ?
Laënnec, qu’il faut toujours commencer par citer et faire en quelque sorte comparaître toutes les fois qu’il s’agit de décider des questions d’auscultation, entre ainsi en matière dans l’article qu’il a consacré au hruit de soufflet du cœur et des artères, au frémissement cataire et aux phénomènes d’ acoustique qui existent dans l’état de grossesse: c Les » anomalies des bruits du cœur et des artères dont je a>ais par- » 1er , sont d’autant plus remarquables qu entre tous ceux qu’a î> fait connaître l’auscultation médiate, seuls ils ne sont liés
» A AUCUNE lésion DES ORGANES DANS LAQUELLE ON PUISSE TROU-
»VER LEUR CAUSE. nL’articlc ainsi commencé se termine par cette conclusion : « Il me semble que les faits positifs et néngatifs que nous venons d’exposer, tendent tous cl prouver que ale BRUIT DE SOUFFLET EST LE PRODUIT d’un SIMPLE SPASME, SET NE SUPPOSE AUCUNE LÉSION ORGANIQUE DU COEUR ET DES B ARTÈRES. »
Les faits sur lesquels Laënnec appuie cette conclusion vraiment surprenante , sont principalement les expériences relatives au bruit musculaire dont nous avons parlé ailleurs et sur lesquelles il serait superflu de revenir ici. Quoi î Laënnec veut qu’on attribue à un spasme du cœur le bruit de soufflet qui, de son existe presque constamment dans
le cœur chez les sujets atteints de rétrécissement des orifices de cet organe ! C’est là , il faut en convenir, pousser un peu trop loin le mépris des plus évidentes lois de la physique la plus simple , et sacrifier bien gratuitement les données lumineuses de cette science à je ne sais quel obscur xilalisme qu’il était assurément sage de réserver pour une meilleure occasion. Trouver imaginairement dans une agitation ner-
IgB PHYSIOtOGIE AKÔRMALÉ DU CŒUR.
i>eiise pim ou moins marquée , dans un spasme , l’ex-
plicalion du bruit de soufSet du cœur , comme il y avait trouvé celle du frénaissement cataire, c’est, en vérité, ce qu’on ne peut croire de la part de l’immortel inventeur de \ auscultation médiate , qu’ençlisant et relisant les articles où il a consacré de semblables hérésies de physique médicale.
Puisque l’on chercherait bien vainement , hors de certaines conditions physiques , les causés immédiates ou prochaines du bruit de soufflet du cœur , appliquons-nous donc de tous nos efforts à la détermination précise de ce genre de conditions.
Au premier rang dès conditions que l’on peut considérer avec certitude comme des causes du bruit de soufflet du éœur, se présente le rétrécissement des orifices de cet organe , tel qu’on l’observe à la suite de l’induration des valvules. L’explication que j’ai donnée du frémissement cataire ou vibratoire qui accompagne ce même rétrécissement, s’applique entièrement au bruit de soufflet. De nombreuses et faciles expériences viennent déposer en faveur de l’explication dont il s’agit. Comprimez avec lé cylindre appliqué sur elle une grosse artère, telle que la crurale, par exemple, de manière à rétrécir son calibre , à gêner par conséquent le cours de la colonne sanguine , à augmenter le frottement de celle-ci Contré les parois du Vaisséàu , ét vous entendrez Sur-le-champ le plus beau bruit de soufflet. Supprimez la Compression , plus de bruit de soufflet ; recommencez la compression, retour du bruit de soufflet, et ainsi de suite. Nous nous Contenterons, pour lé moment, de cette expérience répétée par nous cent et Cent fois , nous réservant d’en rapporter de nouvelles dans l’article sur les bruits dès artères.
Î1 ne paraîtra donc pas douteux pour tous les bons esprits versés dans celte matière , que le rétrécissement des orifices du cceür ne soit une condition suffisante dé bruit de soujflèt;
BRUITS ÀJÜOBMAtîX DU COEUR.
et c’est l’excès de frottement qui s’opère nécessairement, lorsque la colonne sanguine venant de l’oreillette ou du ventricule est forcée de traverser rapidement cette espèce de fente ou de détroit, qui constitue la causé essentielle de ce bruit. C’est ainsi qu’on entend rnugir et souffler en quelque sorte les flots d’une rivière lorsqü’après avoir coulé tranquillement, silencieuserhent , ils rencontrent tout-àcoup un obstacle â leur libre cours, ou qu’ils sont forcés de passer d’un endroit plus large dans un endroit plus étroit; et de même que le bruit des flots est d’autant plus fort que l’espace à traverser est plus étroit, que les surfaces avec lesquelles ils se trouvent en contact sont plus inégales ét plus rocailleuses , et que le cours de la rivière est plus rapide , de même aussi le bruit du soufflet du coeur est d’autant plus fort et plus aigu que le flot de Sang est chassé avec plus de violence , que l’orifice est plus étroit ^ et que son contour est plus dépoli , inégal et rugueux. Gettë comparaison, toute bizarre qu’elle soit en apparence, né pêche par aucune condition vraiment essentielle. Au resté, dans les expériences sur le cours d’un liquide à travers dés tuyaux inertes, telles que nous les rapporterons plus loin, nous verrons une confirmation pleine et entière de notre théorie (i).
Laënnec n’est pas lé Séuî, je le sais, qui se soit efforcé de renverser la Ihéoriê dü frottement dans l’espèce de bruit qui nous occupe. îé ne parlerai pas de la foule de ses vulgaires imitateurs ; mais je ne puis passer sous silence les recherches d’un observateur tel que M. Piorry, puisqu’elles sont contradictoires à cèllés que je poursuis depuis plus de quinze ans avec toute la pàlîëncé ét tout lé zèle dont je suis
(1) On peut aussi comparer, jusqu’à un certain point , ïe bruit qui a lieu dans les cas de rélrêcissemenls des orifices du cœur, aux divers bruits de sifflement ou de simple souffle, qui se produisent lorsque l’air pénètre à travers une portlOQ quelconque du canal resplratorre; anormaléméut rétrécie.
200 PHYSIOLOGIE ANORMALE DU CœUR,
capable. Dans le mémoire déjà cité, qu’il a publié dans les Archives , M. Piorry déclare que, v-sur deux cents femmes,
» dont un tiers étaient atteintes d’ affections du cœur, parmi ■^lesquelles les rétrécissements et les ossifications des orifices de •» cet organe formaient environ la moitié, il n’a. pas' trouvé