TROISIÈME CATÉGORIE
OBSERVATIONS DE PERICARDITE DANS LESQUELLES LES PRODUITS SÉCRÉTÉS SE TRANSFORMENT EN GRANULATIONS ET VÉGÉTATIONS, EN PLAQUES FIBREUSES, FIBRO-CARTILAGINEUSES , CARTILAGINEUSES , OU MÊME OSSEUSES ET CALCAIRES.
OBSEUVATION 27%
19 ans. — Constitution lymphatique. — Gonflement articulaire, carie des osj amputation du gros orteil. — Symptômes de phlegmasie lente et sourde dans l’abdomen et la poitrine , avec fièvre hectique. — Mort dix-sept mois après rentrée à l’hôpital. — Granulations friables , analogues à de petites végétations vénériennes, à la surface' in terne du péricarde. — Adhérence celluleuse ou fibreuse du péricarde ; induration comme squirrheuse de cette membrane à la partie postérieure du cœur. — • Traces de pleurésie et de péritonite chroniques avec granulations. — Tuberculisation des ganglions inguinaux , mésentériques et bronchiques.
Claude Prieur, âgé de 19 ans, d’un tempérament lymphatique, boulanger, fut admis à l’hôpital Cochin le 7 février 1821. Il était alors affecté d’un gonflement scrofuleux du gros orteil , et quelque temps après les progrès du mal nécessitèrent l’amputation de cette partie. La plaie consécutive à l’opération se cicatrisa; cependant des ulcérations entretenues par la carie des os du pied ne tardèrent pas à se manifester sur divers points de la peau de ce dernier; il
TROIS. CATÉG. d’oESERVATIONS DE PÉRICARDITE. 44l s’y joignit un gonflement avec suppuration des ganglions inguinaux du côté droit; le ventre se tuméfia et devint douloureux : on observait de temps en temps un peu de dévoiement, de la toux et une fièvre hectique avec redoublement le soir; les battements du cœur et le pouls étaient réguliers, fréquents et d’une force médiocre. Tous les remèdes furent inutiles , et le malade , épuisé par la fièvre lente , parvenu au dernier degré du marasme , succomba le 8 juillet 1822, dix-sept mois après son entrée.
Autopsie cadavérique, 24 heures après la mort.
1“ Org. extér. — Carie des os du métatarse. Les ganglions inguinaux droits formaient une masse tuberculeuse, en partie friable, en partie dure comme du fromage ou comme une châtaigne à demi cuite (1).
2* Organ. circul. et respir. — Le côté gauche de la poitrine contient une grande quantité de sérosité citrine. La cavité du péricarde est effacée par suite d’une adhérence celluleuse, très serrée, entre les faces opposées de cette membrane. Lorsqu’on a séparé l’un de l’autre les feuillets du péricarde , on voit qu’ils sont parsemés de petites granulations friables , miliaires , assez semblables , au premier aspect, à de petites végétations vénériennes. Le feuillet qui recouvre le cœur, généralement épais d’une ligne (2 mill.), offre une épaisseur encore plus considérable à la partie postérieure de cet organe : là, il crie sous l’instrument qui l’incise , et telle est sa dureté , qu’au toucher le cœur est d’une consistance squirrheuse. Les deux ventricules ont des parois épaisses. Le tissu musculaire de leur partie antérieure, ferme et vermeil, diffère notablement de celui de leur partie postérieure, qui est moins distinctement fibreux
(1) Le cadavre n’offrait aucune inQltration. Le membre dont les ganglions lymphatiques étaient luberculisés n’était en particulier le siège d’aucun œdème ( les veines crurales étaient parfaitement saines, libres dans tout leur trajet).
44^ MÆEABIES DIT COEDIl Eîf PAETietTLIER,
et eliarnu, commè s’il commençàit à partager lâ dégénérescence lardacéê et sijairrÜeuse du péricdrde.
À droite ; les plèvres pulmonaii-e^ costale, diaphragmatique et péricardique adhèrent entre elles d’unè manière très serrée (l’adhérence ést surtout très forte dahs la région diaphtagmalique) ;
Gn rencontré quéltjués tubercules dérrièrelé éterndih;
Lès pdütnons ne contiennent pas un seul tubercule dans leur intérieur ( il en existait un à l’état dé ramollissement j à la surface du drbit) ; ils sont pàrfaiterhént Crépitants.
Les ganglions bronchiques,' eii pàrtie noirs , eh pârtie d’un blanc faonâtre; forment des maâses tuberedlêüses,- lès unes dures, lés autres ramôlliëê.'
La membrane muqueuâè dés bronches est sainCi rosée;
5“ Orghn. dig. et ànned. — Tous les ganglions niïséntéri^ues sOht tûberculisës ëbtame les ganglions inguinaux et bronehîfjuesi La cavité du péritoine contient une grânde quantité de sérosité eilrinè. Elle est comme partagée en deux câvités distinctes par l’arc du colon adhérent à la paroi antérieure de rabdomèn et à toutèsles parties vbisines;
Dans toute sbh étendue ^ le péritoine présenté une alté^ ration remarquable j rhais assez difEcile à bien décrire : il ést parsemé de granulations , plus petiteset plus nombreuses sur lé feuillèt pàèiétdl, plus grosses; plus saillantes sur le feuilletviseéral j où elles sont d’un blanc jaunâtre ; friables, de la grosseut d’Un grain de chènevis , et d’une natdfé comme lobéreuleuse : la shrface d’où elles s’élèvent réssèmble assez bien à là peau couverte d’une variolé confluèrite. Le péritoine, qui paraît épaissi ; se dé tâche avèc une grande facilité des autres membranes intestinales, ét l’on trouve par ce moyen sa face adhérente parfaitement unie. Les granulations confluentes , dont le feuillet pariétal ést en quelqùé sorte hérissé, d'un blanc rnélé de rouge, entourées de vaisseaux injectés, donnent au péritoine l’aspect d’un granit qui présenterait, outre les couleurs indiquées ,
TROIS. CATTG. d’oBSERA ATîOrCS DE PÉRICARDITE. 44^
une nuance d’un bleu noirâtre (i). Cette portion de la membrane séreuse est plus épaisse que celle qui revêt les intestins; elle est d’une consistance fibreuse, et a une demi-ligne d’épaisseur.
L’estomac, rosé à l’intérieur, petit, contracté, est comme caché derrière le foie et le mésocolon transverse. L’intestin grêle , dans toute son étendue , est complètement sain ; la membrane muqueuse du gros intestin est généralement blanche et exempte de toute ulcération ; cet intestin contient des matières fécales solides. — Le foie adhère à la paroi antérieure de l’abdomen par une fausse membrane comme fibreuse. — La membrane fibreuse de la rate est très épaissie.
La vessie, distendue par une énorme quantité d’urine, a sa membrane muqueuse tout-à-fait blanche, tandis que sa membrane séreuse présente , dans toute son intensité , l’altération granuleuse ci-dessus indiquée.
Centres nerveux. — La substance cérébrale offre peu de consistance ; lesméninges sont saines. Il existe un peu de sérosité à la base du crâne et dans les ventricules cérébraux.
Réflexions. — Parmi les observations propres à démon» trer l’étendue et la dissémination, si l’on peut ainsi dire, des affections chroniques en général, et des phlegmasies de cette espèce en particulier, celle que nous venons de rapporter mérite assurément une des premières places. Les membranes séreuses qui enveloppent le cœur, les poumons, les organes abdominaux, ont été simultanément ou successivement le siège d’une sourde et obscure inflammation (2), dont les produits ont été essentiellement les mêmes^ bien qu’ils aient offert quelques différences d’aspect et de forme. Plusieurs ganglions extérieurs , ceux des bronches
(1) Cette couleur est due à de petites masses mélaniques.
(2) Il est probable que la membrane synoviale des articulations cariées avait été aussi chroniquement enflammée.
et du mésentère se sont tuberculisés ; et ce qu’il y a de bien remarquable , c’est que les poumons étaient tout-â-fait exempts d’une pareille lésion (car le seul tubercule qui existait à la surface du droit appartenait à la plèvre ou au tissu cellulaire sous-jacent , plutôt qu’au tissu du poumon). Une circonstance non moins digne de remarque peut-être, c’est que la membrane muqueuse des voies respiratoires et digestives était saine. Rien n’est plus commun , ainsi que tout le monde le sait , que de voir se luberculiser les ganglions mésentériques , à la suite de phlegmasies chroniques, ulcéreuses, de la membrane muqueuse intestinale. Mais il ne s’ensuit pas que cette tuberculisation soit constamment précédée d’une entérite chronique ulcéreuse. Celle-ci, de son côté, peut exister sans tuberculisation des ganglions mésentériques. Toutes ces particularités tiennent à des conditions individuelles, à des accidents sçècï&xyi., qu’il n’est pas de notre objet d’examiner ici.
A l’époque où nous avons recueilli cette observation (il y 17 à i8 ans), l’histoire de la péricardite était trop peu avancée pour que nous ayons pu, je ne dis pas la reconnaître , mais même la soupçonner chez le sujet de la précédente observation.
A la suite d’une violente inflammation de poitrine, voussure de la région prècordiale; matité; bruit de raclement péricardique, bruit de soufflet valvulaire. — Attaque d’apoplexie cérébrale, puis d’apoplexie pulmonaire. — Mort environ un an après le début de l’inflammation de poitrine. — Adhérences et plaques laiteuses du péricarde; induration, pétrification des valvules gauches, avec rétrécissement des orifices. — Hypertrophie très considérable du ventricule gauche et du ventricule droit; — Kyste hémorrhagique dans le cerveau ; vastes foyers hémorrhagiques récents dans les deux poumons. — Adhérences anciennes de la plèvre.
Le i5 novembre i833, fut admis à la Clinique Louis Chevrier , âgé de 02 ans, frotteur, d’un tempérament iym-
TROIS. CATÉG. d’oBSERVATIOBTS t)E PÉRICAROITE. 44Ô
phatico-sanguin, peau fine, blanche, cheveux châtains, assez vigoureux, autrefois sujet à des saignements de nez qui ont cessé depuis deux ans qu’il est arrivé à Paris. — Depuis ces deux ans, sa santé n’a jamais été parfaite, par suite des fatigues de son état ; il a éprouvé, entre autres accidents, des palpitations assez violentes. Il y a 8 à 9 mois, il entra dans le service de la Clinique pour une violente inflammation de poitrine. Il avait déjà été traité en ville , et on ie regardait comme phthisique y quand il nous fut adressé (1).
Après sa sortie de l’hôpital , il passa deux mois à la cam-
(1) Je croîs utile de rapporter brièvement ici Thistoire de celte première affection :
Louis Chevrier fut reçu le 21 février 1833. Il était malade depuis le commencement du mois; il cracha du sang à cette époque, et n’en continua pas moins ses occupations , qui étaient des plus pénibles. Il se fatigua beaucoup le jour de son entrée à la Clinique, où il vint à pied, bien qu’il respirât avec une extrême diflSculté. Il fut saigné immédiatement après son arrivée, et, peu de temps après, il fut pris toul-à-coup des symptômes d’une hémorrhagie cérébrale (hémiplégie complète du côté gauche).
Lorsque je le vis pour la première fois, à la visite du 22, il nous ofl’rit l’état suivant : parole presque inintelligible, visage pâle, bouche légèrement déviée, paralysie incomplète du mouvement et du sentiment des membres gauches , et spécialement du membre supérieur.
Toux; crachats visqueux , non mêlés de sang; râle crépitant dans toute la partie postérieure du poumon gauche; les inspirations sont au nombre de 33 par minute.
Pouls à 84 ; battements du cœur forts , retentissant dans une grande étendue du côté gauche de la poitrine, accompagnés d’un bruit de soufflet très distinct , réguliers et sans intermittence.
Le lendemain et le surlendemain , le râle crépitant persistait à gauche et les crachats étaient rouillés, adhérents, évidemment péripneumoniques. Le bruit de soufflet continuait également.
Trois saignées du bras, de trois palettes chacune, l’application de quarante-six sangsues en deux fois, l’application de ventouses scarifiées à deux reprises différentes, les cataplasmes arrosés d’huile de croton tiglium, les boissons adoucissantes dissipèrent assez rapidement cette grave maladie.
Le 5 mars, Chevrier mangeait le quart, et sa santé se trouvait entière-
44^ SîALApiES pu ÇQEUR RN PARTICPpiEE,
pagne, et il reprit ses, travaux accoutuniés, sans se pîaindre, quoiqu’ils le fatigpassent beauçqup. service çj’up nouveau maître , il a été exppsé à toutes les vicissitçide.s ^tiPQspliénques : il passait pne partie des puits sur le siège de sa voiture pour attepdve son piaître. Çe n’est que depuis buitiQurs. que des douleurs sui'venues vers le çreux de Vestom,aç et un élQuffeîuent considérable l’opjt forcé 4^ tcnlq qspèçe
d’exerpipe. Pepdant ces huit jqprs jil a. ponlipué 4 manger, et aucun traitement n’a été feit » si pe n’est uïiq saigpée au bras droit, le i4, sans soulagement notable.
État du p^alddq , à la visite 4u — /Visage
assez coloré, embonpoint conservé. Les lèvres sont grosses, un peu violettes; les jarnbés, qui étaient Un peu gonflées, ne le sont pas sensiblement aujourd’hui. La réspiratioa est haute et pénible (Sa inspirât, par minute) ; ie pouls de la radiale droite est imperçéptibïe , celui de la gauche bat fQrten^ept (il est vibpqpt, ippisi peu développé], ; les jvigqlaiyea ne sont pas plus saillantes qu’à rurdinaire, et ne présentent aucun mouvement d’expansio-n et de retrait en rapport avec les mouvements respiratoires.
La douleur dont le matade se plaint dans ce moment occupe surlout la fégioB 4b i’estQïB^Ç ? Bi’a'
diant un peu vers chacun dcR oqtés. La pointe du cœur vient frapper dans le septième espace interooslaL,' à un pouce en dehors et à trois pouces aù-dessous du mamelon. Les battements sont très visibles et soülèvént assez fortenaen t les doigts appliqués sur la région pj^éçuRdmlf^ 4 tir de l’androit o.ù vient fraqaper la poinlq -du ç^up, jusque vers la moitié droite de l’extrémité inférieure du sternum, la percussion fournit un son mât. Depuis lé mamelon jus-
ment rétablie. La paralyse n.’existait. ptHs , la resgtçaUop s’exécutait 1 freinent; le bruit fe soufflet disparut» ^éannioins, f premier bruit du çceur était plus sec uP’à l’élat normal. Le pouls éMit Rnt , mais W Pfia d,u.r. - Le mala4e sortit quelques jours après djans Uft é^t|t des plu.s.satisfaisanB- Il Pi^sa quarante jours à l’bèpital-
TROIS. CATÉ^, d’qBSERVATIOSÎS DE PERICARDITE. 44?
qu'au rebord carldagineux de la huitième côte^ la percussion donne également on son mat (la matité ocpupe ainsi un espace ayaiit environ six pouces (162 miilim.) transversalement et quatre à çiûq pouces (108 à i55 inillnii.) verticaleipent).
En appliquant l’oi-eipe aq-dessqs du mamelon, qn distingue , pendant la percussion du cœur , un léger tintement métallique, dû à la percussion du cœur çqntye la paroi pectorale sur laquelle yeposeï l’oreille. Dans toute la région precordiale, le premier bruit pu çoeur est accompagné d’un bruit de râpe ; a 1 cndrpit correspondant à la pointe dp ccpur et un peu en dehors, existe en optre uu hrçiit de râclemept assez semblable à celui qui a lieu dops certaines pleurésies où les surfaces inégales des deux feuilleta de la plèvre frottent VvtpÇ çontrg l’autre* La régioD précordiale expeptée » la poitrine, reud, partçut un son clair , et la respiraliçu est
àpeuprpsnuruaa}e; |fpm®-l<^4Ç ^ ®^B^9tP’^®;
lUé dp ipqpus rougi dq sapg.
^p! i?nté qni avait é|é uaralvsé est touiours resté, au dire du malade - un peu moins fort que i autre ; la bouche p’ est pas sensiblement deviee ; la v.qe est intacte.
Les fonctions digestives , depuis huit jours que le malade a cesse (^e travailler, sont un peu dérangées : i^l dit éprouver quelques nausées sans vomissements, et des coliques^ dévoiement. Spu mat dans l etendue d un pouce. (.27 piill.) au- dessous du re^iord cartilagineux des fausses cotes droites» ce qui dépend d une augmentation du volume du foiç.
Diagnostic. — l^uite^ de pevicardite ancienne. — hndocardite tçi'mirtee pa^' induration des 'valvules et retrçoiss^ment d'un orifice du cœur gauche. — Hypertrophie considérable du cœur.
PRE5CiiiPTio.i)r. Sfugnee., "b pal.: \ h- sangs, a l epig. et \Ç> à la reg. precord^ ^ limon, city.: lavem.: diete.