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DESCRIPTION DES LÉSIONS OU CARACTÈRES ANATOMIQUES

Dans l’exposition des caractères anatomiques de la péricardite, nous suivrons l’ordre d’après lequel nous avons classé nos observations.

(1) Je n’ai pas besoin de faire observer ici que, dans tout ce passage, nous avons fait abstraction de Y épanchement liquide qui accompagne certaines péricardites chroniques. Il est clair que, dans un cas d’énorme épanchement, et par suite de compression du cœur, des poumons et des gros vaisseaux, on peut observer les symptômes d’obstacle à la circulation et à la respiration qui signalent les grandes lésions valvulaires. Mais c’est dans ce cas surtout que les signes locaux ne permettent pas de confondre la péricardite chronique avec ces dernières.

CARACTÈRES ATTATOMIQCES DE LA PERICARDITE. 4^9

§ 1er, Période de congestion sanguine et de sécrétion pseudo-membranense ou purulente.

Pour connaître complètement les caractères anatomiques de la péricardite , il faut examiner successivement et les modifications survenues dans la membrane enflammée, et celles du liquide qu’elle sécrète à l’état normal.

I. Le péricarde offre ordinairement une injection capillaire plus ou moins prononcée et par suite une rougeur plus ou moins vive. Toutefois , il est des cas où celte injection et cette rougeur sont presque nulles : ces cas sont surtout ceux où la mort est survenue avec une grande rapidité. Sans doute, la rougeur et l’injection existaient pendant la vie ; mais comme l’inflammation n’avait pas duré assez longtemps pour fixer une partie du sang dans les parties où il avait afflué, elles avaient disparu après la mort, comme on voit certaines rougeurs des joues ou des conjonctives , et même des rougeurs érysipélateuses, par exemple, se dissiper entièrement quelques instants après la mort. Il ne faut pas oublier de noter que la rougeur et l’injection , quand elles existent, occupent plus encore le tissu cellulaire sousjacent à la membrane séreuse , que cette membrane ellemême.

On voit des cas où la rougeur n’est pas le résultat d’une simple injection , mais bien de l’effusion, de l’infiltration d’une certaine quantité de sang, soit au-dessous de la membrane séreuse , soit dans son propre tissu. Alors la rougeur se présente sous l’aspect de taches, de plaques plus ou moins étendues , de bandes ou de rubans plus ou moins larges et plus ou moins longs. 11 semble ici que la membrane soit teinte ou imbibée de sang (i). Au reste , je ne crois pas devoir insister plus long-temps sur les nombreuses variétés que peuvent présenter et la rougeur et l’injection dans la

(1) Dans les cas de péricardite hémorrhagique , le péricarde oEFre parfois une véritable imbibition sanguine.

HISTOIRE GÉNÉRIEE HE EA PERICARDITE.

péricardite , variétés dont on trouvera des exemples dans les observations particulières rapportées précédemment. De plus amples considérations ne seraient convenablement placées que dans l’histoire des caractères anatomiques de l’inflammation des membranes séreuses en général.

L’épaisseur du péricarde, sa transparence, sa consistance n’ofirent, en général, aucun changement bien notable. Toutefois, le péricarde paraît, dans certains cas , un peu plus épais et moins transparent qu’à l’état sain. Lorsque l’épàiichement est presque nul, le péricarde est moins poli, moins doux au toucher qu’à l’état normal | quelquefois, il ést tout-à-fait sec, luisant et comme poisseux au loucher.

Le péricarde se détache plus facilement aussi de la surface du cœur; et c’est apres l’avoir ainsi séparé, que l’on trouve une injection, üne rougeur plus ou moins prononcée, et quelquefois même de l’infiltration sanguine dans le tissu cellulaire sous-péricardique.

Lé péricarde est plus ou moins distendu , d’ailleurs , suivant la quantité de la matière épanchée , dont nous allons maintenant exposer les caractères.

II. Le liquide que sécrète normalement le péricarde est modifié par la péricardite aigue , sous le double rapport dé sa quantité et de sa qualité ou de sa composition. C’est sous ce dernier rapport que se distingue surtout la péricardite de l’hydro-péricarde , qu’il soit actif ou passif, puisque dans celte dernière maladie la qualité du liquide contenu dans le péricarde , est sensiblement la même que celle de la sérosité normalement séci-élée par celte membrane.

Quoi qu’il en soit, le produit sécrété par l’efTet de la péricardite offre plusieurs différences, que nous allons étudier tour à tour.

T° Ordinairement le produit péricardi tique se coagule bientôt à l’instar du sang, c’est-à-dire qu’il se sépare eh deux parties , l’une liquide , plus ou moins trouble et floconneuse , l’autre concrète, fibrineuse, qu’on désigne gé-

CABACTÈRES AüfATOMIQUES DE LA PÉRICAPJ)ITE.

üéralement sous le nom de pseudo-membrane ou faussé membrane , lymphe plastique , coagulable , organisahle. Dans quelques cas, celte coagulation est pour ainsi dire confuse , et répanchement se présente alors sous la forme d'un liquide cailleholé.

Cette espèce d’épanchement comprend deux variétés : dans l’une de ces variétés j la partie liquide de l’épanchement n’est autre chose que de là sérosité; dans l’ autre variété, le liquide est rouge , sanguinolent ^ et plusieurs auteurs ont désigné sous le nom de péricardite hémorrhagique cetté variété de la péricardite pseudo-membtaneuse , dans laquelle effectivement une quantité plus ou tnoins considérable de sang se trouve mêlée à la partie séreuse de l’épanchementi

Les rapports proportionnels de la partie liquide et de la partie concrète de l’épanchement péricarditique sont assez variables. Quelquefois répanchement est presque uniqueqüement composé de masses pseudo-membraneuses , imbibéesd’un liquide séreux ou séro -sanguinolent : mais dans le plus grand nombre des cas * ces masses pseudo-membraneuses baignent au milieu d’uné quantité assez considérable du liquide dont il s’agit. Cette quantité peutn’être que de quelques décagrammés , ou bien ; au contraire , s’élever à üU ou plusieurs hectogrammes. Dans une observation que j’ai sous les yeux et qui m’a été communiquée par M. Saussier, elle fut portée à deux bouteilles environ. Dans quelques unes des observations que contient le mémoire de M. Louis , la quantité du liquide a été évaluée à quatre livres. Dans un cas rapporté par Corvisart, le péricarde renfermait près de deux pintes de liquide séropuralent.

2° Dans quelques cas dé péricardite , l’épanchement j au lieu de se partager en deux parties, comme il vient d’être ditÿ est formé pat un liquide homogène , bièn lié, inodore, crémeux, d’un blanc grisâtre ou verdâtre » qui n’est autre

492 HISTOIRE GàwÉRAlÆ DE PERICARDITE, chose que du véritable pus, La quantité de répanchement purulent varie d’ailleurs, comme celle de l’épanchement séro-pseudo-membraneux dont il a été question plus haut.

Occupons-nous maintenant de la matière plastique, concrescible et organisable, que l’on rencontre si souvent à la suite de la péricardite.

La quantité de la matière pseudo-membraneuse est très variable. On en trouve quelquefois à peine quelques grammes, tandis que dans d’autres cas on en recueille plusieurs décagrammes. La fausse membrane se dépose parfois en masses confuses et pour ainsi dire amorphes , mais le plus savent elle revêt les deux feuillets du péricarde , le feuillet cardiaque surtout, et y adhère plus ou moins intimement, selon l’époque de sa formation , et selon qu’elle est naturellement plus ou moins glutineuse. L’épaisseur de la fausse membrane varie entre une fraction de millimètre et quelques millimètres.

La disposition, la configuration de la surface libre de la fausse membrane offre , dans la péricardite , quelques particularités que l’on ne trouve pas dans les pseudo-membranes produites par l’inflammation des autres membranes séreuses. Cette surface est inégale, aréolée, disposition qui n’avait point échappé à la sagacité de Corvisart, et dont cet illustre observateur croyait avoir donné l’idée la plus exacte , en la comparant a la surface interne du bonnet ou second estomac du veau. Lorsque le cœur est enveloppé de toutes parts par la fausse membrane rugueuse , inégale , chagrinée , dont il est ici question, son aspect rappelle assez bien , ainsi qu’on l’a déjà dit, celui d’un ananas ou d’une pomme de pin. La disposition réticulée est plus ou moins régulière : dans certains cas , cette régularité est telle , qu’elle ne saurait être mieux comparée qu’à celle des cellules d’un gâteau de miel. Quand la disposition réticulée est moins régulière , M. Hope l’a comparée , avec assez de bonheur, à ce qu’on observe lorsque l’on vient à séparer

CA.RACIÈRES AHATOMIQTJES DE LA PÉllICAEDITE. deux assiettes plates qu’on avait appliquées l’une contre l’autre après les avoir préliminairement enduites de beurre mou. La rudesse et la villosité de la surface du péricarde lui donnent aussi , dans certains cas , beaucoup de ressemblance avec la langue du chat.

Pour expliquer les remarquables dispositions que nous signalons ici et que ne présentent pas, du moins au même degré, les fausses membranes des autres membranes séreuses, il faut, je crois, faire intervenir la condition des mouvements continuels dont le cœur est agité, ce qui doit amener des froncements, des dépressions et des saillies dans la pseudomembrane qui l’enveloppe. Ne trouve-t-on pas ici une sorte de répétition sans cesse renouvelée del’expérience indiquée parM.Hope, savoir la séparationbrusque de deux surfaces enduites d’une matière molle ou de consistance de beurre mou?

La matière pseudo-membraneuse récente est d’une consistance assez faible , semblable à celle de l’albumine coagulée, ou mieux encore à celle de la croûte récemment formée que l’on trouve à la surface du caillot du sang retiré des veines d’un individu affecté de quelque inflammation aiguë, telle qu’une pleuro-pneumonie, un rhumatisme articulaire intense, etc. La couleur de la matière pseudomembraneuse est jaunâtre (couleur de paille claire , selon M. Hope) ou d’un blanc grisâtre. Elle est quelquefois rougeâtre. Dans ce dernier cas, suivant M. Hope, cette fausse membrane sécrète ordinairement un liquide sanguinolent. Cela ne peut avoir lieu à une époque où la pseudo-membrane n’est pas encore organisée. Mais ce qu’il y a de certain, c’est que le plus souvent la couleur rouge de la fausse membrane est due à son imbibition par le liquide sanguinolent que contient le péricarde. La pseudo-membrane jouit d’une certaine élasticité et offre quelquefois une ténacité comparable à celle du gluten.

C’est une chose vraiment extraordinaire que la rapidité avec laquelle s’opère l’épanchement péricardi tique, comme

494 HISTOIB-E GÉjyÉRALE DE LA PÉRICARDITE.

le démontrent plusieurs de nos observations, et particulièrement les deux premières.

Un phénomène également bien digne de remarque , c’est la presque instantanéité avec laquelle commence à s’organiser la matière plastique de l’épanchement , surtout dans les cas de péricardite modérée : il semble alors que les faces opposées du péricarde s’agglutinent à l’instar des lèvres d’une plaie récente, et que l’espèce de colle vivante ou du naoins viable qui les unit, passe avec la même facilité que dans ce dernier cas , de l’état amorphe à l’état de vascularisation d’abord, puis de cellulosité.

Les observations multipliées que nous avons faites sur la couenne du sang inflammatoire nous ont pour ainsi dire permis de prendre la nature sur le fait dans ses opérations d’organisation des fausses membranes. Nous nous sommes convaincu par d’innombrables expériences que la couenne vraiment inflammatoire du sang (celle qu’on observe , par exemple, dansun violent rhumatisme articulaire aigu) olfre-, sous divers rapports, la plus grande ressemblance avec la matière glutineuse ou concrète d’un épanchement produit par l’inflammation des membranes séreuses.. Hé bien , au bout de quelques heures de repos du sang, la couenne inflammatoire présente l’aspect membraneux, et nous avons même cru , dans quelques cas, y reconnaître des rudiments de vaisseaux, analogues à ceux qu’on découvre dès les prcr miers jours de sa formation dans la matière plastique de l’épancbement inflammatoire des membranes séreuses.

L’adhérence de la face inférieure de la couenne inflammatoire avec la surface du caillot peut ê!re comparée à l’adhérence de la face externe de la fausse membrane avec la face libre de la membrane séreuse enflammée, et la rétraction de la couenne produit le renversement des bords du caillot, comme la fausse membrane qui se forme à la surface d’une plaie qui suppure en tire peu à peu la circonférence vers le centre.

CARACTÈRES AlS^ATOTtlQUES DE LA PÉRICARDITE. 49^ Nous poursuivrions encore nos réflexions sur cet intéressant sujet, s’il ne constituait une question de rhistoire générale de i’inflainrnalion , bien plus qu’une question spéciale de l’iiistoire de la péricardite. C’est pour la mênie raison que dans le paragraphe qui va suivre nous nous abstiendrons de longs commentaires.

§ II. Périodes de l’organisation définitive et des diverses transformations de l’élément plastique ou pseudo-membraneux sécrété par le péricarde enflammé. . ■

Nous réunissons dans un mêiné paragraphe ces deux périodes , sur chacune desquelles nous avons rapporté des faits particuliers multiplié?! . attendu qu’elles ne sont réellement que la continuation l’une de l’autre , et qu’elles diffèrent moins par le fond que par la forme, mpinspar leurs caractères essentiels que parles circonstances accidentelles dont elles peuvent être, envirennées,

1® Dans çes périodes qui Reparti ennent surtout à la péricardite cfiwniqm , le péricarde s’épaissit,, s’hypertrophie comme presque tous les autres tissus chroniquement enflammés ; tautefois,. cet épaississement a bien plus s-ouvent son siège dans le tissu qe.llulajre sous-péricardique ou dans le feuUlet fibreux sous-jacent au péricarde , que dans cette membrane elie-mêine. D’autres fois., .l’ épaississement tient à l’organisatipn d’une couébe pseudo-membraneuse , tellement adhérente au péricarde , qu’eRe semble, au premier abprd., faire corps avec lux. Mais un peut, au. moyen de la pince, enlever cette fausse membrane organisée,, ainsi que la coucbe celluleuse qui l’unit au péricarde, .et l’pn voit alprs que celui-ci a conservé son épaisseur normale,

Lo.rsque le péricarde a été chroniquement enflam.nxé * non seulement les vaisseaux capillaires sousrjaeenls , mais aussi les branches vasculaires dont ils nuisaent , sont bcancoup plus développés qu’à l’élat normal.

2® Quelquefois , pufre.les innées membranes .organisées

49^ HiSTOIRÈ GÉjÿÉRALE DE LA PERlCARDtTE. déjà en partie ou en totalité, on trouve une certaine quan» tité de pus dans la cavité du péricarde chroniquement enflammé. Souvent, au lieu d’un véritable pus, on y rencontre une sérosité , tantôt plus ou moins floconneuse et trouble, tantôt claire et limpide , mêlée ou non d’une certaine quantité de sang.

Quant à la matière plastique, dont nous avons précédemment parlé, elle éprouve diverses métamorphoses dans le cours, ou, si l’on veut, dans l’évolution complète de la péricardite. A sa place, il n’existe pai’fois que des adhérences cellulaires générales ou partielles , ou bien de simples brides s’étendant d’un des feuillets du péricarde à l’autre.

Au lieu de brides et d’adhérences , on rencontre chez d’autres sujets de véritables fausses membranes oi'ganisées, qui doublent en quelque sorte le péricarde et en augmentent l’épaisseur, ainsi qu’il a été dit plus haut. Ces fausses membranes sont ordinairement partielles : elles ont, pourlaplupart, une teinte opaline, blanchâtre, laiteuse, qui tranche sur le fond transparent du péricarde. On désigne vulgairement ces fausses membranes partielles sous le nom de taches ou plaques laiteuses : ce n’est pas seulement à la surface du cœur lui-même qu’on les observe, on les trouve fort souvent sur la portion des gros vaisseaux autour de laquelle le péricarde se déploie, et particulièrement sur l’origine de l’aorte. Ces fausses membranes sont ordinairementcellulo-fibreuses ou fibreuses î mais elles passent quelquefois à l’état fibrocartilagineux ou même osseux, calcaire, comme la matière gélatiniforme sécrétée par le périoste enflammé. 11 y a des cas dans lesquels le cœur semble enveloppé d’une sorte de coque osseuse. Parfois la cartilaginification et l’ossification s’opèrent directement, immédiatement, dans le tissu fibreux du péricarde. Les lois de cette transformation sont sans doute à peu près les mêmes que celles qui, dans l’évolution normale , régissent le passage successif de certains tissus , tels que le périoste, etc., à l’état cartilagineux et osseux.

CARACTÈRES AîîATOMfQTÎES DE LA EÉRICARDlTE. 497

Au lieu des adhérences et des fausses membranes cidessus indiquées, le péricarde offre quelquefois des granulations comme tuberculeuses et de petites végétations de forme diverse. j

L’épancbement liquide ou même la simple exsudation de fausses membranes très épaisses exercent quelquefois sur le cœur une compression qui en détermine l’atrophie. Nous avons rapporté des cas dans lesquels cet organe , pressé de toutes parts et comme étouffé par les énormes masses pseudo-membraneuses qui pesaient sur lui, avait perdu la moitié ou plus encore de son volume , et se trouvait atrophié comme un poumon long-temps comprimé par un épanchement pleurétique.

Je ne ferai que rappeler ici quelques unes des altérations que l’on rencontre à l’intérieur des cavités du cœur, dans beaucoup de cas de péricardite aiguë. La membrane interne du cœur est quelquefois rouge , peut-être légèrement épaissie et tomenteuse ; la rougeur occupe surtout les valvules, qui sont boursouflées , sensiblement épaissies ou même fongueuses^ principalement à leur bord libre. En même temps on rencontre des caillots de sang plus ou moins abondants, et dont quelques uns sont manifestement antérieurs à la mort.

Dans la péricardite chronique, rien n’est plus commun que de trouver sur le tissu séro-fibreux intérieur du cœur, des altérations essentiellement les mêmes que celles du tissu séro-fibreux externe. ( nos nombreuses observations particulières (i).)

(1) Il y a long-temps que j'avais conçu le projet de produire artificiellement des péricardites chez tes animaux, pour voir si, dans ces cas , il survenait plus ou moins fréquemment des endocardites. Les circonstances ne m’ont pas permis jusqu’ici d’exécuter ce projet. Mais un desmeitleurs élèves de notre clinique, M. Desclaux, a fait, en 1834, les expériences dont il s’agit. Or, il résulte de ses recherches, que constamment , ou à peu près , il a rencontré chez les lapins dont il a enflammé le péricarde les caractères anatomi- I. Sa

49^ HISTOIRE GÉNÉRAXE DE LA PÉRICARDITE.

Le tissu musculaire du cœur peut, comme les tissus séreux, fibreux et cellulaire du même organe, s’épaissir, s’iiypertrophier, et l’on n’a pas oublié sans doute que nous avons rapporté quelques cas où l’épaississement, l’induration comme squirrheuse du feuillet viscéral du péricarde avait envahi les couches musculaires les plus voisines. Au lien d’une hypertrophie pure et simple, ou d’une sorte de cartilaginification , le tissu musculaire du cœur offre quelquefois un ramollissement , une friabilité plus ou moins considérables. Tantôt ce ramollissement est accompagné d’une teinte d’un rouge foncé de la substance musculaire (ramollissement rouge ou brun) ; tantôt , au contraire, il coïncide avec une notable décoloration de cette substance (ramollissement jaunâtre ou blanchâtre).

Laënnec n’a signalé que cette dernière espèce de. coloration. « Dans la péricardite chronique , dit-il , quelquefois la

ques d’une endocardite. Il me montra , le 24 novembre 1834, un cœur de lapin (jüi avait succombé au cinquièmé jour d’une péricardite exipérimentale. La face Interne du péricarde était recouverte de toutes parts par une fausse membrane aréoîée, villeuse , rude comme la langue du chat , et déjà l’on y voyait des vaisseaux de nouvelle formation et des adhérences filamenteuses. La membrane interne était d’un rouge vif et les valvules ([surtout les gauches) étaient sensibiement épaissies : la valvule bicuspide était même véritablement boursouflée et fongueuse à son bord libre. Ces expériences sur les animaux viennent donc confirmer ce que la clinique nous avait appris, savoir que dans presque toutes les violentes péricardites il survient aussi une endocardite. Nous aurons occasion de revenir plus loin sur l’importante Ibi dont il s’agit.

’rdüt récemment (1846) M. Leblanc; l’un dé nos médecins-vétérinaires les plus distingués, a produit chez des chevaux et des chiens des péricardites artificielles par l’injection d’une dissolution d’acide oxalique dans le péricarde. J’ai assisté â l’ouverture de deux des chevaux sur lesquels M. Leblanc avait expérimenté, et celte ouverture a fourni des résultats conformes à ceux obtenus par M. Desclaux. Dans l’opuscule, déjà cité, où il a rendu compte de ses expériences, M. Leblanc dit positivement que chez les animaux, CQihme chez l’homme , les lésions de l’endocarde compliquent presque toujours celtes du péricarde, et que eelui-çi est rarement enflammé sans que l’endocarde le soit plus ou moins.

EXPOSITION? DES SYMPTÔMES DE LA. PEEieAEDITE. 499 substance musculaire du coeur est décolorée et blanchâtre ^ comme si on l’eût fait macérer pendant plusieurs jours dans l’eau. » Là particularité dont parle ici Laënnec m’a paru coïncider exclusivement avec l’espèce de péricardite ckroniqué , dans laquelle l’épancliemenl est presque entièrement séreux, comme dans l’hydro-péricarde proprement dite, La surface du cœur baignant continuellement et macérant véritable^ ment dans le liquide , blanchit en effet , et prend une teinte pâle ou même lactescente. Mais qette coloration ne s’étend que très rarement à#ine grande profondeur de la substance musculaire du cœur : elle s’arrête à ses premières couches, et quelquefois même elle n’occüpe réellement que le feuillet séreux et le tissu cellulaire sousqacenL { Voy. l’hist; de l’hydro-péricarde. )

ARTICLE DEUXIÈME

EXPOSITION RAISONNÉE DES SY^TÔMÈS DS LA PERICARDITE j' DIAGNOSTIC DE CETTE MALADIE.

Nous espérons démontrer dans eet article que l’on peut aujourd’hui reconnaître et diagnostiquer avec certitude la péricardite, au moins dans l’immense majorité des cas. Ce n’est, d’ailleurs, que depuis sept à huit ans que le diagnostic de la péricardite est devenu pofur nous un problème dont la solution ne dépasse pas les moyens d’uû obseryateur ordinaire qui sait faire un usage éclairé des méthodes précises d’exploration que nous possédons, du^ que là nous en étions au point où se trouvaient Corvisart et Laënnec, et c’est par l’emploi bien entendu des deux grandes méthodes, de rauscultalion et de la percussion , dont l’une a été inventée par le dernier de Ces deux célèbres observateurs, et dont l’autre a. été si naer^eilleusement fécondée par Corvisart , que nous sommes parvenu à fonder le diagnostic de la péricardite sur les signes les plus

OOO HISTOIKE GÉNÉRALE DE LA PERICARDITE, certains et les plus invariables, j’ai presque dit les plus infaillibles.

Je ne doute point que certaines personnes ne trouvent trop d’assurance et une large exagération dans ce que nous disons ici du diagnostic de la péricardite. Mais qu’y faire ? le sage marchait devant ceux qui niaient le mouvement. Pour convaincre ceux qui nient la possibilité du diagnostic de la péricardite , nous marchons aussi, c’est-à-dire que nous la diagnostiquons. Nous avons déjà rapporté un bon nombre d’exemples de ce diagnostic ^ans notre première section, et nous en rapporterons de nouveaux à l’article du traitement. Que ceux qui ne croient pas , se donnent la peine de voir, et ils ne tarderont pas à reconnaître l’exactitude de nos assertions.

§ I®’’. Des symptômes et du diagnostic de la péricardite , dans sa période de congestion et d’épanchement ou de suppuration.

1® Signes locaux.

Les signes locaux de la péricardite aiguë sont de deux ordres : au premier ordre appartiennent les signes

proprement dits ; savoir, ceux fournis par l’exploration de la sensibilité et du mouvement (le nom de lésions fonctionnelles est aussi souvent appliqué aux signes de cet ordre) ; le second ordre comprend les signes assez communément appelés physiques. Examinons avec soin ces deux ordres de signes, sans trop nous embarrasser des noms qu’on leur donne.

I. Il existe quelquefois une douleur plus ou moins vive au-dessous du mamelon ou vers l’extrémité inférieure du sternum , occupant parfois toute la région précordiale, et s’irradiant, tantôt vers le creux de l’aisselle et le bras gauche , tantôt vers la région diaphragmatique , épigastrique , ou même vers les hypochondres , et surtout vers le gauche ipjojez i’observ. â') , selon les complications de la péricar-

EXPOSITION DES SYMPTÔMES DE TA. PERICARDITE. 5o 1 dite. Cette douleur est pongitive , lancinante , décliirante , atroce, et, comme la douleur pleurétique, elle augmente par la percussion , par les mouvements respiratoires , la toux; elle empêche les malades de redresser le côté gauche, et de se coucher sur ce même côté ; quelques uns portent la main sur la région douloureuse pendant les inspirations et les petites secousses de la toux qui existe dans certains cas.

Jusqu’ici les auteurs avaient attaché une importance beaucoup trop grande au symptôme que nous étudions ; en effet , il est beaucoup de péricardites dans lesquelles la douleur est sourde, etsi légère que les malades ne s’en plaignent pas : la percussion , la pression exercée de bas en haut , vers le creux de l’estomac et la partie voisine de l’hypocbondre gauche , font ressortir cette faible douleur.

Quelques malades enfin n’accusent aucune espèce de douleur. Dans les cas où la péricardite est compliquée d’une pleurésie très aiguë, ou d’un violent rhumatisme articulaire aigu , la douleur de la péricardite est souvent masquée, obscurcie par celle de la pleurésie ou du rhumatisme , conformément à la loi d’Hippocrate : Duobus doloribus simul abortis , non in eodem loco, 'vehementior obscurat alterum.

J’ai fait tous mes efforts pour trouver quelque raison satisfaisante de cette sorte d’inconstance de la douleur dans les cas de péricardite. Il résulte de l’examen comparatif quej’ai fait d’un bon nombre de cas :

i“ Que la péricardite la plus simple (et en cela, je me trouve d’accord avec Laënnec ) est précisément celle dans laquelle douleur manque absolument ou se fait du moins très peu sentir , et c’est principalement pour cette raison , sans doute , que Laënnec a soutenu , contradictoirement à Corvisart , que de toutes les péricardites , la plus latente était celle dans laquelle on ne rencontrait aucune complication ;

5o2 histoire géheraêe de ea péricardite.

â® Que la péricardite rhumatismale est souvent aussi indolente , ou du moins très peu douloureuse , s’il n’existe pas de pleurésie ;

3® Que dans les cas de cette dernière complication, il existe le plus souvent, quoique pas constaminent , une douleur telle que nous l’avons décrite, surtout lorsque la pleurésie occupe le côté gauche, et que cette douleur n’est jamais plus vive, plus poignante, plus atroce enfin, que dans les cas où la pleurésie siège sur la plèvre diaphragmatique*

Je présume i en dernière analyse, que la douleur, dans cette phiegmasie, comme dans toutes celles qUi afiféctent des- orgahes normalement insensibles, tient à la réaction -de l’iriflammation sur les nerfs voisins, et dans l’espèce, sur lés nerfs phréniques qui longent le péricarde , et principalement sur les nerfs intercostaux , lesquels , comme on sait, sont à la fois dés nerfs de rnouvemënt et de sentiment (i). .

IL Les battements du cœur sont plus forts, plus fréquents qu’à l’état normal, parfois réguliers, d’autres fois tumultueux , irréguliers, inégaux, intermittents , et constituent des palpitations plus ou moins violentes. Là main appliquée sur la région précordiale, distingue parfaitement, dans certains cas, les battements dont il s’agit, qui sont même parfois visibles à la simple inspection de la région précordiale. Dans d’autres cas , àU contraire , la région précordiale n’offre plus a là vue les bâtteménts dont nous parlons, et ils échappent à la main elle-même , appliquée sur la région précordiale. Ceci arrive lorsqu’il s’ést formé un épanchement considérable dans le péricarde. C’est dans ce cas que les contractions du cœur, au lieu d’être plus fortes.

(ï) Voyéz , au reste , îe mémoire que j’ai inséré dans le Journal Hebdomadaire, sdr la cause et le Siège de la dôuletlr dans les inflarâmalions en général.

EXPOSITION DES SYMPTOMES DE DA PÉRICARDITE. 6o3 plus énergiques qu’à l’état normal ,'sont, au contraire, du moins en apparence , plus faibles.

11 survient quelquefois, au moment où l’appareil inflammatoire a disparu pour faire place au travail organisateur, un phénomène très singulier, qui n’a été encore noté par personne : c’est que le second mouvement du cœur se fait comme en deux temps et avec une espèce de craquement.

III. La saillie ou la voussure de la région précordiale , signalée d’abord par M, Louis, est un fait que)’ ai eu occasion de rencontrer un grand nombre de fois depuis sept à huit ans, et attesté par plusieurs observations contenues dans ce chapitre. Cette voussure est pour la péricardite avec épanchement un peu considérable ce qu’est la dilatation d’un côté de la poitrine pour un épanchement pleurétique, également un peu considérable, développé dans ce côté.

I V. La percussion de la région précordiale rend un son mat dans une étendue qui est en raison composée de la quantité de l’épanchement auquel la péricardite a pu donner lieu , et de la tuméfaction fluxionnaire du cœur luimême. Toutefois , là cause principale de la matité réside évidemment dans la distension du péricarde par le liquide épanché. Quelquefois, la matité occupe le tiers inférieur et même la moitié de la partie antérieure et externe du côté gauche de la poitrine. La matité de la région préeordiale , chez les individus affectés de péricardite , dépendant surtout de la présence d’une masse plus ou moins consi« dérable de liquide épanché anormalement dans le péricarde, il s’ensuit que ce signe ne peut exister, à un notable degré, qu’à une certaine époque de la maladie. En effet, dès la première origine de la péricardite, le péricarde n’a pas sécrété une assez grande quantité de matière sérp-purulente, ou de véritable pus, pour distendre le péricarde, et pour qu’on puisse obtenir par conséquent le signe précieux de la matité dans un espace très étendu de la région précordiale.

La péricardite qu’on appelle sèche, ou qui n’est suivie

5o4 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA PÉRICARDITE.

d’aucun épanchement notable, qui ne donne lieu qu’à la sécrétion d’une petite quantité de matière pseudo-membra* neuse, n’est accompagnée d’une matité un peu considérable qu’autant que l’espèce de turgescence ou de gonflement inflammatoire du cœur existe à un très haut degré.

Quoi qu’il en soit, la percussion ne fournit réellement une donnée importante pour le diagnostic de la péricardite, que lorsqu’il existe un épanchement assez abondant. On peut déplacer le niveau de la matité qui a lieu dans ce cas, en faisant varier la position du malade. Lorsque l’épanchement est très médiocre, dans la position ordinaire des malades, qui est le décubitus dorsal, il occupe la partie la plus déclive du péricarde , et ne peut guère être reconnu par la percussion. Ajoutons que la matité de la région précordiale pouvant être due à diverses causes, autres que l’épanchement péricarditique , c’est par la considération des différents signes qui se trouvent associés à celui-ci, que l’on parvient à déterminer si cette matité dépend de l’épanchement dont il s’agit , ou de toute autre cause. La méthode de l’auscultation dont nous allons maintenant faire l’application au cas qui nous occupe, nous sera du plus grand secours.

V. U auscultation , jusqu’à ces derniers temps, avait en quelque sorte refusé son flambeau au diagnostic de la péricardite. Le hruit de cuir neuf , que M. le docteur Collin avait placé au nombre des signes de cette maladie (i),n’a pas eu même l’honneur d’une mention dans l’article péricardite du Traité de V auscultation (2® édit., postérieure à la découverte de ce signe par M. Collin, qui était chef de Clinique de Laënnec ). Il est vrai que le bruit de cuir neuf proprement dit n’existe pas dans toutes les péricardites , qu’il manque même dans la plupart des cas. Aussi , jusqu’à ces derniers

(1) Des diversesmélhodesd’explorationdelapoiirine,%^ édit. Paris, 1831,in-8°.

EXPOSITION DES SYMPTÔMES DE LA. PÉRICARDITE. 5o5 temps , aucun des observateurs qui se sont occupés du diagnostic de la péricardite , sans en excepter MM. Andral et Louis, n’avait-il eu occasion de rencontrer le signe dont il s’agit. Pour ma part , depuis sept à huit ans , je ne l’ai rencontré que trois ou quatre fois. (Voy. l’Obs. .)

Mais si l’on n*a que très rarement l’occasion de rencontrer le véritable bruit de cuir neuf la péricardite, rien n’est plus commun que d’observer un bruit de frottement , de frôlement , ou àQ frou-frou plus ou moins fort. Dans certains cas, ce bruit imite assez celui de râpe ou de scie , tel qu’on l’observe dans l’induration des valvules du cœur avec rétrécissement de l’orifice auquel ces valvules sont adaptées, avec cette différence cap/to/e qu’il est plus diffus, plus large et plus superficiel.

J’ai trouvé aussi un vrai bruit de soufflet dans six à huit cas de péricardite. Le même phénomène a été constaté par d’autres observateurs français ; il l’a été également par des observateurs étrangers, au premier rang desquels il faut placer MM. Latham, Hope et Stokes , en Angleterre. Quant à moi, sans prétendre ici à aucun droit de priorité , je déclare purement et simplement que je l’ai observé à une époque où j’ignorais complètement les travaux de ces derniers observateurs. D’ailleurs, ainsi que je l’ai dit dans les Prolégomènes ,' il me paraît certain que ce bruit tient alors, au moins le plus souvent, à une complication de la péricardite avec l’endocardite.

Il faut bien se garder de confondre le bruit de soufflet proprement dit , avec ce bruit de frôlement ou de froissement diffus , superficiel , qui accompagne certaines espèces de péricardite , lequel coïncide avec un mouvement de grattement t de raclement ou de simple qu’on ne

rencontre point dans le bruit de soufflet le plus pur.Quand on a quelque habitude de l’auscultation, il n’est pas , en général , très difficile de distinguer l’un de l’autre les deux genres de bruit dont nous parlons ; et ce qui prouve bien

5o6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA PÉRICARDITE.

qu’ils ne constituent pas un seul et même bruit, c’est qu’on les rencontre quelquefois tous les deux chez le même sujet.

Le hrmïàQ frôlement pé rie arditique est l’analogue du bruit de frottement qui accompagne souvent la première période de la pleurésie, phénomène que Laënnec avait indiqué sous le nom de murmur ascensionis et descensionis , que M- Pieynaud a fait connaître avec de nouveaux détails (i), et dont nous avons rencontré tant d’exemples depuis sept à huit ans. Le bruit de frôlement péricarditique, isochrone aux battements du cœur , plus fort ordinairement pendant la systole que pendant la diastole (a), ressemble exactement, dans certains cas, au froissement du taffetas ^ du papier de banque o\x du parchemin. (Voy. ceque nous en avons dit dans nos Prolégomènes.')

Les bruits de frôlement, de froufrou, de râpement , de cuir neif <dl.de soufflet, ne sont pas d’ailleurs les seuls phénomènes que nous révèle l’auscultation dans le cas de péricardite. En effet, si l’on a recours à cette méthode à l’époque où il existe un copieux épanchement , qui a refoulé le cœur, de manière à l’empêcher de se trouver en contact avec les parois pectorales, on reconnaît aussitôt que le double bruit de cet organe est plus éloigné de Poreille qu’à l’état normal, ce qui le rend plus obscur, plus sourd. obscurité des bruits valvulaires peut coïncider âvec les dîyersës variétés de bruit de frottement signalé plus haut, comme il peut exister en l’absence de ces dernières.

L’auscultation fait reconnaître , d’ailleurs , ainsi que la palpation ouïe toucher, les irrégularités , les intermittences, les inégalités des battements du cœur qui accompagnent certaines péricardites.

(1) Journal hebdomadaire de médecine. Paris , 1829, tom. V, pag. 563.

(2) Il est pourtant des cas (et nous en avons actuellement un sous les yeux), où le bruit que nous signalons ne se fait entendre que pendant la diastole ventriculaire.

EXPOSmOIî DES SYMPTÔMES DE EA PÉRICARDITE. L’explication des divers bruits que l’on entend dans la péricardite n’a, que ie sache, encore été parfaitement donnée par aucun auteur. M. le docteur llope pense que le bruit de soufflet est souvent le résultat de l’augmentation de laforce des battements du cœur. Cette théorie est évidemment erronée, car il est des cas dans lesquelsle cœur éprouve des battements plus violents que ceux qui accompagnent la péricardite , sans qu’il y ait un véritable bruit de soufflet ; et d’un autre côté , on voit ce bruit coexister avec des battements très faibles du cœur. M. Hope admet , avec plus de raison , que le bruit de soufflet des individus atteints de péricardite , peut , dans d’autres cas , être produit par le boursouflement des valvules du cœur, boursouflement qui a pour effet un rétrécissement plus ou moins marqué de l’orifice auquel elles sont adaptées.

Les observations et les expériences que nous avons rapportées ne permettent guère de douter, en effet, que le bruit de soufflet qui accompagne quelquefois la péricardite ne reconnaisse pour cause une endocardite , soit primitive, soit consécutive à la péricardite , complication dont nous avons démontré la fréquence. Mais ce serait, je crois, se tromper que d’attribuer exclusivement le bruit de soufflet au boursouflement des valvules du cœur. L’observation prouve qu’il est des cas dans lesquels il dépend delaformation de caillots à l’intérieur du cœur, accident assez ordinaire de Y endocardite ^ et qui doit nécessairement mettre obstacle au cours du sang à travers les orifices et les cavités du cœur. Cette cause d’ailleurs peut se combiner avec la précédente, ainsi qu’avec la présence de pseudo-membranes et de végétations fibrino-albumineuses développées à la surface des valvules.

Enfin , on conçoit que la pression exercée sur le cœur par un épanchement considérable peut gêner lé cours du sang à travers cet organe, et produire un léger bruit de soufflet, ou favoriser du moins l’action des autres causes

5o8 HISTOIRE GÉîTÉRiLE DE LA PÉRICARDITE.

déjà mentionnées. Mais ce n’est là qu’une conjecture plus ou moins probable.

Le frottement réciproque des deux feuillets opposés du péricarde , lorsqu’ils sont revêtus de ces fausses membranes aréolées , inégales, dont nous avons parlé , est évidemment la cause de ces bruits de taffetas , de parchemin, de froufrou^ de râpement superficiel et diffus que nous avons indiqués.

Quant au vrai bruit de cuir neuf, que j’ai entendu très distinctement deux ou trois fois , et que plusieurs personnes ont constaté avec moi, je pense qu’il résulte aussi du frottement réciproque des deux feuillets opposés du péricarde et du tiraillement des couches membraneuses qui les unissent; mais je crois que, pour sa production, il est nécessaire que les fausses membranes soient plus denses, plus résistantes, plus élastiques, plus coriaces que dans le cas de bruit de simple frôlement, Tout ceci s’est rencontré à l’ouverture du corps de l’individu qui fait le sujet de notre première observation . ainsi que chez le sujet de la quatrième qui nous a été communiquée par M. Fournet, dont nous avons déjà signalé précédemment l’esprit observateur (i).

Comme la première condition de tous ces bruits réside dans les mouvements alternatifis du cœur, et que ceux-ci sont parfois d’une intensité extraordinaire, tandis que, dans d’autres cas, ils ont perdu de leur force normale, nous trouvons aussi là une circonstance propre à concourir aux modifications du bruit qui accompagne le glissement du cœur dans le péricarde encore libre , ou le froissement, le

(1) J’ai rencontré quelquefois un bruit de cuir neuf parfaitement caraclérifé, produit par des adhérences de ce genre dont la plèvre était le siège. Pour distinguer ce bruit de celui qui vient de nous occuper, il sulBt de réfléchir que l’un est isochrone aux mouvements respiratoires, l’autre aux mouvements du cœur.

EXPOSITION DES SYMPTÔMES DE LA PÉRICARDITE. Sog liraillement , et en quelque sorte le chiffonnement de ce sac séro -fibreux , lorsque les fausses membranes en ont fait disparaître la cavité.

Je ne terminerai pas ce paragraphe (V), sans faire connaître les principaux résultats obtenus par M. Leblanc en auscultant des animaux chez lesquels il avait produit des péricardites artificielles :

1° Sur les chevaux , il a entendu divers bruits de frottement péricardique; la rudesse du bruit était généralement en rapport avec la consistance des fausses membranes. «Je n’ai, dit-il , jamais indiqué la diversité des bruits péricardiques que sous les qualifications de bruit de frottement faible, fort, rude, très distinct. Je n’étais pas assez sûr de mon oreille pour qualifier ces bruits de bruit de frottement, bruit de cuir neuf ou de craquement , bruit de râclement. »

M. Leblanc ajoute qu’il n’a jamais entendu le bruit de soufflet chez les chevaux sur lesquels il a produit des péricardites artificielles , et il a soin de noter qu’il résulte , du reste, des autopsies de ces animaux, que les endocardites aiguës qui accompagnaient les péricardites n’avaient produit que de très légères modifications physiques dans les valvules du cœur.

2° Chez les chiens, le bruit de frottement péricardique est, selon M. Leblanc, incomparablement plus facile à apprécier que chez les chevaux. Chez les premiers, le bruit de soufflet, qu’il n’avait jamais entendu chez les chevaux, est très appréciable , lors même qu’il n’y a pas encore complication d’une endocardite bien marquée. Mais M. Leblanc fait remarquer que ce bruit de soufflet doit être le plus souvent attribué à la présence des caillots sanguins qui se forment si fréquemment dans le cœur, pendant la vie des chiens atteints d’endocardite et de pleuro-pneumonie.

On voit que les recherches inléressantes de M. Leblanc sur les animaux, confirment pleinement celles que nous avions faites chez l’homme.

5lO HISTOIRE GÉîfÉRA.EE DE LA PÉRICÂ.RD1TE,

2” Symptômes généraux , sympathiques ou de réaction.

C’est particulièrement aux symptômes de cet ordre qu’il faut appliquer ce que nous ont dit les auteurs sur l’instabilité , la variabilité extrême des signes de la péricardite. Ils offrent, en effet, de nombreuses et grandes différences, dont les principales dépendent surtout de l’intensité plus ou moins forte de la péricardite et de son état de simplicité ou de complication.

Quoi qu’il en soit , dans la péricardite aiguë on observe un mouvement fébrile plus ou moins violent: mais tantôt le pouls est fréquent, plein,/ fort, développé » régulier, la peau chaude,, sudorale; tantôt, au contraire, le pouls est petit, déprimé, inégal, irrégulier, très précipité , ella peau, au lieu d’être humide , sudorale , offre à la fois une sécheresse extrême et une chaleur considérable (dans ce cas cependant il arrive assez souvent que la peau se refroidit aux extrémités, et que certaines parties se couvrent d’une sueur froide , comme dans la syncope ).

Le sang retiré de la veine , dans la péricardite , surtout dans celle compliquée de rhumatisme articulaire aigu, de pleurésie ou de pleuro-pneumonie , présente un caillot ferme, recouvert d’une couenne dense, élastique, résistante, à demi organisée, avec retroussement des bords du caillot.

Il existe quelquefois une dyspnée, un sentiment d’oppression insupportable ; alors, le malade ne sait quelle posilion garder ; il s’agite (jactitation) , cherche l’air et le frais; le visage est pâle ou livide, bouffi, grippé, empreint de la plus vive anxiété, et d’une expression de terreur indéfinissable ; il éprouve quelquefois des secousses spasmodiques , de légers mouvements convulsifs , ou bien même offre le phénomène si connu du rire sardonique. Lorsque la dyspnée et les angoisses sont portées à ce point , les narines se dilatent et se resserrent d’une manière très sensible pendant les

EXPOSITION DES STmPTOMES DE LA PÉRICARDITE. 5l 1 mouvements d’inspiration et d’expiration , lesquels deviennent petits et fréquents comme dans la pleurésie ; la respiration est entrecoupée de soupirs, de sanglots, de hoquets; un délire, ordinairement léger et momentané , quelquefois violent, une insomnie des plus cruelles, et, chez quelques sujets , des attaques générales de convulsion peuvent s’ajouter aux phénomènes précédents.

L’anxiété à laquelle sont en proie quelques malades est tellement insupportable , qu’ils implorent la mort, comme le sujet de notre cinquième observation (i).

Lorsque les malades résistent pendant plusieurs jours aux accidents que nous venons d’esquisser , leur visage devient blême, plus livide, violacé, plus bouffi, leurs extrémités s’infiltrent, et leur habitude ainsi que leur altitude sont celles des maladies dites organiques du cœur parvenues à leur dernier terme.

11 est des cas de péricardite très intense dans lesquels cet effrayant appareil de réaction existe à peine. C’est tout au plus si les malades éprouvent un léger sentiment d’oppression,’ D’où vient cette grande et singulière différence? elle me parait tenir à ce que j’ai dit en parlant de la douleur. Les observations de périçardite compliquée de violente pleurésie, surtout d’une large pleurésie diaphragmatique, sont précisément, en effet, celles où l’on voit éclater les phénomènes de réaction nerveuse que nous venons d’exposer ; nous citerons en particulier l’observation 5®. Cette observation parait d’autant plus décisive, que la péricardite ayant presque complètement cédé aux moyens énergiques employés, et les accidents nerveuxn’en ayant pas moins persisté, nous ne pouvons réel-

(1) Un illjustre ofatpur, Mirabeau , éprouva , dans toûté son àlrb'cilê, t’borrible supplice delà péricardite telle que nous la décnvons , et l’on sait qu’il insistait auprès de Cabanis, son médecin , pour qu’il mît un tenue à ses angoisses , à son martyre , en lui donnant de fortes doses d’opium. Mais U ne faut pas oublier que la péricardite élaût ici compliquée d’une violente pleurésie.

HISTOIEE Q±^±KkTÆ DE LA PÉRICARDITE, lement en placerla cause que dans lapleurésie diaphragmaiique dont le cadavre nous offrit les traces. (Celte pleurésie n’était pas bornée, d’ailleurs , à la plèvre diaphragmatique, et se trouvait compliquée d’une splénite à la période de suppuration.) Le sujet de la première observation de péricardite , rapportée par Corvisait, éprouva de légers mouvements convulsifs dans les muscles de la face et un peu de délire ; eh bien! outre la péricardite, l’ouverture du cadavre fit reconnaître une profonde inflammation de la plèvre diaphragmatique. Enfin, s’il m’est permis de rappeler encore l’exemple déjà cité de la maladie de Mirabeau, je ferai remarquer de nouveau que ce grand orateur fut à la fois frappé de péricardite et de pleurésie.

Les phénomènes dyspnéiques portés jusqu’à l’étouffement, elles phénomènes lipothymiques portés jusqu’à la syncope, coïncident, sinon toujours, au moins très fréquemment, avec un vaste épanchement dans la plèvre et le péricarde d’une part, et avec la formation de concrétions «polypeuses dans les cavités du cœur.

L’extension de l’inflammation au tissu charnu du cœur , et le boursouflement inflammatoire des valvules, beaucoup plus commun qu’on ne l’avait cru jusqu’ici, sont aussi des accidents de la péricardite auxquels il faut attribuer, quand ils existent, une sérieuse participation aux phénomènes réactionnels , et particulièrement aux troubles de la circulation et de la respiration.

Ce n’est pas sortir du cercle des connaissances positives de la saine physiologie , que de considérer le système des nerfs respirateurs commi l’instrument (j’ai presque dit le conducteur) de plusieurs des phénomènes de réaction qui viennent d’être l’objet de nos réflexions.

Quoi qu’il en soit, il me semble résulter de la discussion précédente que les grands accidents de réaction qu’on observe dans certains cas de péricardite , doivent être considérés comme appartenant plus directement à une vio-

EXPOSITION DES SYMPTÔMES DE LA PÉPaCARDlTE- 6l3 lente complication pleurétique ou pleuro-pneùmoniqùe qu’à la péricardite elle-même, puisque, je le répète, ces accidents peuvent manquer absolument dans la péricardite exempte d’une si grave complication , et que , d’un autre côté , on peut les voir éclater dans des pleurésies ou pleuro-pneumonies sur-aiguës, sans qu’il existe de péricardite. Et, comme nous l’avons dit, ces accidents sévissent dans toute leur intensité quand la pbiegmasie siège sur la plèvre diaphragmatique.

Dans la péricardite. i les fonctions digestives ne sont pas ordinairement lésées autrement que dans toute inflamma-^ tion fébrile en général, c’est-à-dire que les malades éprou-: vent de rinappétence et une soif plus ou moins vi^e. Toutefois, dans les péricardites accompagnées des graves accidents nerveux. précédemment. notés, il n’est pas rare de voir survenir des vomissements plus ou moins répétés (i). . • V . ' : ,

Voyons maintenant quels sont les signes en quelque sorte pathognomoniques de la péricardite , à la période; que nous venons de décrire. Aucun des signes que nous avons énumérés, considéré isolément, ne sufErait pour faire: reconnaître la péricardite; mais il est un ensjemble de signes, qui permet d’établir solidement ce diagnostic. Les données séméiologiques fournies par l’inspection,, lé toucher, la percussion et l’auscultation, sont les principaux .'éléments de la solution du problème qui nous occupé..:Toutefois, ces données ont besoin du concours de celles que nous puisons dans la connaissance; des phénomènes de réaction fébrile et des troubles de, la circulation et de la respiration. Ainsi, qu’un individu soit pris tout-â-çoup de

(1) Ces vomissements sympathiques , dans les cas de complication de pér ricardite avec une pleurésie diaphragmatique, s’expliquent, d’une part, par le voisinage de la plèvre diaphragmatique et du péritoine, et d’autre part , par la réaction du système nerveux diaphragmatique sur le système nerveux’ de l’estomac (8"= paire) lequel, comme on sait, lui est assez étroitemeat uni.

5i4 ^ÎSTblRÉ GÉÎîÉRÂLÈ bk Li. PJÉRÎCÀRDiTE.

fê^fctïôTi fëbrilë âvëe oppression plus ou ndoins corisidétablê j pèbtëSse , irrégularité:, intermittëiicê du pouls, anxiété, et qü’il y ait ëil mêiae- tëîbps une dëüleur dâUs la r%ioii précordiale avec tbüssUrè j matité plu§ étendiie qu’à l’état noriüalj bruit de frôlènieiit péricârdiquë oü de cuir néüf, certes dn pdurrà, sans craifité dé së troMper, alBrmer l’existéticé duiié péricardite:

Mais tibüs avons vu qiie lés troubles dé là Circulation et de la respiration pouvaient manquer • la question est donc de sâroir si, en leur àbséncë j -le diagnostic de lâ péricardite est éîïédirè pbssiblëi Ndüs répondrons qu il l est en effets et qué la inatité plus étëUdué; a^^^ec ou sans 'voüsÿüi'É de lâ régiônqirêcdrdiâléj plusiëà signes fodrnis par 1 auscultation^ ehe2 un indmdu qui à de la fievre; et qui, auparavant, n’olTrait âticun indice de maladie dite orgamquë dit ècBür,' sôntdes symptômes de peiicardite = ^

Le diagnostic ne devient réellement ires aifficile , pétir nefpas'^ifé iUipossible que dans lés eaS dé péricardite trèa légère » avec un tkès Uiédiderë épanebéïnettt r Car alurs la ftîâtité précôrdialë ii’ést gUeré - pl US étendu ê qü’â l’état normal V êt le,s sigUëS fournis par l’aùscùitàtion -Së rêduû sent quëlqüéfois S Uii- Lrüit • ôbsdut dé " frôlërüéiit qui n’a quelque valëür que poûr uiiê ëtéillë iiîëli éxéfCéë. INôüs aŸdnà (^n&\^}3Lëîo\É 'diagnosti(^üé des péricardites de l’éspèCë qiii nous pCéupé. . < ' i;

La Seule ibaladië'aigüë qui puisse , au premier abords la^pèricârdité*!^ -ést une pléurésie du - coté gaueiië , obcüpant-toUtë la plèvre da ce côte, ou sa portion infé-^ rieUrel et spéeiàléÊuênt célië qui avoisine le péricarde oU qui revêt lu difepbragmé.' Mais; en faisant un usagé éclairé de nos moyëns d’exploration, on peut assez facilement distinguer ces deux maladies l’une dé i’aütre. Lès caS lès plus ëmbârrâssants sont ceux , et ils ne sont pas très rares, où les deux maladies existent à la fois. Heureusement que, dans ce cas, le médecin diagnostiquera l’une des deux ma-

EXPOSITION DES SYMPTÔMES DE LA PÉPaCARDITE. 6 1 Ô ladies, s’il ne les reconnaît pas toutes les deux ; et comme le traitement est essentiellement le même , l’erreur n’aura réellement aucune conséquence gravé (i).

La complication de la péricardite avec l’eridocardite nods occupera plus tard. {Voyez le chapitre troisième.)

Les observations que nous avons déjà rapportées 5 et celles que nous placerons à la suite de nos préceptes sûr le traitement , permettent de suivre les diverses phases de la maladie , depuis le moment dé l’épanchement jusqu’à la complète résorphon de la partie liquide et à l’organisation celluleuse de'^la fausse membrane i quand elle ü’est pas résorbée elle-même.

Mais il est des cas où le travail de codgestion ët de suppuration s’étend au-delà des limités ordinaires ^ et Ton dit vulgairement alors que la. péricardite est passée â l’état chronique. La péricardite de ce nom n’est pas cependant toujours consécutive à celle qd’on appelle, aiguë. En èfifet, on donne encore le nom de péricardite chronique , ou latente., à celle qui, primitivement et comme d’embléé, affecte une marche lente » sourde, obscure jht qui n’excite pas une vive réaction fébrile. , '

Les symptômes de cetté forrhe de la péricardite sont, au fond, les mêmes que ceux de l’aiguë. ; mais par cela seul qu’ils se développent d’une manière moins rapide, mbiris violente, le diagnostic de la maladie devient beaucoup plus difficile Sous quelques rapports. G’ést ainsi que des mouvements que nous distinguons très bien lorsqu’ils s’opèrent avec üriè certaine viièsSé , Sé dérôBént mÔmpiêtemént .à hotré vile s’ils s’èiécüteni; avec diiè ëxtrêmé léntedr et qu’ils se pâsssfit dans déi corps d’dn ^étit vbldraé.

Toutefois, coirlnié lëS sigtîës physiques dè l’épàhcné-

(1) Au reste , nous avons rapporté des cas dans lesquels cette double inflammalion a été parfaitement diagnostiquée par nous , et nous en rapporterons d’autres à l’article Traitement.

Ol6 HISTOIRE GÉJN'ÉRALE DK LA. PERICARDITE, ment existent dans ce cas, ainsi que dans la péricardite aiguë, on peut, avec une attention et une habitude suffisantes, parvenir au diagnostic de la péricardite chronique. Lorsqu’aux signes indiqués de cet épanchement se joignent une douleur plus ou moins sourde dans la région précordiale, une lièvre lente, avec ou sans redoublement le soir ou après l’ingestion de quelques aliments , une oppression plus ou moins marquée , une sorte de bouffissure du visage avec ou sans teinte violacée, une infiltration générale, ou simplement un peu d’empâtement et d’œdème autour des malléoles, augmentant lorsque les malades se lèvent et restent un certain temps debout ; à cet ensemble de symptômes , disons-nous , on peut annoncer l’existence d’une péricardite chronique.

Cette espèce de péricardite est souvent méconnue , en-" core aujourd’hui ; mais elle ne l’est réellement que parles médecins qui négligent l’emploi des méthodes exactes d’exploration, ou qui les emploient sans être suffisamment familiarisés avec elles. Il nous est arrivé deux fois à nousmême, depuis la première édition de ce traité jusqu’à celle-ci, de rencontrer sur le cadavre une péricardite de ce genre que nous n’avons point diagnostiquée. Or, dans ces deux cas, nous avions négligé explorer la région précordiale.

§ II. Des signes des adhérences et autres productions accidentelles consécutives à la péricardite.

Les adhérences, les plaques laiteuses ou les taies du péricarde , que l’inflammation de cette membrane entraîne si souvent à sa suite, ne me paraissent pas troubler nécessairement le jeu du cœur : on en rencontre du moins chez des personnes qui jouissaient de la plus florissante santé (i).

(1) Quelques récentes observations me permettent de penser que les simples plaques pseudo-membraneuses, organisées à la surface du péricarde, peuvent donner lieu à un bruit de râpementpius ou moins fort. JVous avons

EXPOSITIOIV DES SYMPTOMES DE TA. PERICARDITE. 617 Je ne connais encore aucun signe certain qui puisse faire reconnaître en particulier l’existence des adhérences du péricarde (1). Je ne serais cependant point surpris qu’on découvrît par la suite quelque bruit propre à signaler la présence de certaines espèces d’adhérences , bruit qui ressemblerait plus ou moins à ce bruit de craquement et de cuir neuf qui m’a paru coïncider avec les adhérences fibreuses qu’on rencontre souvent au sommet du poumon des phthisiques.

Dans cinq ou six cas, la région précordiale m’a présenté une dépression bien marquée, évidemment consécutive à une ancienne péricardite terminée par adhésion, dépression qui est l’analogue de celle qu’on rencontre dans un des côtés de la poitrine à la suite d’une pleurésie également terminée par adhésion. Cette sorte de rétrécissement de la région précordiale me parait aujourd’hui d’une haute importance

gardé long-temps dansnossallesun homme qui. à la suite d’une endo-péricardile aiguë, conserve un très beau bruit de ce genre , et dont la santé est d’ailleurs parfaitement rétablie (nous rapporterons plus loin cette observation).

(1) M. le docteur Sanderdit, je le sais , « qu’on peut reconnaître l’adhé- » rence du péricarde au cœur par l’existence d’un mouvement perpétuel » d’une très forte ondulation, se montrant plus bas que celle que l’on sent » naturellement dans la région du cœur. » Voici l’explication que donne M. Sander de ce mouvement: « Pendant la contraction simultanée des ven- » Iricules, la pointe du cœur s’élève en avant et doit entraîner en haut la » partie inférieure du péricarde avec le diaphragme et tout ce qui lui est «adhérent, et en même temps se dessine un enfoncement sous les côtes » ga.uches dé la région supérieure du ventre ; dans le mouvement suivant , les «ventricules se dilatent, la pointe du cœur se meut subitement en bas, et, «n’étant pas dans un espace libre, communique actuellement au péricarde » adhérent, au diaphragme et aux autres parties, le choc qui est sensible à « l’extérieur par une petite élévation , qui se dessine dans le même endroit « où peu auparavant s’était formée la concavité, et qui s’étend pourtant un « peu plus bas. » Je n’ai point encore observé la particularité dont parle M. Sander. Il ne faut pas confondre, en effet, avec le phénomène dont il s’agit, la dépression qu’on observe quelquefois vers la région précordiale, pendant l’inspiration, chez les individus dont la plèvre pulmonaire adhère au péricarde et à la plèvre pariétale voisine.

5i8 HISTPIRE GÉTYÉRALE DE EA. PÉRICARDITE, poîir diagnpstÎQ de Tadhérence générale et étroite du péfioarde^uçœur, telle que nous l’avons décrite plus haut.

ILor^que les plaques ou les granulations développées à la sqrface du périparde forment un relief plus ou moins pronoqçé, qu’elles sgnt dures, inégales, cartilagineuses ou même osseuses^ elles donnent lieu à différents bruits de frottement rude ou dp raclement qui pourraient en faire au moins soupçonner la présence. L’observation 28? est le fait le plus positif que j’aie encore recueilli à l’appui de cette opimQb. et je l’ai discuté en traitant des bruits anormaux qui peuvent se passer dans la cavité du péricai’de les Prolégomènes). Mais j’ai plusieurs fois entendu dans I4 région du cœur divers bruits de râdeinent plus ou meips forts, que je ^uis d’autant plus disposé à rapporter au genre de lésions dont nous nous occupons , que les malades cbez lesquels je les ai constatés avaient antécédemment éprouvé des symptômes qu’on ne pouvait raisonnablement guère expliquer que par l’existence d’une péricardite.

Répétons, en terminant , que les productions celluleuses et fibreuses, les végétations granuleuses, les plaques cartilagineuses et calcaires du péricarde , ou sont complètement innocentes, QU du moins ne nuisent pas considérablement aux fonctions de la circulation. Nous verrons dans le chapitre suivant qu’il n’en est malheureusement pas de même lorsque dépareilles productions se développent à l’intérieur du cœur ou sur l’endocarde. Tant il est vrai que , dans beaucoup de cas , comme l’avait déjà dit le père dé la médecine, les effets d’une seule et même maladie diffèrent suivant le lieu qu’elle occupe : omnium morborum modus unus ^ locus d^erentiapi fqçit^i).

(1) Le mot omnium est seulement beaucoup trop général.

EXPOSITION BES CAUSES DE LA Pi^aÇAEDlTE. 5 HJ

ARTICLE TROISIÈME

ESPQSITIOIN- EAISO^SÉE BES CAUSES BE LA PÉEIÇABBITE, '

Comme celles de toutes les autres phlegmasies, les causes de la péricardite sont déterminantes ç.ï prédisposantes. Parmi les causes déterminantes, la plus puissante, la plus fréquente, et partant celle qu’il importe le plus de bien connaître, c’est incontestablement un refroidissement brusque etsqbit, succédant à' une forte cbaleur du corps et à des exercices plus ou moins violents.

Mais, avant d’insister d’une manière toute spéciale sur cette grande cause de péricardite , indiquons rapidement les autres causes de cette inaladip. Parmi elles se trouvent les violences extérieures, les agents traumatiques (les coups, les chutes, les corps étrangers introduits dans le péricarde).

M. Pienauldin a lu lé 5o jjuiilet 1800, à l’Académie royale de médecine, un exemple curieux de péricardite causée par Vintroduction d’une longue aiguille dans le ventricule droit du cœur (1). . , . ,

(1) Le sujet de çeUe observation était un bpmrae récemn^eiit arrivé à Paris , qui mourut après avoir tenté, à plusieurs reprises, de se suicider. A l’ouverture de son corps, on trouva près de deux litres d’un liquide séro-albumineux dans le péricarde et une aiguille qui avait pénétré" dans le venlricùle droit , sans qu’on ait pu découvrir de cicatrice à la peau. ' , ;

A l’occasion de la lecture iqVéresiantç de çelte observation, JI. Dupuî çom^r muniqua les remarques suivantes , qui me paraissent dignes de fixer l’attention des observateurs. Ce savant vétérinaire dit avoir observé des cas analogues au précédent sur des animaux, qui ont survécu, mais en présentant un état asthmatique. L’introduction d’aiguilles, chez les ruminants , se Éalt par la déglutition : une fois parvenus dans la panse, ces corps étrangers, 411 M. Dupuy, vont ensuite gagner la poitrine, le péricarjie, le cœur.

J’ajouterai ici que M. Desclaux a produit des péricardites pt des endocardites chez les lapins, en traversant le péricarde et le cœur de ces animaux avec des aiguilles. Ce jeune et laborieux observateur, dont j’ai déjà précédemment cité le nom , m’a montré, en 1834, un cas de cette endo-péricardite expérimentale.

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