HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA PÉRICARDITE
tion que j’ai approfondie dans mon Traité du rhumatisme articulaire (i).
Je terminerai en faisant remarquer que la similitude d’organisation qui existe entre le péricarde et l’endocarde d’une part , et le tissu séro-fibreux qui est le siège essentiel du rhumatisme articulaire aigu d’autre part, est une condition qu’il ne faut pas perdre de vue pour se rendre compte de ce que nous venons de dire sur la coïncidence de celte dernière maladie avec la péricardite et l’endocardite.
Les causes prédisposantes de la péricardite ne nous occuperont que quelques instants : on observe cette maladie dans tous les âges , et chez les deux sexes ; elle règne dans tous les climats, dans toutes les saisons ; néanmoins les sujets de lo à 3o ans y sont plus exposés que ceux des autres âges ; elle est plus commune dans les périodes de l’année où se rencontrent les grandes alternatives de chaud et de froid , que dans les autres, etc. Il me paraît, d’ailleurs, que pour cette maladie , conr,me pour tant d’autres , certaines conditions individuelles, personnelles , constituent un état de prédisposition qu’il ne faut pas négliger. Plusieurs faits me portent à croire que cette prédisposition est héréditaire.
(1) Je regrette sincèrement que mes recherches sur les causes de la péricardite ne s’accordent pas tout-â-fait avec celles d’un observateur tel que M. Louis. « Les causes de la péricardite, dit-il, ne sont pas une des parties
» les moins obscures de son histoire . Les causes excitantes sont inconnues
» dans la plupart des cas. » Il est vrai que plus loin M. Louis convient qu’on peut croire qu’elle reconnaît les mêmes causes que la pleurésie et ta péripneumonie. Le lecteur pense probablement que cette sorte d’amendement est un trait de lumière pour l’étiologie de la péricardite. Oui, sans doute, si M. Louis n’ajoutait aussitôt: « Combien de fois la péripneumonie elle- » même survient sans cause appréciable! » Quiconque aura lu attentivement nos observations et s’appliquera, pour son propre compte , à étudier profondément la question qui nous occupe , remplacera cette exclamation par la suivante beaucoup plus exacte : Combien de fois la péripneumonie ellemême survient après les brusques et grandes alternatives de chaud et de froid , à la suite d'exercices fatigants !
pfiO?fOSTlC ET COMPLICATlOiîrS DE LA PÉRICARDITE. 020
ARTICLE QUATRIÈIVIE.
PROISOSTIC , MORTALITÉ , MARCHE , DURÉE ET COMPLICATIOAS DE LA PÉRICARDirE.
I. La péricardite aiguë intense est sans contredit une grave maladie , vu l’importance des fonctions de l’organe dont elle affecte l’enveloppe externe ; mais Corvisart et plusieurs autres observateurs moins célèbres nous paraissent avoir beaucoup exagéré les dangers de la péricardite considérée d’une manière générale. Pour principale preuve de celte assertion , qui paraîtra peut-être assez étrange à quelques lecteurs , il me suffira de rappeler combien il est fréquent de rencontrer des traces d’une ancienne péricardite (adhérences , plaques laiteuses , etc.) , à l’ouverture d’individus qui ont été enlevés par diverses maladies aiguës ou chroniques, dans lesquelles le cœur et ses enveloppes ne se trouvaient point compromis.
Avec la pleurésie et l’endocardite , la péiicardite est, en effet, si je dois m’en rapporter aux très nombreuses observations que j’ai recueillies, la phlegmasie dont on trouve le plus souvent des traces anciennes sur le cadavre. Ainsi donc, il est un très grand nombre de personnes qui ont eu des péricardites, presque toujours méconnues, auxquelles elles n’ont point succombé. Que si une péricardite méconnue, et parafant mal ou incomplètement traitée , se termine ainsi très souvent d’une manière heureuse, en laissant seulement à sa suite, àl’instar de la pleurésie, diverses productions accidentelles, que ne doit-on pas espérer aujourd’hui que la possibilité de son diagnostic nous permet de la traiter d’une manière conforme aux préceptes de la saine expérience ?
J’ai rappelé , au commencement de ce chapitre , le terrible pronostic porté par Corvisart, selon lequel la péricardite aiguë et la péricardite chronique sont nécessairement mortelles (la péricardite qu’il appelle laissant seule
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quelque espérance) . J’oserai afSrmer, contre l’autorité de ce grand maître, qu’.uil temps viendra oû ce queCorvisart considérait ici comme la loi , sera l’exception , et réciproquement ; c’dst-à-diré que l'es Cas curables séfont les cas ordinaires, et que les cas mortels constitueront les cas exceptionnels.
Ce temps est arrivé pour nous , depuis sept à Luit ans que nous avons soumis la péricardite au traitement énergique exposé un peu plus loin. Je puis afïirmerj en effet, que j’ai guéri le plus gran.d nombre des péricardites que j’ai eu occasion de rencontrer depuis celte époque ^ et lès succès vrairnent extraordinaires que j’obtiens chaque jour des émissions sanguines pratiquées selon la nouvelle formule dans les piilegmasies aiguës eil général j me donnent la certitude clinique que les péricardites auxquelles Cette formule sera bien- appliquée et à temps.^ ne lui résisteront pas (i). Les plus rebelles, lesplus meurtrières seront celles qui aurohtpour complication une endocardite intense, une près violente, pleuré^é oupleuro-pneumonie ; et nous avons toutefois eu lej hpnLenï’ de guérir presque toutes des dernières eîles-niêmes, , i
^ Des auteurs, très recommandables; , LanciSi, ViepssenS^ Sénac , Meckel et Ij’immortel Mbrgagni surtout „ônt longuèment. disserté sur la question do sayoir si radLér.encé. péricarde. au coeur .qie devait pas être régardée igomme la cause (i’acçidents plus oü moins fâchfeuXj; dé palbitotions en particulier. Il sèiJibleF,ait , au premier abord , qu’une telle adhérence doit entraver le je;ji dddiâpLragmé j et qùei réciproquement, les mouvements; de: ce muscle doivent plus ou rhoins dél’anger alors la systole et la . diastole du coeur. Peut-être en .est- il ainsi quelquefois ; niais il est bien certain que j’ai trouvé très souvent et que d’autres observa-
(1) Voyez, à ce sujet, noltk è^ihiqué mëdicàlë ét ié 7rùùé dir rkumaiis/né arUciUaire. - , - . ... -- . -
PROîîOSTIC ET COMPLÏCA^TIOiS'S DE LA PERICARDITE. 5 S’y
teurs ont rencontré de complètes adhérences du péricarde au cœur, chez des Individus dont la circulation et la respiration n’avaient éprouvé aucune espèce d’obstacle provenant de la présence de ces adhérences (i).
Disons toutefois ici que les adhérences générales et complètes sont moins communes peut-être à la suite de la péricardite qu’à la suite de la pleurésie , ce qui pourrait dépendre des mouvernents forts et continuels dont le cœur est incessamment ag'dé. Aussi les plaques fibreuses, fibro-» cartilagineuses, etc., sont-elles plus commîmes que les adhérences proprernent dites à la suite de, la péricardite. Qçs plaques, quand elles sont saillantes, inégalesj rugueuses, \éé granulations et les végétations plus ou, moins dures qui peuvent hérisser la surface du péricarde, fendent moins lihr.è: et moins facile le glissement du cœurj et l’on entend ordiiiai-* rement , ainsi què i’en.ai cité des exernples, un Bruit particulier,. indice de ce frottement accidentel; niai s, aucun fait ne me porte à croire qu’il en résulte > dans: les cas ordinaires; un obstacle notable aux fonctions du cœür.
La péricardite chronique i avec épanchement purulent , séro'sanguinolentj ou séro-pseudo-membraneüx , doit iné spirer de sérieuses inquiétudes , au moins dans l’état actuel de. nos moyens thérapeutiques, , On né saurait donc trop s’apl)liqiier à.reconnaitre de bonne heure la péricardite , et
(1) Çorvisart est donc réellement et heureusement tombé dans l’erréuxr (erreur déjà rëiévèe pâfLaëhriecj, eh disant : «Dé.mêriié qüé je ne crois p.âs qu’il » soit jiossiijie dé vivrte et de vivre saiù; avec l’haHérencé cdrnpliÉ'ë è^,‘^ffli^lé- » diâtè défr péüiüoris âüx stirîâces adjacentes ; de rhême je pettsé 'qùeorâdhé- » rehce totale du péficardé au coeur est nécessaire^è?^ accompagnée d’pil » dérèglement dans.les fonctions de, cet organe, que la, pi^ort en^estja suUe » inévitable , plus prompte ou plus tardive suivant l’âge, lè sexe, le-teippé- » rament, îâ profession , Tes dispositions ihOràlès. » ' , “
~ Tôiit rèéétnment eficofé (• juillét 1S40) , npiis avons düverl unr individu chez iéquêl Fé péricarde adhérait de toutes parts au cœur, et qui péndahÈ la vie h’avail.offert aucun trouble de la circuiâlion. . . , . . . ^ -
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à la combattre par ces méthodes vigoureuses qui préviennent si heureusement le passage de la maladie à l’état chronique.
IL La marche et la durée de la péricardite varient suivant un grand nombre de circonstances , telles que le genre de cause qui a produit ia maladie, l’âge, le tempérament, l’état de simplicité ou de complication, le traitement, etc.
Quelques péricardites paraissent marcher avec une rapi-i dité si effrayante, qu’elles foudroient pour ainsi dire les malades. C’est ainsi que le sujet de la première des observations de péricardite rapportées dans la Clinique médicale àQ M. Andral fut emporté en 27 heures. On sait aussi que la péricardite à laquellé succomba le grand Mirabeau produisit des accidents si rapidement mortels, qu’on fit courir le bruit d’un empoisonnement.
Les péricardites si rapidement mortelles sont presque toujours compliquées, soit d’une violente pleurésie, soit d’une endocardite sur-aiguë , etc.
Lorsque la péricardite est chronique, elle peut durer plusieurs mois. Quant aux produits organisés qu’elle amène à sa suite, ils persistent, comme nous l’avons vu, un temps indéterminé , sans troubler notablement la santé.
Une péricardite de moyenne intensité, traitée , dès son début, par notre méthode, se termine, en général, d’une manière heureuse, vers la fin du premier septénaire ; il y a quelques exceptions à cette règle.
III. Nous avons déjà tant de fois été force de parler des complications de la péricardite, que je n’ai pas cru devoir consacrer ici un article particulier à ce sujet. Les Laits consi gnés dans ce chapitre prouvent j usqu’à l’évidence que la péricardite est le plus souvent compliquée d’une inflammation soit aiguë, soit chronique, de la membrane interne du cœur, de la plèvre, du péritoine et des membranes synoviales des articulations. J’ai cité un cas bien remarquable où la rate elle-même avait été prise d’une inflammation
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avec suppuration : il existait dans ce cas une pleurésie diaphragmatique du côté gauche.
Ne nous étonnons donc pas si Corvisart a dit : Qiiil navait point (T observations propres ci’ une péricardite aiguë sans complication,