‹ Traite clinique des maladies du systeme nerveuxChapitre 104 sur 184 · C. ÉCL.VMPSIE TOXIQUE · texte numérisé non relu

C. ÉCL.VMPSIE TOXIQUE

L'expérience nous apprend qu'un très-grand nombre de poisons de toute sorte peuvent donner lieu aux attaques d'éclampsie les plus redoutables. Ce sont certains poisons métalliques, des gaz irrespirables et des poisons d'origine organique.

Parmi les poisons métalliques, la première place dans cette question appartient au plomb. Cependant ïëclampsie saturnine est une maladie rare. Elle est presque toujours associée à d'autres symptômes d'intoxication saturnine chronique, coliques, arthralgies, paralysies saturnines, délire, troubles des sens, accès de manie, et en général elle ne dure pas au delà de quelques jours. D'après Tanquerel des Planches, un cinquième des malades atteints de cette affection pourrait guérir; Grisolle a perdu presque tous ses malades. Déjà le premier de ces auteurs se prononçait nettement contre toute relation de cette forme d'éclampsie avec l'urémie et l'albuminurie, car il n'avait pu découvrir chez ses malades ni albumine dans l'urine, ni lésions des reins. Plus récemment, Rosenstein (Schuchardt's Zeitschr. /'./?r.//eî7A;.,4H.,1867) a démontré par une série de recherches sur des chiens (les animaux mouraient d'amaurose saturnine et d'éclampsie, après ingestion prolongée d'acétate de plomb), que l'intoxication saturnine chronique ne provoque ni albuminurie, ni altérations anatomiques des reins; que malgré une diurèse moins abondante, on ne trouve pas de carbonate d'ammoniaque, et seulement une proportion minime d'urée dans le sang; qu'après la mort des animaux on constate par Vanahjse chimique la présence du plomb dans le cerveau^,

5G0 NEVROSES CEREBRALES ET SPIiNALES WEC CRAMPES.

et qu'il faut voir dans Vanémie cérébrale la cause anatomique de l'ôclampsie. De même chez l'homme on a trouvé, après l'éclampsie saturnine, une coloration terne du cerveau, le parenchyme exsangue, quelquefois induré, les ventricules vides; à l'analyse chimique, on découvrait du sulfate ou de i'albuminate de plomb.

Au point de vue du timitement, on faisait jouer autrefois un rôle important à la médication antiphlogistique et aux saignées. Dans ces cas, Stoll prescrivait l'opium, surtout quand il y avait du délire et des accès maniaques. Tanquerel administrait l'huile de croton, mais son emploi ne donnait pas des effets plus durables que le traitement purgatif de la Charité. Aujourd'hui on s'attache davantage au traitement symptomatique : émissions sanguines locales, compresses froides sur la tête, affusions froides, opium quand il y a des douleurs et du délire.

Dans les empoisonnements par les gaz irrespirables, oxyde de carbone, hydrogène carboné, il y a également des accidents éclainpliques. Dans ces cas il faut avant tout soustraire le malade à l'action des gaz délétères; s'il y a une congestion intense, on pratique une saignée; si la respiration est suspendue, on institue la respiration artificielle. Si l'on a sous la main un appareil à induction, il faut, d'après Ziemssen, faire la faradisation du nerf phrénique au niveau du cou. S'il y a du sopor et de la cyanose, quelquefois on se trouve bien des affusions froides sur la tète, des frictions sur tout le corps, des lavements vinaigrés.

Les poisons végétaux (acide prussique, conicine, nicotine, picrotoxine extraite du menispermum cocculus, cicuta aquatica, œnanthe crocata) donnent aussi lieu à des convulsions éclamptiformes, avec symptômes de tétanos et de trismus. La symptomatologie et le traitement de ces différents cas présentent encore beaucoup de lacunes; nous renvoyons, pour l'étude de chacun de ces poisons, aux traités spéciaux.

Pour terminer, nous dirons encore un mot des éclampsies d'origine contagieuse et miasmatique. L'éclampsie précède quelquefois l'apparition des exanthèmes aigus, mais elle cesse promptement. L'éclampsie est beaucoup plus grave quand elle se montre pendant la période d'état de ces maladies, quand elle s'accompagne d'un mouvement fébrile intense, d'une maladie de Briglit, comme aux périodes avancées de la variole et de la scarlatine, ou de pyoémie et de méningite, comme dans la variole. On peut observer aussi des symptômes éclamptiques dans la première période de la fièvre typhoïde, dans le rhumatisme articulaire aigu, dans l'érysipèle de la face, sans qu'il y ait ni méniii-

gilc ni encéphalite. Dans quelques cas on trouve dans le cerveau dos foyers métaslatiques, ou seulement une légère infiltration séreuse du parenchyme, un état de fluidité du sang, un relâchement de la musculature du cœur; souvent même on ne constafe aucune de ces modilicalions, et l'on reste dans une ignorance complète sur la cause des accidents éclamptiques. L'éclampsie existe aussi dans l'angine pseudo-membraneuse, dans l'œdème de la glotte, dans le spasme glottique des enfants (asthme thymiquc); ici les accidents peuvent être rapportés aux obstacles qui empêchent l'afflux du sang artériel vers le cerveau.

Certaines maladies abdominales, l'atrophie aiguë du foie, le passage de calculs rénaux ou biliaires, peuvent s'accompagner aussi de crampes éclamptiques. Enfin les flèvres intermittentes graves de certaines contrées présentent des paroxysmes éclamptiformes, qui cèdent à de fortes doses de quinine.

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