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CRAMPE DES ÉCRIVAINS

loureuse, plus prononcée à l'avant-bras dans le sens de l'extension, et remontant jusqu'aux muscles de l'épaule et du thorax.

Si l'on analyse en détail la série physiologique des actes qui concourent à récriture, comme l'ont fait Ducliennc et surtout Zuradelli (Del crampo clegli scrittori, Gaz. med. ital.Lombard^n''' 56-42, 1857), on voit que l'écriture résulte de la combinaison de mouvements délicats et complexes, exigeant une coopération harmonique et précise, et un fonctionnement alternatif de certains muscles des doigts. Le tracé des pleins et des déliés, auquel concourent le pouce et les deux premiers doigts, s'obtient, pour la première moitié, par une extension synergique des dernières phalanges et une flexion des premières (au moyen des interosseux, des lombricaux, du fléchisseur, de l'opposant et de l'extenseur du pouce) ; pour la seconde moitié, c'est une action inverse produite par une contraction simultanée du fléchisseur profond et de l'extenseur commun des doigts; la translation de la main de gauche à droite dans le sens des lignes, les mouvements d'immersion et de relèvement de la plume, sont obtenus par les contractions du petit rond, du sous-épineux et du deltoïde (avec l'aide des fléchisseurs).

Il résulte de là, que dans la nombreuse série des mouvements qui composent l'écriture, on met surtout à contribution les petits muscles, qui, dans certaines conditions d'excitabilité individuelle, peuvent être facilement surmenés et atteints d'une crampe ; celle-ci se répétant, il en résulte une faiblesse progressive des mouvements combinés, pouvante la fois compromettre jusqu'à la faculté d'écrire. Suivant que les mouvements que nous avons énumérés sont embarrassés à des degrés différents, ou déjà même abolis, on voit se manifester les différentes formes de la crampe des écrivains. Quelquefois c'est le tracé des déliés qui est manifestement pénible, la première et la seconde phalange formant entre elles, pendant la flexion, un angle plus obtus.

Les muscles le plus fréquemment atteints de crampe sont les petits muscles des phalanges, ainsi que ceux du pouce. La crampe peut se manifester sous forme de secousses cloniques (crampe avec tremblement), ou sous forme de crampe tonique des fléchisseurs, atteignant principalement le pouce, qui enfonce alors la plume dans le papier. 11 peut se produire passagèrement une crampe des extenseurs, qui éloigne brusquement la plume du papier; c'est, en somme, un symptôme assez rare, qui doit être causé par un spasme des muscles qui dirigent la main dans son mouvement de translation. On observe de temps en temps, au début de la maladie, des crampes isolées, faisant

obstacle particulièrement à l'iin ou à l'autre des mouvements de Téciiture ; en général, les crampes et les troubles fonctionnels occupent les différents muscles des doigts et du pouce, et si l'on continue le travail quand même, elles gagnent les muscles de l'avantbras et du bras.

La crampe des artisans n'est pas seulement provoquée par l'écriture ; chez les sujets prédisposés, elle se manifeste aussi dans d'autres travaux : la couture, le tricot, le dessin, le jeu du piano, du violon ou de la harpe; chez les graveurs, les compositeurs d'imprimerie, etc., tous travaux exigeant une agilité soutenue dans les mouvements des doigts et de la main. Les mouvements plus grossiers, qui mettent moins en jeu les muscles des doigts et du bras, ne provoquent pas de semblables accidents.

Comme troubles de la sensibilité', on constate chez quelques malades des douleurs névralgiques, des points douloureux le long des nerfs du bras, de la sensibilité à la pression et à l'excitation électrique sur certains points de la colonne vertébrale. L'exploration électrique, dans certaines formes de crampe des écrivains, révèle des yerversions dans le mode normal des contractions; la secousse de fermeture à l'anode se produit, pour certains nerfs, plus vite et à un degré plus prononcé que la secousse de fermeture à la cathode, ou bien les secousses d'ouverture au pôle négatif apparaissent plus tôt qu'au pôle positif. On constate encore des anomalies de l'excitabilité primitive, et un accroissement de l'irritation par l'action des pôles, Eulenburg [loc. cit.) a fait aussi les mêmes observations.

Étiologie.

La cause la plus fréquente de la maladie est V effort excessif, auquel sont soumis principalement les petits muscles des doigts dans les différentes professions que nous avons signalées. Les plumes de fer, en raison de leur dureté et de leur moindre élasticité, devraient favoriser le développement de la crampe des écrivains ; mais il est prouvé qu'elles n'en sont pas la seule cause, car la maladie se montre quelquefois chez des gens qui ont toujours écrit avec des plumes d'oie. Dans quelques cas de crampe clonique des écrivains, Remak aurait constaté une inlîanunation chronique du nerf médian; il dit aussi que Virritation inflammatoire de rameaux nerveux purement sensitifs (comme le rameau superficiel du nerf radial) pourrait donner naissance à la crampe des écrivains; il a guéri ses malades par l'application locale du courant constant.

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Dans la question étiologiquc, il y a lieu de Icnir grand compte de la prédisposition. Chez les malades que j'ai observés, il y avait presque tolijours des conditions anormales de sensil)ilité, de nature héréditaire. C'étaient des sujets très-impressionnaLles ou très-craintifs, qui souffraient plus ou moins de palpitations nerveuses, de crampes dans différentes parties du corps, d'accidents hystériques. Sur 25 cas de crampe des écrivains rassemblés par Fi'itz, il y avait 7 fois du strabisme, des secousses choréiques, des crampes de la déglutition, etc. Les influences dynamiques et traumatiqiies, que l'on a données comme causes occasionnelles, constituent des exceptions.

Quant à la nature de la crampe des écrivains, il faut la chercher principalement dans la susceptibilité morbide de certains individus. L'irritation produite par les efforts manuels, partant des rameaux musculaires sensitifs (Fritz), et en outre, selon moi, des nerfs qui se distribuent aux articulations des doigts et de la main, détermine, par voie réflexe, un trouble dans l'action coordonnée des muscles ; de là un désordre de plus en plus grand dans le jeu régulier et combiné des actions musculaires, une perturbation spasmodique de leur fonctionnement, et un épuisement manifeste de l'appareil de la coordination, qui n'arrive à cet état de faiblesse que par la surexcitation consécutive à la fréquence des crampes.

On peut provoquer artificiellement la crampe des écrivains, comme je l'ai essayé sur moi-même et sur différents sujets, au moyen de l'excitation faradique. Si l'on applique en même temps les conducteurs sur les deux premiers interosseux et sur l'éminence thénar, pendant que la main écrit, et qu'on fasse passer un courant fort, il se produit alors, surtout dans le tracé des déliés, une crampe tonique dans les extenseurs du pouce et de l'index; les caractères deviennent contournés, la plume roule sur elle-même et enfin abandonne le papier. Si le courant agit à la face dorsale de l'avant-bras, au niveau des points moteurs de l'extenseur propre de l'index et du long extenseur du pouce, la plume est soulevée, et si le courant dure un certain temps, les doigts sont pris de tremblements et d'une crampe persistante. Si l'on se sert de deux appareils d'induction, d'une intensité différente, on détermine dans la main qui écrit des crampes d'une force inégale.

Le siège central de ces troubles de coordination occupe en général une étendue peu considérable, car nous avons vu précédemment que l'incoordination atteint rarement d'autres catégories de mouvements. A ce point de vue, la crampe des écrivains se rapproche des troubles de coordination de la parole qui constituent le bégayement, et l'on pourrait appeler la crampe des écrivains un bégayement de la main

6i8 NÉVROSES AVEC TREMBLEMENT ET TROUBLES DE COORDINATION.

OU de l'écriture. Pourtant, dans la crampe des écrivains, le point symétrique des centres nerveux, dti côté opposé, a une tendance à se prendre, car si l'on s'exerce à écrire de la main gauche, celle-ci à son tour est bientôt atteinte de la crampe.

Diagnostic et Pronostic.

La crampe des écrivains peut être confondue avec des états analogues, comme on en voit à la suite de maladies du cerveau et de la moelle. Dans l'ataxie unilatérale, des accidents ressemblant à la crampe des écrivains peuvent se montrer (j'en ai vu jusqu'ici deux exemples) parmi les premiers symptômes de la maladie. Mais ces accidents sont presque toujours combinés avec des troubles de sensibilité (engourdissement, anesthésie, névralgies) dans les doigts et les bras, quelquefois même dans d'autres parties du corps et jusque dans les membres inférieurs; on constate, en outre, des crampes musculaires passagères, de l'excitation sexuelle et une augmentation manifeste de la réaction galvanique. Zuradclli a observé des cas de crampe des écrivains, avec hyperesthésie ou anesthésie, perte de la sensibilité au contact ou à la douleur, ou de la sensibilité musculaire ; ces symptômes devaient relever d'une cause centrale, car on n'en voit jamais de pareils dans les cas ordinaires.

Dans les maladies cérébrales, les mouvements combinés des doigts ou de la main peuvent être troublés par des crampes et des parésies, simulant la crampe des écrivains. Mais alors il existe de l'incertitude et de la faiblesse, même dans les travaux grossiers, et l'on découvre des troubles sensitifs, des parésies, dans l'extrémité inférieure du même côté, et plus tard dans la sphère des nerfs crâniens. Dans l'hystérie, l'atrophie musculaire progressive et la paralysie saturnine, on observe après des efforts une crampe des écrivains symptomatique, auxquels cas d'autres signes caractéristiques nous éclairent sur la véritable nature de la maladie.

Les mouvements tremblés, que présentent certaines formes de crampe des écrivains, se distinguent des autres espèces de tremblement, en ce que ceux-ci se manifestent aussi dans des mouvements n'exigeant pas d'action coordonnée, ce qui n'est pas le cas pour la crampe des écrivains ; ces autres tremblements ont d'ailleurs une marche plus continue.

Le pronostic, dans la crampe des mains avec incoordination, est d'autant plus défavorable que la maladie est plus enracinée et plus étendue. Les formes légères, qui se manifestent quelquefois au milieu

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