NÉVROSES TOXIQUES
Après avoir considéré dans les chapitres précédents les processus morbides du système nerveux cérébro-spinal à forme irritative et dépressive, nous allons examiner maintenant les accidents consécutifs à l'action de certaines substances toxiques sur les centres nerveux, ou sur des nerfs et des groupes musculaires déterminés.
a. Âlîections nerveuses saturnines.
Parmi les préparations métalliques, le plomb et ses composés méritent une attention particulière en raison de la fréquence et de la gravité de leurs effets sur les systèmes nerveux et musculaire. Le plomb peut pénétrer dans l'organisme par différentes voies; le plus souvent c'est par le tube digestif, moins souvent par les muqueuses (observalions de M. Meyer, Erdmann, MôUer, Geenen, etc., de saturnisme consécutif à l'usage de tabac à priser contenant du plomb ; observation de Sabatier, où des coliques saturnines et de l'arthralgie étaient survenues après des applications prolongées d'acétate de plomb sur les yeux, pour une blépliaroplitlialmie). Le carbonate de plomb peut s'introduire aussi pai' lespoumons, comme je l'ai constaté sur des lapins (Recherches expérimentales sur la pénétration des substances pulvérulentes dans l'organisme, et leur action sur le système nerveux , Jalirb. der Gesellsch. d. Wien. Aerzte , 1866), et chez les ouvriers de différents métiers (Observations sur Tinfluence du ploml) sur l'organisme animal, Zeitschr.f. prakt. Ileilk., n" 48-51, 1865). Dans une fabrique où Ton maniait du verre pilé contenant du plomb, pour la construction d'appareils télégraphiques, Archambault a vu 16
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femmes et o hommes, parmi le personnel, atteints d'affections saturnines. Enfin le plomb peut s'introduire dans l'organisme à travers la peau intacte, comme l'ont prouvé les observations de Scliottin (empoisonnement par l'usage de lames de plomb, pour la teinture des cheveux; à l'autopsie, ramollissement gélatineux, saturnin, à la base du lobe moyen gauche), ainsi que les cas d'Eulenburg, Sporer, etc. J'ai vu aussi se produire des symptômes manifestes de saturnisme, après l'usage prolongé de fards contenant du plomb (arthralgies, tremblements, faiblesse musculaire, embarras de la parole et des idées).
La réceptivité pour l'action toxique du plomb varie beaucoup suivant les individus. J'ai vu survenir des paralysies très-étendues des extrémités, sans qu'il eût existé auparavant ni coliques, ni névralgies, ni tremblement. D'autres fois on observe des attaques répétées de coliques, des troubles de la menstruation chez les femmes employées à la fonte des caractères, une anémie intense avec souffle cardiaque, des avortements fréquents, ou des accouchements d'enfants mortnés, sans qu'à la suite de tous ces accidents il se produise des symptômes de paralysie.
Les individus atteints à plusieurs reprises de coliques éprouvent de la faiblesse dans les membres et souvent perdent leur force musculaire, au point de ne plus pouvoir se livrer à des travaux un peu pénibles, mais sans présenter de véritables paralysies. Dans deux cas de ce genre, avec polyurie, je trouvai V urine fortement albumineuse. Quelques auteurs ont vu ces accidents aller jusqu'à la néphrite. Quand à la suite de violentes coliques, il survient des arthralgies, auxquelles s'ajoute du délire, ne fût-il que passager, il faut redouter l'apparition d'attaques éclamptiques ; un médecin attentif, en présence de ces symptômes prémonitoires, prendra en temps utile les mesures que peut lui fournir la thérapeutique.
Quand il existe une disposition morbide héréditaire aux affections centrales, l'absorption du plomb peut avoir une influence encore plus délétère sur le système nerveux. Aussi Duchesne (Gaz. méd. de Paris, 1863) a publié l'observation d'un tailleur de cristaux, travaillant dans le plomb, dont le père et le frère étaient morts d'épilepsie, et qui après avoir présenté de la constipation, de la céphalalgie et un liséré bleuâtre des gencives, fut atteint d'une éclanipsie saturnine avec méningite consécutive, diagnostic qui fut confirmé à l'autopsie. Orfila, Meurer, Devergie ont constaté la présence du plomb dans le cerveau des sujets morts d'affections saturnines ; d'après les travaux anciens d'Empis et de Robinet, ainsi que d'après les re-
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cherches expérimentales instituées plus récemment par Heubel sur des chiens (PatJiogen. u. Sijmpt. d. chron. Bleivergiftung, Berlin, 1871), le plomb se trouvait presque en quantité plus considérable dans le cerveau et la moelle que dans le foie et les reins. D'après les recherches d'Heubel, et contrairement aux résultats antérieurs de Gusserow (FzVc/i. Arch., XXI, Bd), les muscles sont moins riches en plomb que le système nerveux central.
Gueneau de Mussy et Lemaire ont publié (Gaz. des Hop., juillet, 1865) l'observation d'un peintre *de 50 ans, mort au milieu de symptômes éclamptiques après plusieurs attaques de coliques et de délire ; à l'autopsie on trouva dans V encéphale une héniorrhagie considérable, dont le foyer anfractueux, rempli de caillots, comniuniqvait avec le quatrième ventricule ; le cœur et les poumons avaient un aspect normal. Quand des symptômes cérébraux avec paralysie se produisent chez un saturnin, on est souvent autorisé à rattacher les accidents cérébraux à l'intoxication saturnine. Duchenne raconte l'histoire d'un peintre de la clinique de Trousseau, qui fui pris, après plusieurs attaques de coliques, d'une hémiplégie que l'on considéra comme saturnine, jusqu'à ce qu'on en découvrît l'origine centrale, en constatant que la contractilité et la sensibilité électromusculaires étaient normales. A l'autopsie, on trouva une hémorrhagie abondante dans l'un des lobes cérébraux. J'ai publié aussi l'observation d'un peintre [Électrothérapie, 2^ édit., observ. 52) qui avait (outre la coloration des gencives, et de l'anémie) une hémiplégie droite considérée comme saturnine, jusqu'à ce que l'exploration électrique eût révélé le caractère cérébral de la maladie. On trouva à l'autopsie une héniorrhagie dans la partie externe du corps strié et du noyau lenticulaire à gauche; les artères de la base étaient indurées.
Véclampsie saturnine a été rapportée par Traube (Med. Centraheit . , 1861), et par Bosenstcin [Schuchardf s Zeitschr., 1867), à une anémie cérébrale capillaire, causée par un œdème cérébral. Heubel est parvenu de son côté (/. c.) à démontrer l'anémie et l'augmentation de la proportion d'eau dans la substance cérébrale. L'albuminurie saturnine et l'atrophie granuleuse des reins, observées par Ollivier et Lancereaux (Union med., 1864), n'ont pas été retrouvées par Rosenstein et Heubel. J'ai vu, à l'hôpital général de Vienne, un cas d'encéphalopathie saturnine, intéressant en raison de sa terminaison favorable ; il s'agit d'un peintre de 24 ans qui, après six attaques de coliques saturnines, fut pris un jour de convulsions à la face et aux extrémités, avec vomissements, perte de connaissance et ralen-
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tissement du pouls. Ou cul recours à douze saugsues aux tempes, à des compresses froides sur la iete, à des dérivatifs intesliuaux, et tous les syuiptômes menaçauts disparureut eu quelcpies jours. Mentionnons enfin V amaurose satuîmine, qui se rencouLre chez les saturnins, et que Rosenstein a observée aussi sur des chiens empoisonnés par le plomb. Meyer a publié (Union mëd., 1868) l'observation d'une blanchisseuse de dentelles atteinte de céphalalgie, de convulsions et d'amblyopie, chez laquelle on trouva à l'ophthalmoscope une névrorétinite; un traitement dérivatif améliora la vision, sans apporter de changements notables dans l'état du fond de l'œil.
Dans 5 cas de névro-rétinite saturnine de Ilutchinson (Ophlkalin. hospit. Rep., VII), la médication resta sans succès. Un cas de névrorétinite bilatérale (nombreuses taches blanches autour de la papille optique) chez un saturnin, avec guérison complète de l'affection oculaire, a été récemment publié par Stricker [Berl. Charïié- Annal., I, 1874).
Les troubles de la sensibilité et de la motilité, survenant dans le cours des affections saturnines, revêtent souvent les caractères de symptômes médullaires. L'excès de la sensibilité peut se manifester par une hyperesthésie des parties superficielles, ou par des névralgies des parties profondes. U hyperesthésie cutanée, comme je l'ai observé dans plusieurs cas, accompagne souvent les paroxysmes douloureux, tandis qu'après leur disparition on ne la constate plus qu'à un faible degré. Cette hyperesthésie, à peine mentionnée par les auteurs, alterne le plus souvent avec de l'anesthésie, et par suite se rapproche des troubles sensitifs de l'hystérie, avec leurs manifestations changeantes ; ceux-ci se reconnaissent toutefois aux autres symptômes caractéristiques de la maladie.
Les accidents décrits parles auteurs sous le nom à'arthralgies sont, d'après mon expérience, de nature névralgique, et doivent être considérés comme des névralgies vagues. On en a pour preuves leur périodicité, leurs récidives fréquentes, l'existence de points douloureux à la pression, dans le voisinage de la colonne vertébrale, les crampes musculaires partielles, les sensations de picotement ou d'engourdissement qui se manifestent à la fin de l'attaque. Ces névralgies saturnines peuvent se montrer aux extrémités supérieures ou inférieures, à la région lombaire, dans les espaces intercostaux, et môme dans les branches du trijumeau. Les douleurs térébrantes ou déchirantes affectent principalement les fléchisseurs, tandis que les paralysies sont plus spéciales aux extenseurs. D'après les observations de Tanquerel, sur 52 cas de coliques saturnines, il y a 52 arthralgies. Dans
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les cas de Sieveking (Lancet, I Ed., i86i), on trouve 7 observations de névralgies saturnines chez des hommes, et seulement un cas à ca ractères douteux chez une femme.
Vanesthésie saturnine est un symptôme plus fréquent, et par suite mieux observé. Tanquerel l'avait placée trop bas dans l'échelle de fréquence des différents accidents ; plus tard elle a été mieux étudiée par Beau (Arch. gén., j848). Cet auteur a observé l'anesthésie chez 50 ouvriers en plomb, dans les couches superficielles ou profondes des membres, plus rarement au tronc et à la tête ; ni les attouchements ni le pincement des muqueuses ne provoquaient de sensations douloureuses. Sur d'autres points, la sensibilité au contact était conservée, et il y avait seulement analgésie. Mais Beau va trop loin, lorsqu'il avance que la sensibilité à la douleur doit toujours manquer, là où la sensibilité au contact est supprimée.
Falk dislingue, dans les affections saturnines chroniques {in Virch. Handb. der Paih. u. Tlierap., p. 210), une anesthésie superficielle et une anesthésie profonde. Au début de l'amélioration, celle-ci disparaît plus tôt que la première. Smoler, dans 15 cas d'intoxication saturnine, a trouvé l'analgésie cutanée plus ou moins étendue ; il n'y avait pas d'anesthésie, mais la localisation des impressions se faisait mal (ce qui pouvait être considéré comme de l'anesthésie incomplète). Archambault a publié récemment des observations analogues. Chez des saturnins paralytiques, avec abolition de l'excitabilité des troncs" nerveux, j'ai trouvé de l'analgésie sur une grande étendue des parties paralysées, ordinairement avec conservation de la sensibilité au contact. On a observé beaucoup plus rarement, et jusqu'ici sans aucune relation avec la paralysie, la perte de la sensation de brûlure que donne le badigeonnage au moyen de la cathode d'une batterie, d'ailleurs parfaitement appréciable pour la sensibilité. Quant à la nature spinale de l'analgésie saturnine, après les explications que nous avons données précédemment il n'est guère possible de conserver aucun doute. Dans deux cas d'intoxication saturnine, avec abolition de la sensibilité et perte de connaissance, Tanquerel a observé de la catalepsie, avec flexibilité cireuse.
Les troubles de la motililé iV origine saturnine sont infiniment plus graves et plus pénétrants. Ils peuvent affecter les appareils musculaires les plus différents. Chez les chevaux employés dans les fabriques de minium, Trousseau a observé une paralysie des muscles de la glotte (les vétérinaires connaissent d'ailleurs cet accident sous les noms de cornage, de dyspnée). Les animaux ont une respiration normale au repos; mais quand ils se remuent, elle devient précipitée, bruyante, ils ont de la sueur et des tremblements de tout le corps, jusqu'à ce qu'enfin ils tombent épuisés. Quand la maladie se prolonge, on ne sauve la vie de ces chevaux qu'en leur pratiquant la trachéotomie, et en maintenant la fistule ouverte pendant plusieurs années. Dans des cas de ce genre, Gùnther, Gurlt, Iledwig ont constaté à l'au
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topsie une ylrophic et une décoloralioii des ueris récurrents, avec gonflement et dégénérescence graisseuse des dilatateurs de la glotte.
D'après Romberg, dans les états analogues chez l'homme, la moitié gauche du larynx serait ordinairement plus prise, et se laisserait repousser en dedans i)lus facilement que le côté sain ; en exerçant une pression énergique et prolongée sur le cartilage aryténoïde du côté malade, tout en lixant la moitié saine du larynx, on voit la respiration s'accélérer, comme sous l'influence des mouvements violents. Indépendamment de ces signes indiqués par Romberg, l'examen laryngoscopique chez l'homme fournirait des données importantes sur l'aspect et la forme de la glotte, sur la difficulté ou l'abolition des mouvements dans la corde vocal(> du côté malade. Comme paralysies partielles de la région laryngée, Tanquercl a observé 16 cas d'aphonie et 15 cas de bredouillement et de bégayement d'origine saturnine {psellismus saturninus) . On trouve des faits analogues cités dans Raglivi et de Haen. Ces paralysies des muscles du larynx et de la parole se combineraient assez souvent avec des paralysies partielles des muscles du tronc, et auraient presque toujours une marche chronique.
La paralysie saturnine se manifeste après un état d'épuisement des forces; elle peut alfecter des groupes de muscles isolés, ou bien toute la musculature des extrémités supérieures ou inférieures; elle porte plus rarement sur les muscles du thorax et du dos, sur ceux de la phonation et de la parole, sur les intercostaux et le diaphragme (Duchenne). Sur 98 cas de paralysie des membres supérieurs, Tanquerel ne l'a \'ue que 5 fois se généraliser, et 1 fois seulement sur \ 5 cas de paralysie des membres inférieurs ; dans tous les autres cas la paralysie était partielle.
La paralysie saturnine affecte ordinairement les muscles suivant un ordre déterminé. A la paralysie de l'extenseur commun des doigts succède celle des extenseurs de l'index et du petit doigt; viennent ensuite le long extenseur du pouce, le cubital postérieur, le court extenseur et le long abducteur du pouce. Le long supinateur conserve le plus souvent son excitabilité électrique; dans les paralysies étendues, le deltoïde et le triceps se prennent plus tôt que le biceps. J'ai pourtant observé et publié un cas où la paralysie s'était propagée de haut en bas. La paralysie des extrémités inférieures est beaucoup plus rare, et porte principalement sur les extenseurs de la cuisse et de la jambe. L'hémiplégie saturnine, décrite-par StoU, Tanquerel et Andral, est très-rare. Dans la forme paraplégique, les sphincters sont toujours épargnés.
Comme lésions anatomiques, les anciens observateurs ont noté, dans les autopsies de saturnins, un gonflement, une dégénérescence graisseuse et une décoloration des muscles paralysés, un rétrécissement des vaisseaux sanguins, la diminution de l'hématoglobuline
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dans le sang; Lancereaux a signalé (Gaz. inëd., nov. 1862) une dégénérescence granuleuse ou graisseuse de la myéline. Gombault a publié récemment {Ai^ch. de physioL, vol. IV, 1873) une observation de paralysie saturnine des membres supérieurs et inférieurs chez une fleuriste; la moelle et les racines nerveuses étaient intactes; dans les muscles, conservation des stries transversales par places seulement, çà et là augmentation de volume des fibrilles musculaires, avec formation de fissures, et prolifération des noyaux; dans les nerfs périphériques, à côté de fibres intactes du nerf radial, d'autres présentent une myéline granuleuse, certaines gaines sont presque complètement vides, les cylindres d'axe bien conservés; sur des coupes tranversales, prolifération nucléaire du tissu conjonctif intra-fasciculaire. Dans une observation ultérieure de parcdijsie saturnine par Westphal [Arch. f. Psychiat., IV Bd., 1874), les muscles atteints étaient émaciés, avec disparition partielle des stries transversales, et multiplication des noyaux musculaires; sur des coupes transversales du nerf radial après durcissement, on trouve une diminution notable des fibres à myéline; les espaces intermédiaires tachetés de rouge, faiblement colorés, sont groupés sous forme de petits cercles, et représentent des coupes tranversales de fibres nerveuses comme on l'a observé sur des nerfs régénérés ; ces fibres étaient plus nombreuses dans le tronc nerveux que dans ses branches (affection primitive du nerf radial) ; la moelle, les cornes antérieures et les racines nerveuses étaient intactes.
Dans un cas de saturnisme chronique (avec dyspepsie, coliques, vomissements, diarrhée et coUapsus mortel), Kussmaul et Maier ont trouvé [D. Arcfi. f. klin. Med., IX Bd. H. 11) une sclérose des ganglions cœliaque et cervical supérieur, avec prolifération du septum conjonctif et déformation des cellules ; dans le cerveau et la moelle, une périartérite peu prononcée (une altération inflammatoire des capillaires cérébraux pourrait donner lieu, dans le saturnisme, à des ruptures vasculaires et à des extravasations); on constata, en outre, \mc atrophie des tuniques muqueuse et musculaire de F estomac [sivomix conjonctif à fibres amincies, creusé de lacunes et contenant des gouttelettes graisseuses); les plaques de Peyer et les follicules isolés étaient rares et complètement atrophiés, la tunique sous-muqueuse de l'intestin épaissie par prolifération abondante du tissu conjonctif. Ici, la raison anatomique de la dyspepsie peut être placée dans le catarrhe gastro-intestinal chronique, avec atropine des glandes lymphatiques; pendant les coliques, il y avait eu irritation des fibres sensitivcs des ganglions abdominaux, ainsi que du tissu conjonctif
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qui eiitouro cL Iraverse ces ganglions. Scgond a Irouvc aussi une induration du ganglion cœliaque chez des sujets qui avaient succombé à la colique endémique de Gayenne; d'après Tanqucrel, celle maladie, ainsi que la colique végétale du Poitou, du Devonshire, de Madrid, sont de nature saturnine.
V exploration électrique dans les paralysies saturnines présente autant d'intérêt au point de vue de la science qu'au point de vue pratique. L'électricité a été employée avec succès d'abord par Gardane (Conject, sur V électricité' méd., etc., Paris, 1768), et bientôt après par Haen {Ratio medendi, t. IIl, 1771). Dans les premières années de ce siècle, on a pratiqué l'élcctro-puncture ; les médecins anglais ont eu recours à l'électricité statique (encore employée par quelquesuns, comme Gull), en faisant dégager sur l'épine dorsale les étincelles d'une machine électrique.
Plus tard, les recherches de Duchenne ont montré que la contractilité et la sensibilité électriques sont diminuées dans les muscles paralysés, et que la contractilité s'éteint dans chacun des muscles suivant l'ordre que nous avons indiqué précédemment. Les muscles atrophiés et ne se contractant plus sous l'influence de l'électricité, ne sont plus susceptibles de guérir spontanément; si l'on se sert d'un courant fort, il pénètre à travers les couches atrophiées, jusqu'aux fléchisseurs. Dans plusieurs des cas que jai observés, la contractilité électro-musculaire avait été atteinte avant la motilité volontaire ; dans le cours de la guérison, celle-ci peut se rétablir^ tandis que la contractilité électro-musculaire reste encore abaissée à un degré trèsprononcé. Dans quelques cas de paralysie saturnine, Eulenburg et Erb ont constaté une abolition de la contractilité farado-musculaire, avec conservation de la contractilité galvano-musculaire.
Dans les formes de paralysie graves et étendues, on peut (comme je l'ai montré dans mon traité d'électrothérapie) suivre la diminution ou V abolition de V excitabilité galvanique depuis les racines nerveuses jusqu'aux plexus et aux troncs nerveux (nerf radial); dans les paralysies moins étendues, les racines nerveuses restent perméables à l'excitation galvanique. Par conséquent, V excitabilité peut exister dans les parties voisines du centre^ lorsqu'au contraire elle a disparu dans les régions périphériques; elle peut être conservée dans les plexus, tandis qu'elle est déjà abolie dans les troncs nerveux. Sous l'influence de la guérison, le retour de l'excitabilité se fait du centre à la périphérie, et s'avance graduellement des racines et des plexus vers les troncs nerveux.
Le traitement des affections saturnines doit avoir pour but de fa-